[8] Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit été jusqu’en

septembre 1689 premier président. Sa vénalité força le roi de lui

faire abandonner cette charge pour la céder à M. de Harlay. «Sur ses

injustices réitérées, dit Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de

l’obliger à se défaire.» (_Note_ sur Dangeau, 20 septembre 1689.)

M. Talon[9], ruë Saint Guillaume.

[9] Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en novembre

1690, une des deux places de présidents à mortier que le roi venoit

alors de créer, et pour chacune desquelles il avoit fait verser à

l’un et à l’autre des titulaires une somme de 350,000 livres, afin

de dédommager les présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur

nombre. (Dangeau, 12 nov. 1690.)--Sa maison existe encore au nº 16

de la rue Saint-Guillaume, avec cette «structure tout à fait belle»,

dont parle G. Brice, édit. de 1684, t. II, p. 187. «Les

appartements, ajoute-t-il, sont très agréables, ayant les vues

tournées sur les jardins des maisons voisines. La cour est grande,

et enfin il paroît que cette maison a été élevée avec beaucoup de

dépense; mais ce qui lui donne un merveilleux ornement, est

l’excellente bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a

de plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, soit

pour les livres imprimés.»

M. de Menars[10], porte de Richelieu[11].

[10] Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame Colbert, qui

avoit d’abord été conseiller au Parlement et surintendant de la

maison de la Reine. Il avoit eu la seconde des deux charges de

président à mortier créées en 1690, et dont Talon, nous l’avons dit,

avoit eu la première. Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle

terre de Ménars, près de Blois: «plein d’honneur, dit Saint-Simon

(t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige dans un

président à mortier.»

[11] Son hôtel étoit en effet «à côté de la porte de Richelieu», dans

l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le nom de Ménars qu’elle

lui devoit. Il avoit d’abord logé rue Vivienne, près de l’hôtel de

son beau-frère Colbert (G. Brice, édit. 1684, t. I, p. 89). La

bibliothèque de De Thou, qu’il avoit achetée tout entière un fort

grand prix, le suivit dans ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé

Du Guay en furent les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en

occupoit guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas

beaucoup plus de souci: «Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon (t.

X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du

célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort

grande montre, mais de très-peu d’usage.»

_Présidens des Enquestes._

Première Chambre, Mrs de Meaupou, ruë Pierre Sarrazin[12], et de la

Barde[13], Cloître Notre Dame.

[12] Il devint président à mortier à la mort de Ménars, par suite d’un

marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, et qui l’est, en

effet, il lui acheta en 1717 la survivance de sa charge pour la

somme énorme de 750,000 livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à

verser aux héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin!

[13] Denis de la Barde, qui en même temps que président des enquêtes

étoit archidiacre de Josas et chanoine de l’église de Paris, ce qui

explique sa demeure au cloître Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709,

à soixante et onze ans.

Deuxième Chambre, Mrs Sevin de Quinsi, ruë des Blancs Manteaux, et de

Thumery de Boissise, ruë Barbette.

Troisième Chambre, Mrs Briçonnet, ruë porte Foin, et Amelot[14], rue

Dauphine.

[14] Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence des

enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres des requêtes.

Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit pas moins de 100,000

livres de rente, avec la fille de Barillon, notre ambassadeur à

Londres.

Quatrième Chambre, Mrs Crosset[15], ruë Neuve Saint Augustin, et

Feydeau, Cloistre Nostre Dame.

[15] Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut le 19

novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président d’honneur au

Parlement.

Cinquième Chambre, Mrs de la Baroire[16], ruë de Taranne, et le Clerc de

Lesseville[17], Cloître Saint Méderic.

[16] Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au mois

d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, comme

conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il avoit épousé une vieille

mais très-riche veuve, avec laquelle il se conduisoit fort mal,

suivant Mme de Sévigné, qui l’appelle de la Baroie. V. sa lettre du

4 juin 1676. C’est lui, d’après les _Clés_, qui, pour cela, auroit

servi de type au 26e _caractère_ de La Bruyère, dans le chap. de

_Quelques usages_.

[17] C’est, d’après les _Clés_, un des _Sannions_ de La Bruyère. Ils

étoient plusieurs frères, tous dans la haute robe, qui descendoient,

disoit-on, d’un tanneur de Mantes dont la fortune étoit venue d’un

prêt qu’il avoit fait sur parole à Henri IV, dans le temps de la

bataille d’Ivry.

