cuillerées de bouillon par jour, chacune desquelles luy coutoit un
martire par les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle luy causoit
pendant près d’une heure, et les douleurs d’estomach qu’elle ressentoit
ensuite, fut soulagée très considérablement dès la première prise de
l’opiate digestive, et se trouva après la deuxième en état de faire deux
grands repas par jour sans aucune incommodité.
Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris par l’usage de la Conserve
pulmonaire.
Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux de larmes involontaires, a
été guérie en peu de jours sans opération par une simple pomade.
Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur qui ces Cures ont été
faites, il ne pourroit les nommer sans imprudence, mais les incrédules
pourront s’assurer de la verité, par le témoignage de diverses autres
personnes qui ont eu occasion de voir opérer le Medecin par qui elles
ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite cet Ouvrage, offre
de donner les noms et les adresses selon l’exigence des cas.
LE
LIVRE COMMODE
CONTENANT
les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs
POUR L’ANNÉE 1692.
AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.
Monseigneur l’Archevêque de Paris donne Audience aux particuliers dans
les appartemens de l’Archeveché, près Notre-Dame, le matin à onze heures
quand il est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse à Monsieur de
Morange pour impetrer les dispenses et autres grâces Ecclésiastiques qui
emanent de mondit Seigneur.
Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et M. de la Baude Archidiacre de
Brie, demeurent au Cloître.
Messieurs les Abbez Daquin[1] et de Bourlemont Agens du Clergé,
demeurent; sçavoir, le premier au Jardin du Roi[2], et le deuxième ruë
d’Enfer près les Chartreux.
[1] C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit donné, en avril
1688, l’abbaye de Saint-Laurent (_Journal_ de Dangeau, t. II, p.
130).
[2] C’est comme frère du premier médecin que l’abbé Daquin y logeoit,
la surintendance du Jardin royal étant encore, pour la plus grande
part, dans les attributions du premier médecin du Roi.
Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, à qui l’on s’adresse pour les
affaires du Chapitre, demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les
Lundis, Mercredis et les Vendredis.
M. Chéron Official de Paris, à qui l’on s’adresse pour obtenir
permission de publier Monitoire[3], demeure ruë du petit Musc près
l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la maison de Pincourt rue
des Amandiers Fauxbourg saint Antoine[4].
[3] Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace
d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui avoient
connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en pouvoient savoir.
[4] «Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions et actions
bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et est souvent à Pincourt,
où il a une maison de bon air.» Edit. 1691, p. 5.
Il tient son Audience en la premiere cour de l’Archeveché, le Mercredi,
et le Samedi à midi, où l’on porte toutes les Causes concernant les
fonctions Curiales et les Accessoires; et par conséquent les questions
matrimoniales, la Morale des Prêtres[5], etc.
[5] L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. C’est lui,
par exemple, qui légitimoit par mariage les unions qui n’avoient pas
jusque là été régulières. Celle du perruquier Lamour et d’Anne, sa
perruquière, avoient longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous
l’apprend au chant Ier du _Lutrin_:
... ce couple charmant
S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement,
Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage
L’Official a joint le nom de mariage,
L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie par
Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.
M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, qui conclud pour la
manutention des Canons et Discipline Ecclésiastique, est Curé de la
Paroisse de S. Roch.
M. Robert Grand Pénitencier qui absout les cas reservez[6], confesse
presque tous les matins et quelquefois l’apresdiné.
[6] Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder pour lui-même
beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa vie n’étoit pas des
plus édifiantes. L’abbé Legendre, _Mémoires_, p. 59, se contente de
dire qu’il avoit «des talents, autant pour le monde que pour sa
profession.» Les chansons en disoient plus. V. le _Recueil de
Maurepas_, t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs
«pour écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de
la religion.» Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, _Mém._, p. 99.)
Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres comme lui, le
tenoit en grande estime. (Goujet, _Vie de Nicole_, 1re part., p. 16,
et 2e part., p. 130, 144.)
M. Le Chantre de la même Eglise[7], à la nomination duquel sont tous les
Maitres et toutes les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et qui
connoit des causes concernant cette profession[8], demeure aussi dans le
Cloître, où il tient son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.
