détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans _le Voyageur
fidèle_, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne la place ou
_petit marché au marais du Temple_--aujourd’hui marché des
Enfants-Rouges,--«où l’on vend, dit-il, du beurre, des œufs, etc.»;
le _petit marché Saint-Jacques_, près de la porte du même nom, où se
fait le même débit, mais le mercredi et le samedi seulement; le
_petit marché de la Croix-Rouge_, pour le lait, le fromage, le
beurre, les légumes, et enfin--ce qui nous fournit une étymologie
parisienne longtemps cherchée,--«la place appelée _la Pierre au
Lait_, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie.
C’est un petit marché fort étroit, ajoute-t-il, où il va beaucoup de
laitières. On y trouve aussi des œufs frais, du beurre et autres
denrées de cette sorte.»
Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article suivant.
Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot d’or devant l’Abbaye saint
Antoine, et en quelques autres hotelleries du même quartier.
OFFICES DE FRUITERIES.
Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des Lombards[1], et quelques
uns ruë saint André, et rue saint Honoré près le Palais Royal, qui
vendent en gros et en détail toutes sortes de confitures seches et
liquides de Dragées, de Massepains, de Biscuits amers[2], etc.
[1] Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus célèbre par
exemple, celle du _fidèle Berger_, y exista jusque dans ces derniers
temps. Elle est déjà mentionnée par Roze de Chantoiseau dans son
_Almanach général d’indication_ pour 1773: «Ravoisé, y est-il dit,
rue des Lombards, au _Fidèle Berger_, confiseur très-renommé, etc.»
[2] C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra plus bas.
On peut par le Messager de Dijon recouvrer deux sortes de Confitures
exquises et inimitables; à sçavoir, des Prunes de Moyeux[3] et de
l’Epine vinette[4].
[3] C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore beaucoup
de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son _Dictionnaire du Commerce_.
Le petit marquis, Louis-Provence de Grignan, se faisoit un grand
régal de cette confiture; aussi Mme de Sévigné écrit-elle à Mme de
Grignan: «Songez à vos moyeux pour Provence.» Lettre du 22 sept.
1675.
[4] Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes confites et en
pastilles: «J’ai cru me ressouvenir, écrit Voltaire à D’Argental, le
4 août 1777, qu’on faisoit autrefois des pastilles d’épine-vinette à
Dijon, et j’en ai fait tenir une petite boîte à votre voisin
(Thibouville).»
Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix du Tiroir, et un autre
rue saint Nicolas au Fauxbourg saint Antoine, qui vendent en gros et à
juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers, des biscuits, des
macarons, des craquelins[5], etc.
[5] Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait seulement à la
farine et au sel, et _croquant_ sous la dent. Il se faisoit surtout,
comme on le voit ici, chez les pâtissiers des faubourgs, où de
pauvres femmes s’en fournissoient pour les venir revendre en ville.
On trouve des Biscuits, des Macarons, des Massepains, des Cornets, etc.,
chez tous les Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de l’Etoile
rue saint Antoine près les Filles sainte Marie, fait de très bons
Biscuits d’amendes ameres.
Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé pour les Biscuits façon
de Blois[6].
[6] Savary, dans son _Dictionn. du Commerce_, 1741, in-fol., t. I,
col. 965, dit encore: «le commerce des biscuits de Blois est
très-considérable; il s’en fait une assez grande consommation à
Paris.»
Les fruits en gros se vendent le matin à la Halle aux bleds depuis trois
ou quatre heures jusqu’à huit.
Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle Louvier, il arrive tout
l’Eté et tous les jours aux mêmes heures, des batteaux de Fruits
nouveaux venant de saint Seine et Route[7], qui sont vendus en gros par
paniers aux Fruitieres qui font le détail.
[7] C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis
Saint-Seine où en est la source.
Il arrive aussi frequemment des batteaux de pommes et poires venant de
Normandie sur le quay de l’Ecole.
Les Vins Muscats et de Canaries se vendent en detail aux environs de la
Croix du Tiroir[8].
[8] Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des sortes de
cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas d’autres vins. «Un jour,
dit Tallemant, que notre Orphée--c’est le musicien Lambert--s’estoit
laissé entraîner dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du
Trahoir, il en sortit la tête en compotes, etc.» (_Historiettes_,
édit. P. Paris, t. VI, p. 199.)--Elles se trouvoient, rue
Saint-Honoré, un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin de
laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir.
