Vienne. Pourtant toute ressource n'était pas perdue, à condition de ne
pas opter trop vite entre les deux partis qui allaient partager
l'Europe, et de ne pas ajouter à la chaîne déjà bien lourde du traité
de Paris, la chaîne plus lourde encore de résolutions prématurées.
Rien ne pressait, en effet, quant au choix à faire entre les
puissances dont les divisions étaient déjà frappantes. Nous nous
trouvions placés entre la Prusse et la Russie d'un côté, voulant à
tout prix la Saxe et la Pologne, prêtes même à se relâcher de leur
hostilité contre nous si nous servions leurs désirs, et l'Angleterre
et l'Autriche de l'autre, qui n'avaient qu'un but, celui de nous
enchaîner, et d'organiser l'Europe entière contre nous. Il semble à ce
simple exposé des faits, que le choix n'aurait pas dû être douteux,
car si l'intérêt que nous avions à Dresde, à Posen, était un intérêt
européen, celui que nous avions sur l'Escaut, sur le Rhin, sur les
Alpes, était un intérêt exclusivement français. Or, la Saxe à Leipzig,
l'Europe à Paris, nous avaient autorisés par leur conduite à préférer
les intérêts français à tous autres. Et en supposant qu'il fallût se
défier également de ces ambitions contraires, c'était alors une raison
de plus d'attendre, de réfléchir avant de nous prononcer. Si en
arrivant à Vienne, M. de Talleyrand, moins impatient de faire un choix
dont le mérite était fort contestable, de professer dogmatiquement le
principe de la légitimité, moins pressé enfin d'avoir aux grandes
affaires une part qui ne pouvait lui échapper, se fût contenté de
dire, avec le flegme déconcertant dont il possédait si bien le secret,
que la France traitée sans ménagement en mai 1814, trompée même, car
on lui avait promis une augmentation de territoire et de population
qu'on lui avait ensuite déniée, était libre de n'écouter désormais
que ses convenances, qu'elle ne troublerait plus le monde pour son
ambition, mais que lorsque le monde serait troublé par l'ambition des
autres, elle prendrait le parti que lui conseillerait sa politique, et
qu'ensuite elle eût attendu sans se prononcer la recherche dont elle
n'aurait pas manqué d'être l'objet de la part des intérêts divisés,
son rôle eût considérablement changé. Alexandre et Frédéric-Guillaume
étaient si ardents, si peu contenus, qu'ils lui eussent tout offert,
et comme sur le Rhin, sur l'Escaut, sur les Alpes, il n'y avait que
des intérêts anglais ou autrichiens, ils nous auraient concédé de ce
côté ce que nous aurions voulu, et eussent proportionné leurs offres à
notre lenteur à nous décider. Le conflit étant poussé jusqu'à la
guerre, il est incontestable qu'on nous aurait rendu une partie au
moins de la rive gauche du Rhin. Au contraire, les choses n'allant pas
aussi loin, l'Angleterre et l'Autriche effrayées de nous voir unis à
la Russie et à la Prusse, cédant aux prétentions de celles-ci, nous
aurions obtenu sans guerre un résultat bien préférable à celui qui
prévalut, au lieu de la Prusse nous aurions eu la maison de Saxe sur
le Rhin, où elle eût remplacé ces voisins si doux, si commodes, si
regrettables, les électeurs ecclésiastiques de Mayence, de Trêves et
de Cologne, que nous avions jadis, et dont la place est aujourd'hui
occupée par les puissances les plus militaires de la Confédération, la
Bavière et la Prusse. Ainsi, quoi qu'il arrivât, guerre ou paix, notre
sort était meilleur: guerre, nous avions chance d'obtenir une
frontière plus avantageuse, paix, nous avions le plus pacifique des
voisinages. Mais il n'en fut point ainsi. Le cabinet de Paris, sans
unité et sans prévoyance, ne s'occupant que de ce qu'on mettait
directement sous ses yeux, le roi Louis XVIII, spirituel mais
distrait, éprouvant pour la politique extérieure une assez grande
indifférence, et regardant comme un fatal héritage de Napoléon d'être
trop mêlé aux affaires du dehors, laissèrent à M. de Talleyrand toute
liberté d'agir comme il l'entendrait, s'en fiant à son habileté, à son
expérience, à son autorité sur la diplomatie européenne. Celui-ci
arrivé à Vienne avec la résolution de se donner pour le représentant
de la légitimité en Europe, trouvant les _quatre_ décidés à tout faire
entre eux, fut tellement irrité de cette prétention, si flatté au
contraire de l'empressement que lui témoignèrent les petites cours
allemandes, qu'il n'y tint pas, se mit à la tête de ces petites cours,
devint ainsi le défenseur obligé de la Saxe, prit dès lors parti pour
l'Autriche et l'Angleterre, qui étaient irrévocablement résolues à
nous enfermer dans le traité de Paris, contre la Prusse et la Russie
qui étaient prêtes à améliorer notre sort, et déclara bien haut que la
France ne voulait rien pour elle-même, rien que le triomphe des
principes, c'est-à-dire de la légitimité.
