IV

Il y a longtemps, Madame, que je nous appelle, nous autres Parisiens, les

provinciaux de l'Europe. Nous passons sans cesse, pour tous les incidents

de la vie artistique qui ont lieu loin du boulevard, par des alternatives

d'ignorance et d'engouement excessives. Nous avons été ainsi pour les

musiciens allemands et les préraphaélites anglais, pour les romanciers

russes et les dramaturges norvégiens. J'attends le moment où la petite

coterie d'esthètes gobeurs et de badauds raffinés qui fabrique chez nous

la mode se passionnera pour les débaptiseurs de chefs-d'œuvre. Alors

l'_Amico di Solario_ sera l'auteur de la _Joconde_, et le sieur

Courmansel l'invité de tous les salons où l'on cause.--Le vôtre eût été

du nombre, Madame, si...? Et moi-même je serais peut-être devenu le

cornac de ce jeune homme et de son _Amico_, auprès de vous et des belles

sottes, vos amies,--pardon,--si...? Toute cette histoire n'est que le

commentaire de ces _si_ et de ces points. Mais il n'y avait ni _si_ ni

points dans mon esprit, je vous le jure, quand je sortis du palais

Varegnana par l'étroite et fraîche via Bagutta où il se dresse, un peu

humilié de mon total manque d'érudition critique, très penaud de m'être

hypnotisé naïvement, depuis ma jeunesse, sur les impostures du Monsignore

de Modène, amusé malgré tout par le joli travail de furetage, j'allais

dire de police, auquel s'était livré notre compatriote, et, au fond, prêt

à oublier Courmansel, le comte Varegnana, la Dame qui avait perdu son

peintre, l'_Amico di Solario_, bien d'autres choses, devant une

photographie que je ne vous décrirai pas. L'après-midi où vous me l'avez

donnée, il neigeait. Vous en souvenez-vous? Ce jour m'est resté plus

clair et plus bleu que celui par lequel je me promenais dans Milan, après

cette visite. C'est cette photographie que je retrouvai sur ma table en

rentrant, et après m'être abîmé dans la contemplation de ce visage que je

suis venu fuir, je me sentis à Milan si abandonné, si solitaire, si

«peintre qui a perdu sa Dame»! Tout d'un coup, le séjour de cette ville

où j'étais depuis la veille me parut insupportable. «Si j'allais à

Florence?...» songeai-je. «Il y a là des fresques de Benozzo Gozzoli, de

l'Angelico et du Ghirlandajo qu'aucun Morelli n'a encore attribuées à

aucun _Amico_...» Sur ce nouveau projet,--je vous ai dit que vous m'aviez

rendu un peu fou et je vous en donne la preuve!--je descends au bureau de

l'hôtel demander des renseignements et l'horaire des trains. Par hasard,

le bureau était vide. En attendant le retour du secrétaire, je m'amuse à

regarder la pancarte où sont inscrits les noms des voyageurs de passage

et je lis: _M. Boudron et famille. Paris.--M. George Courmansel. Paris._

C'était de quoi croire à un destin, avouez-le. Au moment même où je

venais d'apprendre le roman de la découverte, faite par ce jeune homme,

d'un admirable artiste inconnu, je découvrais, moi, que le jeune homme

était là, dans mon hôtel! Oui. La fatalité voulait que je fusse mêlé aux

aventures posthumes de la Cassandra _décassandrée_ et du Vinci

_dévincisé_. Le secrétaire arrive. Au lieu de l'interroger sur le train

de Florence, je lui demande, ce que je savais pourtant très bien, si le

M. George Courmansel descendu à l'hôtel était bien celui qui s'occupait

de choses d'art.

--«Lui-même,» me répond le secrétaire; et il ajouta en jetant un coup

d'œil dans le _hall_ de l'hôtel: «Justement, le voici qui rentre.»

Un grand garçon, de physionomie avenante, franchissait le seuil de la

porte. Il était très blond, presque roux, le teint blanc et rosé, avec de

bons gros yeux bleus un peu ronds qui regardaient ingénument à travers

une paire de lunettes montées en or. Il me représenta aussitôt le type

accompli du Français germanisé. J'en ai connu un bon nombre depuis la

guerre de 70, dans la médecine en particulier et dans l'université. Le

nez de celui-ci, comiquement retroussé, sa bouche volontiers souriante,

lui donnaient un air falot et dadais que sa démarche augmentait encore.