Les Provençaux qui logent au cul de sac saint Germain l’Auxerrois,
vendent en gros des Fromages de Rocfort, des Olives, des Anchois, du Vin
de saint Laurent, des Figues, des Raisins, des Brugnons, des Amandes et
autres fruits secs de Provence.
Autant en font les Epiciers de la rue de la Cossonnerie, qui vendent
d’ailleurs des Capres fines, des Oranges et des Citrons de Provence, de
la Chine[9] et de Portugal.
[9] Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des mandarines,
étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un demi-siècle que
la culture en avoit commencé en Portugal, d’où elles nous venoient.
C’est à cause de leur prix que, dans _l’Avare_, voulant mettre hors
de lui son père Harpagon, Cléante lui propose pour sa collation des
plateaux entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits
étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la portée de
tout le monde: «les oranges et les citrons, dit _la lettre
italienne_ déjà citée, tiennent le premier rang entre les choses qui
se vendent cher, parce qu’elles viennent d’Italie et de Portugal, et
ils sont plus estimez que les autres fruits: telle est l’inclination
de l’homme, qui ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup.»
Messieurs Lion, rue de Truanderie[10], et Jourdan, ruë S. Denis, au
cheval blanc[11], tiennent aussi magasin de fruits de Provence[12].
[10] Son adresse, dans l’édit. précéd., est «rue Jean de l’Epine, à
l’enseigne de la ville de Tours.» Cette rue étoit près de celle de
la Truanderie.
[11] _V._ son art. plus bas, au chap. Epiceries.
[12] «On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager de Toulouse.»
Edit. 1691, p. 111.
Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec; de Rere, rue Dauphine, et
Regnault au Jeu de Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et pour le
Caffé en graine et en poudre.
On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé et du Chocolat, chez la veuve
Nion, quay de Nesle[13].
[13] C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est de
Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de rappeler ce
qu’il a fait.
Les Sieurs Huré, place Dauphine[14], et Letgüyüe, rue Dauphine, sont
renommez pour les bons melons.
[14] Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29: «le
sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir toute
confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a tous les ans sa
boutique à l’entrée de la place Dauphine.»
Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la rue du petit Lion, fait et
vend des carafons de liege fort legers et fort propres pour rafraichir
les liqueurs à la glace[15].
[15] On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit de glace
pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit été fort
ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité. C’étoit,
avec une tout autre matière, le système des alcarazas espagnols, où
cette porosité entretient la fraîcheur par l’évaporation. La glace,
dans ces seaux de liége, qui, d’ailleurs, sont encore d’usage, se
conserve plus longtemps que dans les autres.
Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier de la Croix du Tiroir, rue des
vieilles Etuves, à l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et des
Anchois[16] à juste prix pour les Cabaretiers et Aubergistes.
[16] On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes, Antibes,
etc. Olivier de Serres, _Théât. d’agricult._, 1605, in-4º, p. 660,
parle de «barrils d’anchoies (_sic_)» qui en venoient.
Il y a un magasin de Pistaches[17], rue Bourlabé, chez Madame Nave.
[17] Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le XVIe siècle.
_V._ A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait d’excellentes
dragées.
Pour le sucre et autres denrées domestique, voyez ci-après l’article
d’Epiceries et denrées domestiques.
PANNETERIE ET PATISSERIE.
Entre les Patissiers renommez pour la patisserie, sont les Sieurs le
Coq, rue de l’Université, quartier saint Germain[1]; le Hongre, rue
saint Antoine, près les Jesuites; Mignot, rue de la Harpe[2]; Berthelot,
rue saint Louis du Palais; Luce, près les Basions Royaux[3]; Sonnet,
près saint Roch; Bouliet, rue des Déchargeurs; Gravier, à l’entrée de la
rue saint Antoine; la veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André[4],
et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons, Craquelins, Massepains,
Cornets, voyez l’article precedent.
[1] Dans la 1re édit., il est donné, p. 27, comme ayant «une grande
réputation pour toutes sortes de patisseries.» Puis on lit à la
suite: «Ainsi en est-il du sieur Flechmer, rue Saint-Antoine, au
coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand débit de fines brioches que
les dames prennent chez luy en allant au Cours de Vincennes.»--Les
marguilliers de Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il
s’entendoit, lui faisoient commander tous les pains bénits de la
paroisse. Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une
_paraguante_, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny, après
leur avoir dit, dans son poëme du _Pain Bénit_, qui parut en 1673,
tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans leurs exigences pour que le
gâteau fût bien large, bien épais, «bien étoffé», ajoute:
Encor ne pouvez-vous souffrir
Que le pain que l’on doit offrir
S’achète ailleurs qu’en la boutique
De Fléchemer, qui pour l’argent,
Afin d’avoir votre pratique,
Se qualifie effrontément
De patissier de la fabrique.