_Présidens des Requestes du Palais._

Première Chambre, Mrs Ferrand, ruë Serpente[18], et Besnard de Rezé,

près les Capucins du Marais.

[18] C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, une Belizani,

fit tant parler d’elle, moins pour l’_Histoire des amours de Cléante

et de Belise_, assez piètre roman de sa façon, que pour l’histoire

de ses propres amours. Le scandale en fut si grand, que le président

refusa de reconnoître une fille, dont elle étoit accouchée, et

qu’elle dut faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette

fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour se

faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être reconnue

par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui avoit habité, rue

Serpente, l’hôtel du président, recueillit avec soin, comme

souvenir, toutes les pièces de ce curieux procès. (V. le _Catalogue_

de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)

Deuxième Chambre, Mrs de Boiquemare[19], rue de Bourbon, et Brunet de

Thorigny, ruë des Francs-Bourgeois.

[19] Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, grande coquette du

temps, la _Lise_ de La Bruyère, l’avoit épousé en secondes noces,

mais sans vouloir perdre son premier nom. C’est ce qui a fait dire à

La Bruyère (_Des femmes_, § 76), à propos de certains maris et de

leurs femmes: «ils n’ont souvent rien de commun... pas même le

nom... chacun a le sien.»

_Avocats Generaux._

M. de Harlay[20], Cour du Palais.

[20] Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit avocat

général depuis le mois de janvier 1691, et devint conseiller d’Etat

en février 1697, tout cela fort jeune pour de si importantes

fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1717, il n’avoit que

quarante-neuf ans.

M. de la Moignon[21], à l’Hostel d’Angoulesme[22].

[21] Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier président

Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une des épîtres de

Boileau. Ce fils devint président à mortier en avril 1698, et mourut

le 7 août 1709.

[22] Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, il

existe encore, avec ses curieuses façades sur la cour, telles

qu’elles avoient été construites par Diane de France, fille

naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes se voient

encore dans les frontons, et après laquelle l’hôtel, pour rester

dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, fils naturel de Charles

IX et de Marie Touchet, de qui lui vint le nom qu’on lui donne ici.

Il prit celui de Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y

furent succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit

de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors d’une

grande étendue; et dont la bibliothèque, qui avoit Adrien Baillet

pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain Brice, édit. de

1701, t. I, p. 323.)

M. d’Aguesseau[23], ruë Pavée, prés Saint André[24].

[23] L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février

1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, comme nous le

voyons ici, puis en octobre 1700, procureur général.

[24] Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve à gauche

en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans la rue Pavée, qui

s’appelle aujourd’hui _rue Séguier_, du nom d’une autre illustre

famille de magistrats, qui occupoit l’hôtel voisin de celui-ci. Le

27 juin 1714, éclata à l’hôtel d’Aguesseau un terrible incendie qui

donna lieu à de grands procès, par suite de la destruction de

nombreux dossiers appartenant à diverses parties. (Bruneau,

_Observations sur les lois criminelles_, in-4º, p. 93.)

_Procureur General._

M. de la Brisse, rue Barbette.

GRAND CONSEIL.

_Premier Président._

M. Bignon[1], rue Saint Jacques.

[1] Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son prénom étoit

Thierry. Il fut d’abord simple président au grand Conseil, puis, en

mars 1690, premier président. Il mourut à soixante-cinq ans, le 19

janvier 1697.

_Présidens du premier Semestre._

M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.

M. Feydeau de Brou[2], ruë neuve Saint Paul.

[2] Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son nom à l’une

des rues du quartier Richelieu, construite vers la fin du XVIIe

siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de Pierre Feydeau, étoit

dame du fief de la Grange-Batelière, sur lequel on en avoit pris le

terrain. (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 38.)

Feydeau de Brou avoit eu du roi la présidence au grand Conseil, en

1689, «comme plus ancien maître des requêtes.» (_Mém. de Foucault_,

p. 254.)

M. Joly de Blaizy[3], ruë des Rosiers.

[3] Lisez Joly de Bézy.

M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.

