Montferrand, auquel il succéda comme président des Comptes, après
avoir vendu à la fin de mai 1696, sa charge de garde du Trésor,
moyennant un million à M. de Turmenies. Il y a dans les poésies de
P. Du Cerceau, t. I, p. 38-41, de jolis vers à sa femme.
_Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses Fermes, et Domaine
d’Occident comme cautions de M. Pierre Domergue preneur[12]._
[12] Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de paille de
Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour trente-six millions le
bail des Gabelles et des Cinq grosses fermes. Ce bail succédoit à
celui de Jean Fauconnet, dont on sait le nom par La Bruyère, qui
appelle «les Fauconnet» ceux qui, comme Berthelot et consorts pour
Domergue, lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls
contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de corps,
étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs risques par une
pension de deux ou trois mille livres. Monteil avoit vu une de leurs
quittances d’appointements.
M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois[13].
[13] Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé dans
l’avant-dernière note.
M. Pelissier, ruë du Boulloy[14].
[14] Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve: «Colin,
rue Saint-Martin.»
M. de Reaupalu, ruë Vivienne.
Mrs Arnaud, et de Blaine[15], ruë Neuve saint Augustin.
[15] Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple intéressé
aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions en 1689 et 1691,
dans la Picardie et la Bretagne. En 1716 il fut mis à la taxe par la
Chambre de justice pour 240,000 livres.
M. Remond, ruë de la Verrerie[16].
[16] Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à 437,000 livres.
Mrs de Furgis[17] Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre.
[17] «Turgis.» Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa femme, Marie de
Maupeou, étoit cousine de Mme de Pontchartrain.
Mrs Granval[18], de Lagni[19] et Corneri[20], ruë de Richelieu.
[18] Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt dans les
fermes, il avoit une charge de munitionnaire de la marine.
[19] J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce en 1694.
[20] «De Cormery.» Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable. Louis
Bauyn de Cormery devint fermier général à Lyon en 1694.
Mrs Hotman[21], et l’Huillier, ruë Sainte Anne.
[21] Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et c’est lui
qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire faire cet examen
des affaires de Frémont, dont il a été parlé plus haut.
M. Ricoult, vieille ruë du Temple.
M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes.
M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal[22].
[22] C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente, qui étoit
le véritable preneur de ce bail des fermes, sous le nom de Domergue.
Il y avoit eu l’agrément complet du roi, et plus même: «depuis ce
traité fait, écrit Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à
Berthelot, la valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le
choisissoit comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les
recouvrements sans tourmenter les peuples.» Il avoit été fermier
général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des guerres, ce
qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons ici à l’Arsenal
et, par suite, le surnom de «Berthelot des poudres.» Sa fille épousa
le baron de Beauvais, fils de cette Beauvais la borgnesse qui
passoit pour avoir déniaisé Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme
disoit Brienne, avec des pierres du Louvre, existe encore rue
Saint-Antoine, nº 64.
M. Berthelot de Belley[23], ruë Plastrière.
[23] Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins riche.
M. le Jariel, ruë Verderet.
M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple[24].
[24] De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà, et qui
formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu de financiers.
M. Baugier[25], ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie.
[25] Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans les fermes
en Bourgogne.
M. Valier[26], ruë Beaubourg.
[26] Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général, avoit été
greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement de Metz.
M. le Juge, ruë du grand Chantier[27].
[27] Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles, avec ses
bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc. _V._ G. Brice,
édit. 1701, t. I, p. 266.
M. Germain, ruë des Victoires[28].
[28] Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps que fermier
général, après avoir été dans les fermes à La Rochelle.
M. de Courchant, cloître Saint Mederic[29].
[29] C’est lui, suivant _les Clés_, que La Bruyère dénonce dans le
chapitre des _Biens de fortune_, § 16, comme s’étant démesurément
engraissé «dans le huitième denier: quelle monstrueuse fortune,
dit-il, en moins de six années!»
M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache[30].
[30] P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier en
Champagne.
M. le Normand, ruë de Torigni[31].
[31] Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier général
en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem, fut aussi fermier
général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur des bâtiments. Il eut
pour neveu et héritier le Normand d’Etioles, mari de Mme de
Pompadour.