[En marge: Triste résultat du traité du 3 janvier s'il eût reçu son
exécution.]
Dès ce jour il n'y avait plus rien d'utile à faire. Nous étions sans
doute en bonne compagnie en nous trouvant avec l'Autriche et
l'Angleterre, bien que la compagnie de la Prusse et de la Russie ne
fût point à dédaigner. Mais ce qui pouvait nous arriver de plus
heureux dans cette alliance, c'était de nous égorger de nouveau avec
les Prussiens et les Russes, pour que l'Autriche eût toute l'Italie,
pour que l'Angleterre eût Malte, Corfou, le Cap, l'île de France, pour
que les royaumes des Pays-Bas et de Piémont demeurassent comme de
grosses forteresses construites à nos portes, pour que la Prusse et
l'Autriche séparées par la Saxe fussent moins jalouses l'une de
l'autre, pour que l'Allemagne eût la Russie moins près d'elle, et si
nous étions vainqueurs pour le compte de nos maîtres, de rester, nous,
enfermés dans les traités de 1815! En vérité ce n'était pas la peine
en vue de tels résultats, de risquer sitôt les bienfaits de la paix si
récemment rétablie.
Mais ce n'est pas tout; même en prenant ce parti, qui assurément
n'était pas le meilleur, encore fallait-il ne pas tant se presser
d'offrir nos secours, et attendre au moins qu'on nous les demandât.
Mais piqué au vif, M. de Talleyrand commit la faute qui lui était la
moins naturelle, une faute de précipitation. Certain, s'il avait su
attendre, d'être bientôt admis partout, compté pour tout ce que valait
la France, il se fit solliciteur de sollicité qu'il aurait pu être, et
en apportant le secours de cent cinquante mille Français, il se donna
le rôle de l'obligé au lieu de se donner celui de l'obligeant, et
consentit, pour le cas de guerre, à l'inqualifiable condition de
rester sous la loi du traité de Paris! Dans son impatience même d'être
de quelque chose avec les grandes puissances, il oublia de stipuler
l'expulsion de Murat, seule affaire que Louis XVIII eût à coeur, et si
Murat n'avait fourni lui-même la solution qu'on avait tant de peine à
découvrir, on aurait quitté Vienne sans l'avoir trouvée! Négociateur
incomparable, plein de dignité, de hauteur, d'esprit d'à-propos,
quand il fallait réprimer les saillies de vainqueurs insolents, mais
politique moins prévoyant que négociateur habile, M. de Talleyrand eut
le tort, après avoir signé trop tôt la paix à Paris, de prendre trop
tôt son parti à Vienne, et son parti pris de se prononcer pour les
puissances dont nous n'avions rien à obtenir, contre celles dont nous
avions quelque amélioration à espérer, et en choisissant ainsi ses
alliés, de ne se réserver que l'honneur de les servir gratuitement,
pour le triomphe de ce qu'on appelait alors le principe de la
légitimité. Sans aucun doute, si en temps ordinaire, dans un ordre de
choses régulier, au milieu de l'Europe tranquille, où chaque prince se
serait trouvé à la place marquée par le temps et les traités, on était
venu nous proposer de supprimer un royaume comme celui de Saxe, même
avec de grands avantages pour la France, la justice et la vraie
politique auraient dû nous porter à nous y opposer, car tout
bouleversement qui n'est pas inévitable, toute dépossession qui n'est
pas commandée par la plus évidente équité, ou par l'irrésistible
marche du temps, est inhumaine, imprudente et dangereuse, et M. de
Talleyrand en soutenant la Saxe eût servi à la fois la cause du bon