Il allait, le buste en avant, de ce pas allègre qui décèle un profond

contentement de soi. Je vous crayonne un fantoche. J'ai tort. Il émanait

aussi du personnage une candeur qui le sauvait du complet ridicule. La

bonne foi rayonnait de tout son être. Il y avait en lui du gobe-mouches

et de l'apôtre, de la nigauderie et de la flamme. Cela dit, le contraste

était vraiment trop fort entre cet aspect de niais fervent et le miracle

de perspicacité que supposait la découverte dont le comte Varegnana

m'avait raconté le sagace détail. C'en fut assez pour piquer au vif ma

curiosité, et voici qu'impulsivement je tire de ma poche mon

portefeuille, de ce portefeuille une carte de visite, et je prie le

secrétaire de la remettre à mon jeune compatriote. Je comptais sur la

petite notoriété de mon nom. Je n'avais pas tort. A peine George

Courmansel eut-il pris connaissance de ma carte qu'il se dirigea vers

moi. Il avait déjà aux lèvres le banal «cher maître» dont vous vous êtes

tant moqué, quand des gens de votre monde m'en donnaient à qui mieux

mieux par la figure. Sur cette bouche de jeune homme, ces deux syllabes

prenaient une sincérité qui eût désarmé votre ironie. Visiblement, il

était heureux, presque ému, de causer avec un artiste dont il connaissait

les œuvres. Ne m'accusez pas de vanité, Madame. Vous le savez bien: je

ne suis pas un «m'as-tu vu?» du pinceau. Je vous marque là simplement un

trait de ce caractère. Cet abord suffisait pour révéler quelque chose de

si simple, de si frais, de si peu touché par la vie! Que ce naïf et ce

timide fût en même temps un de ces iconoclastes amèrement dénoncés par le

possesseur du faux Léonard, un de ces intellectuels implacables qui

professent l'irrespect comme une doctrine, qui ne reculent devant aucune

autorité, aucune tradition, c'était invraisemblable,--et je crois

discerner pourquoi--très naturel. Les iconoclastes de cette espèce, tous

les iconoclastes, peut-être, sont des dévots. Pour eux, briser une idole,

c'est servir leur foi. Celui-ci, je pus m'en convaincre par ce premier

entretien, avait l'idolâtrie, le fanatisme de _La Critique_,--avec un L

et un C plus que majuscules, gigantesques. Avant de rencontrer cet

exemplaire, si intensément significatif, je n'aurais jamais pensé qu'une

besogne aussi aride, aussi ingrate que celle d'un érudit d'art pût

provoquer des exaltations de cette violence. Laissez-moi mettre un tout

petit l et un tout petit c à ces deux mots, la critique,--et vous les

traduire: critiquer une toile, au lieu d'en jouir, comme vous, comme moi,

avec ses sens, son imagination, sa rêverie, tout son être intime enfin,

c'est l'anatomiser, c'est la disséquer ligne par ligne, grain par grain.

Puis commence, pour vérifier son origine et son histoire, un patient

travail de bureaucrate, une vie de rat de bibliothèque, des semaines de

fouilles dans des paperasses, des établissements de dossiers, des

expertises d'écriture lettre par lettre, point à point, d'indéfinies

comparaisons avec des photographies. Que sais-je? Le tout pour aboutir à

une date incertaine et à un nom contestable! Voilà ce que c'est que la

critique. Mais j'ai bien entendu feu le professeur Brouardel,--j'étais

allé à la morgue, étudier une nuance de couleur sur un cadavre, je

peignais alors mon _Ophélie_ que vous connaissez,--oui, je l'ai entendu

dire, en bourrant sa pipe, d'un pouce joyeux, et avec un accent de

triomphe: «J'ai fait aujourd'hui ma quatre millième autopsie!» Et son

visage si fin dans sa barbe rousse, déjà grisonnante, exprimait une

jubilation égale à celle de don Juan dressant la liste de ses amoureuses.

L'enthousiasme du jeune Courmansel était pareil pour me célébrer, dix

minutes après notre réciproque présentation, les ivresses de _La

Critique_, l'excellence de _La Méthode_,--encore et encore des capitales,

hautes comme des maisons américaines!--tandis que nous déambulions de

long en large à travers le hall de l'hôtel. Un Anglais, écroulé dans un

fauteuil de paille, fumait une courte pipe en bois--tout comme le

professeur Brouardel--et s'intoxiquait de soda et de whiskey en lisant le

_Times_. Deux dames américaines, vêtues à la mode d'après-demain,

jacassaient haut en nasillant. Un couple allemand se préparait à monter

dans une automobile rouge arrêtée devant la porte, et le mari réglait une

note au concierge galonné. Vous voyez le décor d'ici. L'iconoclaste, lui,

professait. J'imaginais, en l'écoutant, qu'un frisson de terreur secouait

tous les tableaux et toutes les fresques de tous les musées et de toutes

les églises de Milan. A qui le tour de perdre son peintre, parmi ces

Madones et ces Dames, ces Apôtres et ces Rois Mages?

