défend à outrance. Il se montre aussi très-ardent à prouver l’excellence
d’un cordial--on le trouvera décrit plus loin--«auquel il a donné la
forme d’opiatte (_sic_)», et qui ne seroit, à les entendre, autre chose
que «l’orviétan», dont il auroit acheté le secret à Hiéronimo Cei. Il ne
récuse pas celui-ci, son ami et son compère, mais il nie le reste.
Pour conclure, il espère que ses juges le feront sortir de cette
affaire, non-seulement libre et justifié, mais indemnisé:
«Il oze préjuger que la Cour, en prononçant son absolution et déclarant
l’escrou fait de sa personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable,
condamnera ceux qui l’accusent à luy faire réparation d’honneur, en
10,000 livres de dommages et intérêts, à quoi il se restreint, et en
tous les despens du procez.»
Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire du _factum_ qui nous a
servi pour tous ces détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport de
M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais n’ajoute pas s’il fut ou non
favorable. Nous croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques
mois après Blegny reprenant ses publications avec plus d’impudence et
d’emphase que jamais. En 1684, par exemple, peu de mois après sa mise en
liberté, il fait paraître un volume in-12 avec ce titre singulier: _La
doctrine des rapports, fondée sur les maximes d’usage et sur la
disposition des nouvelles ordonnances_.
Ses emplois semblent lui être restés, du moins en partie. Peut-être
n’a-t-il plus sa charge chez Monsieur, ni celle de «premier chirurgien»,
qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678, mais il est toujours
médecin du Roi, «préposé, comme il ne manque pas de le répéter partout,
à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.»
Son peu de fidélité dans l’exercice de cette fonction délicate lui
attira une nouvelle disgrâce. Il avoit fondé, aux environs du faubourg
Saint-Antoine, à Pincourt--nous dirions aujourd’hui Popincourt--une
sorte de maison de santé avec jardin de plantes médicinales, dont il
sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit «un certain prieur»,
comme il l’appelle[68], qui se mêloit aussi de remèdes.
[68] V. plus loin, p. 157, note.
Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez efficaces, dont il avoit
livré le secret au roi, à condition que le public en profiteroit pour
rien.
Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la vérification de ces sortes
de découvertes pour accaparer au passage les remèdes du Prieur et les
ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences de son bureau ou
Académie, qu’il avoit transféré de la place du Palais-Royal à la rue
Guénegaud; et, qui pis est, il les vendit avec ses propres drogues.
De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles il opposa son
impudence ordinaire, ce qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être
suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. Voici ce que nous lisons à
ce sujet dans un curieux recueil manuscrit: _Lettres historiques et
anecdotiques_[69], sous la date du 15 janvier 1686:
[69] Bibl. nat., _Mss._ Suppl. franç. nº 10,265.
«Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, pour s’estre voulu mesler
d’enseigner la manière d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit
donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. Il avoit dit des
impertinences.»
Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny comme nous le
connoissons, pour ne nous laisser aucun doute sur l’authenticité de la
nouvelle.
Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, parlant de lui,
l’appelle «le bastillé et le bastillable[70]», ne dut pas être de bien
longue durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus mesuré et plus
modeste. L’année d’après il ne publia qu’un livre des plus anodins: _Le
bon usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation et la
guérison des maladies_, in-12; et, en 1688, deux autres petits volumes
sans beaucoup plus de conséquence: _Secrets concernant la beauté et la
santé_, qui ont fait dire avec raison par un de ses biographes: «Le
titre seul de cet ouvrage annonce le charlatanisme: les vrais médecins
ne connaissent pas de secrets[71].»
[70] _Anti-Menagiana_, préface, p. 16.
[71] _Biog. universelle_, art. Blegny.
De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien. Il étoit occupé de son
livre: _Les Adresses de la ville de Paris_, dont, ainsi que nous l’avons
dit, il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des adresses de Londres
publié en 1677. Il lui falloit un privilége, mais, comme dans cet
ouvrage, il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y recommanderoit,
et, sous prétexte de parler de tout le monde, parler sans cesse de
lui-même, en se ramenant à chaque coin de page, à tort et à travers et
pour n’importe quelle raison, il se garda bien de demander ce privilége
en son propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire sur le quai
Conti, se le fit accorder à sa place dès le 14 juillet 1690 et se
chargea de faire imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot. Un
pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham Du Pradel, fut, pour lui-même,
afin de ne pas se trahir, tout ce que se permit Blegny.
