IV

A ce moment, et dans l'intervalle d'une de ces crises de douleur aiguë,

devant lesquelles mon ignorance et mon impuissance me désespéraient, une

idée abominable traversa ma pensée. Je n'étais pas très croyant à cette

époque. Comme la plupart des hommes de ma classe, l'esprit de scepticisme

émané de Voltaire et de l'Encyclopédie m'avait touché. Je comprends

aujourd'hui que j'ai subi là une de ces tentations, comme l'éternel

ennemi--l'_antiquus hostis_ dont parlent les Pères,--nous en inflige aux

heures décisives de notre existence. J'avais posé mes pistolets sur une

table, en revenant de mon inutile visite chez M. Couturier. Comme je

m'accoudais pour prendre ma tête dans mes mains,--le geste instinctif du

désespoir,--un de mes coudes se heurta contre une des crosses. J'eus un

sursaut soudain de tout mon être. J'avais oublié que ces armes étaient

là, et chargées. Arrivé à l'extrémité du malheur, il y a toujours un

moyen sûr de s'en affranchir. J'avais à ma portée de quoi faire taire

cette plainte de bête blessée que poussait ma pauvre Henriette et qui

dénonçait ses intolérables souffrances; de quoi faire taire aussi la

plainte de mon cœur, cœur d'amoureux, cœur de Français,--cette agonie

de ma jeune femme, dans cette maison inconnue, à quelques lieues de la

frontière, après cette fuite loin du foyer ancestral, qu'était-ce qu'un

sinistre épisode de l'immense désastre public? Malgré tout, car la nature

a de ces énergies qui défient les craintes les plus justifiées, malgré

tout, un enfant pouvait naître. Pour quel sort? Destiné à quelles

misères? Avec cette rapidité dans le raisonnement qui nous découvre, à de

certaines minutes, et d'un seul coup d'œil, tout le passé et tout

l'avenir, je vis cet enfant, si c'était un garçon, grandir dans l'exil,

revenir dans son pays chargé du poids inutile d'un grand nom, sans

fortune pour le soutenir, étranger à la France issue de la

Révolution,--un Émigré à l'intérieur. Si c'était une fille, les

difficultés ne seraient pas moindres. Que deviendrait-elle? Comment

l'élever? Où? Pour quel mariage?... J'avais pris un des pistolets, puis

l'autre... Une petite pression sur une des gâchettes, et cet enfant ne

naissait pas, et sa mère cessait de souffrir. Une seconde pression sur la

seconde gâchette, et le malheureux homme qui avait commis la folie de se

marier en pleine Terreur, se reposait, lui aussi, pour jamais. Je dis

tout haut: «Oui, cela vaut mieux.» Une horrible volonté s'exprimait dans

ce cri. Il faut que cette confession soit écrite, et je l'écris avec

horreur, avec remords. Cette heure a été vraie. Je l'ai vécue. Durant

cette nuit du 24 au 25 décembre 1793 il y eut un instant où j'ai été un

assassin et un suicide. Oui. J'ai résolu de tuer ma femme et avec elle le

fruit de notre mariage. J'ai résolu de me tuer. J'ai armé mes pistolets

pour cela. J'en ai vérifié la charge et la pierre. Voilà pourquoi, mon

fils, je veux que vous gardiez toujours auprès de vous ce tableau de

piété dont Dieu s'est servi pour me sauver du plus hideux, du plus

inexpiable des crimes...

Je m'étais levé, cette résolution prise. Car elle était prise. Je m'étais

dit: «Dans un quart d'heure j'agirai. Je la tuerai et je me tuerai

ensuite.» Une tranquillité, que je n'hésite plus à qualifier de

diabolique, avait succédé en moi à l'atroce agitation de tout à l'heure.

La malade aussi traversait des moments moins agités. Elle avait cessé de

gémir. Je saisis la misérable chandelle dont s'éclairait cette scène de

désespoir, afin de revoir ces traits qui m'avaient été si chers, une

dernière fois. Comme je m'approchais du lit, la lumière porta sur une

toile suspendue dans l'alcôve, qui avait été celle du prêtre-martyr.

