6 février 1918.

Je me suis arrêtée devant la cage du rat Guypu ou rat castor de

l’Amérique du Sud. Il est grand comme un lapin sauvage, mais plus gros:

gris, à moustaches, avec deux dents énormes et courbées, de l’orange le

plus vif, qui lui sortent de la bouche.

Ils étaient deux. L’un était assis au bord de son bassin d’eau, et

buvait et mangeait. L’autre nageait, mais il sortit de l’eau et, avec

les pattes de devant, exactement comme nous nous servons de nos mains,

commença à se nettoyer le museau, la tête, puis la gorge, l’estomac et

le ventre. Après, de ses doigts écartés, il se gratta les bras et, des

pattes de derrière, nettoya son arrière-train; puis de nouveau, avec

celles de devant, il se lissa, comme pour donner un dernier coup de

peigne et de brosse. Tout cela avec adresse, délicatement, comme un être

accomplissant une tâche qui doit être nettement faite et non bâclée.

Après être venus me regarder, tous deux se remirent, au bord de leur

bassin, à boire et à manger. J’eus la sensation de deux créatures

raffinées et sachant bien comment et pourquoi elles faisaient tel ou tel

geste.

Je me serais très bien entendue avec ces rats castors.

Angelinette · 第 54 / 60 题