A ce moment, et dans l'intervalle d'une de ces crises de douleur aiguë,
devant lesquelles mon ignorance et mon impuissance me désespéraient, une
idée abominable traversa ma pensée. Je n'étais pas très croyant à cette
époque. Comme la plupart des hommes de ma classe, l'esprit de scepticisme
émané de Voltaire et de l'Encyclopédie m'avait touché. Je comprends
aujourd'hui que j'ai subi là une de ces tentations, comme l'éternel
ennemi--l'_antiquus hostis_ dont parlent les Pères,--nous en inflige aux
heures décisives de notre existence. J'avais posé mes pistolets sur une
table, en revenant de mon inutile visite chez M. Couturier. Comme je
m'accoudais pour prendre ma tête dans mes mains,--le geste instinctif du
désespoir,--un de mes coudes se heurta contre une des crosses. J'eus un
sursaut soudain de tout mon être. J'avais oublié que ces armes étaient
là, et chargées. Arrivé à l'extrémité du malheur, il y a toujours un
moyen sûr de s'en affranchir. J'avais à ma portée de quoi faire taire
cette plainte de bête blessée que poussait ma pauvre Henriette et qui
dénonçait ses intolérables souffrances; de quoi faire taire aussi la
plainte de mon cœur, cœur d'amoureux, cœur de Français,--cette agonie
de ma jeune femme, dans cette maison inconnue, à quelques lieues de la
frontière, après cette fuite loin du foyer ancestral, qu'était-ce qu'un
sinistre épisode de l'immense désastre public? Malgré tout, car la nature
a de ces énergies qui défient les craintes les plus justifiées, malgré
tout, un enfant pouvait naître. Pour quel sort? Destiné à quelles
misères? Avec cette rapidité dans le raisonnement qui nous découvre, à de
certaines minutes, et d'un seul coup d'œil, tout le passé et tout
l'avenir, je vis cet enfant, si c'était un garçon, grandir dans l'exil,
revenir dans son pays chargé du poids inutile d'un grand nom, sans
fortune pour le soutenir, étranger à la France issue de la
Révolution,--un Émigré à l'intérieur. Si c'était une fille, les
difficultés ne seraient pas moindres. Que deviendrait-elle? Comment
l'élever? Où? Pour quel mariage?... J'avais pris un des pistolets, puis
l'autre... Une petite pression sur une des gâchettes, et cet enfant ne
naissait pas, et sa mère cessait de souffrir. Une seconde pression sur la
seconde gâchette, et le malheureux homme qui avait commis la folie de se
marier en pleine Terreur, se reposait, lui aussi, pour jamais. Je dis
tout haut: «Oui, cela vaut mieux.» Une horrible volonté s'exprimait dans
ce cri. Il faut que cette confession soit écrite, et je l'écris avec
horreur, avec remords. Cette heure a été vraie. Je l'ai vécue. Durant
cette nuit du 24 au 25 décembre 1793 il y eut un instant où j'ai été un
assassin et un suicide. Oui. J'ai résolu de tuer ma femme et avec elle le
fruit de notre mariage. J'ai résolu de me tuer. J'ai armé mes pistolets
pour cela. J'en ai vérifié la charge et la pierre. Voilà pourquoi, mon
fils, je veux que vous gardiez toujours auprès de vous ce tableau de
piété dont Dieu s'est servi pour me sauver du plus hideux, du plus
inexpiable des crimes...
Je m'étais levé, cette résolution prise. Car elle était prise. Je m'étais
dit: «Dans un quart d'heure j'agirai. Je la tuerai et je me tuerai
ensuite.» Une tranquillité, que je n'hésite plus à qualifier de
diabolique, avait succédé en moi à l'atroce agitation de tout à l'heure.
La malade aussi traversait des moments moins agités. Elle avait cessé de
gémir. Je saisis la misérable chandelle dont s'éclairait cette scène de
désespoir, afin de revoir ces traits qui m'avaient été si chers, une
dernière fois. Comme je m'approchais du lit, la lumière porta sur une
toile suspendue dans l'alcôve, qui avait été celle du prêtre-martyr.