M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans[32].
[32] Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur général en
Flandre.
M. Hénault, ruë du Boulloy[33].
[33] Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon Voltaire,
par ses soupers et sa _Chronologie_. Il avoit, suivant son fils
(_Mémoires_, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain. Il n’eut
pas moins celle de Chamillard, qui lui abandonna le détail des
Fermes, et l’auroit fait, pour peu qu’il y eût consenti, secrétaire
d’Etat de la Guerre. Ce que le président n’ajoute pas, c’est que
sous la Régence, son père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit
le frapper quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua
2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils et
pareille somme à sa fille, Mme de Jonsac. En abandonnant un million,
au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit d’abord, il fut tenu
quitte, avec le profit de passer pour fort habile, grâce à ses
propositions faites d’avance. (_Journ. de Dangeau_, 6 octobre et 5
décembre 1716.)
_Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de France et Droits y joints,
comme cautions de M. Christophle Charrier[34] preneur._
[34] «Charriere.» Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai nom. Le bail des
aides et domaines, fait en même temps que celui de Domergue, dont
nous avons parlé plus haut, ayoit été adjugé moyennant vingt-sept
millions: pour les aides, vingt-et-un; pour les domaines, six.
M. Logeois, ruë de l’Université[35] à Saint-Germain des Prez.
[35] «Rue Jacob.» _Ibid._--Il étoit fils du receveur des consignations
du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se faire appeler M.
d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie de ce nom. Sa fille,
mariée d’abord au riche traitant La Popelinière, épousa en secondes
noces le maréchal de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce
que lui avoit laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna
son père. (_Journ. de Dangeau_, 15 janvier 1690.) Laugeois, suivant
_les Clés_, seroit le _Chrysippe_ de La Bruyère.
M. Dapougni, ruë Bar-dubec[36].
[36] Un des traitants les plus riches et les plus intraitables. C’est
lui, suivant Richelet (_Recueil de Lettres_, t. I, p. 410, note),
qui harcela le plus vivement Patru pour quelques dettes, et qui
l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne l’eût tiré de peine.
M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache[37].
[37] Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet. Il
parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert, son neveu,
fils du riche drapier, à l’enseigne des _Rats_, étoit le beau-frère.
M. Delpeche, ruë Saint Martin[38].
[38] Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit, d’après _les
Clés_ de La Bruyère, voir en lui le type de ce caractère: «Sosie, de
la livrée a passé par une petite recette à une sous ferme...»
M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.
M. Thomé, ruë des fossez Mommartre[39].
[39] Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des _Clés_ de La
Bruyère qui veulent voir en lui le type du _Caractère_: «un homme
d’un petit génie peut vouloir s’avancer, il néglige tout, il ne
pense du matin au soir, il ne rêve la nuit qu’à une seule chose qui
est de s’avancer...»
Mrs Mainon[40] et le Maistre, ruë Beaubourg.
[40] Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa davantage
lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que nous trouverons plus
loin.
M. de Mouchi, ruë Jacob[41].
[41] Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier général des
aides, d’où alors il demanda «à être osté», à la seule condition
qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut fait. Il vouloit plus,
la ferme des Tabacs, dont l’an d’après il offrit 2,200,000 livres.
Law eut la préférence. (_Journ. de Dangeau_, 24 avril 1717; 31 août
1718.)
M. Blein, ruë de Cléry.
M. Dumas, ruë Beaubourg.
M. de la Porte, ruë de Braque.
_Receveurs Généraux des Finances._
_Paris._ M. Carel, place Royale.
-- M. Sonning, ruë des petits Champs[42].
[42] Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont il a été
parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des Petits-Champs,
parvenu à l’énorme fortune dont il étala le luxe dans l’hôtel que
Dulin lui bâtit un peu plus tard rue de Richelieu, près de l’endroit
où avoit été la porte, c’est-à-dire à la hauteur de la rue Feydeau
actuelle. Sa vie, de même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle
maison, y fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui
est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les _Partisans
démasqués_, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit aussi beaucoup de
gens d’esprit: Chaulieu, J.-B. Rousseau, l’abbé Courtin, etc. A tous
ces titres, il avoit droit au curieux chapitre que M. G.