droit et de la vraie politique. Mais au milieu du naufrage de l'ancien
monde, dans un moment où le sort d'aucun État n'était fait, où celui
de tous était à faire, et où chacun cherchait à faire le sien avec les
dépouilles de la France, dans un moment où les puissances du continent
après avoir dévoré la Pologne n'éprouvaient aucun scrupule à dévorer
encore Venise, Gênes, les villes libres, les princes médiatisés
d'Allemagne, où l'Angleterre envahissait toutes les positions
maritimes du globe, et où les petits États eux-mêmes n'étaient pas
moins avides que les grands, où chacun en un mot ne songeait qu'à soi,
il était permis à la France de songer à elle, et de ne pas faire
consister toute sa politique dans la conservation d'un État allemand,
qui intéressait d'autres qu'elle, et qui avait perdu ses titres à
notre dévouement. En d'autres temps défendre la Saxe aurait été la
politique non-seulement la plus généreuse, mais la plus sage; à une
époque où tous les droits établis avaient succombé avec les traités
dans une effroyable guerre de vingt-deux années, et où tous les droits
étaient à créer à nouveau, M. de Talleyrand négligea trop la France
pour la Saxe, et sa conduite qui autrement serait incompréhensible, ne
s'explique que par l'impatience de jouer un rôle, et de professer
hautement un principe que les puissances ne pouvaient pas prendre au
sérieux, car les diplomaties autrichienne, anglaise, française, qui le
défendaient si chaudement à Dresde, le sacrifiaient à Venise, à Gênes,
à Malte, à Stockholm, et en cent principautés d'Allemagne!
[En marge: Voeu pour la formation d'une véritable politique de
gouvernement, indépendante des intérêts de parti et de dynastie.]
Ainsi deux fois en deux ans, le sort de la France fut décidé par les
plus frivoles motifs. À Prague, en 1813, Napoléon pouvant conserver à
la France bien au delà de sa grandeur désirable, ne le fit point,
aveuglé qu'il était par une ambition insensée! En 1814, les Bourbons,
pouvant recouvrer quelques parcelles de notre grandeur perdue, en
laissèrent passer l'occasion, par impatience de publier la paix dont
ils faisaient leur titre principal, par inattention, par inexpérience,
par goût de professer et de laisser professer à Vienne un principe qui
flattait l'orgueil de leur sang. Triste sort de notre pays, livré à
tous les vents des révolutions, d'avoir tantôt dépendu de la folie
d'un homme, et tantôt de la maladresse d'un parti! Heureusement la
grandeur matérielle n'est pas tout, et la France par sa grandeur
morale a retrouvé le rôle que les événements lui avaient fait perdre;
mais en présence des spectacles affligeants que nous venons de
retracer, faisons des voeux pour qu'il se forme en France une vraie
politique de gouvernement, qui, sans intérêt de dynastie ou de parti,
sans entraînement du moment, sans goût dominant pour la paix ou pour
la guerre, sans préoccupation exclusive en un mot, conduite par la
seule raison d'État, dirige les affaires du pays dans l'unique vue de
sa sûreté et de sa grandeur! Dieu veuille nous accorder ce bienfait,
et alors la France aura ce qu'elle n'a jamais eu, au moins d'une
manière durable, un sort proportionné à son esprit, à son courage, à
l'immense effusion de son sang!
FIN DU LIVRE CINQUANTE-SIXIÈME ET DU DIX-HUITIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME DIX-HUITIÈME.
LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME.
RESTAURATION DES BOURBONS.
