[En marge: Toutes les résolutions du congrès maintenues, et le départ

de tous les souverains contremandé.]

Du reste, toutes les résolutions prises furent maintenues, et bien que

leur consécration dans le grand acte final de Vienne fût retardée de

quelques mois, elles n'en demeurèrent pas moins définitives, et leur

origine doit être reportée aux six derniers mois de l'année 1814 dont

nous venons de retracer le tableau. On peut donc regarder le congrès

de Vienne comme terminé dès cette époque, sous le rapport de la

délimitation et de la constitution des États, et c'est le moment de

prononcer un jugement sur l'établissement européen qu'il a fondé, et

qui a été l'un des plus durables qu'on ait encore vus, car sauf

quelques changements il s'est maintenu déjà pendant près d'un

demi-siècle.

[En marge: Appréciation du congrès de Vienne.]

Si on considère le congrès de Vienne sous le double rapport de la

justice et de la politique, voici, selon nous, ce qu'on en peut dire,

en dépouillant toute animosité nationale, comme c'est le devoir de

l'histoire, qui ne doit être d'aucun pays, d'aucun siècle, pour

approcher le plus possible de la vérité éternelle.

[En marge: Conduite du congrès sous le rapport de la justice.]

À entendre les hommes lorsqu'ils souffrent d'un vice chez autrui, à

écouter leur indignation généreuse contre ce vice, contre ceux qui s'y

abandonnent, on dirait que jamais ils ne s'y livreront eux-mêmes.

Langage de la veille, hélas! qui ne devient pas toujours la conduite

du lendemain! Toutes les puissances européennes avaient souffert de

l'ambition de Napoléon, avaient maudit cette ambition désordonnée, et

on aurait dû croire que si elles étaient à leur tour maîtresses des

existences, la justice et la modération régneraient sur la terre. On

vient de voir à quel point les résultats répondirent aux paroles. La

seule différence de conduite qu'on put apercevoir entre les puissances

coalisées et Napoléon, c'est qu'elles étaient quatre au lieu d'une, et

qu'il fallait bien que chacune s'arrêtât où commençait l'ambition des

trois autres. Quant à la France, on la traita en vaincue, et c'était

sinon juste, au moins naturel. La France, ou, pour mieux dire, l'homme

qui la gouvernait, avait abusé de la victoire, et nos vainqueurs en

abusaient à leur tour. Se plaindre dans ce cas est puéril, plaider la

cause de sa grandeur au tribunal de ses rivaux est ridicule. C'est de

soi et non des autres, c'est de son courage et de sa prudence qu'on

doit attendre sa grandeur; et quand on ne veut pas avoir à subir la

conséquence de ses fautes, il ne faut ni en commettre, ni en laisser

commettre pour soi.

[En marge: Comment la France fut traitée.]

On nous permettra de dire cependant, sans aveuglement national,

qu'après avoir justement blâmé les excès de Napoléon, la coalition

européenne les égalait, et qu'après les divers partages de la Pologne

et les sécularisations germaniques qui avaient tant agrandi les

puissances du continent, après l'invasion de toutes les colonies qui

avait si démesurément étendu la domination maritime de l'Angleterre,

ramener la France seule aux proportions qu'elle avait à la fin du

dix-huitième siècle, n'était ni équitable, ni conforme à l'équilibre

général. On nous permettra de dire que si la France, par la fécondité

de son génie, de son sol, de sa révolution, n'avait trompé bientôt

tous les calculs, et n'était devenue aussi grande par la paix qu'elle

l'avait été par la guerre, elle eût manqué à l'Europe, qui ne saurait

sans danger pour son indépendance se passer d'aucune des puissances

dont elle se compose, et de la France moins que de toute autre, car

c'est tantôt l'Angleterre qui a besoin de la France contre la Russie,

tantôt la Russie qui en a besoin contre l'Angleterre, la Prusse contre

l'Autriche, l'Autriche contre la Prusse, l'Allemagne contre ces deux

dernières, et enfin il y a un intérêt qui en a besoin toujours, c'est

celui de la civilisation.