Cette toile était cette «Nativité» que je vous lègue. Comment expliquer,
sinon par une faveur providentielle, que je n'y eusse prêté aucune
attention jusqu'alors, et que, tout d'un coup, à cette place, j'aie
regardé cette peinture et que j'en sois demeuré si profondément saisi? Je
vous l'ai dit: je n'avais pas gardé intacte la foi de mes premières
années. Pourtant je l'avais eue, et très fervente. Sans doute j'avais
aussi subi, à mon insu, une autre influence: la piété de celle que je me
préparais à assassiner par excès d'amour... Mais à quoi bon tenter
d'expliquer un de ces retournements intimes de l'âme, aussi mystérieux
qu'ils sont irrésistibles? Entre le sujet traité par cette toile et
l'épreuve que je traversais dans cet instant même, il y avait une
analogie trop frappante pour que je ne la sentisse pas: «_Et Marie
enfanta son Fils premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha
dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans
l'hôtellerie._» Je lus à mi-voix ces mots écrits sur le cadre, et je me
mis à songer... L'enfant dont la venue prochaine arrachait à ma femme ces
gémissements, c'était, lui aussi, un premier-né. Nous aussi, ses parents,
nous étions errants, sans place où nous reposer, abrités dans un asile de
hasard. Je regardai de plus près la toile. Le peintre avait voulu qu'en
levant les yeux Joseph et Marie pussent reconnaître, au-dessus du berceau
de leur fils, l'instrument de son futur supplice. La singulière idée
qu'il avait eue de dessiner ainsi une croix sur le mur par l'ombre portée
des barreaux n'aurait peut-être intéressé dans d'autres circonstances que
ma curiosité. Remué comme j'étais dans les fibres les plus secrètes de ma
personne, ce symbole me révéla soudain son enseignement avec une force
souveraine... Combien de temps passai-je ainsi à contempler tour à tour
ce groupe des parents, le Sauveur endormi, la silhouette de cette croix
dressée auprès de ce sommeil? Je n'en sais rien. A les regarder? Non. A
écouter une voix échappée d'une bouche invisible et qui me disait: «_Ecce
homo!_ Voilà l'homme. Auprès de toutes les naissances, il y a une menace,
puisqu'auprès de toutes il y a une certitude de mort et que nous ne
venons au monde dans la douleur que pour en sortir dans la douleur. Cette
menace, ces parents l'acceptent. Ils sont agenouillés. Ils prient. Cet
enfant l'accepte. Il dort. Les uns et les autres acceptent la vie, avec
ce qu'elle a d'inconnu et de redoutable, et pour ceux qui la donnent, et
pour celui qui la reçoit. Cette mère sera crucifiée dans la chair de son
fils. Elle le sait et elle ne se révolte pas. Cet époux sera crucifié
dans le cœur de son épouse. Il le sait et il ne se révolte pas. Cet
enfant connaîtra les tortures de la plus cruelle agonie, la sueur de
sang, l'abandon de ses amis, la trahison de Judas et son baiser,
l'outrage d'un peuple, les soufflets, les crachats, les clous dans ses
pieds, les clous dans ses mains, l'éponge de fiel, le coup de lance. Son
martyre est là, prédit sur ce mur par ce jeu de lumière et d'ombre qui
dessine là cette croix. Il le sait et il ne se révolte pas... Et toi?...
Ah! lâche, lâche!...» En rédigeant ces phrases à la distance de tant
d'années, je leur donne une précision qu'elles n'ont certes pas eue. Je
suis très sûr cependant qu'elles expriment les pensées qui s'agitèrent en
moi tandis que je regardais le tableau. Puis revenu auprès du lit de ma
femme, je m'abandonnai à une méditation dont je sortis pour dire à mon
hôtesse, brusquement:
--«Où habite M. Raillard? Je veux aller le chercher.»