Desnoiresterres lui a consacré dans ses _Cours galantes_, t. III, p.
269. Si l’on connoît un peu sa vie, on ignore complètement quel
étoit son vrai nom, tant l’orthographe en varie suivant les livres.
Dans les uns, il est écrit Sonning, comme ici; dans les autres, tels
que les _Partisans démasqués_, il est orthographié Sonnen; ailleurs,
c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui feroit supposer une
origine allemande, nous paroît devoir être le vrai. Il étoit, en
1716, devenu caissier général des fermes. Il fut mis à la taxe pour
600,000 livres.
_Lion._ M. du Pile, ruë de Cléry[43].
[43] Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances à Lyon,
avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée et de la
marine.
-- M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière[44].
[44] Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et «traitant» à
Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme Prond. Ayant fait une belle
fortune, il voulut, au commencement de la Régence, marier sa fille,
à laquelle il donnoit 200,000 écus de dot, avec le chevalier de
Roye, mais ce mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau,
et qui manqua de même. Mlle Marg.-Pauline Prondre alloit épouser le
marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716, la charge de son
père, ses maisons, ses terres furent saisies par la Chambre de
justice. Il fut taxé finalement à 1,900,000 livres. (_Journal de
Dangeau_, 6 et 29 déc. 1715; 9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès
l’année suivante, n’en épousoit pas moins le comte de Clermont
Tonnerre. V. dans le _Journal de Verdun_, sept. 1756, p. 240, un
article sur elle, à l’époque de sa mort.--Prondre avoit commencé par
être garçon de boutique à Lyon. (_Correspond. des contrôleurs
généraux_, t. I, p. 279.)
_Rouen._ M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur[45].
[45] Il étoit mort au commencement des terribles exécutions de la
Chambre de justice, mais sa succession restoit. Elle figure au 8e
rôle pour 887,000 livres de taxe.
-- M. Poulletier, rue Sainte Anne[46].
[46] Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge d’intendant
des finances, qu’il voulut se faire rembourser, quand ces charges
furent supprimées en 1716; on lui fit dire qu’il ne seroit pas mis à
la taxe, et qu’il se tînt pour satisfait. C’est ce qu’il fit.
(_Journ. de Dangeau_, 11 nov. 1716.)
_Soissons._ M. Lallemant, porte Montmartre[47].
[47] Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui fit rendre
480,000 livres.
-- M. Hubert, rue Sainte Avoye.
_Orléans._ M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple.
-- M. Desespoisses, près les Enfans Rouges[48].
[48] Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons de lui,
c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour 380,000 livres.
_Tours._ M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu.
-- M. de Valiere, rue Saint Antoine.
_Bourges._ M. Héliot, ruë du Mail.
-- M. Jannay, ruë des Bernardins[49].
[49] Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les financiers
durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve, qui paya une taxe de
43,000 livres.
_Bordeaux._ M. du Jardin Beaussart; ruë de Richelieu.
-- M. Crozat, place des Victoires[50].
[50] Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat Barbier
(février 1723), «le plus riche particulier de France.» Il avoit
commencé par être caissier de Penautier, que nous trouverons plus
loin, puis traitant à Montpellier, et receveur général des finances
à Bordeaux, comme nous le voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et
s’étoit fait, à prix d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il
maria sa fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux.
(_Journ. de Dangeau_, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il fut mis,
en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses trois fils, qui
firent grande figure, furent Crozat, marquis Du Châtel, le président
de Tugny et le baron de Thiers, un des grands amateurs de son temps.
_Poitiers._ M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais[51].
[51] Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur général
de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000 livres, argent
comptant, épousa, au mois de janvier 1712, le marquis Du Plessis
Châtillon.
-- M. Chambelin, ruë Sainte Anne[52].
[52] Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000 livres.
_Moulins_. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux[53].
[53] Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale de
Moulins, qu’il avait déjà en 1684.