[En marge: Comment furent traités la plupart des États européens qui

n'intéressaient pas les quatre puissances principales.]

Mais trêve, nous le répétons, trêve aux plaintes inutiles pour un

traitement que nous nous étions attiré. Parlons d'autrui! Tout ce qui

n'était pas des _quatre_, ou ne les intéressait pas directement, fut

partagé comme butin trouvé au milieu d'une ville prise d'assaut.

Petits princes allemands, villes libres, biens de l'Ordre Teutonique,

biens de l'Ordre de Malte, principautés ecclésiastiques, anciennes

républiques, furent engloutis sans pitié, pour constituer le

territoire des vainqueurs ou de leurs clients. S'agissait-il de calmer

la jalousie d'un voisin, de solder un confédéré utile, de mieux tracer

la frontière de l'un des _quatre_, de lui procurer du littoral ou une

enclave à sa convenance, sur-le-champ on médiatisait un prince

allemand, on incorporait une ville libre, on supprimait une ancienne

république, ou l'on sécularisait un bien de l'Église germanique.

L'Autriche prenait Venise, le Piémont prenait Gênes, sans qu'il

s'élevât une seule objection. Malheur à qui n'intéressait pas vivement

l'un des _quatre_! Le Danemark qui n'intéressait que la liberté des

mers, considérée alors comme une affaire purement française, le

Danemark était dépouillé de la Norvége pour assurer la popularité du

prince Bernadotte en Suède. On lui donnait en compensation la

Poméranie suédoise; mais la Prusse désirait cette province pour se

ménager une continuité de littoral de Stralsund à Memel, et on

enlevait au Danemark cette faible indemnité, qu'on lui payait avec une

indemnité plus illusoire encore, le duché de Lawenbourg, et quelques

milliers d'écus. La malheureuse Saxe, qui nous avait abandonnés pour

se rattacher aux coalisés sur le champ de bataille de Leipzig, et qui

à ce titre aurait dû rencontrer quelque indulgence chez les

vainqueurs, était défendue parce que sa conservation importait à

l'Autriche et à l'Allemagne; mais quoique défendue elle perdait la

moitié de son territoire au profit de la Prusse, qui pendant dix

années s'était plainte amèrement des coups portés à l'existence des

États allemands. La Pologne était défendue aussi par la jalousie de

l'Autriche et de l'Angleterre envers la Russie; mais elle était livrée

à l'empereur Alexandre sous un prétexte qui servait à colorer

l'ambition de l'un, la faiblesse des autres, celui de reconstituer ce

royaume, et de le placer sous l'autorité d'un seul maître: triste

illusion qui ne pouvait pas être de longue durée, car la Pologne en

recouvrant avec cette demi-indépendance le désir et le moyen de

secouer le joug russe, devait s'insurger bientôt, devenir en punition

de sa révolte simple province de l'empire des czars, et l'Europe de

son côté devait apprendre qu'elle avait tout simplement agrandi la

Russie de la Pologne tout entière. L'Autriche désirait l'Italie, qui

ne pouvait intéresser que la France dont on se souciait peu, et on

livrait à l'Autriche, à ses princes, à son influence, l'Italie

entière, fardeau accablant dont le cabinet de Vienne devait un jour

sentir et regretter le poids. Quant à l'Angleterre, on ne comptait pas

avec elle. À Gibraltar elle voulait ajouter Malte, les îles Ioniennes,

le Cap, l'île de France, une partie des Antilles, et ce n'était pas

l'occasion d'une seule difficulté. Elle désirait les bouches de

l'Escaut et du Rhin, pour constituer contre nous le royaume des

Pays-Bas, et sans avoir égard à l'antipathie des Belges pour les

Hollandais, ses voeux étaient satisfaits à l'instant même. Quelquefois

cependant l'un ou l'autre de ces quatre copartageants du monde, frappé

non de son avidité personnelle mais de celle de ses trois associés,

était prêt à la leur reprocher, mais le reproche expirait sur ses

lèvres, tant une leçon de modération eût paru étrange dans l'une de

ces quatre bouches!