Le petit volume, qui se compliquoit d’un almanach, devoit de toute
nécessité être prêt le premier janvier 1691; il le fut. Réussit-il? Nous
le pensons. Il avoit d’avance une clientèle de lecteurs toute faite:
chez les étrangers de passage à Paris, chez les gens de province et même
chez les Parisiens qui, à cette époque comme à la nôtre encore,
n’ignoroient rien tant que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter et
de curieux à voir.
Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition, car beaucoup, même
dans le monde des marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on les
eût nommés sans leur permission, encouragea Blegny. Pour l’année
suivante, tout en tenant compte de ces plaintes, qui paraîtront bien
singulières à présent que la réclame est partout courue et nulle part
évitée, il voulut faire mieux, être plus varié, plus complet. Ce fut sa
perte.
Il s’en étoit tenu, la première année, presque exclusivement aux
adresses marchandes ou industrielles. Pour la seconde, que nous
reproduisons ici, avec le titre nouveau qu’il lui donna, il prétendit y
joindre les adresses de Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc.,
etc., celles aussi des Curieux célèbres et des Dames curieuses, et bien
d’autres encore.
Les plaintes grossirent en conséquence. De quoi se mêloit-il? De quel
droit ces indiscrétions qui ne pouvoient qu’attirer des nuées
d’importuns chez les personnes dont il indiquoit ainsi la qualité et
l’adresse? N’empiétoit-il pas d’ailleurs, en bien des points, sur ce
que, par privilége, l’_État de France_ pouvoit seul publier.
Il y avoit dans tout cela beaucoup plus qu’il n’en falloit pour faire
supprimer _Le Livre commode_. Camusat dit que Blegny reçut ordre de ne
pas le continuer parce qu’il fut trouvé détestable[72]. Nous croyons
bien plutôt que ce fut pour les raisons dont nous venons de parler,
qu’il dut ne plus paroître, et que même--ce qu’ignoroit Camusat--il fut
saisi. Nous avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent[73].
[72] _Histoire critique des journaux_, t. I, p. 230-231.
[73] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., nº 21,739,
p. 110.
Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois après la publication de la
seconde année, la veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent à
verge, d’avoir à lui présenter le privilége en vertu duquel elle avoit
fait imprimer le _Livre commode contenant les adresses de la ville de
Paris_ et à lui déclarer le nombre d’exemplaires qui lui en restoit.
Elle répondit que le privilége étoit demeuré entre les mains du sieur
Rondot, par qui elle en avoit fait faire l’impression, et elle offrit de
le retirer et de le rapporter. Quant aux exemplaires, dont la plus
grande partie n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi de les
rapporter «en blanc», c’est-à-dire non reliés, au nombre de deux mille
cinq cents.
Aumont se les fit présenter et les saisit. Même visite fut faite chez
Rondot l’imprimeur.
A la première réquisition du sergent à verge il présenta le privilége,
qui fut saisi comme l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent
les procès-verbaux, que par simple provision, et jusqu’à nouvel ordre;
mais l’ordre contraire ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient
saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût détruits. C’est ce qui
explique pourquoi cette seconde année du _Livre commode_ est beaucoup
plus rare encore que la première.
Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès lors il cesse de publier. Un
livre, bien inattendu de sa part et qui prouveroit qu’il a même renoncé
à la médecine, est le seul qui paroisse sous son nom. Il est de 1694 et
il a pour titre: _Projet de l’histoire générale des religions militaires
et des ordres politiques et séculiers de chevaliers_[74]. Pourquoi
l’avoit-il fait? Quel but y visoit-il? Peut-être étoit-ce un moyen
d’exploiter les gens si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler par
la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient ainsi qu’à devenir,
suivant le mot du temps, des «chevaliers de l’industrie». Blegny étoit
homme à en créer beaucoup de cet ordre.
[74] Il n’est pas indiqué dans la _Biblioth. Script. Medic._ de
Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des livres de
médecine de Blegny.
Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent alors sur son compte. On
parla même d’escroquerie[75]; il perdit les dernières charges qui lui
restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait sous les pieds, il
quitta Paris pour Angers. On l’y arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce
devoit être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier dans le
château. Lorsqu’il eut fait son temps, il chercha un pays plus
hospitalier. Il se retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut en
1722 à quatre-vingts ans.