--«Tout reste à faire, vous m'entendez, cher Maître, tout!... Je suis

arrivé à la conviction qu'il n'y a pas dix tableaux sur cent qui soient

de l'auteur auquel on les attribue, pas dix... Les plus douteux sont les

signés... Je sais. Il y a Vasari. Mais Vasari, c'est un texte à revoir

d'abord, et c'est plein de fables... Il y a les archives. C'est plein de

documents faux... Voyez la note insérée par cet abbé Pierotto dans la

marge du manuscrit Caleffino. Mais La Critique arrive, La Critique Reine

du monde, comme on devrait l'appeler bien plus justement que la fortune,

avec ses procédés infaillibles. Ce sont ceux de la Science. Que c'est

passionnant, cette recherche acharnée de la vérité, et amusant!... Quand

on a La Méthode, (décidément ce sont les mots entiers qu'il faudrait

mettre en majuscules et colorier comme faisait Barbey d'Aurevilly pour

des manuscrits) on est assuré de ne pas se tromper. Quelle joie alors que

de provoquer les clameurs des ignorants!... Le jour où je me suis permis

d'insérer dans un périodique de Paris un article affirmant que le

portrait de la femme du palais Varegnana n'était pas, ne pouvait pas être

de Léonard, vous ne vous imaginez pas le _tolle_. Je n'avais pas toutes

mes preuves, mais l'analyse bien faite d'une œuvre ne trompe jamais,

jamais!... Elles sont venues, ces preuves, et écrasantes: le dessin de

Venise, le «faux» du Monsignore, les lettres d'Andréa Solario, et enfin,

et surtout, ce portrait que le comte Pappalardo a légué à Mme la marquise

Ariosti!... En ai-je eu du bonheur? Je n'avais pas le droit d'espérer,

pour mes débuts, une découverte de cette force... Pensez qu'il y a cinq

ans, je n'étais qu'un petit élève de l'école de Rome, ne sachant pas s'il

ferait de l'archéologie ou de la numismatique... Car vous ne savez pas,

cher Maître, cette entrée dans la critique d'art, ç'a été tout un

roman...»

Il s'arrêta quelques secondes. Je venais d'écouter l'hymne de guerre du

pédant, ivre d'orgueil au milieu des ruines, j'allais recevoir les

confidences du bon jeune homme, si follement amoureux qu'il éprouvait le

besoin de crier sa joie aux passants de la rue:

--«Oui, un roman», reprit-il, «mais puisque M. le comte Varegnana vous a

parlé de moi, il a dû vous en toucher un mot. Il vous aura dit que

j'allais me marier... Il a été si bon, si accueillant pour ma fiancée! Il

a eu du mérite, car, enfin, je lui ai démoli son Léonard. Bah! Le jour

viendra, et bientôt, où il sera tout aussi fier d'avoir un Cristoforo

Saronno. Je n'aurais pas découvert ce peintre que j'affirmerais cela

aussi énergiquement, parce que c'est certain. Cristoforo comptera, il

compte déjà, parmi les plus grands... Mais je vous parlais de ma fiancée.

Elle est aussi ma petite cousine. Elle s'appelle Mlle Christiane Boudron.

Son père est ce M. Jules Boudron, dont vous connaissez certainement le

nom. Rappelez-vous. Le couturier de la place Vendôme... D'ailleurs sa

collection de primitifs est déjà classée. Vous ne l'avez jamais visitée?

Non?... A Paris, si vous me le permettez, je vous y mènerai. Vous

jugerez. Rien que des choses du quatorzième ou du quinzième, et que les

critiques peuvent passer au crible, je vous en réponds. C'est drôle,

n'est-ce pas? Un grand couturier parisien qui travaille dans les Siennois

et les Florentins de la bonne époque! Mais quand M. Boudron vint à Paris

tout jeune, il commença par fréquenter l'Académie Jullian. Il voulait

être artiste. Il a eu son roman lui aussi. Il a rencontré la mère de

Christiane. Elle était la beauté et la sagesse même. Elle travaillait

comme ouvrière chez un couturier en vogue d'alors. M. Boudron l'a aimée.

Il l'a épousée. Pour augmenter un peu les maigres ressources du ménage,

il a eu l'idée de dessiner des croquis de toilettes qu'il a soumis au

patron de sa femme. Il s'est trouvé qu'il avait le génie pour cela. Ses

croquis ont si bien réussi que Mme Boudron et lui ont eu l'idée de

s'établir à leur compte. Ils ont fondé une maison. Le succès est venu, et

prodigieux... Hélas! M. Boudron paya son bonheur bien cher. Sa femme

mourut subitement, à l'époque où ils allaient se reposer, leur fortune

faite. Il a voyagé en Italie, pour se distraire. L'artiste qui

sommeillait sous le tailleur pour dames s'est réveillé. Il a osé acheter,

et ma foi, très bien... Je ne dis pas qu'_on_ ne l'ait pas un peu aidé,

mais il a su écouter les bons conseils. Cette docilité là est aussi rare

que la compétence...»