[7] Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude Joly, dont nous
trouvons un si bel éloge dans le _Valesiana_, p. 39. Il avoit été, à
Munster, le conseiller intime du duc de Longueville pour les
négociations du traité. Après la Fronde, où il fut des plus hostiles
à Mazarin, il devint official de l’Église de Paris, puis, ce que
nous le voyons ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier
1700, à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le
_Mercure de France_ à cette date, p. 276.
[8] Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties: _Traité
historique des Ecoles épiscopales_ par Claude Joly. Paris, Muguet,
1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des contestations avec
l’Université, et aussi avec les curés de Paris qui n’acceptoient pas
que le droit des Ecoles de Grammaire appartînt seulement à MM. du
Chapitre et au grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut
lire dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de
l’_Histoire du Diocèse de Paris_, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44,
le détail des factums qui furent échangés entre les deux partis.
Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. M. Marais ruë Cocatrice, et M.
Chevalier ruë saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers Laics
de l’Eglise de Paris.
Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires Apostoliques chez qui on
peut passer tous actes recevables en Cour de Rome, sont tous établis ruë
Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.
Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, par l’entremise
desquels on obtient toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, à
peine de nullité et d’amende[9], sont:
[9] Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions par
courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, mais pour les
légations. Ils eurent leur chapitre spécial dans l’_Almanach royal_,
dès la première année, 1699. Leur création datoit du mois de mars
1673.
_Messieurs_
Du Bourgt, ruë Bailleul.
De la Nouë, ruë de la Harpe.
Le Pelletier, ruë saint Severin[10].
[10] Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des banquiers
expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame; il logeoit rue
Saint-Christophe. (_Alman. royal_, 1702, p. 75.)
Daquinet, Parvis Notre Dame.
Noyer, ruë de la Licorne.
Ruelle, ruë des Prouvaires.
Le Roy, ruë Bardubec.
Chubuté, ruë des Prêtres saint Germn l’Auxerrois[11].
[11] Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). _Alman.
royal_, 1702, p. 75.
Le Zineau, ruë des Massons[12].
[12] Laurent Lezineau. (_Id._)
Antoine, ruë saint Christophle.
Beaudet de Beaumont, ruë saint André.
Le Maine, ruë Hautefeuille[13].
[13] Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit y en
avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année précédente,
1691, avoit, en effet, rétabli définitivement les huit offices
héréditaires créés au mois de décembre 1689, et supprimés le mois
suivant.
On trouve des instructions très importantes sur l’obtention et sur le
dénombrement des Benefices de France, dans les livres que M. Le
Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy[14], et encore dans
quelques autres que Michallet a imprimés, ruë saint Jacques à l’Image
saint Paul.
[14] «M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, qui
demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur de deux livres très
instructifs sur l’obtention et le dénombrement des bénéfices.» Edit.
1691, p. 5.
Le Sieur François Muguet[15] seul Imprimeur de l’Archeveché pour les
Mandemens, Monitoires, Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue de la
Harpe.
[15] Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit publié en 1673 le
_Traité_ de Claude Joly sur les écoles épiscopales.
Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez la Veuve Coignard, rue
Saint Jacques[16].
[16] «Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, _à la Bible
d’or_.» Edit. 1691, p. 4. «Le bref de Paris se vend chez la veuve
Cramoisy, même rue, _aux Cigognes_.» _Ibid._--La _Bible d’or_
devint, au siècle suivant, l’enseigne des Didot, et _les Cigognes_
celle des Barbou, puis des Delalain.
Les usages Romains, à scavoir Breviaires, Diurnaux, Missels, Rituels,
Processionnels, Antiphonètes, Graduels etc. se trouvent chez presque
tous les Libraires de la rue S. Jacques, et particulièrement chez la
Veuve Coignard, et chez les Sieurs de La Caille[17], Josse et Hérissant.
[17] Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, à
l’enseigne de _la Prudence_. C’est à lui qu’on doit l’excellent
ouvrage, devenu rare aujourd’hui, _Histoire de l’Imprimerie et de la
Librairie_, 1689, in-4º. V. ce qu’en dit Chevillier, _l’Origine de
l’Imprimerie de Paris_, 1694, in-4º, p. 58.
Les Livres de l’Office Divin à l’usage du Diocèse de Paris, se vendent
chez les sieurs Josse et Léonard, ruë Saint Jacques[18].
