remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié cinq ans
auparavant, et dont voici le titre exact: _Le bon usage du thé, du
café et du chocolat, pour la préservation et la guérison des
maladies_. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage qui suit doit aussi être de
lui, mais nous ne pouvons l’assurer.
Pour la Société Roiale de Medecine, voiez l’article des Rapports et
Verifications d’Experts.
L’Histoire de la Medecine et des Medecins nouvellement publiée par M.
Bernier[19], auteur de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon
Langrögne, rue saint Victor. Les premières parties de ce Livre estant
comme un extrait du Dictionnaire Historique de Morery[20], on le lit
avec plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de fortes atteintes
à l’honneur de gens vertueux et recommandables[21], dont apparemment il
a voulu se distinguer.
[19] Ce sont les _Essais de médecine_ de Jean Bernier, auxquels il ne
donna le titre d’_Histoire chronologique de la Médecine_, qu’à la
seconde édition, en 1695. La première étoit de 1689. Il avoit fait,
comme on le dit ici, une _Histoire de Blois_, sa ville natale.
[20] Dans le chapitre IV de la 1re partie de son livre, Bernier fait,
en effet, l’histoire chronologique de la médecine et des médecins,
et n’y reproduit guère que ce qu’on en lisoit dans Moréri.
[21] Les gens «vertueux et recommandables», dont parle ici Blegny,
sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que Bernier malmène
d’importance dans son XIIIe chapitre: _Des charlatans prétendus
médecins, et des médecins charlatans_. «Quant à nos empiriques, y
dit-il par exemple, ce ne sont ordinairement... que des
banqueroutiers, des gens ruinez ou saisis, des fugitifs, des
téméraires: au moins des gens sans étude, sans principes, sans
caractère.» Parmi tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit
que l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se venger
de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et qui lui valut
de plus directes représailles. Dans l’_Anti-Menagiana_, publié en
1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé dans ses _Essais_, le nomme
sans pitié, et cela dès sa préface, p. 16, où, parlant de son
almanach et des ennuis qu’il lui avoit attirés, il dit: «l’auteur en
est Blegny, le bastillé et le bastillable.» Ailleurs, p. 118, il y
revient dans une attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître
Notre-Dame, «qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans
l’_Almanach des adresses_ d’Abraham Du Pradel.» Plus loin, p.
230-231, autre attaque encore contre l’homme et son livre. Blegny,
comme on voit, n’avoit gagné à se défendre que des horions nouveaux.
La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à Lyon en latin et en
françois[22], se trouve chez presque tous les Libraires de la rue Saint
Jacques.
[22] Ce sont les _Institutions de médecine_ de Michel Ettmüller, mort
en 1683.
MEDECINE EMPIRIQUE.
Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée par des
particuliers, dont l’étude n’a pas esté assez réglée pour parvenir aux
degrez, et qui se fondent principalement sur les épreuves de quelques
Receptes medicinales.
Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques et des Religieux qui
pratiquent à Paris cette sorte de Medecine[1]; par exemple, M. l’Abbé
Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, et qui demeure à présent
à l’Arsenal.
[1] C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier dans son
chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont pour lui la
plupart «des moines ignorants, et las de la robe,... des pieds
déchaux, qui ne savent où donner de la tête.»
M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.
M. le Curé d’Evry, Village de Brie[2], qui donne avec permission une
boisson sudorifique, par la chaleur de la quelle il tache de consommer
les causes des maladies.
[2] Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, département de
Seine-et-Marne.
Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le Prieur, et qui demeure ruë de
la Raquette, Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour un
apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus facheuses opilations dans
les deux sexes[3].
[3] Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., p. 18:
«Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans la rue de la
Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de médecine, et qui se dit
très-habile.» Rue de la Raquette, c’est, comme on sait, rue de la
Roquette.--Bernier, p. 296 de ses _Essais_, semble faire allusion à
ce remède du prieur: «Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à
connoître ceux qui ont débité et fait valoir aux simples: qui des
remèdes pour les dents;... qui... des stipiques à divers usages, des
_apéritifs_...»
Le Frère Ange, Capucin[4], qui distribue un Opiatte et un Sirop
mesentirique et epatique, est resident au Fauxbourg saint Jacques.
[4] «Renommé pour la cure des maladies chroniques... au couvent du
faubourg Saint-Jacques,... a un laboratoire assez curieux.» Édit.
1691, p. 18.
Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg saint Germain, fait des
recherches dans la Chimie.
OPERATIONS CHIRURGICALES.
Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son appartement au vieux
Louvre, où il loge quand il est à Paris.