-- M. de la Croix, ruë Saint Antoine.
_Riom_. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie[54].
[54] Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de l’une des
filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se contenta pas, comme
son père, André de Romanet, d’être trésorier de France en quelque
généralité, il se lança dans les plus grosses affaires, où il gagna
une fortune qui le dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On
peut évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle
on l’imposa: elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans
sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre
qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après, il ajoute
qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante. Son fils épousa
Mlle d’Estrade. (_Journ. de Dangeau_, 24 et 26 nov. 1716; 11 déc.
1717.)
-- M. Despech, ruë Saint Martin[55].
[55] Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut des
reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit épousé Mouchi.
Elle dut restituer au trésor 150,000 livres.
_Caën_. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais[56].
[56] Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps dans les
affaires, où il avoit commencé comme receveur des fortifications. Il
devint garde du Trésor royal, et ne fut pas dans cette charge d’une
aménité rare. Son aventure avec Jean Bart, qui avoit dû venir le
trouver dans ses bureaux de la rue du Grand-Chantier, où il logeoit
alors, et qu’il reçut avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut
bien rendue, court tous les _ana_. Une autre du même genre est moins
connue, c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui
alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le faire
mettre à la Conciergerie. (_Journ. de Dangeau_, 10 et 17 avril
1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il venoit de fort
bas: «jadis garçon de cabaret, dit Guy Patin, fils du maître de _la
Pomme de pin_, il est aujourd’hui grand partisan, et même un des
gabelles.» Plus il fut haut, plus on se souvint d’où il venoit. Sa
nomination de garde du Trésor fut accueillie par cette chanson:
Garde du trésor de la France,
Gruyn quelle est ton insolence!
Connais-tu _la Pomme de pin_?
C’est là que l’épouse peu fière
D’un maudit frelateur de vin
Te donna jadis la lumière.
-- M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux.
_Allençon._ M. Haette, ruë de la Tixeranderie.
-- M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic.
_Metz._ M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache.
-- M. Goujon, ruë Neuve des petits champs[57].
[57] C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de Rouen à la
place de Ronjault en 1715.
_Picardie._ M. Boutin, Cloître Saint Honoré[58].
[58] René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un simple
intéressé dans la ferme du Tabac.
-- M...
_Montauban._ M. Berthelot de Schelles[59], ruë Platrière.
[59] Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur à
Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie.
-- M. du Jardin, ruë de Richelieu.
_Limoges._ M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière[60].
[60] J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de Montauban
passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi.
-- M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans[61].
[61] Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena si grand
train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable. L’un de ses
fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment de Tessé, eut une
fin plus triste encore. Convaincu de se livrer au vice infâme, et
pour ainsi dire d’en tenir maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24
mai 1726. Comme on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le
nom du crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur
mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit: c’est une espèce
de fausse monnoie.
_Bourg-en-Bresse._ M. Jauranché, ruë Haute Fueille.
_Receveurs du don gratuit des Etats._
_Flandres._ M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois.
-- M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière.
_Franche-Conté._ M. du Rey, ruë du Roi de Sicile.
_Bourgogne._ M. Chartraire, ruë Saint Antoine.
_Languedoc._ M. Penautier, ruë[62].
[62] Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit pas à
Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut à la fin de
juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge de la copie qu’il
avoit du _Journal de Dangeau_, cette note qui résume bien sa vie:
«Penautier étoit devenu de caissier un très-riche financier,
trésorier du clergé et des Etats de Languedoc; homme de beaucoup
d’esprit, bien fait, galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé
dans les affaires de la Brinvilliers et des poisons, et mis en
prison avec grand danger.» Nous avons vu que Crozat commença par
être son caissier.
_Trésoriers des Parties Casuelles._
M. Damon, ruë de Cléry.
M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin[63].
[63] Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard, sa fortune
monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir, le fit un de ses plus
intimes conseillers en matière de finance. En 1697, il quitta la rue
Neuve-Saint-Augustin pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté,
pour l’embellir encore, le bel hôtel du doyen des conseillers
d’Etat, Henri Pussort, dont il sera parlé plus loin. _V._ G. Brice,
_Description de Paris_, 3e édit., 1701, in-12, p. 125-126.
