maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes
indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime
qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service
sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières
et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à
trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils
doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger.
[7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils
y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement
nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il
s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui
demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière
pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16.
Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve
comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement,
Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.
On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est
traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle
on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la
maladie.
En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et
on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit
jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au
moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au
temps du coucher.
Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent
une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre
des mesures pour les accroître de beaucoup.
BAINS ET ETUVES.
Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des
dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et
Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue
saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des
Marmouzets, etc.
[1] Les baigneurs,--et cela depuis longtemps déjà (_Anc. poésies_, t.
II, p. 284, et XIII, p. 204)--non-seulement tenoient des bains, mais
des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes
déclarations que les maîtres des auberges. (_Correspond. administr.
de Louis XIV_, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger
quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t.
I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le
plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne,
à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit
après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (_V. Hist. amoureuse
des Gaules_, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit
été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le
désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves
et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.»
[2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de
Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (_Journal du Citoyen_, p. 186.)
Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3].
[3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie,
les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle.
Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur
les _Bourgeoises qui se font appeler Madame_.
Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du
cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition
vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.
[4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit,
entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui
l’ont fait disparoître avec la rue, _Cul-de-sac des Etuves_.
Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le
Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles
de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et
particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont
infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses
de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt,
entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.
C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans
l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à
sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et
la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les
évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui
sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou
d’esprit de vin.
Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une
vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus
prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de
Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine
commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air
rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré.
Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois
par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement,
Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles
conviennent soir et matin, payent un ecu et demi.
Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la
chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en
sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations.
Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les
décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il
peut en la composant diversement, produire autant de différens effets,
qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être
déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes;
outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs
qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus
extraordinaires.
Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les
Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article.
IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE.
La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est
ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui
viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la
Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur
le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre.
Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des
Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M.
l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury.
[1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté,
puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa
capacité dans les langues... que par la connoissance et le bon choix
qu’il sait faire des livres.» _Hist. de l’Imprimerie_, 1689, in-4º
p. 289.--Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie
faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du _dictionnaire_ de
Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de
Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette
saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut
poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction
de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (_Lettre de Papillon à
Leclerc_, dans la correspondance _inédite_ du président Bouhier, t.
X, p. 104.)
Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances
avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire
historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres
pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry
Libraire rue saint Jacques[3].
[2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et
déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de
Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn,
quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.»
[3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus
considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du _Molière_ de
1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége
Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le
libraire, l’a nommé dans son _Epître X_.
Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les
sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard.
[4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper,
vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la
Religion.» Edit. 1691, p. 4.--C’est le fils de Guillaume Desprez,
qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de
Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit.
Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à
Port-Royal, où il fut enterré.
[5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares.
_V._ l’abbé de Vallemont, _Réponse à M. Baudelot_, 1706, in-12, p.
79.
Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se
vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6].
[6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la
musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui
le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression.
Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole,
et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu
imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même
privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit
d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice
sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs
caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues,
qui a succédé à la leur.
A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le
Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres
Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la
grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier
Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs
et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les
Matières Beneficiales et autres[9].
[7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes.
[8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et
surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son
adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la
Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de
la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.»
[9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la
cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique
de Sercy. La Caille, _Hist. de l’Imprimerie_, p. 296, n’insiste que
sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans
et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à
travailler pour lui. _V._ sa _Vie_, par l’abbé Goujet, p. 6.
Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint
Euremont, etc.[10].
[10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.--C’est ce
qu’on appeloit des _barbinades_. Le Saint-Evremond étoit surtout en
grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en
fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le _Lutrin_
de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien:
Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous
donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été
content.» _Œuvres_, t. IV, p. 75.--Dans l’édition de 1691, p. 34,
Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les
jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les
_Instructions pour les jardins fruitiers et potagers_, 1690, 2 vol.
in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un
grand assortiment de livres de jardinages.»
Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand
assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12].
[11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry,
Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de
Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit:
«Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.»
[12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec
Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la
salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»--«Estienne
Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom
de Jésus.»
On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs
Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques.
[13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de
La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention
spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a
composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est
l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu
rare.
[14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du
libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la
communauté le 18 septembre 1686.
Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la
Cour des Monnoyes.
[15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques,
à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne,
en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce
titre, éditeur de la collection latine _ad usum Delphini_. On trouve
des vers en son honneur dans les _Œuvres_ de Santeul (1698, 2e
partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques:
«Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à
Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de
Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous
marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et
autres semblables négociations.» Un livre politique, l’_Histoire de
Venise_, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi,
lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille.
(_Mss._ Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.)
Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie
Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de
Vitruve, celle de Scamosy, etc.
[16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme
imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour
remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de
l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire.
Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur
Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint
Jacques.
[17] Nicolas Langlois, dit _Chartres_, comme son père François auquel
il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de
musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à
l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris
l’enseigne des _Colonnes d’Hercule_, avec la devise: _nec plus
ultra_, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur
succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu
surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette
même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par
Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit
de 1675. (_V. collect. Delamarre_, nº 21,731, p. 53.)
Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe,
Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les
Edits et Déclarations du Roy[18].
[18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de
Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François
Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste
Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi,
d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.»
Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres
de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences.
[19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques,
à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre
le plus célèbre qu’il ait publié, _les Caractères_ de La Bruyère,
dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit,
d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien,
fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un
fermier général épousa. (_V._ notre _Comédie de Jean de La Bruyère_,
t. II, _passim_.)