Ce n'est pas un ressentiment vulgaire qui nous arrache ces réflexions,

mais après avoir relevé les torts de Napoléon, nous avons le droit de

relever les torts de ceux qui succédèrent à sa domination, et qui,

sous prétexte de venger l'Europe, ne firent que se la partager. C'est

le devoir de l'histoire de signaler les excès de tous, sans

distinction, et on nous permettra de rappeler que les nôtres étaient

ceux d'un homme et non ceux de la France elle-même, qu'en entrant chez

elle on lui avait solennellement promis de faire cette différence et

de lui en tenir compte, promesse, hélas! bientôt oubliée, comme on a

pu le voir au traité de Paris.

[En marge: Esprit du congrès sous le rapport politique.]

Après avoir considéré le congrès de Vienne sous le rapport de la

simple équité, il faut le considérer sous le rapport de la politique.

De politique il n'en eut qu'une, celle d'accumuler les précautions

contre la France. Au lieu d'être replacée sous le sceptre des

Bourbons, la France aurait été encore dans les mains du conquérant

redoutable contre lequel on avait tant de représailles à exercer, tant

de précautions à prendre, qu'on n'aurait pas autrement agi envers

elle. À cet égard on n'eut qu'à laisser faire l'Angleterre, et elle

n'y négligea rien. Toute pleine du souvenir du blocus continental,

elle tenait surtout à nous opposer des barrières le long du littoral

de la mer du Nord et de la Méditerranée, et elle voulait que jamais

nous ne pussions reprendre le chemin d'Anvers ou de Gênes. C'est dans

cette vue qu'elle avait édifié le royaume des Pays-Bas, et c'est dans

cette vue aussi qu'elle favorisa tant le rétablissement du royaume de

Piémont. Elle avait bien choisi en choisissant pour nous les opposer

les maisons d'Orange et de Savoie, car outre les griefs récents de ces

deux maisons, l'une avait fait sa grandeur en luttant contre la

France, l'autre en se servant d'elle, et en la trahissant après s'en

être servie.

Elle leur confia donc Anvers et Gênes. Elle ne s'en tint pas là:

recueillant une idée de M. Pitt, elle obligea la Prusse à recevoir les

provinces rhénanes, afin de la mettre à jamais en défiance à notre

égard. Ce n'était pas encore assez de précautions à son gré; elle

voulut placer la Bavière dans la même position, et d'accord avec

l'Autriche elle lui rendit le palatinat du Rhin. L'Autriche, non par

haine mais par calcul, entra dans ces vues, à condition toutefois, en

compromettant les autres avec la France, de n'être pas compromise

elle-même, car jamais par exemple elle ne prêta l'oreille à la

proposition de reprendre la Belgique. La Prusse, quoique fort irritée

contre nous, s'aperçut du rôle qu'on voulait lui faire jouer, s'en

plaignit à l'Angleterre, insista pour avoir la Saxe au lieu des

provinces rhénanes, mais n'ayant pu avoir la Saxe finit par accepter

ce qu'on lui donnait. Alexandre discerna bien tous ces calculs, en

sourit plus d'une fois, nous aurait volontiers tendu la main pour nous

aider à y échapper, mais nous voyant les alliés obstinés et

inexplicables de l'Angleterre et de l'Autriche en ce moment, il

s'écarta de nous en exprimant son mépris pour la sottise de notre

politique.

[En marge: Politique dite de la _Sainte-Alliance_.]