Que son pain soit grand ou petit,
Il est selon votre appétit.
S’il vous donne une _paraguante_,
Et s’il fait bien boire Regnault,
Votre fabrique est fort contente:
L’offrande est faite comme il faut.
[2] «Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement beaucoup de
réputation pour la patisserie, mais encore pour toutes espèces de
ragoûts, étant patissier traiteur.» Edit. de 1691, p. 28.--Voilà qui
le venge de Boileau. C’est, en effet, le Mignot de la _Satire du
Repas_, où il est donné, il vous en souvient, pour «l’empoisonneur»
qui sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au
satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa revanche,
comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire pour satire. Cotin
venoit d’en faire une contre Boileau, dont il vouloit aussi se
venger. Ils s’entendirent ensemble, et, pendant plusieurs semaines,
il ne sortit pas un gâteau de chez Mignot qui ne fût enveloppé du
papier satirique de Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que
mieux du mal qu’on en avoit dit: «Ce matin, dit Brossette, à la date
du 22 oct. 1702, dans ses _Mémoires_ sur Boileau, en passant dans la
rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison où Mignot, patissier et
traiteur, tenoit autrefois sa boutique. C’est vis à vis la rue
Percée. Un nommé Couterot tient la même boutique de patissier.
Mignot a quitté sa profession en 1700, et il vit de son bien.» Il
avoit eu surtout une grande réputation pour les biscuits
(Vigneul-Marville, _Mélanges_, t. III, p. 291).
[3] Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un mot plus loin.
[4] On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en croit le
procureur de la 3e _Satire_ de Furetière. On m’a fait, dit-il,
On m’a fait un présent d’un levreau d’importance,
Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence;
Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords;
J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps
Et l’ai fait envoyer exprès _à la Bazoche_.
Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche.
M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de Madame[5], demeure près le
Palais Royal.
[5] Dans l’_Etat de France_ pour 1692, p. 774, c’est Jacques Converset
qui est indiqué comme boulanger de la maison de Madame. Pour celle
de Monsieur, p. 736, l’indication manque.
Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine[6], fournit Nosseigneurs
du Parlement, et est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour le Pain
au lait[7].
[6] En la Cité.
[7] Ces «pains au lait» étoient spéciaux aux boulangeries dites «de
petits pains», et ils y avoient des noms particuliers suivant leurs
formes. On les appeloit _pains à la mode_, _pains de Ségovie_, et
encore _pains à la Montauron_, mais ce nom avoit à peu près passé
pour faire place à un autre, comme on le verra plus loin. Fagon
avoit défendu au Roi l’usage de ces pains au lait. (_Journal de la
Santé_, p. 211, 223.)
Il y a plusieurs autres Boulangers renommez pour diverses sortes de
Pains, par exemple, les Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit
pain; de Lorme, rue aux Ours; et le Comte, au cimetiere saint Jean, pour
le pain molet[8]; des Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue
Galande, près la place Maubert, pour différentes sortes de Pains[9].
[8] On l’avoit aussi appelé _pain à la Reine_. Comme il y falloit plus
de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas ainsi réglé selon les
lois de la médecine, la Police ne l’avoit d’abord que toléré (O. de
Serres, p. 822). En 1688, il faillit être tout à fait défendu à la
suite d’un procès entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous
avons ailleurs donné longuement le détail. _V. Le Roman de Molière_,
p. 191-227.
[9] Presque tous étoient fort grands, comme notre _pain Jocko_, dont
le nom est une altération de celui du _pain Coco_ du Languedoc. Le
Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, s’étonne de ces pains
énormes, et il en parle avec une exagération amusante: «le pain est
bon, il est blanc, bien fait, dit-il, et un seul pain est quelque
fois si grand qu’il suffit pour rassasier une semaine entière
pendant plusieurs jours; ce qui a fait dire à un plaisant que si
cette manière de faire de grands pains eût été dans la Judée au
temps du Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se
seroient plutôt étonnés du four que du miracle.»--Le plus grand
étoit le _grand pain bourgeois_, dont Jean Alassin avoit obtenu le
privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être accepté, malgré
l’opposition des boulangers et surtout des meuniers. C’étoit un pain
bis-blanc, qui se distribuoit au poids en échange du blé (_Bibliog.
des Mazarinades_, t. I, p. 411-412). Une brochure in-4º de 7 pages
et rarissime contient sur cette spéculation de boulangerie populaire
des données curieuses: _Tarif des droits que l’entrepreneur du
Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des Rosiers au
petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du Temple, prend tant
pour le déchet ordinaire de la farine au moulin ou ailleurs que pour
les frais dudit moulin et de la fabrique ou du cuisson (_sic_) du
pain._
La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un pain de table excellent de
toutes farines, qu’on nomme Pains à la Joyeuse[10].
