[1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous

retrouvons dans l’_Almanach d’indication_ de Roze de Chantoiseau:

«Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque;

une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors

cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de

quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit

encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la

famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première

municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à

l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et

pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue

Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa

maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle

l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le

Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que

Berryer père, dans ses _Souvenirs_ (1837, in-8, t. II, p. 320), dit

sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris

une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de

Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en

plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les

Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la

capitale.»

M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes

lieux, et encore;

[2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de

la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la

crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’_Epée

de bois_. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de

Venise et surtout rue Quincampoix--nous en trouverons un plus

loin--qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt,

en 1710, dans sa _Comédie des Comédiens_ (acte II, scène 9), fait

lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois,

dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue

Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont

trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur

appartiennent guère.»

Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.

Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.

M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et

Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.

M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.

M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le

Lionnois.

M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.

Et M. Michon, rue Aubry Boucher.

M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne,

Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.

M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le

Lyonnois.

[3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu

beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient

même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis

XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’_Almanach général

des Marchands_ de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin,

vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place

des Victoires.

Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.

Et Messieurs Vallentin, rue

M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre,

Hollande, etc.

M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.

M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.

M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.

M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande,

Flandres conquise, etc.

M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.

M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.

M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande,

Italie, etc.

Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers

le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour

la négociation des Lettres et Billets de Change[4].

[4] _L’Almanach royal_ de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même

renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui

y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus,

lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors

la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler

une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le

reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644,

la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres:

«Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il,

n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les

négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (_V._ Extraits de

son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des

bibliophiles, p. 230.)

Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des

affaires Ecclesiastiques.

ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].

[1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez

publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en

feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des

maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira

seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir

celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles

qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent

les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8.

Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour

perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise

dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le

Roy est protecteur.

Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur

qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement

appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut

desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux

Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix

considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée,

et sur un sujet à la gloire du Roy[4].

[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux

fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le

travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce

temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’_Histoire de

l’Académie_, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours

ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.»

[3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le

Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre,

près du pavillon des Cariatides... les Salles, qui, après la Fronde,

avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée

de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (_Hist. du Louvre_,

p. 66, dans _Paris à travers les âges_[5].)

[4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne

fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson

et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite

l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses

membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué

à perpétuité.

[5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre

avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des

séances servoit pour le travail du _Dictionnaire_, dont le roi

payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au

concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie

distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux

médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la

chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu

achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin,

étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se

trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une

messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.»

La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des

découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans

l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les

parties de la Philosophie et des Mathématiques.

Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et

Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et

qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].

[6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des

inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez,

ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits

mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les

Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire

royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8.

[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la

Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss.

de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81.

Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti

l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût

absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par

les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger

d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes,

_Topographie de Paris_, Place Vendôme.

Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements

à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.

Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son

Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme

les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette

Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui

en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme

Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce

qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.

[8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est

principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la

composition de M. Quinault...» Edit. 1691, p. 8. (_V._ plus loin au

chap. _Passe-temps et Menus plaisirs_.)

[9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie.

» (_V._ notre _Hist. de la Butte Saint-Roch_, p. 182.)

[10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.

La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en

laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est

composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires

artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après

Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny

qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy,

sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja

publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il

travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette

Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent

utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de

tous les Arts.

[11] «... Est établie par ordre de la Cour, et... disciplinée sur le

pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes

les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691,

p. 12.

[12] «M. de Blegny... a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné

successivement toutes les parties de la philosophie et de la

médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets

particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort

industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il

s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée

du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une

pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (_V._ plus

bas, _Pension pour les malades_). Mais on ne laisse pas de le

trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi,

à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en

hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des

plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et

l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa

direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin,

pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des

malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les

ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue

Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures

de relevée.» Edit. 1691, p. 12.

Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a

beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la

mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert

pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de

Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au

Palais Brion[14].

[13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.

[14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue

de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle

donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son

nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi

l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de

La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première

exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu

près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion

étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.»

Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la

Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que

l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les

Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de

Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres

qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui

leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et

vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent

même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des

prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain

espace de temps[15].

[15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y

avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des

Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde,

lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers

de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant

été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du

Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre

tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à

dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours

et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois,

laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite

examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or

à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même

métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier,

et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur

tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix.

Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la

capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent

avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même

ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence

aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant

expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être

dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui

donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que

ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant

trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en

travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies

pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les

beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui

leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce

qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves

des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à

disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à

cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un

esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée

qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font

faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont

présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus

sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler

pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles

d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples

qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort

reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces

Académies.» Edit. 1691, p. 9.

La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les

Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui

en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de

cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize

Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le

Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de

danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].

[16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes

à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a

guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de

Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur

Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie,

en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» _Id._, p.

10.--Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale

de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement

le 30 mars 1662.

[17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10.

[18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie,

pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y

trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis

à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui

l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception,

qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes

qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils

font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein

droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges

que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est

reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une

bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à

chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice

et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les

Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce

jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi

que le premier jour de mai.» _Id._, p. 10.

CONFÉRENCES.

Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé

Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de

sujets[20].

[19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en

quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître:

«Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du

_Menagiana_, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une

assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa _Mercuriale_, où il

eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de

lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit,

existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut.

(_Rev. archéolog._, t. IV, 1re part., p. 144.)

[20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean

de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour

accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12.

M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi

entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui

tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.

M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui

tous les soirs après sept heures.

[21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége

Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la

_Bibliothèque orientale_, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans

après sa mort.

Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le

Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].

[22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop

occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement

grammaticale, et qu’on appeloit la _Martiale_, parce qu’elle avoit

lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se

vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme

qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme:

Je sens que je deviens puriste,

J’aligne au cordeau chaque mot,

Je suis les Dangeaux à la piste:

Je pourrois bien n’être qu’un sot.

Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur

diverses matières scientifiques[23].

[23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le

_Journal des Savants_ à la place de Gallois, et depuis 1683, le

_Journal de Médecine_, dont il étoit le fondateur. Ses conférences

du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire

dans son _Paris ancien et nouveau_, 1685, in-12.

Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau,

Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les

sciences[24].

[24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue

Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12.

BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES.

Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les

Biblioteques suivantes: sçavoir;

A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera

bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité

de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus

considérable dans toutes les Langues orientales.

[1] _V._ un peu plus haut, au chap. des _Académies_.

Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].

[2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois,

et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a

parlé dans son _Traité des Bibliothèques_, 1644, in-8, sans oublier

le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.

A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint

Thomas du Louvre.

[3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du

Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un

grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de

Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel

ornement par leur condition.» _De l’utilité des Voyages_, t. II, p.

418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en

1693, sous ce titre: _Bibliotheca Telleriana_. Le sorboniste Ph.

Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le

Tellier avoit donné la plupart de ses _manuscrits_, 500 environ,

françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.

A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.

[4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis

surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche

collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont

l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de

Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots:

_Sol reperit vigilem_.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2 · 第 11 / 27 段