[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691.

Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se

retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande

perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du

Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une

beauté singulière.»--Nous n’avons pas à nous étendre sur

Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que

l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à

commencer par celle de Mariette dans l’_Abecedario_, où il dit: «Ses

meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de

marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien

perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des

estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il

étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le

Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de

ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de

l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable

cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce

refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4

février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le

Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève

point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire

que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai

mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je

ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist.

de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore

plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva.

(_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand

deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la

destruction par les flammes de la plus grande partie de sa

collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux,

il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans

plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et

quelques mois. _V._ sur lui, dans _les Archives de l’Art françois_,

par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un

travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.

[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé

comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.

M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de

cuir doré de Flandres.

Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.

Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de

placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et

vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve

saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.

[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son _Dictionnaire_, ces

meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs,

faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des

hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour

médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la

foire St-Laurent.» Dans le _Tarif des droits d’entrée_, etc., du 18

sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.

[16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35.

Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui

travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].

[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri

IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit

de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce

quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire

de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve--aujourd’hui

d’Aboukir,--et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier

et le même commerce des meubles s’exercent encore.

Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de

meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles,

rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie,

et[19] rue Grenier sur l’eau.

[18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en

ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, _Le grand Sophy_, jouée

en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous

les meubles par la fenêtre.--MEZZETIN. N’allez pas faire cette

sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je

ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les

piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et

disparoissent._)» _Théâtre_ de Ghérardi, t. II, p. 158.

[19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36.

Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc

d’Angleterre[20].

[20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et

de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue

Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» _Id._--L’usage ne

s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre

au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous

le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a

été plus heureux de nos jours. _V._ le curieux livre de Grosley,

_Londres_, édit. de 1755, t. I, p. 238.

Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue

Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].

[21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les

argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles,

vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez,

ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.»

Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers

et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.

[22] Lisez: les officines.

Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez

de cabinet.

Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay

de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23]

pour l’ornement des chambres et des salles.

[23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son

_Dictionnaire_: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait

ou une glace de miroir.»

Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes

et Bagages de Guerre.

Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.

Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint

Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en

couleur les Tapisseries de haute lisse.

Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se

vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.

[24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans

son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. IV, p. 205: «Ces autres

tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec

diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les

verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit

que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit

de quatre-vingts ans au moins.

On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint

Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près

l’Hotel de la Monnoye.

CHAIR ET POISSON.

Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux

publics.

Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près

l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2],

marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché

Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S.

Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue

Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché,

Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain.

[1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc.

Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux

anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. _Mercure_, mars

1739, p. 439.

[2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue

Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui,

jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela _rue des Boucheries_.

[3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour

_la Halle aux vieux linges_.

[4] Dans la rue Saint-Antoine même.

[5] Du côté de la Bastille.

[6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une

des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, au-dessus

de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On

l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup

agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette

boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par

conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges

d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263.

[7] Un peu au-dessus du collége de la Marche.

[8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la

place de Grève.

[9] Dans la rue Saint-Martin même.

[10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage

du Saumon.

[11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.

Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres

pour les malades.

En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du

Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale

Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les

malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint

Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à

celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts.

[12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du

maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de

_Léandre et Héro_, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des

Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de

l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui

devoient y jouer les rôles de victimes. _V._ à cette date,

l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev.

des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351.

M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13].

[13] Il étoit--nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le

Coulteux--d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme

celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne

des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les

représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit

pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la

grande boucherie--celle de l’Apport-Paris--et sur ceux du cimetière

Saint-Jean. (Depping, introduct. au _Livre des Métiers_ d’Est.

Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert

et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de

Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes,

il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la

Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la

_Collection_ Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185.

Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les

grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin,

Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere

et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et

la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin,

Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et

montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre.

Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans

tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de

Paris.

Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine,

les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve

presque tous les jours et principalement le Vendredi[14].

[14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point,

la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont

bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois.

Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je

ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on

réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à

Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour

beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà

citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de

vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents

gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus

bas, note 17, sur les _offices de Vendeurs de veaux_.

Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de

lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les

jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17].

[15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la

volaille étoit «prodigieuse.»

[16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu,

qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir

1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_,

Hôtel-Dieu, p. 330.)

