Quelle effervescence parmi les bêtes du jardin zoologique! Le printemps
les émeut. Dans la cage des tourterelles, les mâles suivent, en
roucoulant et s’inclinant bas, les femelles indifférentes, qui picotent
tranquillement les graines dans la terre, ne se souciant pas de ce
concert d’amour. De guerre lasse, ils les abandonnent un instant pour
picoter un grain de maïs, puis ils recommencent leurs salamalecs de
convoitise.
Les paons blancs sont isolés cette année. Quel blanc chaud, moelleux,
ouaté, à ombres ivoirées! Ils commencent par étendre leur queue en
rayons devant la paonne impassible. Ils virent lentement en abaissant
l’écran vers elle en des frémissements passionnés; ils trémoussent leurs
ailes et leurs croupions et grattent la terre de leurs pattes. Ceux qui
sont sur le bâton font leur toilette, s’ébouriffent, secouent la queue,
se gonflent le goître et poussent des appels, répétés par les paons
bleus de l’autre côté du jardin. Le plumage de tous les oiseaux est
renouvelé: il brille, reluit, miroite, rayonne en une joie de couleurs
et de teintes merveilleuses. Quand j’en fais la remarque aux gardiens,
ils me regardent étonnés:
--Les oiseaux sont toujours ainsi, répondent-ils.
Le faisan de Lady Amherst a les plumes posées en écailles de poisson. En
quelques jours, son collier blanc, bordé de noir, a envahi toute la
tête, ne laissant que le bec libre à nu. Il est là à virevolter devant
sa femelle havane qu’il veut acculer dans un coin: elle s’échappe. Il
fait _frrut_... en ébouriffant ce collier devant elle, en une pose de
côté: elle s’évade. Petite cruche, ne vois-tu pas sa beauté, ni son
émoi? Que te faut-il pour t’impressionner?
Le faisan doré pirouette devant la sienne, il l’encercle en faisant
ruisseler l’or de son collier; elle aussi s’évade, effarouchée.
Il y a de grandes corbeilles de narcisses, de rhododendrons en fleurs;
les tulipes commencent à dérouler leurs calices; tout redevient beau et
attrayant. Il n’y a que cette guerre infâme qui s’envenime et devient de
plus en plus hideuse. Rien qu’en y pensant, des bouffées pestilentielles
vous prennent à la gorge et on croit entendre la chute brutale des obus.
La paix!... pas avant que le dernier homme valide ne soit estropié ou
pulvérisé...