[21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de

professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète

du Roi. Il professa au collége de France--appelé ici Collége de

Cambray--de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme

secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des _Mille

et une Nuits_, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six

ans.

Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries,

enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.

[22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux

_Dictionnaire_. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car

il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de

langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec

leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu

dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient

réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le

cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le _Longueruana_,

et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien,

faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le

premier homme de France.»

M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes

distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs

autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les

Batimens et sur le Calcul des Toisez.

Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue

de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.

[23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme

dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut

lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. _V._, à

son nom, l’_Abecedario_ de Mariette.

Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue

saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue

de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore

les adresses[25].

[24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note

suivante.

[25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas

de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit

aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela

deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après

les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à

qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui

diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront,

dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux

Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous,

c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche

davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le

trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde

dans la Mazarinade, _Le Ministre d’Etat flambé_.

M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].

[26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille

aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une

manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.»

M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.

ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE.

Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M.

Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].

[1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument,

le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles

de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la

biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut,

comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge

de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne

resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il

étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous

dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est

sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est

rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve

tout ce qu’on peut désirer sur cet article.»

Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M.

Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.

[2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.--Sa

maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit

alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié

par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474:

«Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la

Barillerie, à l’enseigne de _la Chasse Royale_, devant les loges du

Palais.»

M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait

aussi beaucoup de fournitures.

Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez

plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint

Antoine[3].

[3] Liger, dans le _Voyageur fidèle_, 1715, in-12, p. 381, reproduit

ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à

l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en

détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs

quartiers de la ville.»

Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4],

ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.

[4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette

adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini,

devant l’hôtel de Créquy.»

On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des

Halles[5].

[5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute _le voyageur fidèle_, p. 382, en ont

un assez grand assortiment en temps de guerre.»

Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui

entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la

Barillerie, près le Palais[6].

[6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme

souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore

pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne

pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une _Lettre italienne_

sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour

la première fois, dans le _Saint Evremoniana_, 1700, in-8, p. 385,

on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette

toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne

suffit pas pour les faire nettoyer... Autrefois les hommes ne

pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un

Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si

toute la ville partoit en poste.»

Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux

Epronniers[7].

[7] _Le Voyageur fidèle_, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce

d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les

quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers

à beaucoup près.»

Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.

Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande

part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.

Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets,

etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre

Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint

Honoré.

On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8],

diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.

[8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son _Voyageur fidèle_,

ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à

dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue

Saint-Germain-l’Auxerrois.

[9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.

Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des

Rossignols.

[10] Il sera reparlé d’eux plus loin.

Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.

La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue

neuve saint Medéric[11].

[11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé

la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un

passage du _Dictionnaire des arts et métiers_, par l’abbé Jaubert,

t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à

Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet

effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne,

qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à

Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez

Jabach lui-même, où nous la voyons ici.

CHEVAUX ET EQUIPAGES.

Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et

les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux

heures de relevée jusqu’à six[1].

[1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le

marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se

tient les mécredis (_sic_) et samedis, le matin pour les porcs, et

l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.»

Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les

Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert:

Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du

Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le

Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint

Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands

Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de

Carosse.

[2] Ce quartier de la place Maubert--la rue des Rats, qui est

aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve--et celui des

environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des

maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33:

«Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert

et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.»

[3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la

Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour

des Miracles.

[4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère

altération du nom hollandois Becker. Le marquis de _la Femme

d’Intrigue_, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses

dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à _Béquet_,

tant en chevaux de selle que de carrosse.»

Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers

des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs

Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des

vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5];

Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de

Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la

Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de

l’Esgoust, etc.

[5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans

l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51.

Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande

propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et

Langlois, rue de Seine[6], etc.

[6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.

Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes,

Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs

Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint

Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de

Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8].

[7] «Et chez la veuve Chavanon...» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi

indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries»,

qui ne se trouvent pas ici.

[8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland,

crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content:

«Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des

harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur

le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit

ou dix-neuf francs à peu près.»

La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux

Carosses de louage[10].

[9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny.

C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par

Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le

peuple le nom d’hôtel Salé.

[10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé:

«Il y a encore des magasins de carrosses rue Michel-le-Comte,

vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue

du Four du faubourg Saint-Germain.»

Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à

la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des

Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue

Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11].

[11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes

objets, sous ce titre: _Des voitures parisiennes_, se trouvent

d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches

attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le

quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de

la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les

Jésuites.--Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et

places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par

demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme,

à un écu par jour, ou dix sols par heure.»--L’existence des

carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint

légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le

tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et

20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de

stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à

l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit

louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (_Traité de la

Police_, t. IV, p. 441-442.)

On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette,

Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez

un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de

Richelieu.

Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille

rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de

Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps.

[12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux

débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur

le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre

situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille,

avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du

pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.

On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de

Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers,

porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St

Germain[14].

[13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon.

[14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a

un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un

troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font

très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les

ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg

(Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les

Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et

ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de

dépesseurs (_sic_) du quai de la Mégisserie.»

Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des

Miroitiers.

On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg

saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix.

[15] Les _soufflets_ étoient une sorte de chaise roulante à deux roues

et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir

ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un _soufflet_,

suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites

voitures. (_Journal de la santé du Roi_, publié par M. Le Roy, 1862,

in-8, p. 299.)

Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont

les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four,

près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac

des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du

petit Heuleu[16], etc.

[16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans

l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue

Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages.

Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre,

rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du

Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.»

Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement

le courtage des mules et mulets.

Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au

Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies

des Chevaux[17].

[17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit

le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle,

p. 387.

Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs

Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour

des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme.

La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye

parfaitement bien les Carosses et Chaises[18].

[18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p.

51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes

couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages

circonvoisins.--On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal,

des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de

la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne»

doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.

PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS.

Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les

Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les

representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore

les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2].

[1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où

s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit

fait bâtir pour les représentations de sa _Mirame_, et qui avoit

ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se

l’étoit fait donner par le roi.

[2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les

jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des

premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente

sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691,

p. 8.

Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en

paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze

livres dix sols reliez[4].

[3] C’est-à-dire brochées.

[4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez

en veau», p. 9.

M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les

Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc.,

demeure aux galleries du Louvre[6].

[5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que

l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de

théâtre que Mariette (_Abecedario_, t. I, p. 119) fait surtout son

éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux

entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux

dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour

l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de

sa décoration du 5e acte d’_Armide_, en 1686, figure en ce moment à

l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un

recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: _Ornements inventez_

par J. Bérain.

[6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit

Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité

très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la

moins belle partie.»

Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain

des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies

et des Comedies.

[7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce

théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la

cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des

papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros.

Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le

Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de

l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8].

[8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs.

Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9],

et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les

Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10].

[9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe

de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa

femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit

né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit

organisé la mascarade turque du _Bourgeois gentilhomme_, en 1670.

D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni

moins de cent trente-huit habits.

[10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra»,

s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis

XV.

Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du

Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de

Carnaval[11].

[11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois

gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui

s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les

masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres

ustenciles.»

Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré,

fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera.

Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du

Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et

l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.

Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes

pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré.

Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et

argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint

Denis, près le grand Châtelet.

Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des

Etoffes brodées or et argent.

Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et

Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12].

[12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son

adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.»

Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de

l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14].

[13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit

été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge

des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue

Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que

pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. _V._ le

_Théâtre_ de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son

père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux

d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des

Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui

avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même.

(_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.)

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2 · 第 22 / 27 段