[17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de

volailles», dont les jetons--le Cabinet des médailles en possède un

de 1709--sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et

Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise:

_Proderit his pecus et volucer_, le troupeau et l’oiseau viendront à

eux.--En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et

volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le

traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai

sur les Finances_, année 1694.)

Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs

Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple,

qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec

beaucoup de réputation.

[18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons

repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez

La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore

que le mari. _V._ ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre

_Histoire de la Butte Saint-Roch_, p. 126-128. Le nom de Guerbois,

qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques

pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des

Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée

culinaire.

Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de

l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte

Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour

les bons cervelats.

[19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691,

p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes

andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve

Maheult, rue Montmartre.»

La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis

Notre Dame[20].

[20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade,

_Suite de la révélation_, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur

du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3:

Dans ce Parvis, où l’on contemple

La face d’un superbe temple,

Jambons croissent de tous côtés,

Ainsi que s’ils étoient plantés.

Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit

antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte

de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne

pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard

et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade:

Oyez la voix d’un sermonneur,

Vulgairement nommé Jeûneur,

Pour s’estre vu, selon l’histoire

Mille ans sans manger et sans boire.

M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très

excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance.

[21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans

les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit

«Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du

grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze

enfants de cuisine ou _galopins_.

Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier

de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult.

Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour

le Boudin blanc[22].

[22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi

mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au

Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.--Les

boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique

ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui,

suivant Didier Christol, dans sa traduction du _De obsoniis_ de

Platine, au chapitre _Jusculum album_, se composoit d’amandes et de

blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et

du gingembre, etc.

On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes

Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des

Langues de porc et de mouton fumées.

On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23],

chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint

Germain l’Auxerrois.

[23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.

[24] Epicier en gros.

On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25].

[25] _V._ plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac

auquel ils ont laissé leur nom.

Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au

quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie.

La vente en gros du poisson de mer se fait à la Halle au Poisson[26] par

les Officiers vendeurs de marée[27].

[26] Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant _le

Val-Larroneux_, qui en prit le nom de faubourg et de rue

Poissonnière. Il étoit apporté, comme on le voit dans les

lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, «tout de fresche

pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, à chevaux,

sommes et paniers.»

[27] Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition du

poisson se faisoit de trois heures du matin à sept heures. Le revers

du jeton des marchands et jurés faisoit allusion à ces heures

matinales. On y voyoit un coq, avec cette devise: «_Vigilantibus

omnia fausta_.»

Passé huit heures du matin on ne trouve plus de Poisson de mer ni d’eau

douce aux Halles, si ce n’est de la seconde main comme dans les autres

marchez.

Les Marchands qui font commerce en gros de Morues et Harangs, sont M.

Corrüe et la veuve de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault,

Levier, Estancelin et Ferrand sous les Pilliers des Halles[28].

[28] Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. précédente,

p. 61: «Messieurs Gelée, rue Chanverrerie; De La Marche, rue des

Prêcheurs; Iacinthe, rue Saint-Denis; et Regnauld, sous les piliers

des Halles.» Levier, nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la

famille de Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents

qui étoient dans ce commerce. _V._ notre _Notice_ sur lui.

Il y a des bateaux et boutiques de poisson sur la riviere entre le Pont

neuf et le Pont au change, où l’on vend des carpes et brochets en gros.

Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de la rue des Lombars et de la

ruë de la Cossonnerie.

La Gelée pour les malades se vend en tous les quartiers de Paris chez

presque tous les Traiteurs, et chez quelques Apoticaires, et encore aux

Enfans trouvez parvis Notre Dame.

Les Hameçons qui servent pour la pêche à la ligne, se vendent chez les

Chaisnetiers[29] du quay de Gesvre[30] et chez ceux de la rue saint

Denis.

[29] Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire: «Ouvrier, qui fait

des agrafes, et de toutes sortes de petites chaînes, pour pendre des

clefs et des trousseaux, et pour attacher des chiens, etc.»

[30] «Sous la galerie de Gesvres.» Edit. 1691, p. 112. On appeloit

ainsi les boutiques en galerie couverte que le marquis de Gesvres,

gouverneur de Paris, avoit fait construire sur le quai, qui porte

son nom, vers 1642.

MARCHANDISES DE BEURRE ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES.

Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers, Fromagers, Beurriers, etc.,

est à présent au Cloître saint Jacques de l’Hôpital[1].