Le pédant avait reparu, dans un sourire d'une suffisance suprême. _On_,

c'était lui. L'amoureux prit sa revanche par un autre sourire, tout

attendri, tout reconnaissant, qui me fit lui pardonner le premier, le

rictus amer et hautain du cuistre. Il continuait:

--«Depuis que je me connais, j'avais cousiné avec les Boudron. M. Boudron

et ma mère avaient le même arrière grand-père. Nous sommes tous

originaires de Saint-Claude, dans le Jura. Mais moi, le troisième fils

d'un petit greffier de province, menant à Paris la modeste existence d'un

boursier de licence, puis d'agrégation, vous comprendrez que je me

sentais gêné par les somptuosités de l'hôtel d'un commerçant

millionnaire!... Je n'osais seulement pas regarder ma cousine. C'est à

Rome, quand M. Boudron y vint, après la mort de sa femme, il y a cinq

ans, que j'ai découvert Christiane et qu'elle m'a découvert. Nous nous

sommes aimés, sans nous le dire, dès ce moment. Je me suis tourné vers la

critique d'art, pour ce motif. Étant donné les goûts de M. Boudron, j'ai

vu là une sûre manière d'entrer dans son intimité. Et j'ai travaillé!...

Il s'en est rendu compte, quand je lui ai offert d'écrire sur sa

collection un livre du genre de celui que M. Adolphe Venturi a composé

sur la galerie de M. Crespi. Ce livre est achevé. On l'imprime en ce

moment. Et puis, j'ai déniché pour cette collection deux ou trois pièces

rares. Enfin, j'ai eu mon œuf de Colomb,--j'appelle ainsi ma trouvaille,

elle était si simple!--cette résurrection de l'_Amico di Solario_, de ce

Cristoforo Saronno dont vous ne connaissez pas encore le chef-d'œuvre...

Vous verrez! Vous verrez!... Christiane a pris cette occasion pour

déclarer à son père qu'elle m'aimait et qu'elle n'épouserait personne que

moi. Nous nous sommes fiancés ici, où M. Boudron est venu, cela entre

nous, pour essayer d'acheter ce chef-d'œuvre de l'_Amico_ justement, le

portrait de femme de la marquise Ariosti. Par malheur, les journaux ont

déjà polémiqué. La marquise sait le prix de son tableau. Elle en demande

cinquante mille francs. Il en vaudra cent mille, quand mon livre sur

Cristoforo Saronno aura paru. Je compte en offrir le premier exemplaire à

Mme George Courmansel, née Christiane Boudron, le matin de notre mariage.

Mais il faut que vous voyiez ce tableau, vous. Il le faut. Mme Ariosti en

est un peu jalouse. Si elle ouvrait sa porte, l'Europe défilerait chez

elle. A moi, elle ne peut rien me refuser. Dès demain j'aurai arrangé

cette visite...»

V

Je devais, en effet, grâce à cette toute puissante protection, le voir de

tout près, ce portrait dont je ne doute pas qu'il ne perpétue à jamais la

gloire de l'_Amico di Solario_ et de son découvreur, mais dans quelles

conditions de comique fantasmagorie! Cette visite chez Mme Ariosti n'eut

lieu que le surlendemain. Avant d'y arriver, laissez-moi, Madame, prendre

le chemin des écoliers et vous silhouetter encore deux acteurs essentiels

dans la petite comédie que je vous raconte. Vous avez deviné qu'il s'agit

de M. et de Mlle Boudron. Je ne connaissais George Courmansel que depuis

quelques heures; déjà il m'avait présenté à son futur beau-père et à la

jeune fille, avec la même bonhomie cordiale qui lui avait fait me

raconter aussitôt l'idylle de ses fiançailles. J'étais dans le hall de

l'hôtel, en train de me balancer sur un fauteuil à bascule après dîner,

et d'imiter l'Anglais de l'après-midi, sauf qu'au lieu de pipe je fumais

un cigare. Au lieu de whiskey et de soda, je m'empoisonnais d'un vitriol

savamment jauni dans un laboratoire, puis monastiquement baptisé du nom

de chartreuse. Je vois apparaître Mons Courmansel, le nez à l'évent,

comme toujours, et ses gros yeux bleus aux aguets derrière ses lunettes

serties d'or. Il m'aperçoit et il fonce sur moi, comme sur un Cristoforo

Saronno:

--«Je vous cherchais,» me dit-il. «M. Boudron voudrait tant faire votre

connaissance!... C'est un de vos grands admirateurs, mon cher Maître. Si

vous me permettez, je vous conduis dans son salon. Il vous attend.»

Vous m'avez souvent reproché, Madame, ce que vous appelez

irrévérencieusement le «chipisme» des artistes et des gens de lettres

dans le monde. Vous prétendez que nous ne nous trouvons jamais traités

avec assez de déférence. Avons-nous si tort? On nous y donne trop

volontiers le rôle de la bête savante que l'on promène au doigt et à

l'œil pour amuser l'honorable société. Sur ce chapitre, les bourgeois

valent les ducs. M. Boudron trouvait fort naturel de m'inviter à monter

chez lui, par un tiers, tout comme les grandes dames habillées par lui

avaient dû trouver naturel de le convoquer à domicile. Qu'est-ce qu'un

peintre pour un millionnaire? Un ouvrier en couleurs qu'il paie quinze ou

vingt mille francs le portrait. Le procédé était si peu cérémonieux que

j'hésitai une minute, pour céder devant la supplication du visage de

Courmansel:

--«J'ai promis de vous amener...» insistait-il. «Vous me ferez gronder,

si je n'arrive pas à vous décider...»

