Changements opérés dans les esprits pendant les mois d'avril et

de mai. -- Renaissance des partis. -- Les royalistes extrêmes se

rangent autour de M. le comte d'Artois. -- Ce prince, malade et

chagrin, fait un long séjour à Saint-Cloud. -- Rentrée en France

du duc d'Orléans. -- Les amis de la liberté espèrent en lui,

tandis que les royalistes en font déjà l'objet de leurs attaques.

-- Grande réserve de ce prince. -- Les bonapartistes; leur

abattement et leur dispersion. -- Les révolutionnaires d'abord

satisfaits de la chute de Napoléon, sont rejetés vers les

bonapartistes par la violence du parti de l'émigration. -- Retour

à Paris de M. de Lafayette, de M. Benjamin Constant, de madame de

Staël, et formation du parti constitutionnel. -- Sages

dispositions de la bourgeoisie de Paris. -- Les opinions de la

capitale réfléchies dans les provinces avec diverses nuances. --

État de la Vendée et de la Bretagne. -- Les anciens insurgés se

remettent en armes, refusent d'acquitter certains impôts, et

inquiètent par leurs menaces les acquéreurs de biens nationaux.

-- Irritation des villes de l'Ouest contre les chouans et les

Vendéens. -- État de la ville de Nantes. -- Situation du Midi. --

Esprit qui règne à Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Avignon, Marseille,

Lyon. -- La présence et les ravages de l'ennemi exaspèrent les

provinces de l'Est, et les rattachent à Napoléon, qui est resté à

leurs yeux l'énergique défenseur du sol. -- Rentrée des troupes

qui viennent des garnisons lointaines et des prisons

d'Angleterre, de Russie, d'Allemagne, d'Espagne. -- Exaspération

et arrogance de ces troupes, persuadées qu'une noire trahison a

livré la France à l'ennemi. -- Embarras des Bourbons, obligés de

faire subir à l'armée de douloureuses réductions, de ménager

toutes les classes, particulièrement celles qui leur sont

hostiles, et pour ainsi dire de gouverner avec leurs ennemis

contre leurs amis. -- Premières résolutions relatives aux

finances, à l'armée, à la marine, etc. -- Le ministre des

finances Louis fait prévaloir définitivement la résolution de

payer toutes les dettes de l'État, et de maintenir les droits

réunis. -- Limites dans lesquelles il oblige les ministres de la

guerre et de la marine à se renfermer. -- Projet d'organisation

pour l'armée; conservation de la garde impériale, et

rétablissement de l'ancienne maison militaire du Roi. --

Difficulté de concilier ces diverses institutions, et surtout

d'en soutenir la dépense. -- Maintien de la Légion d'honneur,

avec un changement dans l'effigie. -- Grands commandements

militaires assignés aux principaux maréchaux. -- Mauvais accueil

fait par l'armée à la nouvelle organisation. -- Réunion à Paris

d'un nombre immense d'officiers à la demi-solde et de

fonctionnaires sans emploi. -- Tandis que les militaires sont

froissés par les réductions qu'ils subissent, et par le

rétablissement de la maison du Roi, on indispose les hommes

attachés à la Révolution par des manifestations imprudentes. --

Services funèbres pour Louis XVI, Moreau, Pichegru, Georges

Cadoudal. -- Attaques du clergé contre les acquéreurs de biens

nationaux. -- Le Concordat n'ayant pas été garanti par la Charte,

les Bourbons sont décidés à en demander la révocation. -- Mission

à Rome pour cet objet. -- Tandis qu'on demande au Pape la

révocation du Concordat, le Pape demande à Louis XVIII la

restitution d'Avignon. -- Ordonnance de police qui rend

obligatoire la célébration des dimanches et jours de fête. --

Effet produit par cette ordonnance. -- En quelques mois le

gouvernement, pour avoir cédé aux passions de ses amis, avait

indisposé les militaires, les révolutionnaires, les prêtres

assermentés, les acquéreurs de biens nationaux, la bourgeoisie.