[1] Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil.

Les Jurez en Charge de cette Communauté[2], sont les Sieurs Ravenel

l’ainé[3], ruë des Precheurs; Marié, place Maubert; Cheron et Ravenel le

jeune, sous les piliers des Potiers d’étain.

[2] Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La déclaration

royale qui les constituoit, en les réunissant à la communauté des

fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers, est du 19

juin 1691.

[3] Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin 1694,

confirmant la sentence du lieutenant de police, en faveur des

marchands fruitiers, etc. «A l’encontre des nommez Val, sa femme, et

autres soy-disant facteurs des marchands forains de beurre, œufs et

fromages.»

Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté qui font commerce en gros,

de Beurre frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits Sieurs Chéron et

Ravenel[4]; et encore les Sieurs Baron, rue de la Poissonnerie; le Clerc

l’ainé[5], rue de la Cossonnerie; Maloüvrier, Roger[6], le Clere le

jeune[7], Hüe, Guilbert, Samson ainé et Samson cadet sous les mêmes

piliers, Bacquet ainé, Bacquet cadet, et Guilloü[8], rue des Precheurs.

[4] Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt.

[5] Jean Leclerc.

[6] Nicolas Roger.

[7] Julien Leclerc.

[8] Jean-Baptiste Guillou.

Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet Alexandre et Prevost, rue des

Precheurs.

Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui font aussi commerce

d’œufs[9], tiennent d’ailleurs grand magasin de Fromage de Brie, de

Beauvais, de Marolle, de Pont l’Evêque et autres.

[9] Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages et le

beurre, «aux environs du Pilori.» Edit. 1691, p. 27.

Autant en font les Sieurs du Tarre sous les mêmes Piliers, et Godeau[10]

rue des Precheurs.

[10] Jacques Godeau.

Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du matin, on trouve des

païsans qui vendent en petits pains le beurre de Vanvre[11].

[11] Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur

particulier, Blaise Giu, «le seul, disoient les lettres du 16 mars

1668, par lesquelles lui étoit constituée sa charge de beurrier

royal de Vanvres, le seul qui ait trouvé la perfection de faire du

beurre de Vanvres, dans la bonté et excellence qu’il peut être.»

Jal, _Dictionn. critique_, p. 214.

Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et autres lieux, est encore

commercé par les Epiciers de la rue de la Cossonnerie.

On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de la Prevalaye[12] par

l’entremise du Messager ordinaire.

[12] Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le sait,

toujours célèbres.

Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en petits pots, en hiver

seulement, qui est commercé principalement par lesdits Sieurs Ravenel,

Baron, Güilloü et la veuve Prunier.

Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui vendent pour les Marchands

forains[13], sont les Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée, quay

des Augustins, et encore lesdits Sieurs Baron, Ravenel le jeune, et

Samson l’ainé cy devant nommez.

[13] Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès qu’ils

perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté des

fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent, y avoient surtout

été engagés.

Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie[14], sont les Sieurs

Aüfroy, Hüe et Clicot, rue Betizy; Levé, rue Tirechappe, et Prévost, rue

de la Monnoye.

[14] Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons de parler,

sont nommés plusieurs «marchands de volaille, beurre et autres

marchandises de la province de Normandie», qui avoient pris partie

pour les facteurs. Ce sont: Nicolas Duchemin, de Thorigny; François

Laurent, de Saint-Lô; Michel Danton, marchand à Caen; Jacques

Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise; Nicolas

Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas Mane, Pierre Ponnier,

Jean Benoist, Jean Martin, Henry Chertier, Geoffroy Germain, Pierre

Du Moutier, Christophle Roussel, Marie Le Doux, etc.

Les Legumes se vendent en gros les matins jusqu’à huit heures dans la

rue de la Lingerie, et en détail dans tous les marchez[15].

[15] «Les marchandises de bouche se trouvent en gros et de première

main, de grand matin, aux Halles, où chaque genre de denrées a son

département.--Passé huit heures dans les marchez et aux Halles

mesmes, on n’a presque plus rien que de la seconde main.--Les

herbages se vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où

quelques jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le matin,

ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller jusqu’aux

Halles.» Edit. 1691, p. 27.

A la decente du Pont Marie qui va au port saint Paul, il arrive bien

souvent des Fromages de Brie qu’on vend en gros[16].

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2 · 第 24 / 27 段