chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme
étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima
d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de
Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il
n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés
dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin
de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais
les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent
prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux
cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son
_Recueil_ (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les
raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son
ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine
Marguerite.
[11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du
Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du
Temple.
Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12].
[12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent
nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé
tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal,
l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et
l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient
dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé
Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. _V._ nos
_Chroniques et légendes des rues de Paris_, p. 118-119.
Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13].
[13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari
avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous
ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa
femme.
Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14].
[14] Suzanne de Montgommery, comtesse--et non marquise--de Quintin.
Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle
et de ses entours, «la meilleure compagnie de la Cour», un bien
curieux tableau (t. I, p. 326-327).
Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15].
[15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis
de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse.
L’abbé de Marolles, parlant dans ses _Mémoires_ de son cabinet et de
celui de Mme d’Aiguillon, dit: «Ils souffrent peu de comparaison
pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces
(onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues
marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats,
des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y
sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des
vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des
globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses
semblables.»
Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16].
[16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686.
C’est tout ce que nous savons sur elle.
Madame d’Allouy, ruë du Bac[17].
[17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non
d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente
de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement.
Madame de Monchal, près Bellechasse[18].
[18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle
bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller
au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa
bru figure ici parmi les curieuses.
Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain.
Madame de Maillier, rue saint Anastaze.
Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.
Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19].
[19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé
de Polignac qui devint cardinal, et fit l’_Anti-Lucrèce_.
Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain.
Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20].
[20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de
L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle
logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le
fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire,
le baron de Beauvais.
Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans
Rouges.
[21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry,
l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, «qui ne
laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris.»
[22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près
d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie
parisienne, (_V. Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, 1re part., p.
107.)
Madame de Lamec[23], rue saint Antoine.
[23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud
fit son portrait en 1696.
COMMERCE DE CURIOSITEZ ET DE BIJOUTERIES.
Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de
Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages,
et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à
l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de
l’Orloge; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré; Quesnel, rue
des Bourdonnois[8]; Protais, rue des Assis; Fagnany, quay de l’Ecole[9];
Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne; Naneau[10], au Palais, etc.
[1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses
_Epigrammes et autres pièces_ (1717, in-12, p. 272-274), nous parle
de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le
«lachinage», comme on disoit en langage de marchands (_voy._ plus
bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le
_Voyage du Parnasse_ (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet
d’un curieux tout lambrissé de laque: «c’est, dit-il, une pièce
ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (_sic_) de
la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes.»
[2] On ne les vouloit que de la Chine:--«Rappelez-vous, dit Lisette,
dans la _Maison de campagne_ de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui
en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce
qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine.» Une
déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des
porcelaines, faïences et poteries étrangères.
[3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces
du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans _Turcaret_, et Regnard
dans l’_Homme à bonnes fortunes_, scène des _Curiosités_.--«Est-il
curieux? dit Brocantin.--Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du
pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant
qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme.» Le financier du
_Voyage du Parnasse_ se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui «une
belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon», _V._ aussi le
_Théophraste moderne_, p. 422; l’_Ambigu d’Auteuil_, p. 16-17;
Gacon, le _Poëte sans fard_, p. 41.
[4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le
nomme avec lui dans ses _Poésies_, p. 149, et seul dans son poëme de
l’_Amitié_, p. 48:
Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,
Montrer aux curieux mille ornements fragiles,
En antiques tourner et le bronze et le fer,
Et dans un cabinet mettre tout Malafer...
Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment,
sans vouloir le vendre ni le troquer, le _Saturne coupant les ailes
de l’Amour_, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et
poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin
des rues Dauphine et Christine; il fut ainsi mêlé à l’affaire des
couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont
nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le
_Mercure_, sept. 1718, p. 69.
[5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités,
mais parmi les curieux: «M. Varenne, dit-il, près la Monnoie,
tableaux et diverses curiosités.»
[6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du
temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme
prêteur sur gages. (_V._ Dancourt, la _Foire Saint-Germain_, sc.
XII, et la _Femme d’intrigue_, acte V, sc. IX.) Ses deux fils
Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne _de
la Croix d’or_; l’autre à celle du _Dauphin_.--On trouve, dans les
_Mss._ Delamarre, nº 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite
faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en
1669 et renouvelé en 1687 et 1689.
[7] «Près les pères de l’Oratoire.» Edit. de 1691, p. 24.--Il est
nommé par l’abbé Bordelon dans son _Livre à la Mode_, 1696, in-12,
p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air:
Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,
A façonner sa bouche, et passer tout le jour
Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour?...
A hausser sa fontange en coquette éventée
Et renchérir d’abord sur la mode inventée?
A vouloir affecter par un soin assidu
Pour ses marchands: Le Gras, La Fresnaye et l’Egu?
[8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans
indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici: «Ils
vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui
d’entre eux qui s’y attache le plus.»
[9] «A la descente de la Samaritaine.» Edit. de 1691.--Nous avons
beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre _Histoire
du Pont-Neuf_, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer.
Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux
planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils
mit en recueil (_Mercure_, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie
qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où
il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les _Bains
de la porte Saint-Bernard_, allèrent encore plus loin: ils le
nommèrent «el signor Furbagnani.» On lit dans le _Théophraste
moderne_, à propos de cette loterie: «lui-même y a plus gagné sans
avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots.» Il gagna
beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les
aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées.
Il en est parlé dans le _Retour de la foire de Bezons_, et mieux
encore dans les _Souhaits_ joués en 1693: «MOMUS. Qui est-ce qui
porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une
place sur les tabatières de Fagnany? La Folie.»
[10] Nous trouvons pour Nanot (_sic_) dans la _Collect. Delamarre_, nº
21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut
dressé chez La Fresnaye.
Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change,
fait le même trafic.
Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de
Curiositez; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay; Poignan, rue de
Mommorancy; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg; Paris, près la
Jussienne[11]; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc.
[11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici:
«M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue
Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer
des tableaux.»
Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la
Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font
trafic.
M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à
l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de
Porcelaines et de Lachinage[12].
[12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.
M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13].
[13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne
quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746,
à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue
du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie
à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine
placée entre les nos 40 et 42. _V._ G. Brice, 3e édit., t. I, p.
255.
Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au
milieu de la ruë Bourlabé.
M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres
d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et
de Meubles de la Chine[16].
[14] Ces «articles» anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet
1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui
s’établit rue de Charenton, pour fabriquer «toutes sortes de
fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre.»
[15] Pour «pagodes.» C’étoit une des chinoiseries les plus
recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de
curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse
que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740: «à LA PAGODE,
_Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute
sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces,
tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon,
coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux,
agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et
étrangères_.
[16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après
une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais
moins longue, on y lit: «Ces marchands vendent des porcelaines, des
meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en
trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue
Briboucher», c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.
M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent
pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine.
[17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il
avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La
Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers
1670. «Il a fait, dit Félibien, _Des principes d’architecture_,
1676, in-4º, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de
travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer
son or, et cizeler de relief par dessus.»
Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret
d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles
qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs.
Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé
pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye
saint Germain; il donne une couleur de bronze antique aux figures
modernes[18].
[18] Il se servoit de _purpurine_, ou bronze moulu, qui s’appliquoit
soit à l’huile soit au vernis.
Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des
Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux.
Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de
beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit
extraordinairement les objets[20].
[19] «Faiseur d’instruments mathématiques... vend un calandrier de
cabinet propre et curieux.» Edit. de 1691.
[20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais
après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici: «On trouve
des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des
peintres, rue de Richelieu.»
Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près
saint Hilaire.
[21] Il eût mieux valu dire «miroirs cylindriques.» _V._ à leur sujet,
le _Diction. des Arts et Métiers_ de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t.
II, p. 612.
Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une
beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces
pour la Lanterne magique[23].
[22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique; le P.
Jean-François Niceron, auteur du _Thaumaturgus opticus_, 1646,
in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient
un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et
d’un effet surprenants.
[23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire.
On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel
de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux
vielles pour orchestre. _V._ Loret, _Muse historique_, 13 mai 1656.
Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait
et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une
propreté particulière[24].
[24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit
sur la liste de ses curieux: «M. Ubin, dit-il, émailleur, rue
Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours: thermomètres, baromètres,
larmes d’Hollande, et autres curiosités.» Suivant Huet, qui lui fit
faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite
«d’excellent ouvrier», il étoit anglois. (_Huetiana_, p. 56.) C’est
lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus
parfaits: «les curieux en conservent encore dans leurs cabinets»,
écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit
aussi pour les yeux de verre: «chez Hubins, le fabricant d’yeux de
verre, dit Lister à la fin du chap. V de son _Voyage à Paris_ en
1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à
appareiller n’importe quels yeux: et il faut qu’il en soit ainsi,
car la moindre différence seroit intolérable.» L’édit. de 1691, p.
31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et
elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous
retrouverons plus loin.--Hubin était grand ami de Papin, dont, en
1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage
important, _Nouvelles expériences du vuide_.
Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend
de plus simples et à meilleur marché[25].
[25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31: «le sieur
Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes
sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi
des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette
propriété de ne pas prendre la poussière.» Son fils lui succéda, et
ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. _V._ l’_Année
littéraire_, 1755, t. VIII, p. 49, 50; et 1758, t. VII, p. 138.
Piron en possédoit, dont il étoit très-fier.
Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent
et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent
grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27].
[26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit.
précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui
manque ici, et qui complète l’autre: «les sieurs Langlois, père et
fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une
beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du
Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne.»
[27] «Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait
de moindres ouvrages, façon de la Chine.» Edit. 1691, p. 24.
Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de
la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat
Chirurgien[28].
[28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est: «au Cloître
Sainte-Catherine de la Couture.»
Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le
Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30].
[29] «Au milieu du quai de la Mégisserie.» Edit. de 1691.
[30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24:
«le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La
Chinage en creux et en relief.»
Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile; de Monceau à la
Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font
des Tablettes de poche d’une grande propreté.
Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de
Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent
sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non
seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans
fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies
par des vapeurs medecinales.
[31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.
[32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la
chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les
chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce
qui tenoit alors un peu à la chimie.
[33] C’est-à-dire chez Blegny.
[34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des
chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. _V._
l’_Art de bien traiter_. Paris, 1674, in-12, chap. _de la Salle à
manger_.
COMMERCE DES OUVRAGES D’OR, D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.
La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont
leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les
Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1].
[1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la
chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue
Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été
dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi.
C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour
l’or et pour l’argent[2].
[2] Tous les ouvrages sans marque--nous dirions sans contrôle--étoient
saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce
genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et
Gauché.
Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs
Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet,
quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].
[3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place
Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion
de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle
dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps
de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au
coin du quai des Orfèvres.
M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du
Louvre[4].
[4] Il étoit, en effet, «un des illustres qui sont logez sous la
grande gallerie», comme dit G. Brice. «De Launay, orfèvre,
ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages
magnifiques que le roi fait faire.» Tout l’ameublement de
Versailles, «en meubles d’orfèvrerie», tels que les bancs d’argent
massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des
glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois
somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus
épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars
1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or
et d’argent, achevés ou à finir. _V._ les papiers Delamarre à la
Biblioth. Nat., nº 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le
procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des
soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le
droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à
savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre
en argent!
M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages
d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].
[5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de
tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la
direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie,
d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il
n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers,
en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart
de ces ateliers.
M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté,
demeure devant la place du Carrousel[6].