-- La réunion des Chambres, animées d'un esprit monarchique et

libéral, apporte un heureux tempérament à cet état de choses. --

M. Durbach dénonce à la Chambre des députés l'ordonnance sur les

fêtes et dimanches, et la législation qui place la presse

quotidienne sous le régime de la censure. -- La Chambre des

députés, en condamnant le langage de M. Durbach, demande une loi

sur ces deux objets. -- Le Roi se rend au voeu de la Chambre; il

fait présenter une loi sur la presse, mais une loi qui institue

la censure. -- Animation des esprits. -- Goût naissant pour les

discussions politiques. -- Après de longs débats il est reconnu

que la censure n'est pas dans la Charte, et la loi de la presse

n'est admise qu'à titre de mesure temporaire. -- Le Roi accepte

les amendements présentés, et sanctionne la loi telle qu'elle est

sortie de la Chambre des députés. -- On renvoie à une commission

spéciale la question des fêtes et dimanches. -- Plusieurs écrits

contre les ventes nationales ayant été dénoncés aux Chambres, la

Chambre des députés condamne ces écrits, et confirme de nouveau

et solennellement l'inviolabilité des propriétés dites

nationales. -- Projets de loi relatifs aux finances. -- M. Louis

présente le bilan financier de l'Empire. -- Inexactitude de ce

bilan, mais excellence des principes du ministre. -- Il propose

l'acquittement intégral des dettes de l'État, le maintien des

impôts indirects, et la liquidation de l'arriéré au moyen

d'effets temporaires, portant un intérêt de 8 pour cent. --

L'opposition royaliste se prononce contre les projets du

ministre, et, sans oser parler de banqueroute, veut qu'on paye

les créanciers de l'État avec des rentes au pair. -- Elle trouve

quelque appui auprès de l'opposition libérale, qui, ne comprenant

pas les projets du ministre, s'élève contre l'agiotage. -- M.

Louis, par son énergie et une éloquence inculte, triomphe de

toutes les résistances, et fait adopter ses projets, qui

deviennent l'origine du crédit en France. -- Sages mesures

commerciales destinées à opérer la transition de l'état de guerre

à l'état de paix. -- Quoique les libéraux accusent les Chambres

de timidité, elles acquièrent par un mélange de modération et de

fermeté le respect du gouvernement et la confiance du public. --

Leurs délibérations produisent un certain apaisement. -- Fête à

l'hôtel de ville en l'honneur de Louis XVIII. -- Les gardes du

corps disputent à la garde nationale l'honneur d'entourer le Roi.