En accumulant ainsi autour de nous les intérêts défiants, les

royaumes ennemis, le congrès de Vienne a été l'origine de cette

politique de _Sainte-Alliance_, qui a régi l'Europe près d'un

demi-siècle; politique destinée dans l'intention de ses auteurs à être

éternelle, mais qui a cédé, comme toutes choses, à l'action lente et

successive du temps, car le royaume des Pays-Bas fondé sur l'union de

deux peuples incompatibles s'est brisé, l'Angleterre autrefois

l'ennemie opiniâtre des révolutions a semblé depuis les regarder d'un

autre oeil, la maison de Savoie après quarante ans d'hostilité aveugle

contre la France est revenue tout à coup à la politique de se servir

d'elle, et l'Autriche accablée de son fardeau italien en a déposé une

partie; politique affaiblie par conséquent et presque évanouie, mais

que les jalousies de l'Europe et les imprudences de la France peuvent

toujours faire renaître, et qu'il est désirable pour toutes deux de

voir disparaître à jamais, car pour l'Europe elle a le grave

inconvénient de lui faire négliger tous ses intérêts pour un seul,

celui de nous contenir, de la constituer en quelque sorte l'adversaire

de l'esprit humain, la protectrice des abus du passé, souvent la

patronne de mauvais gouvernements, et par-dessus tout de donner à la

démagogie la redoutable alliance de la France; politique qui n'est pas

moins funeste pour la France elle-même qu'elle isole entièrement,

qu'elle condamne à être en contradiction permanente avec l'Europe, à

voir ses desseins les plus légitimes repoussés parce qu'ils viennent

d'elle, à n'avoir d'alliés ni dans la guerre ni dans la paix, à se

faire la triste complice de la démagogie, à être l'effroi du monde

dont elle pourrait être l'amour; politique dont il serait coupable et

insensé à elle de provoquer le retour en alarmant l'Europe, et en la

réduisant à chercher son salut dans l'union de toutes les nations

contre nous!

[En marge: Quelques principes du congrès de Vienne restés dans le

droit public.]

Du reste, à l'époque dont nous parlons, cette politique était

naturelle, elle résultait forcément d'une longue et effroyable lutte,

et il ne faut pas la reprocher trop amèrement aux diplomates qui, en

échafaudant cette politique d'antagonisme contre la France, se

croyaient en état de défense légitime. Il ne faut pas non plus oublier

que les personnages qui dirigeaient le congrès, quoique ennemis de la

France, surtout de la Révolution française qu'ils avaient combattue

vingt-cinq ans, et entraînés par une réaction violente, s'efforcèrent

cependant de contenir cette réaction dans de certaines limites. En

beaucoup de choses ils se conduisirent en esprits parfaitement sages,

car ils étaient après tout les premiers hommes de leur siècle, les

plus habiles, les plus éclairés, et quoique à la tête de la

contre-révolution européenne, ils se montrèrent plus raisonnables

que les contre-révolutionnaires allemands, suisses, italiens,

espagnols, français, ne l'étaient chez eux. Pouvant arrêter les

contre-révolutionnaires suisses ils le firent, et réduits à ne donner

que des conseils à ceux d'Espagne et de France, ils leur en donnèrent

d'excellents. Enfin en écoutant chacun l'ambition de leur pays dans le

tracé des frontières des États, ils laissèrent néanmoins dans les

traités de cette époque, sur l'abolition de l'esclavage, sur la

liberté des fleuves, des principes dignes de la Révolution française,

dont ils étaient par naissance et par devoir les ennemis inflexibles.

[En marge: Conduite du gouvernement français au congrès de Vienne.]

Maintenant, après avoir parlé de l'Europe victorieuse et de sa

conduite à Vienne, parlons de nous, parlons de la conduite de notre

gouvernement, et précisons le plus possible le jugement qu'on en doit

porter.

Trois occasions se présentèrent pour régler le sort de la France:

l'armistice du 23 avril, le traité de paix du 30 mai, et le congrès de

Vienne.

[En marge: Armistice du 23 avril trop sévèrement jugé.]

