Le vieux condor, la figure pelée et ridée, le nez surmonté d’une crête
molle, enfonce frileusement sa tête dans un collier de duvet blanc qui
lui fait capuchon. Il est tout recroquevillé par le froid et me regarde,
quand j’approche, d’un doux regard de bête matée. Puis il rejette le
capuchon, allonge le cou, secoue sa bavette et, d’un pas lent, fait le
tour de sa cage. Il se secoue encore une fois, étend ses ailes noires
aux pennes grises, les laisse retomber pesamment, fait _toc, toc toc,
tac, tac_, de l’estomac, puis se recroqueville et, la tête enfouie dans
son collier, le regard vers les nues, il ne bouge plus.
Le gardien s’approche pour fermer les cages, mais lui, le condor, a le
privilège de ne pas être enfermé la nuit.
1917.
La grue du Sénégal claironne sa musique à soufflet, puis fait quelques
tours sur le gravier humide de sa cage. Elle se picote, et, lasse du
froid et d’être seule, elle tourne son cou en forme de S sur le dos,
fourre sa tête sous ses ailes, puis replie une patte sous son ventre et
reste, tremblotante de froid, en équilibre sur l’autre pied. Elle me
fait pitié, l’adorable grue couronnée du Sénégal.