archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se trouvoit rue de la
Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole de Médecine; rebâti en
1760, et réuni trois ans après à l’Université, il étoit, depuis la
Révolution, un hôtel garni, lorsqu’on le démolit vers le même temps
que celui de Bayeux.
[27] «Rue des Cordeliers.» Edit. 1691, p. 11.--La comtesse Jeanne de
Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour vingt pauvres écoliers de sa
province. Nous avons dit, dans une des notes précédentes, comment il
devint l’Ecole de Médecine.
[28] Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’_Arras_, Nicolas Le
Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, en 1763, à celui de
Louis-le-Grand. Il avoit été transféré de la rue Chartière dans la
rue des Murs, qui en prit le nom de rue d’Arras, qu’elle porte
encore.
[29] Il étoit au nº 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333,
l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. Les
bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.
[30] On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au nº 22 de
la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, cardinal Pierre
Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en 1764, on l’eut réuni au
collége Louis-le-Grand, l’école gratuite de dessin y fut établie
pendant quelques années. Il fut démoli sous le premier empire.
[31] L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé rue de
Bièvre, au XIVe siècle, sous l’invocation de saint Michel. On
l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme limousin, l’abbé
Dubois y avoit étudié.
[32] Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, dont on fit de
Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit pauvres écoliers, en
logique ou philosophie, venus de Thérouanne, pays de P. Bécoud, en
furent, d’abord, les seuls élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que
celui de Tournay, au collége de Navarre, qu’il joignoit par une
espèce de pont qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses
priviléges lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons
encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui
malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis qu’en 1552
Charles-Quint l’avoit complètement détruite. Lorsque l’Ecole
polytechnique fut fondée au collége de Navarre, on en mit les
bureaux au collége de Boncourt, qui, depuis lors, a été entièrement
démoli.
[33] _Gervais_ Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de Charles V,
l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége de _Notre-Dame de
Bayeux_, à cause du canonicat de son fondateur, et des élèves que
Bayeux y envoyoit. Il étoit situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie
aujourd’hui à la rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une
caserne d’infanterie.
[34] «Derrière Saint-Hilaire.» Edit. 1691, p. 11.--Ce collége étoit
rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, en exécution d’une
clause du testament de Guy de Roye, archevêque de Reims. Il n’en
reste plus rien, depuis longtemps.
[35] La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire.
Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en 1404, avoit légué
l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi qu’en 1427. Ce collége
n’avoit que huit boursiers, dont quatre du diocèse de Séez. Un don
de Jean Aubert, en 1634, permit d’en augmenter le nombre. P.
Lallemand, évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque
entièrement, en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni,
dit _de Nassau_. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles,
avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.
[36] Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, professeur
de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel de la rue des
Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, qui avoit
appartenu à P. de Châlon. Sainte Barbe, à laquelle il fut dédié,
étoit, dit M. J. Quicherat, «la vierge savante qui passa de la plus
tendre jeunesse dans l’éternité... après avoir vaincu dans la
discussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec.» (_Hist.
du collége Sainte-Barbe_, t. I, p. 9-10.)--Ce collége ne
s’administra lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque
Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait don de
l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. Il y créa
aussi sept bourses: trois grandes, pour les diocèses d’Autun, de
Rouen, d’Evreux et de Paris; et quatre petites pour les paroisses
qu’il avoit administrées: celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de
Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, et celle de la Neuville d’Aumont.
C’est pour ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous
voyons ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis à
Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe devint
l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son nom, qu’il a
gardé.
[37] Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit son nom au
chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition
testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé l’argent disponible
pour cette fondation. Comme il étoit d’Aurillac, quatre bourses
étoient destinées à des enfants de cette ville ou du diocèse de
Saint-Flour, mais pris de préférence dans sa famille. Quatre autres
bourses étoient réservées pour Paris.
[38] _V._ ce que nous avons dit plus haut de ce collége de Boissy,
situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa bibliothèque.
