7 avril 1916.

Quelle effervescence parmi les bêtes du jardin zoologique! Le printemps

les émeut. Dans la cage des tourterelles, les mâles suivent, en

roucoulant et s’inclinant bas, les femelles indifférentes, qui picotent

tranquillement les graines dans la terre, ne se souciant pas de ce

concert d’amour. De guerre lasse, ils les abandonnent un instant pour

picoter un grain de maïs, puis ils recommencent leurs salamalecs de

convoitise.

Les paons blancs sont isolés cette année. Quel blanc chaud, moelleux,

ouaté, à ombres ivoirées! Ils commencent par étendre leur queue en

rayons devant la paonne impassible. Ils virent lentement en abaissant

l’écran vers elle en des frémissements passionnés; ils trémoussent leurs

ailes et leurs croupions et grattent la terre de leurs pattes. Ceux qui

sont sur le bâton font leur toilette, s’ébouriffent, secouent la queue,

se gonflent le goître et poussent des appels, répétés par les paons

bleus de l’autre côté du jardin. Le plumage de tous les oiseaux est

renouvelé: il brille, reluit, miroite, rayonne en une joie de couleurs

et de teintes merveilleuses. Quand j’en fais la remarque aux gardiens,

ils me regardent étonnés:

--Les oiseaux sont toujours ainsi, répondent-ils.

Le faisan de Lady Amherst a les plumes posées en écailles de poisson. En

quelques jours, son collier blanc, bordé de noir, a envahi toute la

tête, ne laissant que le bec libre à nu. Il est là à virevolter devant

sa femelle havane qu’il veut acculer dans un coin: elle s’échappe. Il

fait _frrut_... en ébouriffant ce collier devant elle, en une pose de

côté: elle s’évade. Petite cruche, ne vois-tu pas sa beauté, ni son

émoi? Que te faut-il pour t’impressionner?

Le faisan doré pirouette devant la sienne, il l’encercle en faisant

ruisseler l’or de son collier; elle aussi s’évade, effarouchée.

Il y a de grandes corbeilles de narcisses, de rhododendrons en fleurs;

les tulipes commencent à dérouler leurs calices; tout redevient beau et

attrayant. Il n’y a que cette guerre infâme qui s’envenime et devient de

plus en plus hideuse. Rien qu’en y pensant, des bouffées pestilentielles

vous prennent à la gorge et on croit entendre la chute brutale des obus.

La paix!... pas avant que le dernier homme valide ne soit estropié ou

pulvérisé...

Angelinette · 第 47 / 60 题