M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, Prevoté et Vicomte de
Paris[1], renommé pour la saignée et pour la grande Chirurgie[2],
demeure rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.
[1] François Du Tertre, que l’_Etat de France_ pour 1692, t. I, p.
240, qualifie «lieutenant des chirurgiens de Paris», retenu par le
Roi pour «l’employer où il pourra en avoir affaire. Il a cinq mille
et tant de livres d’appointements.» Les chirurgiens du Roi qui
étoient au nombre de neuf, un premier ordinaire, et huit ordinaires
servant par quartier, pouvoient, d’après une déclaration de Louis
XIII, «tenir ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où
seront les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers
chirurgiens.»
[2] Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du Parlement.
Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté des Chirurgiens Jurez de
Paris, sont Messieurs David, rue de l’Arbre sec: Cuqüel, rue Galande,
Caubouë, rue Montorgueil: et Gigot, rue saint André.
La Liste générale des maîtres de cette Communauté se peut recouvrer aux
Ecoles de Chirurgie près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude du chef
d’œuvre[3] et des exercices qui s’y font en tout temps, doit faire
presumer que cette liste n’est composée que d’habiles gens; et en effet
il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables par quelques
endroits: par exemple, pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à
l’Hôtel Dieu[4]. Bessière, près la Trinité[5]. Triboulleau, rue des
Juifs. Roberdeau, rue saint André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.
[3] On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les
corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour la
communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération faite avec
succès.
[4] On a de lui un _Traité des maladies des os_, et un certain nombre
de mémoires parmi ceux de l’Académie des sciences.
[5] «M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et pour les
grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat), près la
Trinité.» Edit. 1691, p. 18.--Jacques Bessier--c’est son vrai
nom--fut, en effet, célèbre. C’est un des quatre chirurgiens
auxquels le roi accorda des lettres de noblesse, il les obtint en
1712. Julien Clément, qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de
semblables l’année précédente.
Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac, près les Convalescens[6].
[6] «M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché pour les
consultations chirurgicales...» Edit. 1691, p. 18.--L’hôpital des
convalescents, près duquel il demeuroit, se trouvoit rue du Bac, à
la hauteur du nº 98, qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642,
par Mme de Bullion, femme du surintendant des finances, pour les
convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception des
soldats, des laquais et des prêtres.
Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans. Passerat, rue Neuve des
Petits Champs. Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais, rue
saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc.
Pour la reduction des os rompus et demis, M. Michault, rue Hautefeuille,
etc.
Pour les accouchemens, Mrs Mauriceau, rue neuve de Richelieu. Clément,
rue et devant le petit S. Antoine[7]. Portail et Bonnamy, rue saint
Martin. Desforges, près saint Eustache. De Frades, rue Comtesse
d’Artois, etc.
[7] «M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un traité des
maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry, rue Saint-Jacques,
demeure dans la rue des Petits-Champs.--Monsieur Clément, qui a eu
l’honneur d’accoucher Madame la dauphine, demeure devant le petit
Saint-Antoine.» Edit. 1691, p. 18.--Mauriceau, qui fut si célèbre
pour les accouchements, et dont le _Traité des femmes grosses_,
qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin, resta
classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet demeuré rue
Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de Richelieu. Il y
logeoit, quand son _Traité_, qu’il vendoit lui-même, parut. On lit
sur le titre: «Chez l’auteur, au milieu de la rue des Petits-Champs,
_au bon Médecin_.» Cet accoucheur avec enseigne ne doit pas
surprendre. C’étoit l’usage, que les sages-femmes continuent encore.
La plupart des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une
enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les _Œuvres_ de Santeul,
1698, in-12, 2e part., p. 178, un distique qu’il avoit fait pour une
de ces enseignes: _Sur un tableau de la charité de Saint Louis_, y
est-il dit, _à la boutique d’un chirurgien, proche Saint Martial_:
Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro,
Admonet hæc pietas regia, te que docet.
Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de la Pelleterie, et Dalibourg,
rue Neuve de Richelieu.
M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération de la Pierre qu’on nomme
_Lithotomie_, demeure rue Jacob près la Charité[8].
[8] «M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la Charité, où il a
pratiqué cette opération (de la pierre), et qui est auteur d’un
livre qui en traite particulièrement, demeure rue Jacob, près le
portail de cet hôpital.» Edit. 1691, p. 18.
Messieurs Collot père et fils, fameux pour la même opération, demeurent
rue de Seine quartier saint Germain.