Cette toile était cette «Nativité» que je vous lègue. Comment expliquer,

sinon par une faveur providentielle, que je n'y eusse prêté aucune

attention jusqu'alors, et que, tout d'un coup, à cette place, j'aie

regardé cette peinture et que j'en sois demeuré si profondément saisi? Je

vous l'ai dit: je n'avais pas gardé intacte la foi de mes premières

années. Pourtant je l'avais eue, et très fervente. Sans doute j'avais

aussi subi, à mon insu, une autre influence: la piété de celle que je me

préparais à assassiner par excès d'amour... Mais à quoi bon tenter

d'expliquer un de ces retournements intimes de l'âme, aussi mystérieux

qu'ils sont irrésistibles? Entre le sujet traité par cette toile et

l'épreuve que je traversais dans cet instant même, il y avait une

analogie trop frappante pour que je ne la sentisse pas: «_Et Marie

enfanta son Fils premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha

dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans

l'hôtellerie._» Je lus à mi-voix ces mots écrits sur le cadre, et je me

mis à songer... L'enfant dont la venue prochaine arrachait à ma femme ces

gémissements, c'était, lui aussi, un premier-né. Nous aussi, ses parents,

nous étions errants, sans place où nous reposer, abrités dans un asile de

hasard. Je regardai de plus près la toile. Le peintre avait voulu qu'en

levant les yeux Joseph et Marie pussent reconnaître, au-dessus du berceau

de leur fils, l'instrument de son futur supplice. La singulière idée

qu'il avait eue de dessiner ainsi une croix sur le mur par l'ombre portée

des barreaux n'aurait peut-être intéressé dans d'autres circonstances que

ma curiosité. Remué comme j'étais dans les fibres les plus secrètes de ma

personne, ce symbole me révéla soudain son enseignement avec une force

souveraine... Combien de temps passai-je ainsi à contempler tour à tour

ce groupe des parents, le Sauveur endormi, la silhouette de cette croix

dressée auprès de ce sommeil? Je n'en sais rien. A les regarder? Non. A

écouter une voix échappée d'une bouche invisible et qui me disait: «_Ecce

homo!_ Voilà l'homme. Auprès de toutes les naissances, il y a une menace,

puisqu'auprès de toutes il y a une certitude de mort et que nous ne

venons au monde dans la douleur que pour en sortir dans la douleur. Cette

menace, ces parents l'acceptent. Ils sont agenouillés. Ils prient. Cet

enfant l'accepte. Il dort. Les uns et les autres acceptent la vie, avec

ce qu'elle a d'inconnu et de redoutable, et pour ceux qui la donnent, et

pour celui qui la reçoit. Cette mère sera crucifiée dans la chair de son

fils. Elle le sait et elle ne se révolte pas. Cet époux sera crucifié

dans le cœur de son épouse. Il le sait et il ne se révolte pas. Cet

enfant connaîtra les tortures de la plus cruelle agonie, la sueur de

sang, l'abandon de ses amis, la trahison de Judas et son baiser,

l'outrage d'un peuple, les soufflets, les crachats, les clous dans ses

pieds, les clous dans ses mains, l'éponge de fiel, le coup de lance. Son

martyre est là, prédit sur ce mur par ce jeu de lumière et d'ombre qui

dessine là cette croix. Il le sait et il ne se révolte pas... Et toi?...

Ah! lâche, lâche!...» En rédigeant ces phrases à la distance de tant

d'années, je leur donne une précision qu'elles n'ont certes pas eue. Je

suis très sûr cependant qu'elles expriment les pensées qui s'agitèrent en

moi tandis que je regardais le tableau. Puis revenu auprès du lit de ma

femme, je m'abandonnai à une méditation dont je sortis pour dire à mon

hôtesse, brusquement:

--«Où habite M. Raillard? Je veux aller le chercher.»