_Présidens du second Semestre._

M. Poucet de la Rivière[4], ruë des Francs Bourgeois.

[4] Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord conseiller au

Parlement, puis maître des requêtes, intendant en Alsace, à Metz, à

Bourges, à Limoges, et en même temps, depuis 1676, président au

grand Conseil. Il mourut en 1693. Son père, Pierre Poncet,

conseiller d’Etat, avoit été en passe de succéder en 1677 au

chancelier d’Aligre. Un livre qu’il venoit de publier,

_Considérations sur les avantages de la vieillesse_, etc., l’en

empêcha par le ridicule qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût

couvert par le pseudonyme de baron de Prelle. C’est sa mésaventure

qui a fait dire par La Bruyère: «un magistrat alloit par son mérite

à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les affaires:

il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule.»

_Des ouvrages de l’Esprit_, § 3.

M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple[5].

[5] Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement,

embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, dont on

remarquoit surtout la porte «avec un balcon au-dessus et une grande

fenêtre couronnée d’un fronton.» (G. Brice, édit 1701, t. I, p.

274-275.)

M. de l’Isle, ruë de Torigny.

M. Pinon[6], ruë des Lions, près Saint Paul.

[6] Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, qui

furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange Batelière, près de

laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur nom jusqu’en 1850, où elle

devint la rue Rossini.

_Avocats Generaux._

M. de Benoist, rue Beautreillis.

M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.

_Procureur General._

M. Hennequin, Cloître Notre Dame[7].

[7] Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez son frère,

chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. C’est à lui

qu’étoit arrivée cette peu honorable aventure du testament de Mme

Valentin, dont il fut fait un conte, attribué à La Fontaine, publié

avec plus de vraisemblance dans les _Œuvres_ de Régnier Desmarets,

et qui se trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le

chansonnier Maurepas, t. VII, p. 137-142: Mme Valentin, près de

mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce qu’elle

possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un testament qui

n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans doute possible,

restitution au mari. Hennequin ne l’entendit pas ainsi; il se mit en

grand deuil comme héritier sérieux, et se hâta de mettre la main sur

le bien. Le coup par bonheur étoit prévu. Un second testament, qui

annuloit le premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des

aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête et plus

fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la testatrice.

«Hennequin, dit une des notes du chansonnier Maurepas, fut déshonoré

et vilipendé partout.» La Bruyère a fait une allusion directe à

cette affaire dans les _Caractères_ 59 et 60 de son chapitre _de

Quelques usages_.

COUR DES AYDES.

_Première Chambre._

Mrs le Camus, Premier Président, ruë de Berry[1] au Marais, et de

Briou[2], ruë Michel-le-Comte.

[1] Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus loin, et du

cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas Le Camus, marchand de

la rue Saint-Denis, qui avoit été un des entrepreneurs de la place

Royale, où, comme on sait, les bâtiments devoient d’abord servir à

l’établissement de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit

l’enseigne de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur

champ de gueules, dans leurs armes.

[2] C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage avec Mlle

de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son père, que son amour

pour cette vieille fille, plus âgée que lui de près de vingt ans,

désespéroit, elle trouva moyen de le voir et de le faire échapper.

Un prêtre, qu’ils avoient gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation

de son curé, les maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant

majeur depuis à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps.

Dès le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une

audience du roi, auquel il remontroit que Mlle de la Force qui étoit

pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils qui étoit

considérable; et le roi lui promettoit que, malgré la puissance de

la famille de Mlle de la Force, il laisseroit toute liberté à la

justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare fut un des premiers

effets de cette promesse. Ensuite vint le procès, qui aboutit, le 15

juillet 1689, à un arrêt qui cassoit le mariage pour abus de

célébration. (Nic. Nupied, _Journal des principales audiences du

parlement_, 1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de

cette affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août

1689).

_Deuxième Chambre._

Mrs Payen, dans le Temple, et Chassepot de Beaumont, rue Beautreillis.

_Troisième Chambre._

Mrs de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et le Vasseur, ruë de

Berry.

_Avocats Generaux._

M. des Aguests[3], ruë Vivienne.

[3] Il avoit cette charge depuis six ans: «M. des Aguets, homme de

beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, a été fait avocat

général de la Cour des Aydes.»

M. Bignon, ruë des Bernardins.

M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.