[18] «Les heures et autres livres de piété généralement compris sous
le titre d’usages, se vendent chez différents libraires rue Neuve
Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont au Change.» Edit. 1691, p. 4.
M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly de la Justice Nostre-Dame,
demeure dans le Cloître.
M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette Justice, demeure ruë
saint Pierre aux bœufs.
M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière Saint Denis de la
Chartre.
M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure rue de la Draperie.
M. Taupinard Bailly de la Temporalité[19] et qui tient son Audiance le
Lundy et le Jeudy à midy, demeure rue Galande.
[19] C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie de
l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des appellations de
sentences rendues en matière civile par les officiers de justice sur
les domaines de l’archevêché. Un bailli, un procureur fiscal et un
greffier étoient attachés à cette juridiction.
M. Le Comte son Greffier, demeure rue des Noyers.
EXERCICES DE PIÉTÉ.
Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de guérir par un simple
attouchement les malades atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher
tous ceux qui ont été visitez par M. le premier Chirurgien de Sa
Majesté, la veille de Paques, de la Pentecoste, de la Toussaints, et de
Noël, après avoir fait ses dévotions[1], et de leur faire ensuite
distribuer à chacun quinze sols par forme d’aumone, à cause dequoi
Monseigneur le Grand Aumonier de France est toujours présent à la
Céremonie.
[1] Pour plus de détails, on peut lire l’_Etat de France_ de 1692, t.
I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi touchoit était
quelquefois très-considérable. Nous lisons, par exemple dans le
_Journal de Dangeau_, sous la date du 21 avril 1685, c’est-à-dire à
l’époque de Pâques, une de celles où, comme on le voit ici, cette
cérémonie revenoit tous les ans: «Le roi fit son bonjour (ses
pâques) à la paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et
toucha ensuite treize cents malades.»
Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi Saint, une action digne de
sa singulière Piété; car après le Service, l’Absoute et la Prédication,
Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs de sa Cour, lave les pieds
à treize pauvres enfans, revetus d’une longue Robe de ratine rouge ayant
une serviette au col qui s’estend jusqu’à leurs pieds[2], à chacun
desquels elle distribue ensuite par les mains de Monseigneur le Grand
Aumonier de France, treize plats de bois garnis de poissons chacun avec
la figure de l’un des Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, et
treize écus blancs dans une bource à treize pendans, ce qui est mis dans
une manne et donné ensemble à chacune des Mères de ces enfans[3].
[2] L’_Etat de France_ de 1692 contient aussi, à ce sujet,
d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.
[3] Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes prenoient
part à cette cérémonie de la _Cène_, comme on l’appeloit, et y
servoient: «Le roi, écrit Dangeau, à la date du Jeudi Saint, 7 avril
1689, entendit le sermon de l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille;
ensuite le Roi fit la cérémonie de laver les pieds des pauvres.
Monseigneur le duc de Bourgogne servit à la cène pour la première
fois. Monseigneur--c’est le Dauphin--communia à la paroisse, et puis
revint servir à la cène.»
Le même jour Monseigneur l’Archeveque de Paris, fait aussi la Sêne dans
la grande salle de l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à
douze pauvres, à chacun desquels il distribue trois plats de bois garnis
de poissons, un pain, un pinte de vin et un écu blanc.
M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes logé dans la maison
Abbatialle de Saint Germain des Prez[4], distribue par ordre du Roy, une
infinité d’Aumones et de pensions considérables aux Nouveaux
Convertis[5].
[4] Il y logeoit comme administrateur de l’économat de l’abbaye,
charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, _Pellisson, Etudes
sur sa vie et ses œuvres_, 1859, in-8, p. 331.)
[5] Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il étoit
lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de ses fonctions:
en même temps que l’économat de Saint-Germain des Prés, il
administroit la caisse des conversions créée en novembre 1676.
(_Id._, p. 342.)
Mesdames de Guise[6], de Créqui et de la Trémoüille[7] qui sont
Directrices de la Charité de la Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de
grandes aumosnes aux pauvres honteux.
[6] C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du palais du
Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, que la duchesse
de Guise étoit restée une des grandes aumônières de la paroisse
Saint-Sulpice. Sa résidence étoit alors, en effet, bien loin de là,
au Marais, dans l’Hôtel occupé aujourd’hui par les Archives.