[10] C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les noces du
duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout fut «à la Joyeuse»
dans Paris, même le pain.
Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs Boulangers qui font un
Pain de menage[11] de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût.
[11] Cette expression «pain de ménage» est déjà dans le _Théatre
d’agricult._ d’O. de Serres, 1605, in-4º, p. 824.
Le Boulanger qui fabrique le petit pain de mouton pour les enfans[12],
demeure rue de Seine, quartier saint Germain[13].
[12] Le _pain-mouton_ étoit une sorte de petit pain saupoudré de
grains de blés que les valets étoient chargés de donner aux enfants
pauvres, quand venoient les étrennes. Il différoit beaucoup--sauf
par le nom--du _pain de mouton_, qui se faisoit avec du beurre, du
fromage, et de la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet,
qu’un écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants «un peu devant
et un peu après le jour de l’an.» L’abbé de Marolles a parlé dans
les notes de sa traduction d’_Athénée_, 1680, in-4º p. XXXIX, où
certes l’on ne l’attendoit guère, d’une femme qui fut célèbre en son
temps, par le débit qu’elle faisoit de ces petits pains, en criant
par les rues: «à mes petits pains de mouton, Mesdames!»
[13] Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est «rue des Mauvais
Garçons», celle du faubourg Saint-Germain, sans doute, près de la
rue de Seine.
Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé pour le pain Paget[14] et
pour une sorte de pain façon de Gonesse[15].
[14] C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec un nom plus
nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques Paget Du Plessis,
d’abord maître des requêtes, puis intendant des finances, avoit fait
fortune en s’arrangeant avec les partisans, lorsque Moutauron, un de
ceux-ci, avoit sombré après quelques années de la plus grande
magnificence, qui lui valut, comme on sait, la dédicace de _Cinna_.
Tout étant de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain
Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de Moutauron.
[15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités
à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il
formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en
faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière:
«On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz,
par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain
de Gonesse lui manquoit huit jours.» Lister le trouva excellent et
bien supérieur à celui de Paris. «Il est extrêmement blanc, dit-il
(chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est
ordinairement en pain de trois livres.» Le prix de trois deniers
anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un
centimes d’à présent.
Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit
qu’on mange avec les liqueurs.
Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au
Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public.
[16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles,
qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à
cette enseigne.
Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis.
[17] On les appeloit aussi «patissiers de pain d’épice.» Ils étoient
peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence de ceux de Reims.
MARCHANDISE DE VINS ET D’APRESTS.
La Halle aux Vins[1] est à la porte saint Bernard, où il y a des Bureaux
pour les droits du Roy[2]. On y trouve de bon et franc vin de Bourgogne
chez le Sieur Compagnot.
[1] Elle avoit été établie en 1662.
[2] La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc de triomphe,
datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai de la Tournelle, un peu
au-dessus du pont. On la démolit au commencement de la Révolution.
Sous l’Empire, la Halle aux vins, sa voisine, fut reportée plus
haut, sur la plus grande partie de l’enclos de l’abbaye
Saint-Victor, qu’elle occupe toujours. Les travaux d’installation
commencèrent en 1811.
Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise de vin[3], est rue
Grenier, sur l’eau, derriere saint Gervais.
[3] Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six corps
marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir échevins ou consuls.
Ils avoient pour armoiries, depuis 1629, un navire d’argent à
bannière de France, flottant avec six nefs autour, et une grappe de
raisin en chef sur champ d’azur.
Tout proche rue des Barres, M. Milon fait commerce en gros de Vins de
Champagne[4].
[4] La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent on ne
l’appeloit que _Vin de Sillery_ ou _Vin de la Maréchale_, à cause de
la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit le vignoble de Sillery,
par lequel avoit préludé cette première vogue. Le Roi y contribua.