Une terreur passait devant ses yeux, qui excita, je dois vous l'avouer,

ma curiosité plus que ma pitié. On ne devient pas un portraitiste

professionnel, sans développer en soi un goût de la nature humaine qui

doit être, j'imagine, celui des vrais romanciers. Au fond, cette petite

histoire sentimentale, si bizarrement emmêlée à des préoccupations de

critique d'art, m'intéressait déjà. Qui donc était cette fille d'un

commerçant enrichi, assez originale pour vouloir, avec sa dot, épouser ce

pédantesque maniaque, digne d'enseigner l'esthétique à Kœnigsberg ou à

Tubingue, chez les barbares? Qui, ce commerçant lui-même, cet ancien

rapin transformé en grand couturier? J'acceptai donc de suivre le fiancé.

Il m'introduisait quelques instants plus tard, dans un salon d'hôtel.

Devant une table et les débris d'un dessert, un homme de mon âge et une

jeune fille, étaient installés, lui en _smoking_, elle en toilette du

soir, au lieu que George Courmansel n'avait pas quitté sa jaquette et ses

bottines jaunes de l'après-midi. Moi-même je m'étais mis aussi en

_smoking_, machinalement, parce que mon domestique m'avait préparé mes

vêtements. Je ne prévoyais guère que cette involontaire élégance vaudrait

à mon barnum un coup de boutoir immédiat. J'allais dès la première minute

savoir le degré de bienveillance avec lequel le père de Christiane

traiterait son gendre! Les phrases de banale politesse étaient à peine

échangées que M. Bourdron se tournait vers Courmansel, et, ironiquement,

avec cette gouaillerie brutale particulière aux gens riches de médiocre

éducation:

--«Hé bien! George. Il me semble que M. Monfrey n'est pas un bourgeois,

et vous voyez qu'il s'habille le soir?... C'est une vieille querelle que

je fais à ce grand garçon», ajouta-t-il en se retournant vers moi: «Je

lui dis toujours: un intellectuel peut être un homme du monde...»

--«George a tant à travailler, en ce moment, pour finir son livre,»

interrompit la jeune fille, d'une voix qui, aussitôt, me la rendit

chère,--la voix de ses yeux, si vrais, si loyaux, si tendres! J'ai su

depuis qu'elle avait vingt-quatre ans déjà. Elle en paraissait à peine

dix-huit. Tout en elle n'était que grâce et fragilité. Elle avait une

petite tête de statuette grecque sur des épaules un peu trop minces, des

traits délicats d'une finesse comme miniaturée. Si j'avais pu écouter son

cœur, en ce moment, je l'aurais senti palpiter d'émotion. La rude

apostrophe à son fiancé la frappait comme d'un choc. Évidemment le père

avait pour elle cette affection profonde qu'inspirent aux êtres très

robustes ces créatures qui semblent trop grêles pour la vie. Il ne la

comprenait pas assez pour lui épargner les secousses de ses brusqueries.

Il l'aimait trop pour ne pas lui céder, dès qu'elle lui parlait avec

cette voix, un peu étouffée, où son instinct paternel devinait une peine,

sans que sa grossièreté native lui permît de passer de l'effet à la cause

et de corriger ses manières trop brusques. Que j'en ai connu, de ces

pères et de ces maris, d'étoffe rude, de tempérament épais, et qui se

trouvaient avoir, celui-ci pour fille, celui-là pour femme, de ces

créatures toutes pareilles aux mimosas, à ces plantes animalement

sensibles, qu'un froissement fait frissonner, se contracter! Que j'en ai

vu, de ces fleurs vivantes, dépérir, se faner, au voisinage constant

d'êtres trop bruyants, trop affirmatifs, trop forts, qui leur faisaient

du mal par leur simple existence, sans même s'en douter, qui les tuaient,

quelquefois en les chérissant! Cette différence foncière de nature avait

dû être la tragédie secrète du foyer du veuf. Ainsi s'expliquait l'amour

de la jeune fille pour son cousin. Elle avait été prise par ses manières

douces et conciliantes, par ce caractère de savant, combatif dans le seul

domaine des idées, et, pour tout le reste, incertain jusqu'à la

faiblesse, ennemi de l'action jusqu'à la pusillanimité. Devant la phrase

agressive de M. Boudron, Courmansel demeurait décontenancé, très rouge,

et il balbutiait avec un sourire contraint:

--«Mais si je ne me suis pas habillé, ç'a été pour ne pas vous faire

attendre, Christiane et vous...»