--«Vous voulez aller chercher M. Raillard?» répéta la Bouveron,
épouvantée. «Oh! mon bon monsieur, ne faites pas cela! Nous sommes morts,
tous les trois, s'il sait que vous êtes ici, madame et vous, et que je
vous cache...»
--«Où habite-t-il?» insistai-je. «Ne voyez-vous pas que ma femme va
mourir, s'il ne vient pas de médecin? Vous avez été si bonne pour nous,»
continuai-je, «que je ne veux pas vous avoir mise en danger... Je dirai
que je suis entré chez vous en vous menaçant... Et si je suis arrêté,
vous trouverez là de quoi vous récompenser.» J'avais tiré de ma poche un
des sachets où étaient cousus mes diamants. La bonne femme esquissa un
geste de refus. A cette seconde, un cri plus aigu d'Henriette déchira
l'air.
--«Je vais vous indiquer la maison de M. Raillard...,» dit la vieille
fille. «Je vous aurai averti. Si vous ne revenez pas, je ferai ce que je
pourrai pour Madame. C'est la nuit de Noël...» Et elle aussi regardant du
côté du tableau, elle ajouta: «La bonne Mère et M. François nous
protégeront...»
V
Le simple prêtre de province, le curé martyr de Morteau ne s'était guère
douté jadis, en achetant cette _Naissance du Christ_ d'un confrère
besogneux, comme j'ai su depuis, qu'il suspendait au mur de sa chambre
une image de piété destinée à s'associer à un drame moral comme celui que
je traversais, et capable en même temps de rendre de la force à l'humble
servante qui en avait hérité. Tout bon chrétien que je suis devenu, je ne
crois pas à cette action directe des morts sur les vivants à laquelle la
dévotion de cette âme primitive faisait appel. De l'entendre exprimer
cette foi si profonde me fut cependant un réconfort. J'en avais besoin
dans la démarche que j'osais entreprendre. Je ne réalisai la folie de ma
témérité qu'à l'instant où je me trouvai introduit dans le cabinet du
redoutable partisan dont j'allais implorer l'aide médicale. Mais était-il
encore un médecin, un pitoyable guérisseur de la misère humaine, le dur
personnage qui se tenait là dans le silence de la nuit, assis à une table
encombrée de dossiers? Voilà encore un détail que j'ai su depuis: les
Jacobins avaient organisé leur police secrète en un petit nombre de
circonscriptions auxquelles présidaient les plus sûrs de leurs adeptes.
Ces inquisiteurs inconnus, et qui, pour la plupart, n'exerçaient aucune
fonction apparente, furent les vrais dictateurs de ces terribles années.
Un Danton, un Saint-Just, un Robespierre pliaient devant eux. De sa
chambre de Morteau, Raillard avait de la sorte sous sa surveillance toute
la Franche-Comté. Il venait sans doute de recevoir un document qui
satisfaisait sa haine furieuse contre les ennemis de la Révolution, car
une joie sauvage éclairait son front lorsqu'il se retourna pour me
dévisager. Par quel mystère une physionomie comme celle-là, si
intelligente et si fière, s'associait-elle à cette besogne de haine et
de sang? Comment ces yeux, d'où émanait une telle ardeur d'enthousiasme,
se consacraient-ils, sans en verser des larmes de remords, à des enquêtes
d'ignoble mouchardise? Mon intuition ne m'avait pas trompé. Raillard
n'était ni un jouisseur comme l'immonde Danton, ni un envieux comme le
sinistre Robespierre, ni un bas coquin comme l'abject Fouquier-Tinville.
Il était de bonne foi dans sa criminelle aberration. Il croyait vraiment
régénérer la France en extirpant l'élément empoisonné de la vie
nationale. Faire guillotiner un aristocrate, c'était pour lui une
opération légitime, pareille à celles qu'il avait si souvent exécutées
dans sa profession première: l'amputation d'un membre gangrené. C'était
sa mission en ce monde, sa pensée fixe que cette monstrueuse mutilation
du pays. Il y voyait un redressement. Il m'accueillit, en effet, comme
quelqu'un qui n'a pas trop de tout son temps pour une tâche de
conscience.