On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement par ordre et aux
dépens du Roi, au Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, la
Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la Botanique. Le public est averti
de l’ouverture des Leçons par des Affiches, au commencement de l’hiver
pour les Dissections Anatomiques, et pour les Opérations Chirurgicales,
et au commencement de l’Eté pour la Démonstration des Plantes et pour
les Préparations Chimiques[39].
[39] «Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait aussi chaque
année des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales,
mais à prix d’argent.» Edit. 1691, p. 13.
Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, on fait aussi annuellement
et gratuitement tous les Hivers des Démonstrations Chirurgicales
Anatomiques, suivant la fondation de feu M. Biennaisse[40].
[40] «Le public est averti des unes et des autres par des affiches.»
_Ibid._--Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès de l’église
dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, étoient plus
exclusivement chirurgicales que celles de la rue de la Bûcherie,
dont il a été parlé plus haut. Elles avoient eu pour origine la
confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien fondée, dit-on, par saint
Louis. C’est par son testament que M. Jean Bienaise, mort le 21
décembre 1681, après avoir été un des bons praticiens de son temps,
avoit laissé six cents livres de rente pour deux professeurs chargés
de faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il est
ici question.
MATHÉMATIQUES.
Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de l’Académie Royale des
Sciences et qui ont des appartemens à l’Observatoire Royal, pour les
Observations Astronomiques, sont Mrs Cassüni[1], de la Hire[2],
Couplet[3], Sédillot[4] et Cusset[5].
[1] Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la dynastie des
Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à Paris. (_V._ son Eloge
dans les _Œuvres_ de Fontenelle, t. V, p. 322.) Ses principales
découvertes en astronomie s’y trouvent analysées.
[2] Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences, comme Cassini, et
professeur de mathématiques et d’astronomie au collége de France. Il
mourut en 1719 à soixante-dix-neuf ans. Fontenelle a fait aussi son
éloge, t. VI, p. 1.
[3] Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien
qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire que comme garde
du cabinet des machines. Il mourut le 22 juillet 1722, à
quatre-vingt-un an. (_V._ son éloge dans Fontenelle, t. VI, p. 159.)
[4] Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718, au
voyage du second des Cassini, pour la prolongation de la mesure du
méridien jusqu’à Dunkerque.
[5] Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant du
Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. On a de lui,
dans les _Mémoires de l’Académie_ de 1703, une lettre curieuse à La
Hire sur la montagne soi-disant inaccessible du Dauphiné.
M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture qui se tient au
Palais Brion[6], où il fait des leçons publiques d’Architecture, par
conséquent sur la Coupe des pierres. M. Rolle[7] qui est aussi de
l’Académie Royale des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre,
demeure rue
[6] _V._ plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance du
Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie d’architecture avant
d’être installée au Louvre.
[7] Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on le dit ici, fut
sa science préférée; il n’eut pas à le regretter. Elle le mena droit
à l’Académie des sciences, et la solution d’un problème posé par
Ozanam lui valut une gratification de Colbert, que l’abbé Gallois,
secrétaire des ministres, dont Rolle avoit accepté la collaboration,
fit bientôt changer en pension durable. Il mourut en 1719, à
soixante-sept ans. Fontenelle a écrit son éloge. (_V._ ses _Œuvres_,
t. VI, p. 74.)
M. Sauveur[8], rue et rue sont Professeurs Royaux au
Collége de Cambray[9].
[8] Un des plus illustres savants de son temps, pour les mathématiques
et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il mourut, en 1716, à Paris.
(_V._ son _Eloge_ parmi ceux que Fontenelle a faits des membres de
l’Académie des sciences, t. V, p. 466.)
[9] C’est le collége de France, souvent appelé comme il l’est ici,
parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de Cambray, qui
lui-même avoit donné son nom à la place où il s’ouvroit. Sauveur
professoit au collége de France depuis 1686.