--«Vous voulez aller chercher M. Raillard?» répéta la Bouveron,

épouvantée. «Oh! mon bon monsieur, ne faites pas cela! Nous sommes morts,

tous les trois, s'il sait que vous êtes ici, madame et vous, et que je

vous cache...»

--«Où habite-t-il?» insistai-je. «Ne voyez-vous pas que ma femme va

mourir, s'il ne vient pas de médecin? Vous avez été si bonne pour nous,»

continuai-je, «que je ne veux pas vous avoir mise en danger... Je dirai

que je suis entré chez vous en vous menaçant... Et si je suis arrêté,

vous trouverez là de quoi vous récompenser.» J'avais tiré de ma poche un

des sachets où étaient cousus mes diamants. La bonne femme esquissa un

geste de refus. A cette seconde, un cri plus aigu d'Henriette déchira

l'air.

--«Je vais vous indiquer la maison de M. Raillard...,» dit la vieille

fille. «Je vous aurai averti. Si vous ne revenez pas, je ferai ce que je

pourrai pour Madame. C'est la nuit de Noël...» Et elle aussi regardant du

côté du tableau, elle ajouta: «La bonne Mère et M. François nous

protégeront...»

V

Le simple prêtre de province, le curé martyr de Morteau ne s'était guère

douté jadis, en achetant cette _Naissance du Christ_ d'un confrère

besogneux, comme j'ai su depuis, qu'il suspendait au mur de sa chambre

une image de piété destinée à s'associer à un drame moral comme celui que

je traversais, et capable en même temps de rendre de la force à l'humble

servante qui en avait hérité. Tout bon chrétien que je suis devenu, je ne

crois pas à cette action directe des morts sur les vivants à laquelle la

dévotion de cette âme primitive faisait appel. De l'entendre exprimer

cette foi si profonde me fut cependant un réconfort. J'en avais besoin

dans la démarche que j'osais entreprendre. Je ne réalisai la folie de ma

témérité qu'à l'instant où je me trouvai introduit dans le cabinet du

redoutable partisan dont j'allais implorer l'aide médicale. Mais était-il

encore un médecin, un pitoyable guérisseur de la misère humaine, le dur

personnage qui se tenait là dans le silence de la nuit, assis à une table

encombrée de dossiers? Voilà encore un détail que j'ai su depuis: les

Jacobins avaient organisé leur police secrète en un petit nombre de

circonscriptions auxquelles présidaient les plus sûrs de leurs adeptes.

Ces inquisiteurs inconnus, et qui, pour la plupart, n'exerçaient aucune

fonction apparente, furent les vrais dictateurs de ces terribles années.

Un Danton, un Saint-Just, un Robespierre pliaient devant eux. De sa

chambre de Morteau, Raillard avait de la sorte sous sa surveillance toute

la Franche-Comté. Il venait sans doute de recevoir un document qui

satisfaisait sa haine furieuse contre les ennemis de la Révolution, car

une joie sauvage éclairait son front lorsqu'il se retourna pour me

dévisager. Par quel mystère une physionomie comme celle-là, si

intelligente et si fière, s'associait-elle à cette besogne de haine et

de sang? Comment ces yeux, d'où émanait une telle ardeur d'enthousiasme,

se consacraient-ils, sans en verser des larmes de remords, à des enquêtes

d'ignoble mouchardise? Mon intuition ne m'avait pas trompé. Raillard

n'était ni un jouisseur comme l'immonde Danton, ni un envieux comme le

sinistre Robespierre, ni un bas coquin comme l'abject Fouquier-Tinville.

Il était de bonne foi dans sa criminelle aberration. Il croyait vraiment

régénérer la France en extirpant l'élément empoisonné de la vie

nationale. Faire guillotiner un aristocrate, c'était pour lui une

opération légitime, pareille à celles qu'il avait si souvent exécutées

dans sa profession première: l'amputation d'un membre gangrené. C'était

sa mission en ce monde, sa pensée fixe que cette monstrueuse mutilation

du pays. Il y voyait un redressement. Il m'accueillit, en effet, comme

quelqu'un qui n'a pas trop de tout son temps pour une tâche de

conscience.