-- Effet de cette fête. -- Défaut de direction dans

l'administration de l'intérieur, par la faute de M. de

Montesquiou. -- Ce ministre spirituel, ayant l'art de plaire aux

Chambres, malheureusement incapable de travail, ne sait ni

moduler ni diriger le personnel administratif. -- Les provinces

livrées à elles-mêmes flottent au gré des passions locales. --

Voyages des princes imaginés pour rallier les esprits aux

Bourbons. -- Danger de ces voyages, qui exaltent les passions au

lieu de les calmer. -- Voyage de M. le duc d'Angoulême en basse

Normandie, en Bretagne, en Vendée et en Guyenne. -- Accueil qu'il

reçoit en Bretagne, et particulièrement à Nantes. -- Ce prince se

transporte au centre de la Vendée. -- Sentiments et conduite des

Vendéens du Bocage. -- Bordeaux. -- Changement opéré dans

l'esprit de ses habitants. -- Retour du prince par Angers. -- Son

voyage, mêlé de bien et de mal, se termine en août. -- Départ de

M. le comte d'Artois pour la Champagne et la Bourgogne. -- Il

promet de nombreux soulagements à tous les pays qui ont souffert

de la guerre, prodigue les décorations, et encourage à Dijon

l'intolérance de la petite église. -- Son séjour et ses

imprudences à Lyon. -- Son arrivée à Marseille. -- Enthousiasme

des Marseillais. -- Leur désir ardent d'obtenir la franchise de

leur port. -- Le comte d'Artois la leur promet, et les laisse

dans un véritable état d'ivresse. -- Son voyage à Nîmes, Avignon,

Grenoble, Besançon. -- Conduite inconvenante à l'égard de

l'archevêque Lecoz. -- Retour du comte d'Artois à Paris. -- Son

voyage n'a produit que du mal sans mélange de bien. -- Voyage de

M. le duc de Berry dans les provinces frontières. -- Ce prince

irrité de l'opposition qu'il rencontre dans l'armée se livre à

des emportements fâcheux. -- Après un moment d'apaisement en

août, les passions sont réveillées en octobre et novembre par les

voyages des princes, et par les mesures imprudentes du

gouvernement à l'égard des invalides, des orphelines de la Légion

d'honneur et des écoles militaires. -- L'intervention des

Chambres amène la modification ou la révocation de ces mesures.

-- Affluence et opposition croissante des militaires à Paris. --

Incident fâcheux à l'égard du général Vandamme, et commencement

de l'affaire du général Exelmans. -- Disgrâce du maréchal Davout.

-- Grand effet produit par la proposition de restituer aux

émigrés leurs biens non vendus. -- Le principe même de la mesure

est admis, mais le langage du ministre Ferrand révolte tous les

esprits. -- Les Chambres censurent le ministre, et votent la loi

avec divers amendements. -- Au milieu de ces agitations, le parti

dit des chouans et celui des officiers à la demi-solde se font

peur réciproquement, et s'imputent des complots imaginaires. --

La police officielle s'efforce de réduire ces complots à la

simple vérité, tandis que la police officieuse de M. le comte

d'Artois s'attache à les grossir. -- Fatigue et perplexité de

Louis XVIII, obsédé par les rapports de son frère. -- Rôle de M.

Fouché en ces circonstances. -- Le Roi devant assister à une

représentation à l'Odéon, on se figure qu'il existe un complot

contre la famille royale, et on prend des précautions

extraordinaires. -- Affectation de zèle de la part du maréchal

Marmont, commandant les gardes du corps. -- Déchaînement contre

le ministre de la guerre et le directeur de la police. -- Le Roi

cède aux cris de la cour, et remplace le général Dupont, ministre

de la guerre, par le maréchal Soult, et M. Beugnot, directeur

général de la police, par M. d'André. -- Il dédommage M. Beugnot

par le ministère de la marine. -- Grande confiance de la cour et

des royalistes extrêmes dans ce palliatif. -- État des choses en

décembre 1814. 196 à 395

LIVRE CINQUANTE-SIXIÈME.

CONGRÈS DE VIENNE.

