Les _Roses_, de Mlle Adèle de la Porte; les _Légumes_, de M. Horace

Pagez; les _Lilas_, de M. Maistan,--un suspect qui n'est pas dans le

catalogue!--le _Gibier_, de Mlle Aglaé Laurandeau (suspecte); les

_Pêches_, de M. Leroy (suspect); les _Roses et Marguerites_, le

_Seringat_, de M. Charles Laass d'Aguen; le _Citron_, de Mlle Louise

Darru; les _Pieds de cochon_, les _Oeufs et le Fromage_, de M. Graham,

et enfin le _Dessert_, de Marie Thibault, composent un festin complet et

charmant, aussi agréable au goût qu'aux yeux.

Il faut que Messieurs du jury aient le palais--de l'Institut--difficile.

N'avoir pas voulu goûter ces excellents mets et ces beaux fruits parmi

ces fraîches fleurs, avoir repoussé la peinture à la Sainte-Menehould de

M. Graham, fait supposer des estomacs et nez bien blasés.

L'Exposition des Reçus et des Refusés est terminée depuis le 1er

juillet dernier. La distribution des prix ou médaille et récompenses

sera faite le 6 juillet.--Les Refusés doivent avoir des chances!

Un décret du 23 juin dernier, inséré au _Moniteur_, a fait savoir que

dorénavant l'Exposition de peinture, de sculpture et d'architecture aura

lieu chaque année, du 1er mai au 1er juillet.

Les Refusés ne sont probablement pas compris dans ce décret, ce qui veut

dire que le jury ne sera plus troublé, continuera, comme par le passé, à

taper à l'aventure, et que les choses iront comme devant.

Quand donc lirons-nous le bienfaisant décret qui supprimera le jury?

Finissons ce chapitre par l'annonce d'une grande nouvelle.

Le tableau de Courbet, _les Curés ivres_, déjà célèbre, quoique non vu,

va commencer son tour du monde par l'Angleterre.

Le maître-peintre consciencieux veut, avant le départ, mettre une

perfection minutieuse dans les moindres détails de son oeuvre. Il s'est

remis dessus et cherche des défauts. Il ne veut pas qu'un seul critique,

un amateur, ni même qu'un artiste puisse y trouver une petite bête. Il

considère ce tableau comme son meilleur et veut le faire ainsi

considérer par tout le monde.

Nous suivrons de loin ce tableau dans ses pérégrinations, et nous

tiendrons nos lecteurs au courant de ses aventures et de ses effets.

Dès à présent, nous savons qu'il sera exposé à Londres et qu'il y aura

grand meeting.

* * * * *

VII

=SOMMAIRE=

Enterrements de toutes classes.--Une odeur de cuir chaud.--M.

Briguiboul ne sera plus Refusé.--L'honneur est le seul vrai

salaire.--Morceau éloquent.--Un maréchal qui a raison.--Il a

tort.--Les peintres ont mal compris.--On lit dans le _Moniteur_.

* * * * *

La distribution _solennelle_ des croix et des médailles d'honneur, des

médailles de 1er, 2e et 3e classes, des mentions honorables et

des _rappels_ de médailles aux peintres, architectes, sculpteurs,

graveurs et lithographes, est enfin terminée.

Les discours ont passé «comme un parfum d'été.»

M. Briguiboul est le seul Refusé qui ait obtenu (non à cause de cette

qualité) une médaille de 3e classe.

Si l'on admet ce principe absurde qu'une récompense est due à un

artiste parce qu'il a du talent,--comme si la vraie, la seule récompense

pour un artiste n'était pas d'avoir du talent ou même du génie,--on

attribuera le don de cette 3e médaille au tableau mythologique de M.

Briguiboul, qui est parmi les oeuvres refusées et non au tableau reçu.

C'est pourtant ce dernier qui a valu à son auteur le grand honneur de

3e classe dont nous venons de parler.

Les jours de distribution de prix, les lycéens ne sont pas plus heureux

et plus émus que les artistes ne le sont quand un ministre ou un

maréchal leur octroye, dans une cérémonie _solennelle_, au nom de

l'Empereur, des récompenses diverses.

Quant à moi, si j'étais guerrier, je ne combattrai que pour

combattre,--parce que ce serait mon devoir,--et non pour obtenir un

grade ou une croix; peintre, je ne peindrai que pour faire de beaux

tableaux--et non pour être applaudi ou récompensé; travailler pour

soi-même me paraît une superbe maxime que je voudrais lire en lettres

d'or sur champ d'azur chez tous les artistes.