Mrs Hébert, Professeur au Collége de Maitre Gervais, rue du Foin[10], et
Varignon[11] au Collége Mazarini[12], sont encore d’une très
particuliere distinction.
[10] Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être au lieu
d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite à Caen, où il
resta en relation avec Varignon. (_V. Histoire de l’Académie des
sciences_, année 1719, p. 39.)
[11] Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris en 1722, grand
ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, auquel il légua tous
ses papiers, et qui a fait son éloge, t. VI, p. 182.
[12] En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie des
sciences, il étoit fait professeur de mathématiques au collége
Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après avoir fait sa
classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il avoit aussi une chaire
au collége de France.
Les Professeurs qui enseignent chez eux et en Ville toutes les parties
des Mathématiques, sont Mrs Ozanam, rue de Seine[13], Lieutault, rue des
fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries Saint Germain, et
de Blegny le jeune, près la Madelaine.
[13] Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, mort à Paris
le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1701. Ses
_Récréations mathématiques et physiques_, dont la 1re édition est de
1699, in-8º, sont un des premiers ouvrages de physique amusante que
l’on ait publiés. Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge
d’Ozanam.
Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens Mathématiques, sont Mrs le
Bas, aux Galleries du Louvre[14], Chapotot[15] et Buterfield[16], sur le
Quay de l’Horloge[17].
[14] Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe Lebas, mort en
1677. Le logement que celui-ci avoit occupé depuis le 26 janvier
1670, «avec les autres artisans de réputation dans la galerie du
Louvre, destinée à cet effet», ainsi qu’il étoit dit dans son
brevet, avoit été conservé à son fils. Un ouvrier du même métier,
nommé Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (_Registres du
Secrétariat_, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., nº 2771.)
[15] Ozanam a parlé de lui dans ses _Récréations mathématiques_...
1696, in-8, t. II, p. 277: «Le sieur Chapotot, dit-il, ingénieur du
Roi, et fabricateur des instruments de mathématiques à Paris, dont
l’habitude est de renchérir sur les plus belles inventions.»
[16] C’étoit un mécanicien allemand,--Lister dit anglais,--qui s’étoit
établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et que plusieurs
mémoires: _Niveau d’une nouvelle construction_, 1677, in-12;
_Adomètre nouveau_, 1681, in-12, etc., avoient déjà fait
avantageusement connoître. Il y mourut en 1724. On lui doit de
grands quarts de cercle qui ont beaucoup contribué à sa célébrité.
Ses boussoles-cadrans, qu’il faisoit d’ordinaire en argent,
s’appeloient, de son nom, des _Butterfield_.
[17] Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit; et déjà sous
Louis XIV--Chapotot, d’après notre avant-dernière note, en est la
preuve--les fabricants d’instruments de mathématiques y prenoient le
titre «d’ingénieur.»--Quelques années après la publication de ce
_Livre commode_, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit à côté
de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, dans ses _Diversités
curieuses_, 1699, in-12, t. II, p. 57, a parlé de lui, à propos d’un
«cadran équinoxial, universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille
aimantée, pour voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires
sur toutes sortes de plans... Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement
inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les
instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux deux globes,
sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus.»
On trouve des Cartes de Geographie très curieuses chez M. Samson[18],
aux Galleries du Louvre, et chez Mademoiselle du Val[19], sur le Quay de
l’Horloge.
[18] Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe du Roi,
comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué le 27 août 1648, dans
l’une des premières émeutes de la Fronde. Adrien Sanson mourut le 16
mai 1703.
[19] Son père P. Du Val étoit «géographe ordinaire du Roi.» Elle
vendoit ses livres, entre autres un _Traité de géographie_, revu et
augmenté, quand Du Val fut mort, par le P. Placide, augustin
déchaussé, qui étoit aussi «géographe du Roi.» Ce Traité devint la
base du volume classique, connu sous le titre de _Géographie de
Crozat_, qu’il devoit à la fille du riche financier Crozat, pour
laquelle on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre
son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares exemplaires
où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La boutique de Mlle
Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. On lit, en effet,
sur le titre: «Chez Mademoiselle Du Val, fille de l’auteur, rue
Saint-Jacques, au Dauphin d’or, vis-à-vis la rue de la
Parcheminerie.»