Situation de l'Europe depuis la paix de Paris. -- Mécontentement

des provinces belges et rhénanes annexées à des pays protestants,

et maltraitées par les armées étrangères. -- État de confusion

dans lequel l'Allemagne est menacée de tomber. -- Les peuples y

attendent en vain la liberté qu'on leur a promise, et les petits

États craignent d'être absorbés par les grands. -- Conflagration

en Suisse, par suite de la lutte entre les anciens et les

nouveaux cantons. -- Triste situation de l'Italie. -- Mauvais

gouvernement du roi de Piémont, et rigueurs exercées à Rome par

le gouvernement pontifical. -- Révocation du Concordat français à

peu près consentie, mais différée. -- Étonnement de Murat d'être

encore sur le trône de Naples, et déplaisir des puissances de l'y

voir. -- État de l'Espagne. -- Conduite perfide et cruelle de

Ferdinand VII. -- Il abandonne le pacte de famille dans le désir

de complaire aux Anglais. -- Pendant que l'Europe est ainsi

tourmentée, les souverains coalisés assistent à Londres à des

fêtes brillantes. -- Ils renouvellent la promesse de rester unis,

sans s'expliquer toutefois sur les points litigieux. -- Le

congrès de Vienne remis au mois de septembre. -- Dispositions

qu'on y apporte. -- Deux souverains seuls, l'empereur Alexandre

et le roi Frédéric-Guillaume, y arrivent d'accord, et fortement

unis. -- Ils estiment que tout leur est dû par l'Europe, et

veulent avoir en entier l'un la Pologne, l'autre la Saxe. --

L'Angleterre n'entrevoit rien de ce projet; l'Autriche le

découvre, mais se tait dans l'espérance de le faire échouer sans

rompre l'union européenne. -- Avantages que cette situation eût

offerts à la France, si elle était arrivée sans engagements à

Vienne, et sans avoir signé le traité du 30 mai. -- Liberté

laissée à M. de Talleyrand d'agir comme il voudra. -- Le Roi ne

lui impose qu'une obligation, celle d'expulser Murat du trône de

Naples. -- Départ de M. de Talleyrand assisté du duc de Dalberg.

-- Son impatience de jouer un grand rôle, et son parti pris de

fonder sa politique à Vienne sur le principe de la _légitimité_.

-- Entrée solennelle des souverains alliés dans la capitale de

l'Autriche. -- Magnifique et coûteuse hospitalité que leur offre

l'empereur François dans le palais de Schoenbrunn. -- Les

prétentions de la Prusse et de la Russie à l'égard de la Saxe et

de la Pologne bientôt connues, deviennent le sujet de tous les

entretiens. -- Soulèvement des princes allemands contre ces

prétentions. -- Embarras de l'Angleterre et de l'Autriche,

inquiètes pour le maintien de l'alliance de Chaumont. -- Plus

leur union est menacée, plus elles affectent d'y croire, et se

promettent de la maintenir. -- Accord secret de l'Autriche, de

l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, pour diriger les

affaires à elles quatre, et n'y associer les autres puissances

que pour la forme. -- Cet accord, bientôt dévoilé, devient un

nouveau grief pour les puissances de second ordre, qui craignent

que les exclure ne soit un moyen de les sacrifier. -- La légation

française irritée ne se borne pas à protester contre ces projets

d'exclusion, mais elle prend tout de suite parti pour la Saxe

contre les vues de la Russie et de la Prusse. -- La Prusse se

venge en disant que la France songe à ressaisir la ligue du Rhin.