--«Je suis occupé, citoyen,» me dit-il, «très occupé. Je travaille pour

la patrie. Si tu as quelque chose à me communiquer qui puisse servir la

nation, fais vite. Sinon...»

--«Ma femme est mourante», lui répondis-je, simplement, «et le citoyen

Couturier est absent. On m'a envoyé chez vous...»

--«Qui, on?» répliqua-t-il, d'une voix dure. Cet appel à son métier lui

était odieux. Et puis, ce «vous» que j'avais employé par habitude... «Et

toi-même?» continua-t-il. «Qui es-tu?»

Mon regard ne plia pas sous le sien. Pourtant ses prunelles étaient

terribles à soutenir. La perspicacité de l'homme habitué au diagnostic

s'y devinait, mise au service du fanatisme le plus passionné. Mais je

venais de revoir mentalement la scène de tout à l'heure: ma femme à

l'agonie sur ce grabat que dominait le tableau de la «Naissance du

Christ», avec sa muette éloquence, la Bouveron tremblante à la seule idée

de ma visite chez le bourreau de son maître. Manquer de sang-froid,

c'était trahir Henriette et mon hôtesse. Je sortis de ma poche avec le

calme le plus absolu le chiffon de papier qui me faisait Suisse et je

débitai mon histoire. Raillard m'écoutait en m'enveloppant, en me perçant

toujours de ces formidables prunelles. Dans leur éclat bleu passait la

dureté coupante de l'acier. Quand j'eus fini, il me demanda, non moins

brusquement:

--«Tu es arrivé à Morteau ce soir? Et où as-tu couché hier?»

--«Près de Besançon,» répondis-je. «Je ne sais pas le nom de l'endroit.»

J'étais arrivé par la direction opposée.

--«Et avant?»

--«A Besançon.»

--«A quelle auberge?»

En me posant ces questions, sa main s'était avancée vers la table. Ses

soupçons étaient déjà éveillés. Un des papiers épars devant lui contenait

sans doute l'indication de notre départ et de notre signalement. La

grossesse avancée de ma compagne la désignait trop. Je ne connaissais le

nom d'aucun hôtel à Besançon. J'étais perdu cependant, si je me

troublais. Je répondis: «A l'hôtel de la Poste». Quel soulagement lorsque

Raillard me répondit à son tour:

--«Et ici, où es-tu descendu?»

Il y avait donc un hôtel de la Poste à Besançon, comme je l'avais imaginé

à tout hasard. Fort de ce succès, j'ose nommer la Bouveron, en racontant

un roman mêlé de vérité: que ma chaise avait cassé à un moment de la

route, que j'étais monté dans la voiture de Mme Poirier, que cette femme

nous avait déposés chez sa demi-sœur. Tout cela n'était pas bien

vraisemblable, mais quelque chose était plus invraisemblable encore:

l'audace de ma présence volontaire chez le chef de la police secrète des

Jacobins, si je mentais. Raillard avait froncé les sourcils, et son

visage était devenu comme noir, quand j'avais mentionné mon hôtesse. Il

chercha une feuille parmi des centaines d'autres, qu'il lut tout bas, en

me regardant par intervalles pour comparer les détails donnés par son

correspondant. Était-ce une circulaire dénonçant mon départ de Fleury? Le

signalement se trouvait, sans doute, avoir été mal fait, et mon passage

par Besançon contredisait les autres indications. L'instinct de défense

qui se développe chez nous, à notre insu, dans les heures de danger,

m'avait fait deviner le piège tendu par cette question si simple sur mon

itinéraire. Ce même instinct m'avertit que le Jacobin hésitait. Une

impression forte le déterminerait dans un sens ou dans l'autre.