On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur
Jombert[20], sur le quay des Augustins.
[20] Pierre Jombert, dont on trouve le _Catalogue_ dans la collection
Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec
Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du _Glossaire_ de Du
Cange, et du _De re diplomaticâ_ de Mabillon.
On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur
d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle,
qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. _La Mithologie
Phisique_ de M. Duncan[22]. _Les Discours Philosophiques_ de
Cordemoy[23]. L’_Arithmétique des Ingénieurs_ de La Londe[24]. _Les
Specifiques_ de M. Boyle[25], etc.
[21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine
Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres
qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut.
[22] Ce doit être quelque résumé de l’_histoire de l’Animal ou la
connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie_, ouvrage
du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la
vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à
l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi
étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.»
[23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).--Ce sont les
six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la
distinction de l’âme et du corps.
[24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils,
ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses
études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable
jusqu’à la mer.
[25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit
publié en 1688, à Londres: _Receipt sent to a friend in America_
(recettes envoyées à un ami en Amérique).
Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult
et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des
RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint
Jacques.
[26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (_sic_) en compagnie.»
Edit. 1691, p. 34.--Thiboult est le vrai nom.--Expresse défense
étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les
classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº
21,730, fol. 117.)
Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27].
[27] Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, avoit
succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six ans après, le
5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction de Denis de Salo, le
premier numéro du _Journal des Savants_. La périodicité, qui en
étoit alors hebdomadaire, fut brusquement interrompue à la fin du
troisième mois, à cause des opinions trop peu ultramontaines du
rédacteur, et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à
la condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert,
l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée
jusqu’à la Révolution.
Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, les Missels, les Rituels,
les Graduels, les Antiphoniers, les Offices, etc., voyez l’article des
affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, voyez l’article
des Exercices de Pieté.
Les plus belles Heures se trouvent rue saint Jacques chez les Sieurs
Angot[28], Josset, Foucault et Hérissant[29]; au Palais dans la
grand’Salle chez les Sieurs le Gras[30] et Poirier; et sur le Pont au
Change chez les Sieurs Poirion et Vaugon.
[28] Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une grande part au
règlement qui rendit la communauté des relieurs distincte de celle
des libraires, dont l’Université n’avoit jamais permis jusque-là
qu’elle fût séparée.
[29] Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement
dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra comme objet
de luxe, quand la misère de la fin du règne fit prendre par Louis
XIV des mesures somptuaires. Hérissant fut inquiété. (_V._ sa
déclaration dans la _collection Delamarre_, nº 21,627, fol. 288.)
[30] Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit publié, en
1640, les _Antiquités et Annales de Paris_, in-fol., par Malingre.
Sa réception comme libraire datoit du 10 septembre 1683. On trouve
dans la _collection Delamarre_, nº 21,563, f. 289-305, un curieux
traité fait avec lui.
On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres et ruë Neuve Nôtre Dame.
La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du Carême, s’imprime chez le
Sieur Chevillon ruë saint Jacques.
Le Mercure[31] et les autres Livres de l’Histoire du Temps, se vendent
chez le Sieur Guèroult au Palais dans la galerie neuve[32].
[31] Le _Mercure galant_, qui, puisqu’il avoit commencé à paroître le
1re janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième année. Visé, qui
l’avoit créé, le dirigeoit toujours; il en garda même la direction
pendant plus de dix-huit ans encore. Il ne l’abandonna, presque
mourant, qu’au mois de mai 1710. Durant ces trente-huit années, il
n’avoit pas publié moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.
[32] «Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay des
Augustins.» Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au numéro, comme
aujourd’hui les journaux dans les kiosques: «M. de Torcy m’a appris,
écrit Racine à son fils aîné, le 6 février 1698, que vous étiez dans
la _Gazette de Hollande_: si je l’avois su, je l’aurois fait acheter
pour la lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un
homme d’importance.» Une lettre _inédite_ de Dom Calmet, du 4
septembre 1714, nous donne de curieux détails sur la vente, et aussi
sur le louage des différents journaux françois et étrangers à Paris:
«Je me suis informé, dit-il, de la commission des journaux des
Savants et des Gazettes pour M. Olivier. Le journal des Savants se
vend 6 sols, et les deux gazettes de Hollande, avec les suppléments,
30 sols. Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis.
Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le
mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que ces gens se
privent par là du petit gain qu’ils tirent de la lecture qu’ils
laissent faire dans leur boutique de cette gazette pendant deux
jours.» En 1655, selon Loret, t. II, p. 127, la _Gazette de France_
se vendoit 4 sols et demi.
Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, se vendent à Parisien gros
et en détail chez le Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve
Oudot[33], ruë de la vieille Bouclerie.
[33] C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets
populaires: légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit une autre
librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit surtout cette
littérature d’almanachs et de bibliothèque bleue. Son fils Jean
Oudot lui succéda sous la Régence.
Les Livres de Bibliotèque et genéralement les vieux Livres et Manuscrits
rares, se peuvent recouvrer chez les Sieurs Villery[34] et Moette[35],
rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la Harpe, Clouzier et
Emery, David et plusieurs autres, sur le quay des Augustins et place de
Sorbonne[36].
[34] Il donnoit ainsi son adresse: «Jacques Villery, rue de la
Vieille-Bouclerie, _à l’Estoille_.»