Le vin de Champagne fut longtemps sa seule boisson. (_Journal de la
Santé_, p. 211 et 350.)
Du nombre des douze Marchands de Vins du Roy[5], qui font les grandes
fournitures en pieces et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et
pour le public, sont Messieurs Cresnay rue Notre Dame[6], de Bray rue de
la Huaumerie, Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit rue des
Petits Champs, Bourdois près l’aport de Paris, Morisson[7] rue de la
Huchette, Darboullin rue Coquilliere[8], Tardiveau Fauxbourg saint
Marcel, Hardon[9] rue Beaubourg, Triboulleau rue de la Mortellerie[10],
Alexandre rue des Assis, etc.
[5] Ils étoient, suivant l’_Etat de France_, p. 628, les premiers
privilégiés suivant la Cour. On les appeloit «la Cave des Douze.»
[6] Son enseigne étoit «à la Pomme de pin», et c’est par conséquent
son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, p. 28: «la
Pomme de pin, derrière la Magdelaine.» Un autre, portant la même
enseigne, indiqué aussi dans cette première édition, se trouvoit rue
d’Orléans.--On sait que Crenet est, comme Mignot, assez maltraité
dans _la Satire du Repas_, pour les mélanges «d’auvernat et de
lignage» qu’il vendoit, dit Boileau, «pour vin de l’Ermitage.» Le
reproche étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote que
raconte Brossette; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. Dancourt l’a
mieux traité dans l’_Eté des Coquettes_, joué en 1690. On y chante à
la fin:
Sans cadeaux et sans promenades
L’Amour les tient peu sous ses lois,
Et sans Crenet et la Guerbois
L’Amour n’a que des plaisirs fades.
[7] Edme Maurisson, d’après l’_Etat de France_, p. 628.
[8] Dancourt, à la scène IV des _Agioteurs_, joués en 1710, parle de
sa veuve, qui lui avoit alors succédé: «SUZON... Vous irez de là
chez Madame Darboulin, rue Coquillière, dire qu’on porte au même
endroit, dès ce matin, les douze douzaines de bouteilles de vin de
Bourgogne, et la douzaine de Champagne que je payai hier.»
[9] Hugues Hardoin, et non Hardon.
[10] Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le
_Théophraste moderne_, p. 422, on ne trouvoit bons que les vins
qu’il vendoit.
Et du Nombre des vingt cinq[11] sont Mrs Groü Doyen, Avrillon près le
Puits Certain, Coquart rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron
rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon[12], Sellier montagne sainte
Genevieve, Paris près la Grève, Moricault l’ainé place Maubert,
Roussillard près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre Dame, Moricault le
jeune rue des Boucheries saint Germain, Forel joignant la Comedie
Françoise[13], Baron et Guibault au cimetiere saint Jean[14], Gaudin
près le Pont Notre Dame, True rue Galande, la Nopce près le Palais,
Courtois, rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, Migret Fauxbourg
de Richelieu, etc.
[11] Les vingt-cinq «cabaretiers», suivant la Cour, qu’il ne falloit
pas confondre avec les douze «marchands de vin», quoiqu’ils en
portassent le titre et eussent les mêmes privilèges. On pouvoit chez
eux non-seulement vendre «le vin à pot, mais donner des repas
complets. _V. Le Traité de la Police_, t. III, p. 719, et la
_Correspondance_ de Colbert, t. II, 1re partie, p. 169. Les
cabaretiers ordinaires, qui n’étoient pas en même temps marchands de
vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire fournir pour les
noces et repas que leur salle, le pain, le vin, les couverts, linges
et salades. Il falloit apporter le reste. _V._ à ce sujet un arrêt
du 1er août 1705, rendu contre le cabaretier Joseph Filastreau.--Il
sera parlé plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au
pot.
[12] C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. précéd., p.
28: «à la Galère, derrière Saint-Jacques la Boucherie.» Il avoit, en
effet, cette enseigne, déjà ancienne dans la rue d’Avignon, qui en
prenoit parfois le nom de «rue de la Galère.» Sauval, t. I, p.
111.--_V._ sur la maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux
renseignements dans l’édition que M. Cocheris a donnée de
l’_Histoire du Diocèse de Paris_, par l’abbé Le Beuf, t. III, p.
506.--Il est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les
pièces du temps: _le Chevalier à la mode_, de Dancourt, _les
Chinois_ et _la Fille de bon sens_ de la Comédie italienne, etc.
Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante:
Chez Rousseau portons nos écus.