M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de Guénegaud, a un
particulier talent pour penser les loupes, les signes et les porreaux.
M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache particulierement à la
Catharacte, et qui fait son sejour ordinaire à Chalons en Champagne
vient à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue de la Huchette à
l’enseigne des Capillaires de Montpellier[9].
[9] Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus bas, p. 169, n.
2, du sirop que faisoit Blégny avec «les capillaires de
Montpellier.»
M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline[10] son oncle pour les
maladies et pour les opérations de Dens, demeure sur le quay de la
Megisserie devant le Pont neuf.
[10] Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le
temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans _les
Mazarinades_. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée
de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant _le
Chevræana_ il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu
arrangé du VIe livre de l’_Œnéide_:
_Uno_ avulso non deficit alter.
Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier.
L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez
Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année
1692: «Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous
auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il
n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline
lui eût nettoyé les dents.» En 1696, on ne nomme encore que
Carmeline; de son neveu et successeur Quarante pas un mot: «C’est,
dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’_Arlequin
Misanthrope_ joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui
oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle
Carmeline n’ait une hypothèque spéciale.»
Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, Surin et Coupart au Pont
Marie, s’exercent aux mêmes opérations.
Les Sieurs Langlois[11], rue Montmartre; de Rere et Cuvillier, à la
Croix du Tiroir, sont occupez à la reduction des os fracturez et
disloquez.
[11] Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, qui
soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté de Reims,
une lutte fort vive, en 1695, contre «les doyens et docteurs de la
Faculté de Médecine de Paris», qui ne vouloient pas les reconnoître,
et refusoient de consulter avec eux. Après un an de guerre de
mémoires et _factum_, le roi donna raison aux deux docteurs
provinciaux. Ce dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps
de tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, dans
sa IVe satire: _le Médecin pédant_:
... Il traite d’écolier
L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.
Mademoiselle de Blegny directrice honoraire et perpetuelle de la
Communauté des Jurées Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement pour
les personnes de la première qualité et pour celles qui luy sont
confiées, demeure chez M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud,
première porte à droite[12].
[12] Cet article est différent, moins long, mais plus curieux dans
l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer sa femme: «la
Directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes
de Paris, dit-il, demeure au Jardin médicinal de Pincourt, où les
dames de province peuvent faire leur couche à un écu par jour.»
Les Directrices agentes de la Communauté, sont Mesdames Langlois, rue
Dauphine, Soret, rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer, et
Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie.
Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes du Châtelet, voyez
l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
On est renvoyé au même endroit pour le Traité des Rapports de Chirurgie.
Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau[13] et celuy des Décentes de
M. de Blegny, se vendent chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques[14].
[13] _V._ plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre.
[14] Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry, son père,
en 1678.
Le Traité des Maux Vénériens[15] du même Auteur, se trouve chez Estienne
Michallet, rue saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de Nesle[16].
[15] Les remèdes contre ces maladies étoient les plus exploités, et
cela pour de honteuses raisons que Lister nous explique au chapitre
XI et dernier de son _Voyage à Paris_ en 1698: «Ces traitements
secrets, dit-il, ont mis en pratique de misérables petites espèces
de toute sorte, et leur ont donné lieu d’insulter les familles,
sitôt qu’elles ont été au fait de leurs malheurs... Tout le monde
ici s’en mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie:
Apothicaires, barbiers, femmes, moines...»
[16] Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien mieux qu’ici la
liste de ses livres: «Chez la veuve Nion... l’on trouve tous les
autres livres de M. de Blegny, à sçavoir: le _Recueil des nouvelles
découvertes de médecine_, en quatre volumes in-douze, qui se vendent
huit livres--il n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux
volumes in-8, sans indication de prix;--le _Remède anglois_, publié
par ordre du Roy, qui se vend vingt sols; l’_Art de guérir les
maladies vénériennes_, en trois volumes in-12, qui se vendent quatre
livres dix sols; l’_Art de guérir les descentes_, qui se vend une
livre dix sols; la _Doctrine des rapports de chirurgie fondée sur
les maximes d’usage et sur la disposition des nouvelles
ordonnances_, qui se vend une livre cinq sols; le _Bon usage du thé,
du caffé et du chocolat, pour la préservation et pour la guérison
des maladies_, qui se vend une livre dix sols; les _Observations qui
ont esté faites dans les astres depuis l’invention des lunettes
d’approche avec les utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de
la médecine_, qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres.»
On trouve un grand nombre d’autres Livres de Chirurgie chez les mêmes
Libraires.