[7] Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la mère et la fille.
Mme de la Trémoille mourut la première, au mois d’août 1711.
Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon[8] rue de Taranne, et
l’Eschassier[9] derrière la même Eglise.
[8] Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa mère la
présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la Fronde. (Feillet,
_Misère au temps de la Fronde_, 1862, in-8, p. 231.) Elle avoit
contribué surtout à l’œuvre des prisons, dont elle fut une des
premières trésorières. (_Etat ou tableau de la Ville de Paris_,
1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des œuvres où les dévots, comme
Tartuffe, s’entremettoient le plus volontiers, surtout par leurs
fréquentes visites. (_Athenæum_, t. II, p. 565.)
[9] Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons plus loin.
Il y a paraillement dans toutes les Parroisses de Paris des Communautez
de Dames Pieuses[10], qui font assister les pauvres malades honteux
d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, et qui font même
instruire des orphelins de l’un et de l’autre sexe.
[10] «Sous la direction des quelles il y a des médecins, des
chirurgiens et des sœurs grises.» Edit. 1691, p. 3.
Quelques unes de ces Dames pratiquent encore la charité avec un zèle
exemplaire, pour la délivrance des pauvres prisonniers retenus pour
dettes[11]. Celles là sont connuës de tous les Concierges et Geolliers
des Prisons, à qui on peut s’adresser pour en avoir les addresses[12].
[11] V. l’avant-dernière note.
[12] «On apprendra les noms et demeures de ces Dames redemptrices,
dans les geolles mêmes des prisons, et entre autres en celle de la
Conciergerie du Palais, où l’on trouve la dame Bourcier, femme du
concierge, de qui elles sont très-bien connues.» Edit. 1691, p. 4.
Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du Fort l’Evêque, peuvent
impetrer avec succez le secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité
de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure dans le Cloître.
Madame de Miramion[13] Institutrice et Supérieure de la Congrégation des
Filles de Sainte Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle[14], a
toujours la même application aux œuvres pieuses et charitables; et
particulierement en faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister
dans tous leurs besoins.
[13] Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de
la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. S’étant vouée aux
œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, l’année même qui suivit son
mariage, et après que Bussy eût tenté de l’enlever, elle fonda la
_Maison du Refuge_ pour les filles qu’on arrachoit de force à la
débauche, et celle de _Sainte Pélagie_, pour les repentantes, qui
s’en retiroient volontairement. Sa dernière fondation fut la
Congrégation dont il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661,
qu’une Communauté de douze filles pieuses, destinées à tenir les
petites écoles, panser les blessés, assister les malades. Son
premier nom fut _la Sainte Famille_, puis elle prit celui de _Sainte
Geneviève_ qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre
communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. Mme de
Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le 24 mars 1696.
[14] On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, _Quai des Miramionnes_,
à cause des saintes filles que dirigeoit Mme de Miramion. L’hôtel,
dont elle avoit fait pour elles un couvent, est aujourd’hui la
Pharmacie centrale des hôpitaux civils. Celui de sa fille, mariée au
maître des requêtes, Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son
marbre à lettres d’or au-dessus de la porte: «Hotel ci-devant de
Nesmond.»
Madame de Poncarré[15] occupée du même zèle, demeure ruë Neuve Saint
Mederic.
[15] Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier président à
Rouen.
Les Revérends Pères Celestins font distribuer tous les jours du pain, à
tous les pauvres qui se présentent à leur porte à huit heures du matin,
à deux, et à six heures de relevée.
Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent tous les jours à disné à
vingt quatre pauvres.
Les Révérends Pères Chartreux, donnent à disné tous les Vendredis à un
grand nombre de pauvres honteux.
Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant Jésus ruë d’Enfer, donnent
aux pauvres la déserte[16] de leur table.
[16] Lisez «desserte.»
On donne à disné tous les Dimanche à douze pauvres honteux au Jardin
Médicinal de Pincourt, Fauxbourg Saint Antoine[17].
[17] «Où ils sont servis par Monsieur le Directeur.» Edit. 1691, p. 4.
C’étoient, y est-il dit aussi, «les médecins de la Société Royale»
qui donnoient le dîner.