--«Je suis occupé, citoyen,» me dit-il, «très occupé. Je travaille pour
la patrie. Si tu as quelque chose à me communiquer qui puisse servir la
nation, fais vite. Sinon...»
--«Ma femme est mourante», lui répondis-je, simplement, «et le citoyen
Couturier est absent. On m'a envoyé chez vous...»
--«Qui, on?» répliqua-t-il, d'une voix dure. Cet appel à son métier lui
était odieux. Et puis, ce «vous» que j'avais employé par habitude... «Et
toi-même?» continua-t-il. «Qui es-tu?»
Mon regard ne plia pas sous le sien. Pourtant ses prunelles étaient
terribles à soutenir. La perspicacité de l'homme habitué au diagnostic
s'y devinait, mise au service du fanatisme le plus passionné. Mais je
venais de revoir mentalement la scène de tout à l'heure: ma femme à
l'agonie sur ce grabat que dominait le tableau de la «Naissance du
Christ», avec sa muette éloquence, la Bouveron tremblante à la seule idée
de ma visite chez le bourreau de son maître. Manquer de sang-froid,
c'était trahir Henriette et mon hôtesse. Je sortis de ma poche avec le
calme le plus absolu le chiffon de papier qui me faisait Suisse et je
débitai mon histoire. Raillard m'écoutait en m'enveloppant, en me perçant
toujours de ces formidables prunelles. Dans leur éclat bleu passait la
dureté coupante de l'acier. Quand j'eus fini, il me demanda, non moins
brusquement:
--«Tu es arrivé à Morteau ce soir? Et où as-tu couché hier?»
--«Près de Besançon,» répondis-je. «Je ne sais pas le nom de l'endroit.»
J'étais arrivé par la direction opposée.
--«Et avant?»
--«A Besançon.»
--«A quelle auberge?»
En me posant ces questions, sa main s'était avancée vers la table. Ses
soupçons étaient déjà éveillés. Un des papiers épars devant lui contenait
sans doute l'indication de notre départ et de notre signalement. La
grossesse avancée de ma compagne la désignait trop. Je ne connaissais le
nom d'aucun hôtel à Besançon. J'étais perdu cependant, si je me
troublais. Je répondis: «A l'hôtel de la Poste». Quel soulagement lorsque
Raillard me répondit à son tour:
--«Et ici, où es-tu descendu?»
Il y avait donc un hôtel de la Poste à Besançon, comme je l'avais imaginé
à tout hasard. Fort de ce succès, j'ose nommer la Bouveron, en racontant
un roman mêlé de vérité: que ma chaise avait cassé à un moment de la
route, que j'étais monté dans la voiture de Mme Poirier, que cette femme
nous avait déposés chez sa demi-sœur. Tout cela n'était pas bien
vraisemblable, mais quelque chose était plus invraisemblable encore:
l'audace de ma présence volontaire chez le chef de la police secrète des
Jacobins, si je mentais. Raillard avait froncé les sourcils, et son
visage était devenu comme noir, quand j'avais mentionné mon hôtesse. Il
chercha une feuille parmi des centaines d'autres, qu'il lut tout bas, en
me regardant par intervalles pour comparer les détails donnés par son
correspondant. Était-ce une circulaire dénonçant mon départ de Fleury? Le
signalement se trouvait, sans doute, avoir été mal fait, et mon passage
par Besançon contredisait les autres indications. L'instinct de défense
qui se développe chez nous, à notre insu, dans les heures de danger,
m'avait fait deviner le piège tendu par cette question si simple sur mon
itinéraire. Ce même instinct m'avertit que le Jacobin hésitait. Une
impression forte le déterminerait dans un sens ou dans l'autre.