--«Et moi,» dis-je à mon tour en m'adressant au couturier collectionneur,

«si je n'avais pas pensé que je pouvais aller ce soir au palais

Varegnana, je ne me serais certes pas harnaché de la sorte...»

--«Vous connaissez M. le comte Varegnana, monsieur?» interrompit de

nouveau la jeune fille. Elle m'avait coulé un regard d'une reconnaissance

émue, pour l'appui donné à son fiancé, et tout de suite elle s'emparait

de la phrase que j'avais prononcée, non sans intention. Elle essayait de

mettre l'entretien sur un terrain où M. Boudron et George Courmansel

s'entendissent et où brillât celui qu'elle aimait. Nul doute qu'elle ne

fût un peu humiliée du rôle inférieur imposé par son père au jeune homme.

La facilité de ce dernier à l'accepter ne lui plaisait guère plus. Le

subtil génie féminin est ainsi: on dirait qu'il possède un sens spécial

pour apprécier, dans les rapports d'homme à homme, ces nuances qui

manifestent les affirmations ou les reculs d'une personnalité vis-à-vis

d'une autre. Et elle continuait: «Vous avez vu chez lui le portrait

attribué faussement à Léonard de Vinci, et dont George a découvert le

véritable auteur? N'est-ce pas, l'on éprouve une intime satisfaction à

voir un génie ignoré reconquérir l'honneur qui lui était dû?...»

Ses douces prunelles, si clairement brunes dans son teint d'une jolie

pâleur, s'étaient tournées, cette fois, vers l'initiateur de cette

justice posthume. Courmansel lui dit merci par le rougissement de plaisir

avec lequel il accueillit cet éloge. Il avait senti qu'elle voulait

réparer le procédé par trop familier de son père. Il l'aimait autant

qu'il en était aimé. Le père n'observait pas le manège muet des fiancés.

Mais à la manière dont il me regarda, de son côté, tandis que sa fille

hasardait cette allusion directe à la grande découverte de son futur

gendre, ses sentiments pour le jeune homme achevèrent de s'éclairer pour

moi. Il subissait la suggestion de Christiane, et quelque chose en lui

luttait encore. Il admirait Courmansel, comme il eût accepté un effet de

commerce douteux, «sous toutes réserves». Il y avait entre eux cet

antagonisme radical des tempéraments qui veut qu'un chat et un chien, mis

en face l'un de l'autre, s'affrontent aussitôt. M. Boudron était un type

accompli d'un certain bourgeois Parisien de nos jours: par sa tenue, très

astiquée, la coupe militaire de ses cheveux en brosse, une sveltesse

relative de ses mouvements, due au massage et à l'escrime, il donnait

l'idée de ce que j'appelle «l'homme des répétitions générales»--«l'homme

des premières» ayant rejoint depuis longtemps le «boulevardier» au pays

des vieilles modes. Les personnages de ce type, tiennent du viveur, de

l'artiste et du _sportsman_. J'eus l'impression très vite que M. Boudron

copiait quelqu'un. En cherchant bien, je reconnus qu'il imitait le genre

de mon confrère Maxime Fauriel, le pastelliste. Il a pris à Maxime son

port de tête, ses intonations un peu sèches, sa barbe taillée en pointe,

à la Henri III, son monocle carré et attaché par un large ruban de moire

qu'une agrafe d'or pique au gilet. Mais Fauriel garde, à travers tout ce

cabotinage, sa physionomie spirituelle et aisée de gamin de Paris, au

lieu que son faux-sosie laissait deviner à chaque geste, à chaque

parole, de la tension à la fois et de l'incertitude. Il n'était pas sûr

de ses effets. Cependant l'habitude des succès dans une carrière ne va

pas sans de réelles supériorités d'intelligence et d'énergie. Le notable

commerçant en avait conscience, et cette hésitation dans son personnage

joué n'empêchait pas chez lui l'orgueil profond de l'individu habitué à

commander. Il avait entrepris sa galerie par un curieux mélange de

sentiments: le ressouvenir de ses premières ambitions d'apprenti peintre,

la gloriole d'être cité dans les journaux et de faire les honneurs de ses

tableaux à des amateurs célèbres, l'idée aussi de la «grande vente» en

cas de revers de fortune. George Courmansel, en l'aidant de ses conseils,

comme il s'en vantait, pour quelques achats, l'avait tout ensemble

subjugué et humilié. Très sensible à ce défaut du laisser-aller extérieur

que l'absorption dans leurs idées entretient aisément chez les hommes

d'étude, Boudron nourrissait contre le talent du fiancé de sa fille une

hostilité combattue par une involontaire déférence. De là cette curiosité

aiguë de son regard. Il allait savoir comment moi, un peintre arrivé,

commandeur de la Légion d'honneur, exposé au Luxembourg, je jugeais la

soi-disant découverte du critique, à la veille de révolutionner

l'histoire de l'art. Et puis mon opinion pouvait avoir son influence sur

une décision très importante. Le couturier, millionnaire mais avisé,

hésitait encore à payer cinquante mille francs le tableau légué par feu

le comte Pappalardo à la marquise Ariosti. Son expression se fit plus

avenante pour le conseilleur de cet achat quand j'eus déclaré, appuyant

de ma complaisance, à demi sincère, l'enthousiasme de Christiane:

