Je me promenais au soleil couchant dans les pinières. J’allais passer
entre deux arbres quand j’aperçus une toile d’araignée accrochée à
quatre fils. Heureusement que je la vis: je l’aurais détruite en
passant. Je me baissai et la regardai: la toile était fine et achevée;
l’araignée se tenait au centre, elle avait le corps doré, les pattes
noires. Je touchai un des fils, elle fut tout de suite en émoi, mais,
comme elle n’aperçut pas de proie, elle se remit au centre. La toile et
l’insecte, scintillants au soleil, l’une comme des fils d’argent,
l’autre comme une goutte d’or, formaient un chef-d’œuvre. Dieu qu’il y a
des choses exquises!
Oui, mais voilà, des avions de combat survolent les pinières, s’exercent
aux massacres, et le canon tonne au loin et, à chaque coup, de jeunes
membres se dispersent aux quatre vents. On ne peut pas oublier un
instant la calamité qui pèse sur le monde sans qu’on vous la rappelle
brutalement.
En rentrant, je me suis assise dans une chaise longue au milieu d’une
pelouse. L’approche de la nuit est délicieuse, je veux me délecter de ce
qui m’entoure.