[75] _Biog. univ._, art. Blegny.
Voilà l’homme, vous allez juger à présent de son essai d’_Almanach des
adresses_. L’auteur est un assez vilain personnage, mais le livre est
curieux.
LE
LIVRE COMMODE
CONTENANT
LES ADRESSES
DE LA
VILLE DE PARIS
ET
LE TRÉSOR DES ALMANACHS
POUR L’ANNÉE BISSEXTILE 1692
avec
les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre et la discipline
des exercices publics, le prix des Matéraux et les ouvrages
d’Architecture, le Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des
Courriers et des Voitures de Routes, et généralement toutes les
commoditez sujettes aux mutations.
Par Abraham Du Pradel, Philosophe
et Mathématicien.
A PARIS,
chez la Veuve de Denis-Nion, Marchand-libraire sur le quay de Nesle,
devant l’Abrevoir de Guénégaud, à l’image Sainte Monique.
M. DC. XCII.
Avec privilége du Roy.
AVERTISSEMENT.
L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant que son ouvrage seroit jugé
généralement utile; l’approbation du public et le débit qui s’en est
fait en sont de fortes preuves; il s’en trouve très honoré, et il se
propose d’en être autant reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient
de redoubler ses soins et ses recherches pour le rendre plus exact et
plus complet: il en fera de même dans les années suivantes; il examinera
par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, et il préviendra par
cette précaution, le reproche qu’il s’est attiré l’année précédente,
pour s’en être tenu aux protestations de quelques personnes qui lui
avoient donné de fausses adresses, et qui avoient attribué à certains
artisans une réputation qu’ils n’avoient pas encore acquise.
Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende demeurer garand du mérite
des personnes qu’il doit indiquer. C’est le public qui donne la
réputation. Il est luy-même responsable de ses propres injustices. Un
particulier n’est pas en droit de s’opposer au torrent de la voix
publique quand même il seroit assez téméraire pour le faire, il ne
seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des adresses de personnes
renommées. Il suffit qu’un nom ait été célébré pour avoir place dans cet
Opuscule: et il n’est pas permis à l’Auteur d’y ajouter celui dont on
n’a pas encore parlé, quand même il appartiendroit au plus digne homme
d’une profession.
La seule omission qu’on pourroit reprocher à l’Auteur, est celle de
n’avoir rien dit d’un grand nombre de personnes qui ont acquis dans le
Commerce et dans les Arts une distinction particulière; mais il ne
tiendra qu’à ces personnes mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende
là-dessus bonne justice l’année prochaine, et elles peuvent même
s’assurer qu’elles auroient été prévenues dès la première édition de cet
Ouvrage, si l’Auteur eut été assez intrigué[76] dans le monde, pour
savoir tout ce qui mérite d’être connu.
[76] Nous dirions aujourd’hui «lancé». Boileau, dans l’_Art poétique_,
chant III, a donné à ce mot le même sens:
L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,
Se pousse auprès des grands, _s’intrigue_, se ménage.
Un Médecin et quelques autres personnes indiquées dans l’édition
précédente, avoient trouvé mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens
autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles connaîtront par celle-ci,
qu’on a eu soin de flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient
raisonnablement désirer.
Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre l’ordre de dignité en
parlant des Compagnies, des personnes et des professions; mais outre
qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini sur les rangs et sur
les préséances, il auroit été presque impossible à l’Auteur de s’en
assurer, quand même il y auroit quelque certitude; c’est pourquoi il a
dû avertir qu’il a traité sans aucune distinction de droits ni de
mérite, toutes les différentes choses qui sont le sujet de cet Ouvrage,
ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront pas dans l’ordre qui
leur conviendroit en autre chose.
Comme on s’est proposé en ceci de donner annuellement au public toutes
les instructions qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à
mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les vacations des
Tribunaux et le prix des matereaux et des ouvrages concernant les
batimens: car si d’un côté ces choses ne sont pas du genre de celles
qu’on doit indiquer par des adresses, elles sont du moins de celles qui
peuvent être changées en quelques circonstances.
Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû comprendre dans cet ouvrage,
tout ce qui est contenu dans les listes des Tribunaux et dans les
catalogues des Compagnies et des Communautés, devroient se ressouvenir
de la protestation qu’il a faite de servir tout le monde sans nuire à
personne, et réfléchir sur le tort qu’il feroit à ceux qui ont accoutumé
de vendre ces listes et ces catalogues; outre que le seul recueil qu’on
en feroit composeroit un trop gros volume pour un simple manuel
journalier, et qu’ainsi il étoit plus expédient et plus raisonnable
d’indiquer seulement, comme il a fait, les sièges où l’on peut recouvrer
les listes et les Bureaux où l’on peut trouver les catalogues.
Sur ces deux considérations que l’Auteur ne veut nuire à personne, et
qu’il ne s’est proposé de traiter que les choses sujettes à mutations,
on peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, ni la situation des
Eglises, ni la description des Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des
autres Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le sujet de M. le
Maire à qui nous devons un Livre en trois volumes, qui a pour titre
Paris ancien et nouveau[77], et celui de M. l’abbé Brice, qui nous a
donné une description de la Ville de Paris[78], et que d’ailleurs ces
choses ne regardent qu’indirectement les commoditez qui doivent
satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé de pourvoir.
[77] Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet: _Paris
ancien et nouveau, avec une description de tout ce qu’il y a de plus
remarquable dans toutes les églises, communautés, palais, maisons,
rues, places, etc._ D’après le P. Lelong et les éditeurs de la
neuvième édition du livre de G. Brice, dont nous parlerons dans la
note suivante, cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en
style moins ancien, des _Antiquités de Paris_ du P. Du Breul.
[78] Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an avant le livre
de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre de: _Description
nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable dans la ville de
Paris_, par M. B... L’auteur, Germain Brice, qui se déroboit sous
cette initiale, portoit, sans être prêtre, l’habit ecclésiastique,
c’est pourquoi il est ici appelé abbé. Il se mettoit au service des
étrangers de qualité pour leur apprendre le françois et leur faire
voir Paris, ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui
valoit «de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles». Son
livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit monté
de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, à
soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit ne fut
achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault qu’en 1751 et fut
publiée l’année suivante. C’est un ouvrage très-utile et qu’il est
bon surtout de suivre dans toutes ses transformations de 1684 à
1752.--Nous ajouterons que Brice n’étoit pas seul à faire le métier
de cicerone parisien, almanach des adresses allant et venant au
service de chacun. Le _Novitius_, dictionnaire latin-françois de
1721, nomme, au mot _Nomenclator_, un certain Herpin, qui gagnoit sa
vie de la même manière: «C’est un homme qui enseigne à Paris les
noms et les demeures des gens de qualité».
Au surplus, comme ce Livre sera chaque année publié dès les premiers
jours du mois de Novembre, et qu’on en commencera par conséquent
l’impression dès le commencement d’Aoust, il serait inutile d’envoyer
des mémoires ni pour les nouvelles adresses, ni pour les mutations passé
la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un temps considérable pour diriger
sa matière.
AVIS
SUR LES ADRESSES CASUELLES.
Dans le courant de l’année précédente, bien des gens ont donné des
mémoires que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira que dans un cahier
volant, par cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez qui
n’ont rien de permanent, c’est à dire qui sont aujourd’hui existantes,
et qui ne le seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne
conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir une année entière, et
dans lequel même il ne se doit presque faire aucun changement que par
rapport aux simples mutations.
Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, et aura pour titre _les
Adresses casuelles de la Ville de Paris_[79]; on y trouvera, par
exemple, le dessein des Auteurs qui auroient besoin de mémoires,
l’arrivée et le départ des Marchands forains, l’ouverture des ventes de
meubles publiques et judiciaires qui mériteront d’être sçues,
l’adjudication d’héritages licitez et décretez, les Bureaux pour la
levée des charges de nouvelles créations, les Fermes à bailler
et les biens à vendre, l’état des Marchandises dont les
Courtiers-Commissionnaires se trouveroient chargez; la qualité des
Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers voudront se défaire
par vente ou par échange, les bois qui seront à couper, les Emplois qui
seront vacans, les ouvrages et fournitures qui seront à faire au rabais,
les fonds qui seront à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire,
et généralement les adresses de toutes commoditez dont la fin paroitra
prochaine.
[79] C’étoit un essai de _petites affiches_ mensuelles dont nous
n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il pas suite.