Dernières opérations des Français demeurés dans les diverses
parties de l'Europe. -- Campagne du général Maison en Flandre, et
défense d'Anvers par le général Carnot. -- Reddition d'Anvers, et
conditions de cette reddition. -- La désertion s'introduit parmi
les troupes françaises. -- Fermeté du général Maison en présence
d'un mal qui menace de laisser la France sans armée. -- Longue et
mémorable résistance du maréchal Davout à Hambourg. -- Conditions
auxquelles il se rend après avoir sauvé une nombreuse armée et un
riche matériel. -- Noble conduite du prince Eugène en Italie. --
L'armée française ramenée d'Italie par le général Grenier. --
Événements aux Pyrénées. -- Les nouvelles de Paris étant arrivées
trop tard pour arrêter les hostilités, les Anglais et les
Français en viennent aux mains une dernière fois. -- Sanglante
bataille de Toulouse. -- Armistice sur toutes les frontières. --
Situation du comte d'Artois après son entrée à Paris. -- Question
de savoir à quel titre il administrera provisoirement le royaume.
-- Le Sénat ne veut reconnaître sa qualité de lieutenant général
qu'à la condition d'un engagement formel à l'égard de la
Constitution. -- Irritation de M. le comte d'Artois et de ses
amis. -- Le duc d'Otrante imagine un moyen de transaction qui est
adopté. -- Le Sénat se rend aux Tuileries, et investit le comte
d'Artois de la lieutenance générale, à la suite d'une déclaration
par laquelle le prince, se portant fort pour Louis XVIII, promet
l'adoption des principales bases de la Constitution sénatoriale.
-- Premiers actes de l'administration du comte d'Artois. -- Le
gouvernement provisoire converti en conseil du prince. --
Composition du ministère. -- Envoi de commissaires
extraordinaires dans les diverses parties de la France. --
Souffrances des provinces occupées, et soulagements qu'on
s'efforce de leur procurer. -- Nouveaux cantonnements assignés
aux armées françaises. -- La conscription de 1815 libérée. --
Mesures financières de M. Louis. -- Sa ferme résolution de payer
toutes les dettes de l'État, de maintenir les impôts, et
spécialement les droits réunis. -- Rapidité avec laquelle le
crédit commence à s'établir, sous la double influence de ce
ministre et de la paix. -- Changements transitoires apportés à
nos tarifs commerciaux. -- La souffrance des provinces occupées
va croissant. -- On entame précipitamment une négociation pour
obtenir l'évacuation du territoire par les armées coalisées. --
On ne peut parler de l'évacuation des provinces françaises sans
provoquer une demande semblable à l'égard des provinces
étrangères occupées par nos troupes. -- Dans l'impossibilité de
refuser la réciprocité, on consent par la convention du 23 avril
à évacuer Hambourg, Anvers, Flessingue, Berg-op-Zoom, Mons,
Luxembourg, Mayence, et en général les places les plus
importantes de l'Europe. -- On ne s'aperçoit pas d'abord de
l'imprudence de cette convention, qui devient bientôt un sujet
d'amers reproches. -- Mouvement rapide qui s'opère dans les
esprits depuis l'entrée de M. le comte d'Artois. -- La masse de
la population familiarisée avec l'idée du retour des Bourbons se
donne bientôt à eux sans réserve, mais les emportements du parti
royaliste irritent les révolutionnaires et les bonapartistes, et
provoquent de la part des uns et des autres de vives
récriminations. -- M. le comte d'Artois commet certaines
imprudences qui font désirer à ses amis éclairés la prompte
arrivée du Roi. -- Divers messages adressés à Louis XVIII, et
peinture qu'on lui fait de l'état de la France. -- Sur ce qu'on
lui dit que son adhésion à la Constitution du Sénat n'est pas
indispensable, il diffère de se prononcer, et s'achemine
lentement vers la France. -- Son séjour à Londres. --
Enthousiasme que sa présence provoque chez les Anglais. --
Imprudente allocution par laquelle il déclare qu'après Dieu c'est
à l'Angleterre qu'il a le plus d'obligations. -- Débarquement de
Louis XVIII à Calais. -- Son voyage à travers les départements du
nord, et son arrivée à Compiègne. -- Empressements dont il est
l'objet surtout de la part des maréchaux, auxquels il fait
l'accueil le plus flatteur. -- Impatience qu'on a de le
connaître. -- Caractère de Louis XVIII et du comte d'Artois, et
différences remarquables entre les deux frères. -- Entrevue de M.
de Talleyrand avec le Roi. -- Soins de ce dernier à éluder tous
les engagements. -- Visite de l'empereur Alexandre à Compiègne,
et inutilité de ses efforts pour faire écouter quelques conseils.