-- Protestations de désintéressement auxquelles la légation

française est réduite pour corriger l'effet de sa conduite

précipitée. -- Irritation d'Alexandre dirigée en particulier

contre M. de Talleyrand. -- Entrevue de ce monarque avec le

plénipotentiaire français. -- Après quelques semaines perdues en

pourparlers et en propos amers, il s'élève un cri général pour

réclamer la convocation du congrès. -- Les _quatre_, c'est-à-dire

l'Autriche, l'Angleterre, la Russie et la Prusse, sentant le

danger d'une réunion générale et immédiate, proposent un délai

d'un mois, ce qui entraîne la remise du congrès au 1er novembre,

sous le prétexte de se donner le temps de mûrir les questions. --

M. de Talleyrand se met à la tête des opposants. -- Il demande

que sans plus tarder on réunisse le congrès en assemblée

générale, et veut profiter de l'occasion pour faire décider

l'admission du représentant de la Saxe et le rejet du

représentant de Naples, ce qui serait une manière indirecte de

résoudre sur-le-champ les deux questions les plus importantes du

moment. -- Vive résistance de la part des _quatre_. -- Après

quelques jours on transige, et on ajourne le congrès au 1er

novembre, en promettant de le réunir tout entier à cette époque,

et on adopte des expressions qui permettent d'espérer ce qu'on

appelle _le respect du droit public_. -- Après avoir déjoué les

projets d'exclusion, la légation française au lieu d'attendre

avant de s'engager davantage dans la question de la Saxe, se

prononce toujours plus fortement. -- Les Russes et les Prussiens

se prononcent de leur côté avec une singulière hauteur. --

Activité des petits États et surtout de la Bavière. -- Liaisons

de celle-ci avec la légation française. -- Embarras croissant de

l'Autriche et de l'Angleterre. -- Lord Castlereagh craignant de

se brouiller avec la Prusse, dont il a besoin pour sa politique à

l'égard des Pays-Bas, voudrait lui livrer la Saxe, afin de sauver

la Pologne. -- M. de Metternich, qui désirerait au contraire

sauver la Saxe plutôt que la Pologne, désapprouve cette

tactique, et pourtant la laisse essayer, dans l'espoir qu'elle ne

réussira pas, car Frédéric-Guillaume ne se tiendra pas pour

satisfait si Alexandre ne l'est point. -- Lord Castlereagh se met

résolûment en avant. -- Ses vifs entretiens avec Alexandre,

suivis de notes fermes et amères. -- La Bavière, toujours la plus

active, n'hésite pas à parler de guerre, et dit à l'Autriche

qu'il faudrait songer à se rapprocher de la France, et à s'allier

avec elle. -- M. de Metternich qui craint la désunion, répond que

la France n'a plus d'armée. -- La Bavière reporte ces propos à la

légation française pour la piquer d'honneur. -- M. de Talleyrand

demande à Louis XIII de faire des armements. -- Délibération sur

ce sujet dans le Conseil royal. -- Le ministre des finances

consent à donner une cinquantaine de millions pour remettre

l'armée française sur un pied convenable. -- Grande satisfaction

de M. de Talleyrand, et son empressement à publier les armements

de la France. -- Pendant ce temps la lutte est toujours aussi

vive à Vienne. -- M. de Metternich obligé de se prêter à la

tactique de lord Castlereagh, conseille à la Prusse dans son

propre intérêt de ne pas prendre la Saxe, mais consent à la lui

livrer à certaines conditions que la Prusse ne peut guère

accepter. -- Alexandre exaspéré paraît résolu à tout braver; il

livre la Saxe qu'il occupait aux troupes prussiennes, et

concentre toutes ses forces sur la Vistule. -- Irritation à

Vienne, et voeu général de réunir le congrès au 1er novembre. --

Violente altercation d'Alexandre avec M. de Metternich. --

Réunion du congrès à l'époque annoncée. -- Les huit signataires

du traité de Paris, la France, l'Angleterre, l'Autriche, la

Russie, la Prusse, l'Espagne, le Portugal, la Suède, prennent

l'initiative des convocations et des résolutions. -- Division du

congrès en comités. -- Comité pour la vérification des pouvoirs.

-- Comité dit des _six_, composé de la France, de l'Espagne, de

l'Autriche, de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, pour les

grandes affaires européennes. -- Comités pour les affaires

allemandes, pour les affaires d'Italie, pour les affaires

suisses, pour la liberté des nègres, pour la liberté des fleuves,

etc., etc. -- Il est convenu que lorsque les principaux

intéressés dans chaque question se seront abouchés au sein des

comités, les _huit_ interviendront pour achever de les mettre

d'accord, et pour consacrer leurs résolutions. -- Travail dans

tous les comités. -- Affaires italiennes. -- Questions de la

réunion de Gênes au Piémont, et de la succession à la couronne de

Savoie. -- Questions de Parme et de Naples. -- Sages motifs de M.

de Metternich pour faire traîner l'affaire de Naples en longueur.