--«Tu vérifieras tout ce que je t'ai dit demain», repris-je, sur le même
ton que lui, rude et brutal, et en employant le tutoiement civique qu'il
avait adopté avec moi. «Pour le moment, pense que chaque minute de retard
peut coûter la vie à une femme...» Et je commençai de lui rapporter les
symptômes que j'avais observés, avec d'autant plus d'insistance que dès
les premiers mots je vis distinctement le médecin se réveiller en lui. On
n'a pas impunément exercé un métier toute sa vie durant. Au fur et à
mesure de mes indications, ce métier revenait, remontait en lui des
profondeurs de ses anciennes habitudes. Il allait s'établir une lutte
entre le politicien sectaire qu'il était devenu et le physiologiste de
jadis. C'était sur la malade qu'il m'interrogeait maintenant, sur son
âge, son tempérament, ses habitudes, ses antécédents, la date de notre
mariage. Peu à peu, sa physionomie changeait d'expression. Elle
s'humanisait et se détendait. Quand enfin, il me dit: «Hé bien, allons.
Il n'y a, en effet pas de temps à perdre...» Il avait oublié, s'il
l'avait reçue, la note qui lui annonçait la disparition du ci-devant duc
de Fleury avec sa femme enceinte de plusieurs mois. J'avais souvent
constaté cette sorte de dualité dans les quelques Révolutionnaires que
j'avais approchés. J'avais discerné chez tous des réapparitions de leur
personnalité d'avant 89. Jamais comme chez Raillard. Quand, une
demi-heure plus tard, il s'assit au chevet de ma femme pour se rendre
compte de son état, le Jacobin avait disparu totalement. Il ne restait
plus que le praticien. On eût dit qu'il avait oublié de la manière la
plus complète dans quelle maison il était et son rôle dans l'arrestation
de M. François. Il s'adressait à la Bouveron pour lui demander du linge,
un bassin, de l'eau chaude, comme si elle eût été une religieuse
d'hôpital dans une salle de chirurgie. Il ne remarquait même pas qu'elle
ne lui répondait point, et qu'en lui tendant les objets, les doigts de la
servante du curé guillotiné frémissaient d'horreur.
--«Je redoute tout si l'éclampsie éclate,» m'avait-il dit. «Il faut
provoquer la délivrance. J'ai eu raison d'emporter ma boîte
d'instruments...»
Il pouvait être minuit quand il m'avait tenu ce discours, tout en
introduisant, avec cette énergie délicate qui caractérise les vrais
médecins, un coin de mouchoir entre les dents de la patiente, «afin
d'éviter,» m'avait-il dit encore, «les morsures de la langue». Quel
souper de réveillon, que le bol de bouillon apporté à ce moment pour
soutenir nos forces, à l'accoucheur et à moi, par la pauvre Bouveron! A
dix heures du matin, le travail durait encore. L'accoucheur m'avait
ordonné de me tenir dans une pièce voisine, pour que mon émotion n'eût
son contre-coup ni sur lui, ni sur la malade. Dieu! Quelle nuit je
passais là! Enfin, un dernier cri de ma pauvre femme, suivi d'un silence,
m'avertit que le suprême effort avait eu lieu. J'entendis presque
aussitôt la voix de Raillard m'interpeller. Il avait cessé de me tutoyer,
depuis qu'il n'était plus vis-à-vis de moi qu'un médecin:
--«Un garçon!» s'écria-t-il. Vous avez un gros garçon!... Est-il vivant,
ce petit crapaud?... Tu m'as coûté bien du mal, morveux, mais tu feras un
gaillard robuste...» Ses bras ensanglantés me tendaient mon fils aîné, et
il ajoutait, en nettoyant ce lambeau de chair où palpitait déjà un homme:
--«Et la mère aussi vivra pour le nourrir. Elle vivra... J'en réponds...
Mais j'ai eu bien peur!...»
Et ce coupeur de têtes avait un sourire de triomphe ému pour proclamer
cette victoire sur la mort. O inexplicables contradictions du cœur de
l'homme!...