59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le
sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à
la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et
une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les
merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.»
Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.
Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].
[15] On s’en amusoit même chez le Roi. _V._ dans les _Mélanges
histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces
prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un
verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de
ce pauvre abbé Genest, l’académicien.
On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé
du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir;
sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.
[16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le
dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par
exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient
jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de
Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes
dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez
elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist.
de la Régence_, t. II, p. 319.)
La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits
Chiens pour les Dames[18].
[17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.--On l’appelle
aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.
[18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la
mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse,
comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de
carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les
jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois
fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un
extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la
princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand
elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint,
contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend
qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des
chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie
confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les
chiens _Burgos_ commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la
mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence.
Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens
loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la _Lettre italienne_
déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles
coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de
baisers et d’embrassements.»
Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le
Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de
la rue Troussevache.
Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules
de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché.
Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les
Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis.
Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue
publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19].
[19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi
sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici
ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans
presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au
faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»--Les jeux défendus dans les
maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les
particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes
brelandières» dont parle la _Xe Sat._ de Boileau, et que visoit
l’abbé de Villiers dans une de ses _Epîtres_, 2e édit., p. 375,
lorsqu’il nous rappelle
... L’industrieux génie
Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.
«--Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc.
7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre
honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que
nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui
tinrent ainsi des maisons de jeux. _V._ P. Clément, _la Police_ sous
Louis XIV, p. 340-341.
Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles
Exercices.
Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique.
Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en
perfection.
[20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211,
comme «fabricant de guitares en perfection.»
JARDINAGES.
Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des
Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place
Royale.
[1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut,
p. 124.
[2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par
sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en
démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de
Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit
de tout.»
M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa
Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].
[3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à
Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à
parler de lui longuement.
[4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y
étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux
de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la
description au chap. IV du _Voyage_ de Lister, et au commencement de
la _Jeunesse de Bachaumont_, qui fut publiée en 1859 par les soins
de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les
premières livraisons du _Magasin de Librairie_.
M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des
Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.
[5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin,
rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit
s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de
Villedieu: _Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_,
édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin
de la Norville_; _Plan du jardin et château de Louvois_; _Plan du
château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et
élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares.
[6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette
Orangerie. (_Etat de France_, 1692, p. 498.)
M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux
Louvre[8].
[7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri
IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis
XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins
des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre
des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses
fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des
jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651,
in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de
jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon,
bosquets et autres_.
[8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er
février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre,
qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout
naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout
près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur
la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers
blancs.» (_Archives curieuses_, 1re partie, t. IX, p. 130.)
M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch,
tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de
Parterres, de Bosquets, etc.
M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.
[9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue
de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la
dirigeoit alors, dans l’_Etat de France_ de 1692: «M. Balon, qui est
au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur
des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que
Lister y alla voir (_V._ son _Voyage_, ch. X), fut le successeur de
Balon à la pépinière du Roule.
Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont
renommez pour les compartimens, par exemple,
Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout
près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint
Poüange[10], etc.
[10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au
cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de
Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la
principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur
l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom
qu’elle porte encore.
Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et
ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et
Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et
au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de
la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil.
[11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des
jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en
avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on
donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont
dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le
vilain aspect des maisons voisines.» _Voyage à Paris_, chap. IX.
[12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé.
Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches
très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.
[13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit
fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal,
dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à
Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné,
dans ses _Lettres_, en vante la beauté, mais en regrette la trop
grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374
et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui
en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour
les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit
Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre
en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul
que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.»
[14] Ou de _la Meute_, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque
maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne
à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même
terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses
admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille
orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de
_camélia_. (Dufey, _Memorial parisien_, 1821, in-12, p. 67.)
Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour
l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs
Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des
Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de
Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et
du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc.
[15] _V._ sur ces floristes du faubourg, _le Mercure_ d’avril 1721, p.
176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.
[16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.
Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les
Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides:
Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin:
Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.
[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier,
se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus
célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier _filaria_, dit
Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.
Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa
Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est
ordinairement en Cour.
Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des
Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses
avec un succez merveilleux.
[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert
l’emploie encore dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t.
III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis
longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre
sur _Les jardins_, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent
d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit:
«les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme
maréchais.»
[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la
barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs
Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils
étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les
Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II,
p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les
préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette
culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez
quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve,
dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon
littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans
plusieurs familles de maraîchers--les Dulac, Deberg et autres--des
chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des
marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en
jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes
n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la
profession de jardinier.»
M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend
particulierement la culture des plantes medecinales[21].
[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit
professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des
Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle
beaucoup de lui dans son _Voyage_.
[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le
voit par son _Traité des matières médicales_.
Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.
On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain
l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des
Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de
Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de
Martagons Pomplions, etc.
[22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour
le garder jusqu’à présent le nom de ces _Provençaux_ qui y faisoient
leur commerce.
Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une
espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où
l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons
d’Espagne.
[23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis,
«le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On
l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont
on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II,
p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se
métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien
varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.»
Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin
de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et
basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint
Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].
[24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de
grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers,
forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y
évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y
vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs,
chaque année. Les _forestiers_ étoient surtout fournis par les
faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou
d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est
maintenue et même étendue.
On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres
fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au
Menil-Montant.
Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes
et autres machines pour l’elevation des eaux.
[25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château
Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un
gouverneur.
Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de
pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de
laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix
muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux
curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil
et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.
Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.
Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment
de graines et oignons de Jardins[26].
[26] Lister, ch. X, _ad finem_, nous parle de ce M. Lefebvre «le
marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où
le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.»
Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il,
une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une
grande variété.»
On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des
Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine,
à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en
fayances.
Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les
Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.
Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la
Fayancerie de Roüen[27].
[27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle
de Saint-Cloud.
TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES.
[1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint
Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les
murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en
Italie de les embellir par des sculptures.»
Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3],
et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.
[2] Tapisseries de haute lisse--c’est-à-dire faites sur un métier
perpendiculaire--et à personnages ou à verdures. Les ouvriers
flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné
ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.
[3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35.
[4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» _Id._--La manufacture de
Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers
flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse
comme aux Gobelins.
Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont
rue de la Huchette et aux environs.
[5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier
horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins
fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui
des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années
suivantes le prouve.
M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de
Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].
[6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.--C’étoit
certainement un flamand.
[7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que
l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.
[8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la
tonture ou _tontisse_ de laine. C’est de là que les premiers papiers
peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur
mieux, furent appelés des papiers-tontisses.
Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de
Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se
vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de
Paris.
[9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de
soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en
1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son
pays avec privilége. (_Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p.
232.)
[10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui
se rapprochoit aussi beaucoup du _satin de Chine_. Le marchand de
Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de
ces satins de Bruges, en 1604.
Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont
entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue
Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11];
Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le
Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.
[11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux
Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.--Leur vrai nom étoit, en
effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat
de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi
pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de
Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de
famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour
la mesure du vers:
Autant de modes que d’années,
Aujourd’hui le tapissier Bon,
A si bien fait par ses journées
Qu’un lit tient toute une maison.
Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. _V._ le
_Mercure galant_, t. III, p. 300.
[12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille
rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit
Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». _V._ une lettre de lui
dans le _Journal de Paris_, 1er mars 1778, p. 238.
Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le
Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par
excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.