Arriver à être content de soi, à savoir, à être sûr qu'on a bien fait,

est la vraie gloire, la seule durable, la seule que se transmettent les

hommes de génie, frères de celui qui l'a conquise.

Quel jury, quel souverain pourraient me donner tort ou raison contre

moi-même. Quoi!--il dépendrait d'un homme parvenu--ou de

plusieurs--d'annihiler mon oeuvre ou d'augmenter sa valeur! J'oserais me

dire artiste et je n'aurais pas d'opinion! Le jugement même d'un grand

homme prévaudrait contre le mien, quand je sais, quand j'ai appris,

étudié, travaillé, quand j'ai vécu et fait mon oeuvre! Non, mille Dieux!

répondrais-je. Je suis libre, je sens, je suis convaincu, je discute et

je maintiens ce que j'ai fait!

D'autre part, comment pourrait-on établir la justice et la justesse des

condamnations et des récompenses en matière d'art?--Il est inutile de

recommencer à démontrer l'impossibilité des censures et des jurys.

La magistrature artistique infaillible n'est pas encore éclose. Dès lors

un peintre médaillé, homme consciencieux, s'appréciant à sa valeur

exacte,--s'il est possible,--pourra-t-il supporter de sangfroid qu'un

peintre de sa valeur ou plus fort que lui n'ait pas reçu la même faveur?

Croit-on que beaucoup d'académiciens pouvaient, sans rougir, frotter de

leurs habits à palmes, en passant, le paletot de Balzac?

Non, non.--Il est d'éternelles vérités toujours bonnes--et inutiles à

dire,--dont on ne profite guère, soit, mais que les cérémonies, les

solennités et toutes les fausses grandeurs ne renverseront pas.

Le discours de M. le maréchal Vaillant, ministre des Beaux-Arts, a ceci

de particulier que, pour la première fois peut-être, on a pu entendre

l'éloge officiel de l'invention, de l'originalité. Dans les phrases

_d'un vieux soldat_, l'armée devait naturellement avoir quelques mots.

Mais nous ne sommes pas de l'opinion de M. le maréchal quand il parle du

_jury éclairé_ et quand il affirme que _le public est toujours empressé

d'accueillir une tentative originale_.

Quelques allusions aux peintres refusés se glissent dans le discours de

M. de Nieuwerkerke, qui a repoussé _l'excentricité_ avec dédain.

Je crois, moi, que l'_excentricité_ est une rare faculté en Art que n'a

pas qui veut, et contre laquelle conséquemment il est peu urgent de se

mettre en garde.

Certaines parties du discours de M. de Nieuwerkerke ont été interprétées

par les artistes comme des promesses de liberté pour les Expositions à

venir, et pour ce vivement applaudies.

Beaucoup d'artistes, et des meilleurs, désirent et demandent la

suppression du jury et la liberté des Expositions. C'est trop juste, et

cela se fera.

Voici, d'après le _Moniteur_, le compte-rendu de la cérémonie et les

discours:

DISTRIBUTION SOLENNELLE

DES

=RÉCOMPENSES DÉCERNÉES AUX ARTISTES=

APRÈS L'EXPOSITION DE 1863

La distribution des récompenses aux artistes qui ont pris part à

l'Exposition de 1863 a eu lieu hier, à une heure, au Palais de

l'Industrie.

S. Exc. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur et des

Beaux-Arts, a présidé la cérémonie. Il était accompagné de M. Alphonse

Gautier, conseiller d'État, secrétaire général du ministère de la Maison

de l'Empereur et des Beaux-Arts, et de M. le lieutenant-colonel

Monrival, son aide de camp. Il a été reçu, à son arrivée au Palais, par

M. le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, assisté de M.

Courmont, chef de la division des Beaux-Arts, de MM. les inspecteurs

généraux des Beaux-Arts, de M. le marquis de Chennevières, conservateur

adjoint au Musée du Louvre, chargé du service des Expositions.

A droite et à gauche de l'estrade d'honneur se sont placés les membres

du jury, les conservateurs et conservateurs adjoints des Musées

impériaux, et les fonctionnaires supérieurs du service des Beaux-Arts.