_Procureur General._

M. du Boscq, Isle Notre Dame.

CHAMBRE DES COMPTES.

_Premier Président._

M. Nicolaï[1], vieille ruë du Temple.

[1] Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de 1506 à

1791, fournit, sans interruption, son président à la Chambre des

comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne Cour, qu’un Nicolaï

devoit seul occuper cette charge que pendant la Restauration, le

prince de Condé ne pouvoit s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé

Marbois, alors président des Comptes: «Mon cher Monsieur de

Nicolaï.»--Celui qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en

charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous ajouterons

que ce sont les archives de cette famille, mises à la disposition de

M. A. de Boislisle par M. le marquis de Nicolaï, qui lui ont fourni

les éléments de son bel ouvrage, _la Chambre des Comptes de Paris_.

_Autres Présidens._

M. de Bretonvilliers[2], Isle Notre Dame[3].

[2] Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier 1700, sans

qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à cause de sa femme,

Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité avec l’archevêque de Harlay

fit quelque peu scandale, et à cause aussi des magnificences de son

hôtel.

[3] L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le père du

président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du roi, et

intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de l’Ile

Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il avoit fait

construire à l’entour de cette pointe et les fondations seules de

son hôtel lui avoient coûté huit cent mille livres. On peut juger

par-là de la dépense du reste, dont on peut lire d’ailleurs le

curieux et magnifique détail dans l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t.

I, p. 392-394).--A la mort du président des Comptes, en 1700, son

hôtel fut aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en

1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la somme

relativement minime de 220,000 livres. On y plaça sous Louis XV la

Cour des Aides. Les principales façades furent détruites pendant la

Révolution. Ce qui restoit de l’hôtel du côté du quai fut emporté

dernièrement pour le percement du boulevard Henri IV.

M. Lambert de Torigny[4], la même[5].

[4] Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en août 1700. Il

avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance de son père. Il étoit

gendre du fameux Bontems.

[5] Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans «la même» Ile,

tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le Vau le construisit pour

Nicolas Lambert, dit «le riche», suivant Tallemant, grand-père de

celui qui figure ici, et comme lui président des comptes. Il y eut

de sa part en le faisant bâtir un peu de dépit contre

Bretonvilliers, par qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé

enlever la riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le

terrain du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un autre,

celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus beau que

celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y réussit pas.

L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec ses peintures de

Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta, comme magnificence des

bâtiments, étendue et point de vue, inférieur à son voisin. G.

Brice, édit. de 1701, t. I, p. 388-391, en a donné une intéressante

description, et il existe, sous le nom de _galerie Lambert_, une

collection de gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent

les peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel, qui

fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où Voltaire

logea avec Mme du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui, depuis

1842, à la famille Czartoriski.

M. Paris[6], rue neuve Saint Paul.

[6] Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la Chambre des

comptes aux conférences de Rueil, pendant la Fronde (_Gazette de

France_, 6 mars 1649).

M. Rezé[7], rue des Bourdonnois.

[7] De la même famille que le président des requêtes Bernard de Rezé,

que nous avons vu plus haut.

M. Rossignol[8], près les Filles Saint Thomas.

[8] Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence de

Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol, qui

avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par sa facilité à

déchiffrer les écritures secrètes. (_Historiettes de Tallemant_,

édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit hérité de son

savoir. «C’étoit, dit Dangeau (14 octobre 1705), à l’époque de sa

mort, le plus grand déchiffreur de l’Europe.» Peut-être M. Paulin

Paris a-t-il raison, lorsque parlant du père, qui avoit eu si bien

le premier _la clé_ de toutes les écritures cachées, il dit: «Je

croirois assez que de cet habile homme vient le nom de _rossignols_,

donnés aux clés _passe-partout_.» Notes sur Tallemant, t. II, p. 94.

M. le Vassan[9], rue neuve Sainte Geneviève.

[9] Lisez de Vassan.

M. Brunet de Monferrant[10], rue des Francs-Bourgeois.

[10] Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus, «comme le

roi, dit Dangeau, les a fixées.» Un beau portrait de lui gravé par

P. Drevet, d’après F. de Troye, se trouve en tête des _Nouvelles

remarques, ou réflexions critiques, morales et historiques_, par

l’abbé Bordelon, vol. in-12 publié en 1695, qui lui est dédié.