MEDECINE ORDINAIRE.
Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, est celle qui est
légitimement pratiquée par gens graduez, qui se rapportent assez dans
les principes et dans les maximes essentielles, pour se rendre
reciproquement compte de leur conduite lors des Consultations.
M. le Premier Medecin du Roy[1], a son appartement au Jardin Roial des
Plantes, où il loge quand il est à Paris[2].
[1] Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi étoit Daquin,
dont les appointements cumulés ne s’élevoient pas à moins de 37,000
livres, suivant l’_Etat de France_ de 1692, p. 235.
[2] Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, de la
chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet 3,000 livres, qui
se confondoient avec les 37,000 de ses appointements généraux.
Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant par quartier[3], qui
pratiquent à Paris avec beaucoup de réputation, par exemple:
[3] C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit: deux par quartier,
ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, dit l’_Etat de
France_, «273 livres 15 sous de livrées, chacun pour sa bouche à
cour.»
Messieurs Lallier[4], rue des Prouvaires, Du Gué[5], près saint Paul,
Fresquière[6], rue sainte Avoye, etc.
[4] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier d’avril. Il
étoit aussi, selon l’_Etat de France_, médecin de la Bastille.
[5] Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.
[6] Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant le
trimestre de janvier.
Messieurs du Chesne[7], rue de la Sourdière, et Armand[8], près saint
Gervais, sont encore des Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup
d’employ à Paris.
[7] Il étoit médecin du duc de Bourgogne.
[8] Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère que sous son
prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, mais chirurgien, et comme
tel attaché à la maison de Madame, duchesse d’Orléans.
M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de Medecine de Paris, demeure
ruë de Bièvre.
M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure ruë de Grenelle, quartier
saint Honoré.
Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le Rat, rue du Four S. Germain,
sont Professeurs en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau Saint
Gervais, et de la Carlière, rue du Batoir, en Botanique et Pharmacie.
On peut recouvrer la Liste des Docteurs de cette Faculté chez le
Concierge de leur Collège rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens
d’une profonde érudition, entre lesquels il y en a un grand nombre qui
sont fort renommez dans le public: par exemple, Messieurs Morin[9], rue
Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier[10], rue de Grenelle,
Finot[11], rue de la Monnoye, Mathon, à la Pierre au Lait, etc.
[9] Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son voyage à
Paris, dit être «des gens fort instruits.» L’un, né à Toulon, étoit
naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né au Mans, étoit
médecin. Ils arrivèrent presque en même temps à l’Académie des
sciences. Louis Morin, le médecin, qui étoit aussi grand botaniste,
mourut le 1er mars 1715 ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle
a écrit son _Eloge_. (_V._ le t. V de ses _Œuvres_, p. 380.)
[10] Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Son
fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de l’Académie des
sciences. (_V._ Fontenelle, t. V, p. 54.)
[11] C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit qu’il
étoit «au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois connu à
Montpellier.»
Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty[12], et Bourdelot[13], rue sainte
Croix de la Bretonnerie, ont chacun un parfait assortiment de tous les
Livres de Philosophie et de Medecine.
[12] Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 à Paris, où
il mourut en 1707. On lui doit, entre autres ouvrages, la _Statica
medicina gallica_. C’est comme conseiller-médecin du prince qu’il
logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle a écrit son _Eloge_, t. V, p.
190.
[13] Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la duchesse de
Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. Lister vante son
savoir, surtout pour l’histoire de la science qu’il pratiquoit, ce
qui confirme ce qu’on lit ici à propos de sa riche bibliothèque: «Je
citerai encore, dit-il, M. Bourdelot, médecin de la duchesse de
Bourgogne, qui est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un
savant homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine.»