A une heure, la séance ayant été déclarée ouverte, S. Exc. le maréchal

Vaillant s'est levé et a prononcé le discours suivant:

«Messieurs,

«C'est un vieux soldat qui vous remet, cette année, les récompenses

accordées par l'Empereur à tous ceux dont les travaux honorent le

pays. L'armée, vous le savez, a souvent bien mérité des artistes.

Vous lui devez quelques-uns de ces chefs-d'oeuvre que-vous admirez

et que vous prenez pour modèles; et naguère encore vous l'avez vue,

à Rome, suspendant les coups qui pouvaient porter le ravage dans

ces sanctuaires des arts, objets de juste vénération. Aujourd'hui,

ma tâche est facile: je viens proclamer les décisions d'un jury

éclairé, confirmées par ce jury sans appel qu'on nomme le public.

En aucun pays ses arrêts ne sont plus autorisés qu'en France, parce

qu'en France il n'y a personne qui ne s'intéresse à vos travaux.

Laissons la médiocrité orgueilleuse accuser le goût du siècle et

déplorer ses changements et ses caprices.

«Les artistes, messieurs, trouveront toujours le public empressé

d'accueillir une tentative originale, parce que l'invention est une

des plus précieuses qualités de l'art. S'ils rencontrent de la

sévérité lorsque, pour suivre la vogue, ils renient leurs propres

convictions; si, traités d'abord avec bienveillance, ils sont vite

abandonnés, c'est justice. Le public a toujours maudit, avec le

poète, le troupeau servile des imitateurs. Il avait applaudi à de

brillantes promesses, il retire sa faveur à qui ne les a pas

tenues.

«Notre siècle, assurément, n'est pas de ceux dont les artistes

aient à se plaindre. Je ne vous rappellerai pas la constante

protection dont ils sont l'objet de la part de l'Empereur; les

richesses nouvelles acquises par ses ordres pour nos Musées, les

grands travaux exécutés dans la capitale de l'Empire. Qu'il me soit

permis de vous faire remarquer seulement que l'absence de préjugés,

l'éloignement pour la routine, le dégagement de toutes traditions

étroites, sont devenus les principes de la critique moderne. Plus

heureux que la plupart de vos devanciers, vous n'avez plus à vous

débattre contre des règles absolues que de glorieuses écoles ont

souvent laissées après elles. Aujourd'hui, qu'on poursuive l'étude

de la nature jusque dans ses trivialités ou qu'on s'applique à

rechercher un idéal poétique, tous les efforts consciencieux sont

appréciés, et jamais le mérite d'un ouvrage ne sera contesté pour

n'avoir pas l'autorité d'exemples anciens. Cette disposition, qui

laisse aux artistes la plus complète liberté pour suivre leurs

tendances et leurs inspirations, ne doit pas leur faire oublier les

difficultés nombreuses de leur carrière. A moins de s'être préparé

par de fortes études, il est imprudent de tenter des routes

nouvelles, et, si j'ose me servir ici d'une comparaison empruntée à

mon métier, je dirai qu'il n'appartient qu'aux soldats aguerris et

disciplinés de tout oser avec l'espoir fondé de réussir.

L'observation constante de la nature, les méditations patientes

devant les oeuvres des maîtres, voilà les plus sûrs moyens

d'obtenir des succès durables. Telle a été l'éducation de ceux de

vos prédécesseurs qui ont conquis une juste renommée; telle je

voudrais que fut l'éducation de tous nos artistes.

«Vous avez désiré que des Expositions plus fréquentes permissent à

vos juges naturels de suivre, pour ainsi dire pas à pas, vos

efforts et vos progrès. Le comte Walewski, mon honorable

prédécesseur, qui, pendant son administration, a donné tant de

preuves de sa sollicitude pour vos intérêts, qui s'est montré si

jaloux de multiplier les moyens d'encourager vos travaux, a porté

votre désir à la connaissance de l'Empereur, et Sa Majesté a

ordonné la réalisation de cette mesure. Une année ne se passera

donc pas sans que cette enceinte reçoive vos oeuvres nouvelles.

J'ai la confiance que ces Expositions annuelles répondront à votre

attente, comme à celle du Gouvernement, grâce à vos efforts et au

concours du surintendant des Beaux-Arts, qui vient de recevoir de

la confiance de l'Empereur une mission plus élevée, et qui vous

aidera d'autant plus sûrement de ses conseils et de son autorité

qu'il est sorti de vos rangs et qu'il vous appartient toujours par

ses oeuvres.