-- Louis XVIII n'est pas contraire à l'idée d'une constitution,
même très-libérale, mais il veut la donner lui-même, afin de
maintenir entier le principe de son autorité. -- Il est convenu
qu'avant d'entrer à Paris il s'arrêtera à Saint-Ouen, et fera une
déclaration générale, confirmative de celle du comte d'Artois, et
destinée à consacrer les bases de la Constitution sénatoriale. --
Séjour à Saint-Ouen, et déclaration de Saint-Ouen datée du 2 mai
1814. -- Entrée de Louis XVIII à Paris le 3 mai. -- La population
parisienne lui fait l'accueil le plus cordial. -- Louis XVIII se
saisit du pouvoir, et constitue le Conseil royal. -- Première
séance de ce conseil, dans laquelle on touche sommairement à
toutes les questions. -- Vues générales sur l'armée, la marine,
les finances. -- M. Louis persiste dans ses deux principes:
respect des dettes contractées, et maintien des impôts
nécessaires. -- Proclamation royale relativement aux droits
réunis. -- Ajournement de la question de la conscription. --
Louis XIII se montre décidé à rétablir l'ancienne maison
militaire du Roi, et même à l'augmenter considérablement. --
Aucun membre du Conseil n'ose résister à cette imprudente
résolution. -- Nouveaux efforts pour faire cesser les souffrances
des provinces occupées. -- On s'aperçoit que la convention du 23
avril en nous privant de gages précieux, n'a pas avancé d'un jour
le départ des armées coalisées. -- Les monarques alliés
promettent de donner de nouveaux ordres à leurs armées, et Louis
XVIII fait une proclamation pour ordonner aux autorités locales
de désobéir aux réquisitions des généraux étrangers. --
Impatience de conclure la paix. -- M. de Talleyrand reçoit
mission de la négocier. -- Nouvelle faute de précipitation
semblable à celle qu'on a commise en signant la convention du 23
avril. -- Il vaudrait mieux que le sort de la France ne fût réglé
qu'à Vienne en même temps que celui de toutes les puissances,
parce qu'on les trouverait divisées et qu'on pourrait espérer de
l'appui. -- M. de Metternich comprend au contraire l'intérêt
qu'ont les puissances coalisées à traiter tout de suite avec la
France, et à remettre la solution des questions européennes au
congrès général qui doit se réunir à Vienne. -- Le gouvernement
royal ne devine pas ce calcul profond, et par impatience de se
faire un mérite de la paix, s'attache à la conclure
immédiatement. -- Le retour aux frontières de 1790 posé en
principe irrévocable. -- Cette frontière adoptée, avec quelques
additions. -- L'île de France exceptée de la restitution de nos
colonies. -- Noble résistance du Roi à toute contribution de
guerre. -- Il l'emporte, grâce à la fermeté que lui et le
gouvernement déploient en cette circonstance. -- Conservation des
musées. -- Traité de Paris du 30 mai 1814. -- Tandis qu'on
négocie la paix, on s'occupe aussi de la Constitution. -- Le Roi
ne veut pas en confier le travail au Conseil royal, et la prépare
avec MM. de Montesquiou, Dambray, Ferrand, Beugnot. -- Ses vues
libérales, dues à son séjour en Angleterre, mais toutes
subordonnées à une condition, c'est que la nouvelle Constitution
émanera exclusivement de l'autorité royale. -- Diverses questions
élevées. -- Facilité du Roi sur toutes choses, le principe auquel
il tient étant accordé. -- Le projet de Constitution soumis à
deux commissions, l'une du Sénat, l'autre du Corps législatif. --
Titre de CHARTE CONSTITUTIONNELLE donné à la nouvelle
Constitution. -- Les souverains étrangers ne voulant pas quitter
Paris avant l'entier accomplissement des promesses de Saint-Ouen,
on fixe au 4 juin la séance royale où doit être proclamée la
Charte. -- Séance royale du 4 juin; effet heureux de cette
séance. -- Proclamation de la Charte, départ des souverains
étrangers, constitution définitive du gouvernement des Bourbons.
1 à 195
LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME.
GOUVERNEMENT DE LOUIS XVIII.