complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier
ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des
pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en
le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut
chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la
couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire
de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, _Hist. de la
Sainte-Chapelle_, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au
premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les
curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de
tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de
porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille
curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces
belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du
cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se
fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui
écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à
Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une
boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le
portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en
cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître
cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est,
sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre
alors à Paris pour ses miniatures.
Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de
Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
[7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en
France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit
un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (_Arch.
de l’Art françois_, t. I, p. 220.)
Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle,
Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore
renommez pour le même fait.
[8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en
1663, un très-curieux volume sur son art: _Livre des ouvrages
d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la
Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre
des Arcis_.
Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge,
et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
[9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme
trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous
avons dit, que--ce qui n’étonnera pas--il prêtoit sur gages: «Elle
sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans _La France devenue
Italienne_, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et
de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier,
pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques
même à l’étranger, en se disant agent du Roi. _V._ dans _la
Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie_,
t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel
Germain à Claude Bretagne.
Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont
des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
[10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité,
«surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut
lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et
l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à
soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un
peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la
Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les
ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de
guéridons, éventails, écrans, etc.»
Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini,
Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier
talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée,
trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
[11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son
adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.»
Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent
chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
[12] On les appeloit «diamants du Temple.» _Dict. des Arts_, 1732,
in-fol., I, 334.
Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui
ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs
Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
[13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence
d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier
Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé
Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le
_Mercure galant_ (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines»,
trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin
faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin
avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte,
dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement
d’écailles d’ablettes, sans autre mélange... un collier de ces
perles revient à deux ou trois pistoles.»
PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1].
[1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII:
_Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les
Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie,
et des Mathématiques_. Il commence par ces quelques lignes qui ne se
retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement
appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont
chez eux pour la plupart qu’à demi pension.»
Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un
Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de
Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le
Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et
françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de
l’Aritmetique[3].
[2] Fleury, _Traité des Etudes_, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on
commençât par _la grammaire_.
[3] _V._ ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap.
1er: _Affaires ecclésiastiques_.
Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et
Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par
les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de
l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par
excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue
des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre
d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
[4] Fleury, au chap. 20-23 du _Traité_ que nous venons de citer,
vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais
le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs
comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et
des transactions.
[5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de
la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.»
_Etat de France_, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la
chambre du roi.» On a de lui: _Le livre d’exemplaires, composé de
toutes sortes de lettres_, Paris, 1694, in-fol.; _Le nouveau livre
d’écriture italienne et bâtarde_, Paris, Mariette, in-4º oblong.
M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure
ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste
lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures
suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra
dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs,
des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et
pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des
Mathématiques.
Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini,
Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë
des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le
passage de la rue de Seine.
[6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi
que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué
«le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui
manque ici.
Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint
Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint
Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et
Morice[7], ruë saint Jacques.
[7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691,
p. 58.
Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs
Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des
Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
[8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691.
[9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition.
Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la
Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de
Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du
Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon,
Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
[10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article,
quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les
pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart
toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au
faubourg Saint-Antoine...»
[11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691.
[12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691.
[13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit.
[14] Edit. 1691: «De Bassy.»
[15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons
d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice
de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté.
Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le _Journal du
Citoyen_ (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf
dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue
Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix;
Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal;
Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte
saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
[16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du
_Catalogue_ ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance,
dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de
Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à
écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du
latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup
d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il
commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs
heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me
laisser livrer à l’étude.»
[17] «Anivel.» Edit. 1691.
[18] «Au faubourg Saint-Germain.» _Id._
[19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet,
rue des Gravilliers.»
M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe
Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le
pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa
composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education
des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et
de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les
Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des
actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus
ordinaire de la vie civile[23].
[20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de
l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
[21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny,
mais en revanche nous pouvons citer ses _Nouveaux exemplaires
d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et
gravés par Berey_, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste
Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut
le créateur de la _coulée_, comme Barbedor son devancier avoit été
le créateur de la _ronde_. On a de Berey: _Nouveau livre d’écriture
financière_, Paris, 1694, in-4º oblong; _L’écriture italienne
bâtarde_, 1700; _Nouveaux exemplaires d’écriture de finance_, in-4º
obl.