«Pourquoi faut-il qu'un douloureux souvenir attriste la joie de

cette fête! Moins que personne et moins ici que partout ailleurs,

au milieu de ces toiles animées qui nous parlent de combats et de

victoires, je ne puis oublier que, dans le cours même de cette

année, il y a quelques mois à peine, l'armée des arts perdait l'un

de ses plus illustres maréchaux.

«Vous l'avez reconnu, messieurs, et vos coeurs ont nommé avant moi

le troisième, le dernier, le plus grand des Vernet.

«Peintre de l'épopée impériale, Horace Vernet, dans son inépuisable

fécondité, s'est associé à tous les triomphes de la France. Pendant

une longue vie, qui égala presque celles du Titien et de

Michel-Ange, cet infatigable créateur ne cessa pas un jour de

travailler, et, sans jamais avoir vieilli, ne s'arrêta que pour

mourir!

«Nul plus que lui, sans doute, n'aurait eu droit à d'éclatantes

funérailles; le peuple eût porté l'artiste populaire à sa suprême

demeure; jeunes et vieux, les soldats de l'Empire eussent voulu

honorer encore celui qui avait reproduit tous leurs combats et

popularisé toutes leurs victoires; et vous, messieurs, ses

derniers élèves, ses premiers admirateurs, quelle escorte vous

eussiez faite à sa cendre!

«Il ne l'a pas permis. Lassé de la gloire, il a refusé pour sa

tombe tous les hommages; mais dans cette tombe il a emporté tous

les regrets.

«Ce que la reconnaissance du pays n'a pu faire alors, messieurs,

l'Empereur, inspiré par sa grande âme, l'avait fait d'avance en

accordant à votre vieux maître, à mon vieil ami, un honneur si

exceptionnel qu'il est presque unique dans l'histoire de l'art.

«Que l'exemple vous soutienne, messieurs, et que la récompense vous

encourage. Il est bon, au début de la carrière, de se fortifier

pour la lutte, et rien ne rehausse le coeur comme le spectacle du

travail accompli, du succès mérité et de la gloire obtenue.»

Ce discours a été plusieurs fois interrompu par des salves

d'applaudissements.

M. le comte de Nieuwerkerke a pris ensuite la parole et s'est exprimé en

ces termes:

«Messieurs,

«A l'heure où les questions d'art deviennent plus graves parce

qu'elles deviennent plus générales, l'Empereur, en réunissant dans

le ministère de sa Maison tous les services des Beaux-Arts, en les

confiant à un maréchal de France à la fois homme de science et

de goût, a voulu, pour ainsi dire, les rapprocher encore de Lui.

«Déjà une mesure essentiellement libérale a été prise cette année

en faveur d'un grand nombre d'artistes. Ils la doivent, vous ne

l'ignorez pas, à la sollicitude de l'Empereur. Avec cette

bienveillante initiative qui distingue chacun de ses actes, notre

auguste Souverain a appelé tous les artistes à partager le grand

jour de la publicité. Il a pensé que le moment était venu de donner

cette satisfaction au public, aux artistes, aux membres du jury

eux-mêmes. C'est donc à tous ceux dont les oeuvres ont été exposées

que je m'adresse aujourd'hui, à ceux dont les noms sont inscrits au

catalogue officiel, comme à ceux pour lesquels des salles

particulières ont été ouvertes.

«Nous sommes heureux de constater le redoublement d'activité qu'a

produit le Salon de 1863. Il nous donne la preuve de l'intérêt

croissant que l'art inspire; le nombre des visiteurs pendant la

semaine a été plus considérable que les années précédentes, et

chaque dimanche, 30 à 40,000 personnes, profitant de ce jour de

repos, se sont empressées de venir contempler vos travaux.

«Vous répondrez à ce précieux encouragement de la foule, messieurs,

et nous aurons bientôt à enregistrer, à côté de noms déjà célèbres,

d'autres talents qui seront une illustration de plus pour l'époque

où nous vivons. Quand on voit constamment grandir l'élite vaillante

de notre école, quand on mesure sa moyenne fort élevée, il est bien

permis de caresser un pareil espoir.

«Nous qui suivons vos progrès avec une attention soutenue, nous

reconnaissons que jamais dans l'École française il n'y a eu une

somme de talent si générale; cependant nous ambitionnons une

supériorité plus haute encore. Ne vous méprenez pas sur notre

pensée, messieurs: lorsque nous souhaitons pour vous, pour l'art

national, un plus vaste avenir, nous ne prétendons pas refuser au

présent la justice qui lui est due. C'est parce que vous pouvez

beaucoup que nous vous demandons toujours davantage.