L’_Almanach Spirituel_ qui marque toutes solemnitez des Eglises de
Paris, les jours et la condition des Indulgences, se vend rue Saint
Jacques chez George Josse[18] à la Couronne d’Epine.
[18] Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. De 1659 à
1661, il avoit été syndic.
Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé Galliot sous Pénitencier de
Paris, tient une conférence publique de Controverse en la Chapelle du
Collége des Lombards ruë des Carmes.
FINANCES ROYALES.
_Chef du Conseil Royal des Finances._
M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye[1].
[1] Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, gouverneur
du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil des finances, depuis
1685, et le roi l’avoit fait ministre d’état en 1691. Il habitoit
rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, comme on sait, dans la rue
Vieille-du-Temple, l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom
d’_Hôtel Saint Aignan_, inscrit encore au-dessus de la haute porte,
seule partie qui en soit restée à peu près intacte.
_Contrôleur Général des Finances._
M. de Ponchartrain[2], au bout de la ruë Vivienne devant les Filles
Saint Thomas[3].
[2] Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de 1689 à 1699,
contrôleur général des finances. Il fut ensuite chancelier de 1699 à
1704. M. de Maurepas, ministre sous Louis XVI, étoit son petit-fils.
[3] L’année précédente, il logeoit dans un tout autre quartier: «M. de
Pontchartrain a son hôtel à Paris, près les Carmes dechaussez du
faubourg Saint-Germain.» Edit. de 1691, p. 5.
_Intendans des Finances._
M. De Breteuil, ruë du grand Chantier[4].
[4] François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller au
Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et enfin, en
janvier 1684, intendant des finances et conseiller d’État.
M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine[5].
[5] Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été conseiller au
Parlement, et successivement intendant de Franche-Comté et de
Flandre, s’étoit trouvé en passe de devenir contrôleur général à la
place de son frère. C’est celui-ci qui lui fit préférer
Pontchartrain, «par un motif rare de conscience», dit Saint-Simon
dans une note sur Dangeau, mais par pure jalousie, suivant
nous.--Son hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la
pension Jauffret.
M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye[6].
[6] L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut intendant des
finances de 1690 à 1715, après avoir été conseiller au Parlement et
maître des requêtes. M. de Caumartin, prévôt des marchands de 1778 à
1784, qui donna son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin,
étoit son petit-fils.
M. Du Buisson, ruë Simon le Franc[7].
[7] Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que lui,--nous en
parlerons plus loin,--avoit aidé à sa fortune.
M. De Chamillart, à la Place Roiale[8].
[8] «Rue des Bernardins.» Edit. 1691, p. 6.--C’est Michel de
Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes, intendant à
Rouen, puis, en 1690, intendant des finances, eut une fortune si
haute, lorsque de cette dernière charge, étant passé, en 1699, à
celle de contrôleur général, qu’il garda jusqu’en 1707, il finit par
devenir alors ministre de la guerre.
M. Darmenonville, vieille ruë du Temple[9].
[9] Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de
très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea avec le
roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il vendit à Mme de
Berry, fille du Régent. La direction des finances, dont il étoit
titulaire, ayant été supprimée, il eut une pension de douze mille
livres, et en attendant qu’on le fît secrétaire d’Etat des affaires
étrangères, la charge, créée exprès pour lui, de capitaine du bois
de Boulogne. Il y fit bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à
cause de lui «pavillon d’Armenonville.»
_Gardes du Trésor Royal._
M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin[10].
[10] Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal, il avoit
été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré, notamment en
1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires pour l’examen de ses
affaires, et mettre garnison chez lui. Il ne s’en étoit tiré que
moyennant quatre millions. (V. aux _Mss._ de la Biblioth. Nat.,
_Lettres hist. et anecdot._, 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le
maréchal de Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676,
l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon épousa l’une
des filles nées de ce mariage, quoique le grand-père fût, comme
ancien traitant, de la classe des gens que son orgueil de duc avoit
le plus en mépris.--L’hôtel de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous
voyons ici Frémont, devint, après lui, la propriété de son gendre,
M. de Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti. C’est
sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue à laquelle le
prévôt des marchands, M. de La Michodière, a laissé son nom.
M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois[11].