_Trésorier du Marc d’or._
M. Chupin[64], ruë Saint Honoré.
[64] Il étoit mort en 1716; sa veuve fut mise à la taxe, mais pour une
faible somme: 22,500 livres. Son fils, qui se fit appeler Chuppin de
Gouzampré, fut reçu premier président de la Cour des monnoies, le 15
août 1727.
_Trésorier du Sceau._
M. Bechet, place des Victoires[65].
[65] Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et mourut à 83
ans, le 24 juillet 1717: «il avoit toujours été fort estimé», dit
Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une sœur aînée de Boileau,
qui, par ironie pour les grands airs qu’il se donnoit, l’appelle
souvent dans ses lettres «mon illustre neveu.» Il logea de longues
années chez lui, cour du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet,
après avoir été notaire, devint, comme «receveur des épices», le
collègue de Dongois, s’est aussi moqué dans son _Epître à Boileau_
des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent mené étant
enfant:
Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance,
Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance.
_Receveur des Amandes du Parlement._
M. Dongois, Cour du Palais[66].
[66] Dans l’_Almanach royal_ de 1702, p. 42, où nous le trouvons à la
même adresse, on ajoute: «chez lequel on retire les lettres, quand
elles sont scellées.»
_Receveur des Amandes du Châtelet._
M. de l’Autel, ruë Jean Robert[67].
[67] Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut mis à la
taxe que pour 6,400 livres.
TRÉSORIERS PAYEURS.
_Généraux de l’Extraordinaire des Guerres._
M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais[1].
[1] Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi qu’on le
vit à sa mort: Turmenies déclara alors quinze millions que le
ministre lui avoit donnés en réserve pour l’extraordinaire des
guerres (_Journ. de Dangeau_, 23 août 1691). Nous avons vu plus haut
qu’en 1696, il acheta de Frémont une des charges de gardes du
Trésor. Il la remit en 1702 à son fils Turmenies de Nointel,
intendant du Bourbonnais, maître des requêtes.
M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin[2].
[2] Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la chute firent
le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit de Bontemps, dont,
en 1690, son fils avoit épousé la nièce Mlle Dubois. Il avoit les
plus belles terres, menoit le plus grand train; bref il faisoit
parler de lui partout, même à l’Opéra, où il disputa la célèbre
Fanchon Moreau au Grand Prieur. (_Chansonnier Maurepas_, ms. t. VII,
p. 269.) Sous le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de
Saurion, qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se
gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer au
ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il fut mis à
la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne, si la maladie,
dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors d’état d’y être
transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il avoit, et paya ses
dettes.
_Payeurs des Gages du Parlement._
M. Guygou, ruë de Vantadour.
_Des Gages du Grand Conseil._
M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre.
M. Biguet, rue Mauconseil.
_Des Gages de la Cour des Aydes._
M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
M. Faure, devant les Blancs Manteaux.
_Des Gages de la Chambre des Comptes._
M. Henin, ruë Jacob.
M. des Isles, ruë
_Des Gages de la Cour des Monnoyes._
M. Poulet, rue des Postes.
M. Mongeot, ruë du Plastre.
M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie.
_Des Gages du Chastelet._
M. Amelon, rue Barbette.
_Des Secretaires du Roy._
M. Raymond, rue des Blancs Manteaux.
M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre.
_Des Gardes Françoises._
M. Bourret, ruë de Brac.
M. Duvaux, ruë Saint Sauveur.
_Des Gardes Suisses._
M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais.
M. du Mée, ruë du Mail[3].
[3] Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance de Pontchartrain
et de D’Argenson se trouve une curieuse lettre sur la vie
scandaleuse qu’il menoit, quoique marié, avec une fille Grossot,
dont le dévergondage était à ce point éhonté qu’il l’avoit fait
chasser de l’Opéra. _V._ Clément, _La Police sous Louis XIV_, p.
451.
_Des cent Suisses._
M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé[4].