MATIERES MEDÉCINALES SIMPLES ET COMPOSÉES.
Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement à la Droguerie
medecinale[1], sont pour la plu-part dans la rue des Lombards: par
exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et Michon.
[1] Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient faits de
véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans procès. Il y en
eut un notamment fort grave entre ces rivaux de la pilule et des
drogues, en 1633. Gui Patin en a parlé. (_V._ ses _Lettres_, anc.
édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.) A Paris, l’affaire s’arrangea;
mais un siècle après, elle se ralluma en province, à Chartres, où le
démêlé entre les épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit
en 1758. On en trouvera quelques détails dans l’_Année littéraire_
de Fréron, 1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de
province contestoient aux droguistes la vente des remèdes, les
droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux carmes
ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence: «les
jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15 septembre 1768, eurent, il
y a quelques années, un procès avec les droguistes de Paris, pour je
ne sais quel élixir qu’ils vendoient fort cher, après avoir vendu de
la grâce suffisante qui ne suffisoit point, tandis que les
jansénistes vendoient de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde
est une grande foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la
foule; chacun enchérit sur son voisin.»
Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques autres endroits de la
Ville: par exemple, Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie[2],
Brousset, rue neuve saint Mederic[3]; Moulin, rue des trois Maures;
Boileau, rue des Lavandières[4], etc.
[2] Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard, publia, en
1738, un volume sous ce titre: _Cléon à Eudoxe, touchant la
prééminence de la médecine sur la chirurgie_.
[3] «Au coin de la rue Macon.» Edit. 1691, p. 32.
[4] «Quartier Sainte-Opportune.» _Ibid._
Les uns et les autres vendent en gros et en détail, généralement tout ce
qui peut faire le sujet des opérations de la Pharmacie et de la Chimie,
à l’exception de quelques métaux dont il sera parlé dans un chapitre à
part; de la plûpart des herbes qui sont vendues dans les Halles et
Marchez par les Herboristes, et des fleurs qu’on trouve dans leurs temps
le matin, rue aux Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes ou
Bouquetières.
Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, sont Messieurs
Clément à l’Hôtel de Soissons; Gaillard, rue saint Honoré près saint
Roch, et Martel, rue saint Avoye.
Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs Harland, rue saint
Jacques de la Boucherie; Boudet, rue saint Martin; et Chabouillé, rue de
la Cordonnerie.
Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même
corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune.
Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir
chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et
Pharmaceutiques: par exemple,
Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries
saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes.
[5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se
tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans
l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute
l’importance (t. VI, p. 487): «M. Cassini, dit-il, y apportoit ses
planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres
d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des
opérations de chymie... Ces conférences parurent si bien entendues
et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de
l’établissement des expériences de physique dans les colléges.»
Lister, au chapitre XI de son _Voyage à Paris_, a décrit ainsi
l’apothicairerie de Geoffroy: «Elle est, dit-il, dans la rue
Bourgthibourg: l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère
avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes
entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers
de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les
drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de
ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et
parfaitement montés.» Lister parle ensuite du fils de Geoffroy,
qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de
Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle
espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à
l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son
éloge.
[6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand
cas: «C’étoit, dit-il (_Mémoires_, édit. Hachette, in-18, t. VI, p.
238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit
toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et
qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme
nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et
d’honneur, de discrétion et de sagesse.»
M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a
pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de
Seine à saint Germain des Prez[7].
[7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à
Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences,
dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI,
p. 48-50), dit «qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille
analyses de toutes sortes de corps.» Il le vante aussi, comme
apothicaire, «pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes,
qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et
très-modique.»
Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des
Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son
Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez.
M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa
Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait
deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un
applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un
très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près
saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.
[8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des
Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui
dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’_Etat de France_ de
1692, p. 354, non-seulement apothicaire «des camps, hôpitaux et
armées», mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de
Rouvière.
[9] On attribuoit, d’après Galien (_De antidotis_, lib. I), la
composition très-compliquée de la _Thériaque_, dont le nom venoit de
la morsure des bêtes venimeuses, _thêra_, qu’elle guérissoit, au
médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou
d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par
faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à
sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus
loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il
est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement,
et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (_V._ les _Mémoires
secrets_, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa
réputation par un ouvrage sur le fameux remède: _Thériaque
d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur
l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients_, Paris,
1668, in-8.
[10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, «un
apothicaire-épicier», Claude-François Péaget, dont il tint sur les
fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la
femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du _Sopha_.
(Jal, _Dict. critique_, p. 455.)