-- Affaires suisses; continuation de la lutte entre les anciens

et les nouveaux cantons. -- L'influence de la France sur le

canton aristocratique de Berne, et sur les cantons démocratiques

d'Uri, Glaris, Unterwald, employée à négocier un accord. --

Tandis que les affaires d'Italie et de Suisse tendent à une

solution, celles de Saxe et de Pologne s'aggravent. -- Efforts de

lord Castlereagh pour détacher la Prusse de la Russie. --

Alexandre s'en aperçoit, et provoque une explication de la part

de Frédéric-Guillaume. -- Les deux souverains après s'être

expliqués, se jettent dans les bras l'un de l'autre, et se

promettent d'être plus unis que jamais. -- Proclamation du prince

Repnin, gouverneur temporaire de la Saxe, qui annonce que ce

royaume va passer sous la souveraineté du roi de Prusse, du

consentement de l'Angleterre et de l'Autriche. -- Violents

démentis donnés par ces deux puissances. -- En ce moment les

instances des princes allemands auprès du Prince régent

d'Angleterre font modifier les instructions de lord Castlereagh.

-- Celui-ci change de tactique, et s'unit à M. de Metternich pour

défendre résolûment la Saxe et la Pologne. -- Tendance des choses

à la guerre. -- Plan de campagne arrêté par le prince de

Schwarzenberg, dans lequel on dispose des forces de la France,

sans lui rien dire. -- Projet de faire entrer au printemps 200

mille Autrichiens et Allemands en Pologne, 150 mille en Silésie,

et 100 mille Français en Franconie et Westphalie. -- M. de

Metternich présente le 10 décembre une note dans laquelle il

retire le demi-consentement qu'il avait donné au sacrifice de la

Saxe, en se fondant sur ce que la Prusse n'a rempli aucune des

conditions exigées par l'Autriche. -- Les Prussiens exaspérés

veulent faire un éclat, mais Alexandre s'efforce de les retenir.