--«Oui, Mademoiselle, j'ai vu ou plutôt revu ce portrait de femme. Il me

restait dans la mémoire comme si remarquable, que je me suis arrêté à

Milan, un peu à cause de lui... Varegnana m'a raconté par quelles

merveilles d'ingéniosité M. Courmansel a déterminé l'origine de cette

peinture. Je suis de votre avis: redresser l'injustice de la postérité

envers un artiste méconnu, c'est une très noble mission et bien digne

qu'un homme de cœur y consacre sa vie.»

--«Vous me comblez, cher Maître,» dit George Courmansel, «mais je vous

avoue que je n'ai pas des ambitions si hautes. Les besognes de la Science

ne sont ni nobles ni le contraire. Elles sont vraies...»

--«C'est le point où je me sépare de lui, Monsieur Monfrey,» reprit à son

tour M. Boudron. «Je ne suis qu'un commerçant, mais j'aime les tableaux

pour eux-mêmes, parce qu'ils sont beaux, comme on aime les fleurs, les

femmes, la musique, le vin, tout ce qui exalte, tout ce qui grise. George

aime les tableaux comme un botaniste aime les plantes, pour les mettre

dans ses herbiers et les étiqueter. Mon système est le bon. Qu'il soit de

Léonard ou de Cristoforo, le portrait Varegnana n'en est ni plus

admirable, ni moins. Ai-je raison?»

--«Tu ne voudrais pourtant pas que ton Jean Bellin, celui que George t'a

trouvé, ne fût pas authentique?» interrogea malicieusement Christiane.

«Moi aussi papa, ai-je raison?»

--«Mon Bellin?» s'écria le père. «Il n'y a pas moyen de le discuter,

celui-là, avec sa signature en capitales dans son cartouche et une des

deux _L_ plus haute que l'autre... Mais voulez-vous en voir la

photographie?» me demanda-t-il. «George, sonnez donc pour que l'on

desserve...

--Bon. Merci...»

La diplomatique jeune fille avait de nouveau employé, pour couper court à

la discussion, le plus sûr moyen. Quand le collectionneur eut commencé

d'ouvrir, sur la table devenue libre, le portefeuille qui contenait, avec

la reproduction du Bellin, celle de toutes les pièces de son musée, il

parut oublier jusqu'à l'existence de son futur gendre. Ses mains de

rhumatisant, aux doigts noués par les excès de bonne chère et l'absence

d'exercice, mettaient, à étaler les épreuves, les unes après les autres,

le même soin que jadis à ouvrir des pièces de soie tissées spécialement à

Lyon devant les clientes émerveillées.

Il y avait pour moi quelque chose de pathétique, et qui me fit lui

pardonner ses rudesses, dans sa visible piété de demi-ignorant pour les

œuvres, vraiment très rares, dont son argent, gagné au rebours de sa

vocation première, le faisait possesseur. J'admirai aussi que, dans ce

commencement du vingtième siècle, l'Italie, cette Italie fouillée,

refouillée, raclée par toutes les avidités de tous les amateurs des deux

mondes, fût encore si riche? En quelques années un nouveau venu avait pu

y découvrir ce Jean Bellin, une très authentique et très saisissante

_Transfiguration_, digne de celle du musée Correr, à Venise,--une

esquisse d'Andrea del Sarto--un indiscutable _Saint Sébastien_, de ce sec

et vigoureux Ferrarais, Cosimo Tura,--une non moins indiscutable

_Nativité_, de Francesco di Giorgio Martini, le Siennois,--enfin une

dizaine de merveilles, dont leur récent acquéreur était justement fier.

De chacune il avait sept ou huit photographies, représentant l'ensemble

et les détails. Tandis qu'il me les nommait, tantôt lui-même, tantôt sa

fille, tantôt Courmansel énonçaient des impressions. Rien qu'à ces

remarques, j'aurais pu deviner le drame latent de ces fiançailles. Les

deux hommes manifestaient une irréductible antithèse de nature, par leur

seule façon de réagir devant ces chefs-d'œuvre. Ils les aimaient certes

l'un et l'autre, mais si différemment! Et quel tact la jeune fille

mettait à sans cesse éviter les heurts par des questions à côté!