--«Tu vérifieras tout ce que je t'ai dit demain», repris-je, sur le même

ton que lui, rude et brutal, et en employant le tutoiement civique qu'il

avait adopté avec moi. «Pour le moment, pense que chaque minute de retard

peut coûter la vie à une femme...» Et je commençai de lui rapporter les

symptômes que j'avais observés, avec d'autant plus d'insistance que dès

les premiers mots je vis distinctement le médecin se réveiller en lui. On

n'a pas impunément exercé un métier toute sa vie durant. Au fur et à

mesure de mes indications, ce métier revenait, remontait en lui des

profondeurs de ses anciennes habitudes. Il allait s'établir une lutte

entre le politicien sectaire qu'il était devenu et le physiologiste de

jadis. C'était sur la malade qu'il m'interrogeait maintenant, sur son

âge, son tempérament, ses habitudes, ses antécédents, la date de notre

mariage. Peu à peu, sa physionomie changeait d'expression. Elle

s'humanisait et se détendait. Quand enfin, il me dit: «Hé bien, allons.

Il n'y a, en effet pas de temps à perdre...» Il avait oublié, s'il

l'avait reçue, la note qui lui annonçait la disparition du ci-devant duc

de Fleury avec sa femme enceinte de plusieurs mois. J'avais souvent

constaté cette sorte de dualité dans les quelques Révolutionnaires que

j'avais approchés. J'avais discerné chez tous des réapparitions de leur

personnalité d'avant 89. Jamais comme chez Raillard. Quand, une

demi-heure plus tard, il s'assit au chevet de ma femme pour se rendre

compte de son état, le Jacobin avait disparu totalement. Il ne restait

plus que le praticien. On eût dit qu'il avait oublié de la manière la

plus complète dans quelle maison il était et son rôle dans l'arrestation

de M. François. Il s'adressait à la Bouveron pour lui demander du linge,

un bassin, de l'eau chaude, comme si elle eût été une religieuse

d'hôpital dans une salle de chirurgie. Il ne remarquait même pas qu'elle

ne lui répondait point, et qu'en lui tendant les objets, les doigts de la

servante du curé guillotiné frémissaient d'horreur.

--«Je redoute tout si l'éclampsie éclate,» m'avait-il dit. «Il faut

provoquer la délivrance. J'ai eu raison d'emporter ma boîte

d'instruments...»

Il pouvait être minuit quand il m'avait tenu ce discours, tout en

introduisant, avec cette énergie délicate qui caractérise les vrais

médecins, un coin de mouchoir entre les dents de la patiente, «afin

d'éviter,» m'avait-il dit encore, «les morsures de la langue». Quel

souper de réveillon, que le bol de bouillon apporté à ce moment pour

soutenir nos forces, à l'accoucheur et à moi, par la pauvre Bouveron! A

dix heures du matin, le travail durait encore. L'accoucheur m'avait

ordonné de me tenir dans une pièce voisine, pour que mon émotion n'eût

son contre-coup ni sur lui, ni sur la malade. Dieu! Quelle nuit je

passais là! Enfin, un dernier cri de ma pauvre femme, suivi d'un silence,

m'avertit que le suprême effort avait eu lieu. J'entendis presque

aussitôt la voix de Raillard m'interpeller. Il avait cessé de me tutoyer,

depuis qu'il n'était plus vis-à-vis de moi qu'un médecin:

--«Un garçon!» s'écria-t-il. Vous avez un gros garçon!... Est-il vivant,

ce petit crapaud?... Tu m'as coûté bien du mal, morveux, mais tu feras un

gaillard robuste...» Ses bras ensanglantés me tendaient mon fils aîné, et

il ajoutait, en nettoyant ce lambeau de chair où palpitait déjà un homme:

--«Et la mère aussi vivra pour le nourrir. Elle vivra... J'en réponds...

Mais j'ai eu bien peur!...»

Et ce coupeur de têtes avait un sourire de triomphe ému pour proclamer

cette victoire sur la mort. O inexplicables contradictions du cœur de

l'homme!...

La dame qui a perdu son peintre · 第 32 / 83 题