30 novembre 1916.

Je crois que l’œil le plus beau au monde est l’œil du hibou grand-duc:

une grande boule noire comme liquéfiée, bordée d’une bande de feu

liquide, mais adoucie par la myopie et la souffrance de la captivité. Je

me trouve devant la cage. Il fait un _Chchinit_ effarouché et suit

peureusement les mouvements de mes yeux, seule chose qu’il semble voir

dans ma figure. Oh! qu’il est beau, qu’il est beau, et que je l’aime,

surtout maintenant que nous sommes nous-mêmes pris dans une trappe d’où

nous ne pouvons bouger.

Par le froid qui commence, les bonnes avec les enfants se réfugient dans

le palais des éléphants, où il n’y a plus que des zèbres, des chameaux,

des girafes et le rhinocéros. Il y fait chaud et les enfants que les

mamans envoient, bien emmitouflés, prendre de l’air frais et pur, ne

respirent pendant des heures que l’odeur du fumier de ces animaux.

Le jardin zoologique est lamentablement triste: la moitié des bêtes ont

disparu, elles sont mortes et on ne peut les remplacer; d’autres ont été

envoyées en Hollande parce qu’on ne pouvait plus les nourrir; celles qui

restent ont l’air _lonely_. Moi, je me promène dans ce jardin, bien

désemparée aussi.

Les grues font un tour de valse quand elles voient arriver leur gardien;

nous, quand nous voyons arriver un de nos gardes-chiourmes, nous avons

envie de nous fourrer dans un petit trou, tant ils nous épouvantent.

Angelinette · 第 49 / 60 题