Rieuse,--mais un petit tremblement de ses lèvres démentait ce rire,--elle

disait: «Tu te rappelles, père, quand nous sommes allés dans cette villa

près de Sienne, où l'on nous avait raconté qu'il y avait des tableaux

anciens?... Et le cocher qui nous expliquait pourquoi un château se

nommait _Belcaro_? Beau, mais cher.--_Bel ma caro_, aurait dit le général

Espagnol qui l'avait pris après un sanglant assaut...» C'était pour moi

qu'elle évoquait ce souvenir,--en apparence. Elle disait encore: «C'était

le jour anniversaire de ma vingtième année que tu as acheté cette

_Daphné_ que George attribue aujourd'hui à Bramantino? Tu en avais tant

de désir avant et tant de plaisir après, que tu as oublié de me souhaiter

ma fête. Est-ce vrai?...»

--«C'est vrai,» répondit le père, «mais aussi, cher Maître, quelle grâce

dans cette Daphné! Est-ce une _mâtine_, hein? Quelle jolie manière de

poser ses _petons_! Et dans ses cheveux qui se changent en branche,

quelle souplesse!... Et cet Apollon, quel _gaillard_!...»

--«Je ne l'attribue pas à Bramantino», dit le fiancé qui souligna sa

certitude: «Elle est de Bramantino. Les mains et les oreilles ne

permettent pas le doute: ces mains aux doigts longs, fuselés, maigres,

les deux premiers réunis, les deux seconds écartés, ces oreilles, longues

aussi, avec le lobe d'en bas très développé, presque pointu... Tenez, je

vais vous montrer dans le livre de Morelli...» Et, avisant sur une

console un volume fatigué par un quotidien usage, il me désignait une

série d'oreilles et de mains, données comme exemples par l'auteur. Des

notes au crayon couvraient les marges. Elles étaient de son écriture.

«J'ai indiqué plusieurs autres tableaux dont Morelli ne parle pas, où les

mêmes signes se retrouvent...» Il y avait là tout un symbole. Courmansel

n'arrivait aux arts qu'à travers le document imprimé. Boudron y allait

franchement, directement, mais sans s'affiner. _Mâtine_, _gaillard_ et

_petons_ manquaient par trop de quattro-*centisme. Et pourtant comme

cette manière un peu commune de sentir était un guide plus sûr que

l'érudition de l'autre! Le tailleur pour dames devait, dès ce soir-là,

donner de cette sagacité instinctive une preuve dont je n'ai saisi la

valeur que plus tard. A un moment, et comme Christiane ramassait les

cartons que nous avions fini d'examiner, pour les ranger de nouveau dans

le porte-feuille, je demandai au fiancé:

--«Vous ne pourriez pas me montrer une reproduction du portrait de la

galerie Ariosti?»

--«Je n'en ai pas», répondit-il, un peu penaud. «Cela me gêne beaucoup

pour mon livre. La marquise refuse d'en donner les photographies, même à

moi. Je vous ai dit déjà qu'elle était un peu jalouse de ses tableaux.»

--«Et elle laisse vendre dans les boutiques des reproductions de tous les

autres en cartes postales!»... interrompit M. Boudron. «Est-ce que cela

ne vous paraît pas louche, cher Maître?»

--«C'est qu'elle n'en a pas un second de cette importance», dit vivement

Christiane. «Personne ne pensait auparavant à visiter sa galerie. Il n'y

avait là que des choses de second ordre. Maintenant, si elle ne fermait

pas sa porte, l'Europe et l'Amérique y défileraient. Pensez donc, une

telle découverte!»

--«C'est possible», reprit le père, «mais elle ne se conduirait pas

autrement, si elle doutait de l'authenticité du tableau.»

--«Ah!» s'écria George Courmansel avec un sourire de triomphe, «comme je

voudrais qu'elle en doutât! Nous aurions ce chef-d'œuvre pour un morceau

de pain...»

--«Au lieu qu'elle en veut cinquante mille francs», dit le couturier

collectionneur. «Je n'ai payé mon Jean Bellin que dix mille.»

--«On ne savait pas que c'était un Jean Bellin», répliqua le jeune

homme... «Mais aussi vrai que c'est un Jean Bellin, aussi vrai ce

portrait du palais Ariosti est de Cristoforo Saronno, et je vous l'ai

déjà dit, c'est cent mille francs qu'il vaudra dans dix ans. Allez, M.

Ralph Kennedy ne tournerait pas autour, si je me trompais... C'est un

millionnaire américain qui ravage l'Italie depuis cette année. Le mot

n'est que juste. Vous ne soupçonnez pas ce qu'il a déjà enlevé!»

--«Mais qui nous a parlé des intentions de Kennedy? Mme Ariosti. Nous

savons, nous, qu'il est à Milan, et c'est tout. Je me défie de cela

encore... Mais, cher Maître, vous verrez le tableau. Que ce soit une

bonne chose, je ne dis pas. La tiare du Louvre aussi était une bonne

chose.»

--«Je vous l'avais déclarée fausse dès le premier jour», interrompit

Courmansel, «et ce n'était pas ma partie.»

La dame qui a perdu son peintre · 第 13 / 83 题