-- Après plusieurs entretiens avec le prince de Schwarzenberg le

czar acquiert la conviction que les puissances ont pris le parti

de résister à ses desseins, et il songe alors à quelques

sacrifices. -- Il se décide en gardant toute la Pologne à

abandonner le duché de Posen à la Prusse, pour que celle-ci ait

moins à demander en Allemagne, et il tâche en même temps de

s'entendre à l'amiable avec l'Autriche relativement à la

frontière russe en Gallicie. -- D'après les conseils d'Alexandre

la Prusse fait à l'Autriche une réponse modérée. -- Réplique de

l'Autriche dans laquelle elle prouve qu'en abandonnant à la

Prusse 3 ou 400 mille âmes en Saxe, l'engagement de lui rendre

son état de 1805 serait rempli. -- La Prusse entre dans ces

calculs, et la question perd le caractère absolu qu'elle avait eu

jusque-là, pour se convertir en question de chiffres. --

Formation d'une commission d'évaluation à laquelle on admet la

France, après avoir voulu l'en exclure. -- Les questions de

quantité se débattent vivement dans cette commission. -- La

nouvelle de la paix conclue entre l'Angleterre et l'Amérique rend

à lord Castlereagh toute son énergie. -- Une scène violente ayant

eu lieu entre les Anglais et les Prussiens, lord Castlereagh

exaspéré se rend chez M. de Talleyrand. -- Ce dernier profite de

l'occasion et offre au ministre britannique une alliance

offensive et défensive. -- Convention du 3 janvier 1815 par

laquelle l'Autriche, l'Angleterre, la France s'allient, et

promettent de fournir 150 mille hommes chacune pour faire

triompher leur politique. -- Triste condition imposée à M. de

Talleyrand si la guerre éclate, de rester dans les limites du

traité de Paris. -- Envoi d'un général français pour la

discussion du plan de campagne. -- La convention du 3 janvier,

tenue secrète, est pourtant communiquée à la Bavière, au Hanovre,

aux Pays-Bas, à la Sardaigne, pour obtenir leur adhésion. --

Malgré le secret gardé, la Prusse et la Russie s'apercevant à

l'attitude de leurs adversaires qu'un accord s'est établi entre

eux, se décident à transiger. -- On enlève à la Saxe la moitié de

son territoire, et le tiers de sa population, pour les donner à

la Prusse. -- Dernière lutte au sujet de la ville de Leipzig, qui

est définitivement laissée à là Saxe. -- Le roi Frédéric-Auguste

mandé à Pesth pour lui arracher son consentement. -- La grande

question qui divisait l'Europe étant résolue, et lord Castlereagh

étant appelé au Parlement britannique, on se hâte de finir. --

Solution des questions pendantes. -- Constitution définitive du

royaume des Pays-Bas. -- Rétablissement des maisons de

Hesse-Cassel et de Hesse-Darmstadt. -- Ces maisons abandonnent la

Westphalie à la Prusse moyennant échange. -- Travail de la Prusse

pour se ménager une continuité de territoire de la Meuse au

Niémen. -- Conduite injuste envers le Danemark. -- Le Luxembourg

échoit au royaume des Pays-Bas. -- Mayence devient place

fédérale. -- La Bavière acquiert le palatinat du Rhin, le duché

de Wurzbourg, et abandonne le Tyrol avec la ligne de l'Inn à

l'Autriche. -- Constitution germanique. -- L'Autriche refuse la

couronne impériale, et obtient la présidence perpétuelle de la

diète. -- Organisation de la diète fédérale. -- Solution des

difficultés en Suisse due surtout à la France. -- Les nouveaux

cantons conservent leur existence en payant une indemnité

pécuniaire. -- Berne obtient une indemnité territoriale dans le

Porentruy et l'évêché de Bâle. -- La constitution suisse prise

presque en entier dans l'acte de médiation. -- Difficultés de la

question italienne. -- M. de Talleyrand n'ayant rien exigé pour

prix de son concours dans les affaires de Saxe et de Pologne, est

menacé d'être universellement délaissé dans l'affaire de Naples.

-- Heureusement pour lui, Murat fournit la solution cherchée, en

adressant une sommation imprudente au congrès. -- L'Autriche

répond à cette sommation en annonçant l'envoi d'une armée de 150

mille hommes en Italie. -- Résolution générale d'en finir avec

Murat. -- Difficultés de l'affaire de Parme. -- On voudrait sur

la demande des deux maisons de Bourbon rendre Parme à la reine

d'Étrurie, et ne laisser à Marie-Louise que le duché de Lucques.

-- Celle-ci bien conseillée résiste, et parvient à réveiller la

tendresse de son père et la générosité d'Alexandre. -- Lord

Castlereagh est chargé à l'insu de M. de Talleyrand, de négocier

à son passage à Paris un arrangement direct avec Louis XVIII,

pour que Parme reste à Marie-Louise sa vie durant, et que la

reine d'Étrurie en attendant n'ait que le duché de Lucques. -- Il

est décidé que les Légations seront rendues au Pape. --

Résolutions adoptées sur la liberté des nègres et la liberté des

fleuves navigables. -- Toutes les questions étant résolues en

février, les souverains s'apprêtent à partir, en laissant à leurs

ministres le soin de la rédaction. -- On décide qu'il y aura un

instrument général, signé par les huit puissances qui ont été

parties au traité de Paris, et contenant toutes les solutions

d'un intérêt général, et qu'il y aura en outre des traités

particuliers entre tous les intéressés pour ce qui les concerne

spécialement. -- Au moment de se séparer, la nouvelle du

débarquement de Napoléon saisit et bouleverse tous les esprits.

-- On promet de rester réunis jusqu'à la fin de la nouvelle

crise. -- Tous les arrangements européens précédemment adoptés,

sont maintenus. -- Caractère véritable du congrès de Vienne, et

jugement qu'on peut porter sur son oeuvre, qui, sauf quelques

changements, a duré près d'un demi-siècle. 396 à 644

FIN DE LA TABLE DU DIX-HUITIÈME VOLUME.

[Note au lecteur de ce fichier numérique:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été

corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.

Les lettres supérieures inhabituelles ont été entourées de

parenthèses.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 18/20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 48 / 48 段