[22] En voici le titre: _les Eléments_ ou _première Instruction de la
jeunesse_.
[23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un
chapitre qui a pour titre: _Formulaire de petits actes_.
Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des
Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1].
[1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails
différents, au «chapitre IV, _des Académies_:... Les Académies de la
deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et
dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous
les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de
M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Long-pré au
carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle
de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8.
Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de
telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal;
l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers,
Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la
ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et
d’Auricour.
[2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et
de son manége.
[3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles.
Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. _V. Registre du
Secrétariat_, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96
vº.
[4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de
ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y
associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue
de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever
tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des
sièges. Soleysel, auteur du _Parfait maréchal_, dont nous avons
parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les
Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire,
aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la
Danse[5].
[5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses _lettres diverses_, p.
127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi,
et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.»
Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des
Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du
Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux
Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
[6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses
_Portraits sérieux, galants et critiques_, 1696, in-12, p. 270, dit
de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme
d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts
écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle
que de lui.»
M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans
l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions
militaires.
Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
[7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre _de la
Mode_, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève:
«On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé
de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes,
qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique;
par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue
de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine:
Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois,
près le Jeu de de Metz[8], etc.
[8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.--On voit que, sauf deux,
tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de
l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui
fit paroître alors l’_Art de tirer les armes_, dit qu’il y avoit
dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le
quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le
faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre
du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une
arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un
moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et
de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible
d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer
beaucoup de monde.» (P. Clément, _la Police sous Louis XIV_, p.
442.)
M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des
Armes.
Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est
ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais:
et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
[9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite
écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son
petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres
d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la
Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que
le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare
celle-ci, Rousseau.» (_Souvenirs_, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée
de Beauplan étoit son fils.
Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont
d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp,
Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la
composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des
Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et
Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre
le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue
Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais
Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue
saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc.
[10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa
profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les
élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le
monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit
exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p.
230, de son cabinet de curieux.
[11] Son nom est écrit Rénal dans l’_Etat de France_ de 1702, t. II,
p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de
son frère le duc de Berry.
[12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et
Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le
plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil _Les plus belles
lettres françoises_, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse,
et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit
proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque
chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est.
Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut
comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard,
dans sa farce du Théâtre Italien, _le Divorce_, jouée en 1688, parle
aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y
mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne
donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois.
ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser
n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à
présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit
par toute la ville.»
Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les
maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a
d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc.,
dont on n’a pû recouvrer les adresses.
M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue
du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon,
etc.
Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de
Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
[13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et
quant à sa _Description de Paris_, nous l’avons assez souvent citée
pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment
à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans
les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole
et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15]
et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une
Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a
traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
[14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit
pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable,
Vigneron.
[15] Ajoutons, d’après Jal, _Dict. critique_, p. 1242, «à l’enseigne
du _Chapeau couronné_.»
[16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que
son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement
dans une note du glossaire de ses _Noëls bourguignons_: «le
plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin
et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé
Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas--ce qu’oublie La
Monnoye--nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné
une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre:
«continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus
tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit
attribuer tout entier.
[17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa
méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le _Dictionn. histor._
de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont
on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en
France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il
raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une
grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait
qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.»
Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et
Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues
Espagnole et Italienne.
Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des
mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et
Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18],
Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint
Germain.
[18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en
Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici,
des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une
_Grammaire françoise méthodique_, et, deux ans après, un abrégé en
anglois de cette grammaire.
[19] Cette _Histoire des Sevarambes_, qui a été souvent réimprimée,
est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’_Utopie_ de
Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et
religieux.
M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le
Turc[20].
[20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’_Histoire de Tamerlan_,
celle de _Gengiskhan_, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la
traduction des _Mille et un Jours_, que Le Sage revit pour le style.
En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé
professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa
mort, en 1713.
Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son
neveu, au Collège de Cambray.