M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la recherche et vérification des
Nouvelles Découvertes de Medecine, demeure au Jardin Medicinal de
Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient Bureau rue de Guenegaud tous
les jours de relevée. Celui là est fort renommé pour les Decentes, pour
les maux vénériens, pour les maladies des femmes et des enfants, pour
les hidropisies, pour les Rheumatysmes inveterez, et généralement pour
les maladies extraordinaires.
M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins qui travailloient au vieux
Louvre[14], et qui a pris ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques
expériences pour les maladies croniques, il demeure rue et près les
Incurables.
[14] Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et dont Mme de
Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant l’eau d’émeraude (édit.
Hachette, t. VII, p. 411, 414), avoient été deux: le P. Agnan nommé
ici, et le P. Rousseau qui étoit mort à cette époque. Le nom par
lequel on les désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la
recommandation de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit
donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, pendant près
de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. Le frère du P.
Rousseau publia en 1697, in-12, un volume devenu rare: «_Secrets et
remèdes éprouvez, dont les préparations ont été faites au Louvre, de
l’ordre du Roy_, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin
et médecin de Sa Majesté.» Le P. Agnan est nommé dans
l’avertissement, comme «confrère et co-inventeur de notre illustre
deffunt.» Il est resté de Rousseau, dans le _Codex_, une sorte
d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom de vin ou «gouttes
de Rousseau.» (_V. Le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 388.)--Le
curieux et rare volume publié en 1693, l’_Ancienne médecine à la
mode_, est du capucin Aignan, qui du reste l’a signé.
M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne une poudre émétique contre
les cours de ventre et dissenteries, demeure rue Serpente[15].
[15] «Le médecin Hollandais, renommé pour quelques remèdes
spécifiques, demeure rue Gille Cœur.» Edit. 1691, p. 15.--Le remède,
auquel Helvétius dut sa réputation et sa fortune, étoit
l’_Ipécacuhana_ récemment importé du Brésil, et que lui avoit fait
connoître un droguiste de Paris. Reçu docteur en médecine, et
naturalisé françois, il obtint, le 19 juillet 1688, permission de
débiter son remède, pendant quatre années, après épreuves faites à
l’Hôtel-Dieu par Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., _mss.
Clairambault_, t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une
très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, et ne
commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique: «Helvétius,
écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, est en réputation même
pour les fièvres, et il va partout comme les autres médecins.» On
peut lire sur lui quelques pages curieuses dans l’_Elite des
Bons-Mots_, 1731, in-12, t. I, p. 469.--Son fils fut le riche
financier philosophe, auteur du livre _De l’Esprit_.
La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à la première page[16], vend
la Biblioteque universelle des secrets de Medecine recherchez et
publiez, par ordre de M. le premier Médecin de Sa Majesté[17], le
Recueil des Journaux de Médecine, le Traité Medicinal du Thé, du Caffé
et du Chocolat[18], les Observations astronomiques et Medicinales qu’on
doit à l’invention des lunettes d’aproche, et plusieurs autres Livres
curieux à l’usage des Medicins.
[16] La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement
classique, existe encore à la même place sur le quai Conti, alors
appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis Nyon, fils de
Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après elle, son fils Jean-Luc
dirigea sa librairie, et quand il fut mort, sa femme, autre veuve
Nyon, en garda la direction jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle
s’appeloit Marie-Anne Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de
Paris, et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut
dans sa boutique du quai des Augustins, _à la Bible d’or_, le
premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.
[17] L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails sur ce
point: «On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre de M. le premier
médecin du Roi, fait un recueil général de tous les remèdes secrets,
tant de ceux qui avoient déjà été publiés que de ceux qui estoient
réservez en manuscrits dans les bibliothèques curieuses, ou qui
avoient esté communiquez par divers particuliers aux médecins de la
Société royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes
in-8º, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant l’abreuvoir
Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres de M. de Blegny qui
en est auteur.» Il nous a dit, en effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit
«préposé à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de
médecine.»