«Nous n'insisterons pas sur certains écarts de goût que le jury

devait signaler à ceux qui les ont laissés se manifester dans leurs

oeuvres. Cet avertissement suffira, nous en avons l'espérance, pour

que de telles défaillances ne se renouvellent plus; car, messieurs,

vous qui avez déjà du talent, croyez bien que l'excentricité n'a

jamais eu d'autre effet que de retarder les succès légitimes et

durables. C'est à vous-mêmes que nous en appelons, et nous ne

doutons pas que dans un très-bref délai vous ne nous donniez

raison.

«Si nous regrettons d'avoir à constater que l'on s'éloigne de la

grande peinture, il n'y a cependant pas lieu d'en être trop alarmé;

si les préférences de quelques-uns se portent vers l'étude du

paysage, par exemple, leurs succès dans cette voie ne doivent pas

nous inquiéter sur les destinées du grand art en France. Chaque

époque, en effet, obéit à un mouvement particulier, à une pression

extrêmement mobile de l'esprit et du goût. L'important, c'est que

dans chacune des directions parcourues, le talent soit à la hauteur

de la tentative. D'ailleurs, comme pour être signé de Raphaël ou de

Ruysdaël, de Michel-Ange ou de Clodion, un chef-d'oeuvre n'en est

pas moins un chef-d'oeuvre: en raison de la diversité des esprits,

de la variété infinie des talents et des aptitudes originelles, nous

comprenons que la plus grande liberté règne dans la pratique et la

direction de l'art. Mais, au nom même et en échange de cette

liberté de tendances dont nous nous plaisons à reconnaître la

légitimité, nous vous demandons, nous vous recommandons avec

instance le travail obstiné, patient, convaincu. Méfiez-vous des

à-peu-près en tout genre; la véritable force les a toujours

dédaignés, et vous pouvez, vous devez être véritablement forts.

«Le grand art sera toujours l'objet de nos prédilections. Pourtant

que ceux d'entre vous qui ne suivent pas ses traditions ne croient

pas que nous voulions les renier; ils sont nos enfants prodigues,

mais, à l'inverse de celui de la parabole, ils reviennent parfois

les mains pleines. L'École française contemporaine est à la tête

des écoles d'art de l'Europe. Et si nos coeurs sont encore émus de

la perte des Vernet, des Delaroche, des Decamps, des Pradier, et de

tant d'autres, hélas! n'est-ce pas une consolation de penser que

parmi vous il se fait ou se fera d'aussi grandes renommées? La

France est féconde, messieurs, et, de même que ses soldats, ses

artistes sont les premiers du monde.--Dans cette lice où sont venus

se mesurer les représentants de l'art européen, plus la lutte a été

sérieuse, plus la victoire est honorable, car nous sommes trop

justes pour ne pas apprécier à sa véritable valeur le mérite des

artistes étrangers qui, à chaque Exposition, viennent concourir

avec vous. Aussi est-ce sans distinction de nationalité que les

récompenses sont accordées au talent. L'Empereur et l'Impératrice,

par de nombreuses acquisitions aux artistes de toutes écoles et de

tous pays, ont voulu consacrer ce principe.

«Maintenant, messieurs, je vais vous faire connaître les noms des

artistes récompensés. Tout en laissant au jury l'honneur comme la

responsabilité de ses choix, il est juste de dire que la quantité

des médailles dont il pouvait disposer n'étant pas en rapport avec

la somme des talents, il s'est trouvé en présence d'une grande

difficulté. Cet embarras du choix, nous sommes heureux d'en faire

la remarque, prouve une fois de plus dans quelles proportions s'est

augmentée l'élite de l'École française. Un autre système de

récompenses était donc devenu nécessaire; nous vous le ferons

connaître prochainement, ainsi que le règlement de l'Exposition de

1864»

Le discours s'est terminé au bruit des manifestations les plus

sympathiques.

Le surintendant des Beaux-Arts, après avoir demandé les ordres de S.

Exc. le ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, a fait

l'appel des artistes français et étrangers nommés dans l'ordre de la

Légion d'honneur, par décret impérial; puis il a lu la liste des

récompenses décernés par le jury.