Une longue impopularité a pesé et pèse encore sur l'armistice du 23

avril, par lequel le négociateur français abandonna d'_un trait de

plume_, comme on l'a dit, toutes les grandes places de l'Europe avec

un immense matériel de guerre. Cette impopularité, dont M. le comte

d'Artois et M. de Talleyrand ont porté le poids, nous semble tout à

fait imméritée. Un cri unanime et violent demandait l'évacuation du

territoire français; ce cri, qui était celui de la souffrance, était

irréfléchi. Quoi qu'on fît, il était impossible d'obtenir avant deux

mois la retraite des troupes coalisées, et dans cet intervalle de

temps la paix pouvait être signée, et fut signée en effet. Il aurait

donc fallu ajourner l'armistice à la paix elle-même, ce qui était sans

inconvénient, puisque l'effusion du sang avait cessé de fait partout,

et alors on eût peut-être obtenu quelque compensation pour la remise

des places européennes. Mais le cri qui réclamait l'évacuation de

notre territoire était si naturel et si puissant, qu'y résister était

pour ainsi dire au-dessus des forces humaines, et qu'on fut fort

excusable d'y céder. Or, en demandant l'évacuation de notre

territoire, on faisait naître aussitôt la demande d'évacuation des

territoires étrangers que nous occupions encore, et l'une de ces

demandes rendait l'autre irrésistible. À la vérité on peut dire qu'en

abandonnant Magdebourg, Hambourg, le Texel, Bréda, Berg-op-Zoom, il

eût été possible de retenir Anvers, Luxembourg, Mayence. Mais si nous

l'avions tenté les négociateurs adverses auraient vu dans nos efforts

l'arrière-pensée de conserver la ligne du Rhin, et jamais ils ne s'y

seraient prêtés. Ainsi le désir passionné d'obtenir l'évacuation du

territoire français rendait inévitable l'évacuation du territoire

étranger, et l'armistice du 23 avril en découlait forcément. Le cri

populaire qui a condamné cet armistice après l'avoir impérieusement

réclamé, est donc tout à fait injuste, et il faut absoudre, si on veut

être équitable, le prince et le négociateur qui le signèrent.

[En marge: La faute véritable du gouvernement fut de conclure à Paris

la paix définitive.]

Mais l'armistice signé, rien n'obligeait à traiter de la paix tout de

suite, à Paris même, et de joindre à la précipitation de l'armistice

la précipitation du traité définitif. À Paris, nos adversaires étaient

unis pour nous dépouiller; à Vienne, ils devaient être divisés pour se

partager nos dépouilles. Il fallait donc attendre d'être à Vienne pour

régler notre sort. Il n'y avait pas une bonne raison de se hâter, car

l'armistice avait créé pour tout le monde un état supportable. Le sang

ne coulait nulle part; les puissances étaient en possession des places

qu'elles avaient si ardemment désirées; les Prussiens avaient

Magdebourg, les Anglais Anvers, les Allemands Luxembourg et Mayence.

Nous étions à la ligne des frontières de 1790, par conséquent le

temps qui s'écoulait ne créait en notre faveur aucun préjugé qu'on pût

craindre. En outre, les puissances ne voulant décider séparément du

sort d'aucune d'elles, ne pouvaient adopter pour nous un principe

différent. Enfin l'armistice tant attaqué venait de nous rendre 300

mille hommes, qui nous permettaient d'avoir une volonté, et notre

refus de signer eût suffi pour tout arrêter. Ce qui prouve la vérité

de ce que nous avançons ici, c'est que les négociateurs de la

coalition, depuis la remise des places, avaient cessé d'être

pressants. Pressants, hélas, c'est nous qui l'étions, par imprévoyance

d'abord, car, seul dans le conseil, le général Dessoles aperçut

l'avantage que nous aurions d'arriver libres à Vienne, et ensuite par

impatience, impatience de signer, de publier et de célébrer la paix

qui était le titre essentiel, la gloire, le bienfait éclatant des

Bourbons!

C'est par ces deux motifs, imprévoyance et impatience, qu'après une

première faute de précipitation fort excusable, celle de signer

l'armistice du 23 avril, nous en commîmes une seconde, celle-ci tout à

fait inexcusable, de conclure à Paris avec nos adversaires encore

unis, la paix du 30 mai, qu'il n'aurait fallu conclure qu'à Vienne,

avec nos ennemis infailliblement divisés.

[En marge: Une autre faute fut de prendre trop tôt son parti à Vienne,

et de ne pas le prendre dans le plus grand intérêt de la France.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 18/20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 46 / 48 段