Les paons en fureur d’amour.
Hier, en m’arrêtant devant la cage des paons, je vis trois ou quatre
mâles en parade devant les paonnes. Leurs queues étaient en éventail;
leurs plumes, debout, s’entrechoquaient en un bruit stridulé; le cou des
bêtes, contre cet écran, était raidi; l’œil hypnotique; les ailes
pendaient à terre, battaient convulsivement; les plumes du croupion
étaient hérissées; des pattes, ils grattaient la terre. Ils
scintillaient au soleil comme des idoles d’émail.
Une femelle s’avance. Un mâle fait demi-tour, se précipite et l’étreint
en des soubresauts, pendant que l’éventail s’abaisse sur eux: ce fut
saccadé et bref. Il se relève, chancelle, redresse son éventail, bat,
désemparé, des ailes qui traînent énervées à terre; puis il se jette sur
d’autres mâles qui paradent également.
L’un d’eux poursuit une paonne en criant: _Cawauw_, tandis que son
écran, en fendant l’air, fait _fffreûeût_. Elle lui échappe; il s’avance
encore doucement, grattant la terre et vibrant de l’éventail, et essaie
de l’encercler, de l’acculer, mais encore une fois elle fuit, se picote,
fait sa toilette, insensible à tant d’amour et de beauté offerts comme
appât. Tous poussent des _Gawauwauw!_ et se pavanent frénétiquement
devant les indifférentes. Puis, doucement, ils se calment, rabattent
leurs éventails, et se promènent. Ils ont la gorge gonflée, le cou
bosselé, tant l’émotion a été grande. C’est une des plus belles, des
plus passionnées scènes d’amour que j’ai jamais vues.