Chaque artiste est venu, au milieu des acclamations des assistants,

recevoir les récompenses de la main de S. Exc. le maréchal Vaillant.

A deux heures, la séance était terminée.

(_Moniteur_, 7 juillet 1863.)

Outre M. Briguiboul, plusieurs Refusés-Reçus, c'est-à-dire ayant des

tableaux aux deux Expositions, ont eu des _mentions honorables_.

C'est M. Blin et M. Méry, deux paysagistes de talent, deux _suspects_

qui figurent timidement parmi les Refusés et qui ne se sont pas nommés

dans le catalogue. Nous donnons, nous, une mention à leurs paysages

repoussés. Puis, M. Harpignies, déjà nommé, qui a deux paysages

remarquables, rejetés par la même raison qui a fait admettre un autre

tableau de lui, je veux dire sans savoir pourquoi. MM. Laurens et Tabar,

peintres connus et toujours reçus jusqu'à présent. Enfin, MM. Vaudé et

Wagrez. Refusés cachés comme leurs tableaux qui ne m'ont pas arrêté.

Je ne cite ces mentions que comme des preuves de plus de la faillibilité

des censeurs et examinateurs. Comment s'expliquer que ces tableaux,

d'égale force et des mêmes peintres, aient été--les uns admis, les

autres renvoyés? Saint Basile, le fameux dialecticien, l'oracle

invincible, n'aurait pu éclaircir ce mystère.

* * * * *

VIII

=SOMMAIRE=

Donnez-vous la peine de vous asseoir.--La ménagerie d'un suspect

amusant.--Gare aux animaux!--Ils nous donnent un sauf-conduit.--Le

Temps a fait son temps.--Un condamné par la raison qu'il est

criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?--On se

jette les cartes et les verres à la tête.--A la tour de Nesle!--On

parle encore de Béranger.--L'auteur des _Étourdis_, comédie en

vers, fait la campagne d'Italie.--La gloire n'est que de la

fumée.--Une boucherie au clair de là lune.-_A nous_, _Français_!

etc.... (Varsovienne).--Celle fois, le général Hoche est bien

tué.--Théorie du sous-lieutenant.

* * * * *

Nous allons, pour nous délasser, nous arrêter un peu devant deux

peintures tout à fait amusantes; l'une est de M. Fitz-Barn, dont on ne

trouve pas le nom dans le catalogue, mais ce ne peut être que par

erreur, car le tableau de ce peintre fait un tel tapage qu'on ne peut

soupçonner l'auteur d'avoir voulu se cacher. Tout d'un coup, nous nous

trouvons dans une grande cage avec tous les animaux de pantomime.

J'appelle ainsi les animaux fantastiques, domestiques et comiques, tels

que chat, singe, rat, pie, grenouille, chien, poule, geai, hibou, etc.,

etc., dont les mouvements, les allures et les physionomies sont vraiment

risibles ou étonnants.--Avec nous, dans la même cage, crient,

gloussent, coassent, jappent, miaulent et grouillent les animaux que je

viens de citer. A travers le treillage, des figures singulières nous

examinent très-attentivement. Le singe épluche ou épile un rat, ce

qui indigne une pie.--Deux petits chiens bleus se battent pour

rire.--Une grenouille montre sa tête immobile à fleur d'eau.--Un

chat-huant attend la nuit avec impatience, et de ses deux lueurs fixes,

qu'il a pour yeux, regarde passer le temps.--Bref, tous les animaux sont

dans leurs attributions respectives.--Quittons ce petit pandémonium. Les

animaux ne s'opposent pas à notre sortie de la cage.

L'autre peinture représente un vieillard qui ressemble au Temps, assis

sur un débris de colonne. Il a fait des progrès depuis la Mythologie; il

a un chapeau, des lunettes, des bottes à revers et une lyre; il fait au

jury, sans doute, une grimace des plus grotesques.

Il est impossible que M. Paul Claparède, auteur de cette petite

grisaille, ne l'ait pas conçue et peinte à la suite d'une absorption

exagérée d'un hatchi inconnu, mais dont les effets doivent être gais.

M. Viel-Cazal est encore un peintre hardi, un vigoureux réaliste qui n'a

pas plus peur du sujet que de la couleur.

Il a exposé un étude de _Tête de cheval_ et un très-grand tableau, la

_Dernière heure_, dont voici la légende:

Le Salon des Refusés: Le Peinture en 1863 · 第 4 / 7 段