M. Gilbert[11], rue de Torigny.

[11] Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de président à

la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit fils du marchand

Gilbert, qui vendoit du drap, près des Saints Innocents, à

l’enseigne des _Rats_, et à qui sa grosse fortune avoit valu de

pouvoir marier sa fille Jeanne au Conseiller d’Etat, Fleuriau

d’Armenonville, dont il a été parlé plus haut. Ce mariage avoit été

beaucoup remarqué et chansonné. (V. _le Chansonnier_ ms. de

Maurepas, t. VII, p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus

entendus. Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de

cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important procès.

(Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche. En 1705, son

fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment de Chamillart.

M. Tambonneau[12], rue de l’Université[13].

[12] Son père, auquel il succéda, comme président des Comptes, en

1684, a, dans Tallemant, son _historiette_, où ni lui ni sa femme ne

sont fort bien traités. (Edit. P. Paris, t. VII, p. 80, etc.) Le

fils, avant d’avoir sa charge, avoit dès 1657 été conseiller au

Parlement, puis envoyé extraordinaire à Cologne, et ambassadeur en

Suisse. Il mourut, ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de

novembre 1719.

[13] Il habitoit «cette belle maison auprès du Pré aux Clers», comme

dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour son père, et qu’on voit

déjà figurée, en 1652, sur le plan Gomboust. Elle est décrite par G.

Brice (édit. de 1701, t. II, p. 267), avec son ordre dorique en

pilastres, sa cour «d’une étendue considérable», ses appartements

doubles, et son jardin où, ajoute G. Brice, «La Quintinie fameux

jardinier du Roy a fait son apprentissage.» Tambonneau la vendit

longtemps avant de mourir. En février 1698, il entra en marché avec

M. le comte de Marsan, et après quelques difficultés à propos de la

propriété d’une moitié de jardin, qui sont curieusement racontées

dans les _Annales de la Cour et de Paris_, t. I, 221, l’affaire

s’arrangea. Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix

fut de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations à

faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne monteroit pas

à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév. 1698). En 1710, le comte de

Marsan le vendit à M. de Matignon. Quatorze ans après son

petit-fils, le prince de Pons, le racheta, et le garda toute sa vie.

On ne l’a démoli qu’en 1845, pour percer la rue _Neuve de

l’Université_, dont le nom actuel est rue du _Pré aux Clercs_, et

qui par sa longueur, de la rue de l’Université à la rue

Saint-Guillaume, permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce

magnifique hôtel.

M. Robert[14], rue Neuve Saint Augustin.

[14] Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il figure ici,

car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre 1690, donné

démission de sa charge pour payer ses dettes, à la suite d’énormes

pertes au jeu. (Dangeau, 20 déc. 1690.) C’étoit un des plus gros

joueurs de Paris. On veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le

_75e Caractère_ de son chapitre _des Biens de fortune_: «Mille gens

se ruinent au jeu...» Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu contre le

prince Philippe dix mille pistoles «qu’il paya, sans vouloir de

composition», dit Dangeau (13 août 1686). Il étoit parent de

Louvois, dont il avoit très-énergiquement secondé les projets en

Hollande, comme intendant des places conquises. (C. Rousset, _Hist.

de Louvois_, t. I, p. 435.) L’Espine, des bâtiments du roi, que nous

trouverons plus loin, étoit son beau-père.

M. Larcher[15], Couture Sainte Catherine.

[15] Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président à la

Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il se démit en faveur

de son fils. Il passoit pour avoir été le conseiller de la princesse

de Carignan, pour la rédaction de ce fameux testament par lequel

trois de ses enfants étoient déshérités.

_La Charge d’Avocat Général vacante._

_Procureur Général._

M. Roüillé[16], près l’Hôtel d’Angoulesme.

[16] Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle de

Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées au Trésor.

Elle venoit d’être créée en double. Armenonville eut l’une, comme on

l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre. Il passoit pour ami des

lettres. Sénecé lui a adressé une de ses épigrammes qui finit ainsi:

A vous qui reconciliez

Les Muses avec les finances.

_Requestes de l’Hôtel du Roy._

M. De Fortia[17], premier Président, rue de Baune, près le Pont royal.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2 · 第 7 / 27 段