qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa
conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses
préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au
bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve
d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin.
[11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery,
qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa
mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat.
Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent,
se trouvoit le _magistère de Bismuth_, qui, tout seul, eût suffi à
sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393),
«que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne»; mais il n’y avoit que lui
qui en eût alors le secret à Paris.
[12] C’est son _Cours de chimie_ publié en 1675, et dont le succès fut
tel que, suivant Fontenelle, «il se vendit comme un ouvrage de
galanterie ou de satire.»
[13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode,
lui attira l’affluence la plus choisie: «Il en ouvrit, dit
Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea.
Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un
antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant
l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la
place pour ses opérations.»
[14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes
l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le
droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery
qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea
d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin
pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de
1686, c’étoit chose faite.
[15] Au coin de la rue Galande. _V._ l’avant-dernière note.
M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au
coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de
toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres
de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de
Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi
bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16]
[16] «L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la
crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage,
l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents;
la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de
capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de
Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume
vert et le baume du Pérou; la pommade qui amortit les héméroïdes, la
poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les
dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de
sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes
venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes
autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions,
le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire,
l’huile de palme.» Edit. 1691, p. 19.
C’est le seul artiste à qui les descendans du Signor Hieronimo de
Ferranti Inventeur de l’Orvietan[17], ayent communiqué le secret
original[18].
[17] C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, par le
charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et qui fut surtout
connu par son surnom _Orvietano_, qui devint bientôt celui de son
remède. On le croyoit bon surtout contre les poisons et contre les
maléfices. C’est pour cela que le Sganarelle de l’_Amour médecin_
veut en faire prendre à sa fille.
[18] «L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy a été
communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier héritier du
secret.» Edit. 1691, p. 19.
Il dispense aussi tous les Remedes achetez et publiez par ordre du Roy.
Une conserve et une liqueur pour la guérison des phtisiques et des
poulmoniques[19].
[19] «La conserve balsamique qui guérit presque tous les poulmoniques
en six semaines.» _Id._, p. 17.
Une tizanne filtrée pour purger doucement et agréablement la bile, la
pituite et généralement toutes les superfluitez.
Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et les Ulcères de la gorge, les
Cancers, les Ecroüelles ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et
variqueux des jambes et d’ailleurs[20].
[20] Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à «l’emplâtre
philosophique» que sont attribuées toutes ces vertus.
Une Eau anodine qui appaise avec une promptitude surprenante la douleur
des dents, toutes les espèces de Coliques, les Véroliques[21], les
Rhumatismes, les Douleurs causées par le mercure, la Sciatique, et les
Gouttes des mains et des pieds.
[21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la
guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat
dans la préface de sa comédie des _Empiriques_ jouée en 1697, des
billets imprimés du genre de celui-ci: «M. Mercurini, napolitain,
guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder
la maison, toutes sortes de maladies secrètes... M. Mercurini voit
les hommes. Madame Mercurini voit les femmes.» Il nous semble bien
que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus
loin un spécifique de leur façon, «qui guérit promptement, sûrement»
lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le
remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de
Mercurini que lui donne Palaprat.
Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses,
qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la
digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les
vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une
espèce de fontaine de jouvence.
[22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des _Essais de
médecine_ de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence»,
qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.
Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine
emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité,
elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours
de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.
Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement,
seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.
Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées,
des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence
d’urine[23], etc.
[23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes
espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des
reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent
les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui
réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches,
et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et
des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.--Cet article y est précédé de
celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui
desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent
toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui
abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels
d’une mauvaise constitution.»
Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des
Dents.
[24] «Une essence végétale...» _Id._, p. 17. On y lit à la suite de
cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les
douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les
parties... le sirop de vanille, qui a une propriété singulière
contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote
universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres
gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans
retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres
intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un
très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes
expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions
pressantes et subites.»
Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre
sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des
mauvais travaux.
Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de
Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent
aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les
chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].
[25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par
excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de
Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur
lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange
distillées.
[26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p.
17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on
va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle
d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont
l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et
devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme
certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces
deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui
n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de
contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de
sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le
fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes,
les cuillères, etc.--Les cassolettes royales, par lesquelles on
réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux
d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe,
pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu
de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de
laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de
cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées
au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur
que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en
vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les
fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le
globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement
pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air
chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs
indispositions.»
Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les
Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et
quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].
[27] _V._ sur les bandages ou _brayers_, depuis le moyen-âge jusqu’au
XVIIe siècle, le _Vieux-Neuf_, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut
p. 13.
[28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale
des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les
bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup
par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691,
p. 16.
Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du
gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre
d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la
sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes,
les signes, les porreaux, etc.
Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en
très peu de prises.
Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes
cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne
leurs vertus et leurs usages[30].
[29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on
proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce
qu’au temps de Rabelais on appeloit des _Silènes_: «Silenes
estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que
voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus
de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons
bridez, lièvres cornuz, canes bastées... et aultres telles
painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire...
mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme,
ambre gris, amomon, muscq, zivette...» _Silènes_ passoient aussi
pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens,
lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les _Silènes d’Alcibiade_.
(V. le _Bulletin du bibliophile_, 1857, p. 152.)
[30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de
Regnault, et autres.
Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige
quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas
qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au
double pour une parfaite guérison.
Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine,
vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31].
[31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au
bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.--Les eaux
minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses
_Essais de médecine_, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il,
avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol--nous dirions
aujourd’hui d’acide sulphurique;--or, les limonades gazeuses ne se
font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac
n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un
curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les _Mss._
de la collection Delamarre, nº 21, 738, _ad finem_. Un certain
Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre _des
Jugements_, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu.
Nous trouvons aux _Mss._ de la Bibl. nat., dans un des registres du
Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au
sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les
remèdes de son invention.»
Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel
policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se
vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits
Carreaux.
Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et
autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et
Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et
par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint
Germain.
Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier
sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les
Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32].
[32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de
Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou
cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne
plus le quitter, celui de _Cul-de-sac des Provençaux_, qu’il doit
aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons
ici, et dont il sera reparlé.
L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de
Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des
Barres, rue S. André.
Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et
encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des
Canettes.
[33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si
longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici,
qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les
négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir
le commerce:--Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque
vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé,
et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le
renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui
empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire.
(Amelot de la Houssaye, _Mémoires histor._, t. II, p. 365.)
Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au
cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34].
[34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de
la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient
combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit
de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques
de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire
Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit,
pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de
celle du Cœur-Volant, des _Vipères d’or_ pour enseigne. Cette
apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en
1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle.
M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses
Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les
Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de
son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la
distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des
Augustins à l’enseigne du Page du Roy.
[35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.--Son fils, l’abbé
Alary, fut de l’Académie française, et président du club
philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du
président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de
_Club de l’entre-sol_. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à
l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses
_Mémoires_ (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé
Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son
apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.»
[36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18.
Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les
fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une
promptitude extraordinaire[37].
[37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne
reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la
Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour
de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies
des chevaux.»
On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des
Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage,
et qui donne une fort grande fraicheur au teint.
PENSION POUR LES MALADES.
Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public
depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux
et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de
Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement
l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée
à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit
n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de
Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte
saint Antoine[4].
[1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout
entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier
président du Parlement, de 1403 à 1413.
[2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au
faubourg Saint-Antoine.
[3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (_Registres
de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 48.)
[4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70,
rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier
siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal
révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut
Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de
ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du
Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire
son incroyable coup d’Etat contre l’Empire.
La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à
l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que
par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du
monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y
a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en
parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des
vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de
plaisance[6].
[5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande
concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des
promenades du Rempart ou du Boulevard.
[6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le
nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine
prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le _Voyageur fidèle_,
p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent
malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien
meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre
la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande
rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes,
qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand
jardin, et au-dessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en
belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui
forment une perspective fort agréable.--C’est aussi dans cette
maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à
Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui
sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y
prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont
y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver
plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.--Il
n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux
vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller,
de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des
pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des
malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le
souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.»
Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls
agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la
Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres
commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des
appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du
service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à
Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de
convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux
minéralles, les Bains, les Etuves, etc.
Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles
de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du
monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles
desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience
consommée.
C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui
souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le
mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant.
On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les
constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions
habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine,
Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers,
Varices, etc.
On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et
géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté.
Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais
elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du
voisinage.