Renaudot en avoit tenté du même genre, mais trimestrielles, sous
Louis XIII. On en trouve le _plan_ dans sa rarissime brochure:
_Inventaire des adresses du bureau de rencontre_, 1630, gr. in-4º.
Le roi lui avoit, à cet effet, accordé un privilége le 8 juin 1629.
On ignoroit si l’exécution avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes
assez heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un numéro
de ces premières _petites affiches_, portant la date du 1er
septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15e _feuille_ de cette
publication. Or, comme elle avoit dû commencer à la fin de 1629, il
y avoit juste quinze trimestres qu’elle existoit en septembre 1633.
Nous avons publié, avec des notes, dans le tome IX de nos
_Variétés_, p. 51 et suiv., cette 15e feuille, la seule que l’on
connoisse encore.
SUCCEZ DES REMEDES
INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.
L’Auteur étant persuadé qu’entre tous les besoins ausquels il s’est
proposé de pourvoir, il n’y en a point de plus pressans que ceux qui
concernent le rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit
ici, avec plaisir, une relation qu’il tient de son libraire par qui elle
est certifiée véritable, puis qu’elle contient un grand nombre de cures
merveilleuses opérées dans le courant de l’année précédente, par l’usage
des remèdes spécifiques qui avoient été par lui annoncez.
Plus de trente personnes de l’un et de l’autre sexe accablées par des
Rhumatismes habituels et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes
des pieds et des mains, et par des douleurs causées par les panacés et
autres poudres mercurielles, ont été parfaitement guéries en peu de
jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la liqueur anodine
marquée à la page 51.
Autant en est-il arrivé à un paralitique qui avoit d’ailleurs au bras
droit des nodus d’une prodigieuse grosseur, les membres paralitiques
ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez entièrement dissipées
dans l’espace de cinq semaines.
Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune homme à peu près dans le même
espace de temps, la guérison de la Goutte des pieds et la dissipation de
plusieurs Loupes et Tumeurs froides qu’il avoit aux deux genoux.
Un homme d’une particulière considération, en qui il s’étoit fait un
effroyable dépôt d’humeurs sur les jambes, après avoir fini par le
quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, a été parfaitement guéri
en six semaines par la liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement
replet, non seulement de cette fluxion, mais encore de plusieurs grands
ulcères qu’elle causa subitement avec mortification de la peau et des
chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et d’un vomissement continuel
que le quinquina avoit causé.
L’un des domestiques de ce malade fût guéri dans le même temps d’une
Hidropisie formée en deux prises d’un Sirop spécifique.
Plus de cinquante personnes ont été gueries de Décentes de Boyaux, les
unes en un mois ou cinq semaines en faisant retraite à la pension de
Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant à leurs affaires;
par les Bandages[80] et par les emplatres de la Manufacture royale.
[80] C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous l’avons
prouvé dans _le Vieux-neuf_, 2e édition, t. I, p. 133-134, note. En
1647, un charlatan avoit inventé un bandage dont il promettoit
merveille. Les _Annales du Bibliophile_, t. I, p. 38, ont publié
l’affiche qui en énuméroit les miracles.
Vingt deux malades accablez d’une longue suite de cours de ventre, de
flux de sang et de dissenteries, ont été guéris sans retour et sans
ressentir la moindre incommodité, avec une ou au plus deux prises d’un
vin composé qui nourrit comme le vin ordinaire.
On a pareillement guéri un grand nombre de fébricitans par l’usage de la
Liqueur fébrifuge.
On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, en deux femmes
différentes, un ulcère formé dans la matrice; et par cette même liqueur
aidée par les grains balsamiques, un grand nombre de personnes de
Gonorrhées habituelles et de Pertes blanches.
Onze personnes ont été parfaitement guéries de la grosse maladie, sans
régime et sans retraite par le seul usage du mercure d’or[81].
[81] Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny entend par «la
grosse maladie». En la guérissant par le mercure, il étoit arriéré.
Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, affichée sur les murs, l’annonce
d’un «remède sans mercure», pour lequel le roi avoit accordé un
brevet, dont le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du
7 septembre 1667. Voy. dans la _Vie de Locke_ par lord King, un
extrait de ses _Voyages_ à la date du 13 février 1679.
Rien n’est plus commun que de voir des gens guéris sur le champ et pour
jamais de la douleur de la carie des Dents, par l’application de
l’Essence végétale.