8 juin 1915.

Les paons en fureur d’amour.

Hier, en m’arrêtant devant la cage des paons, je vis trois ou quatre

mâles en parade devant les paonnes. Leurs queues étaient en éventail;

leurs plumes, debout, s’entrechoquaient en un bruit stridulé; le cou des

bêtes, contre cet écran, était raidi; l’œil hypnotique; les ailes

pendaient à terre, battaient convulsivement; les plumes du croupion

étaient hérissées; des pattes, ils grattaient la terre. Ils

scintillaient au soleil comme des idoles d’émail.

Une femelle s’avance. Un mâle fait demi-tour, se précipite et l’étreint

en des soubresauts, pendant que l’éventail s’abaisse sur eux: ce fut

saccadé et bref. Il se relève, chancelle, redresse son éventail, bat,

désemparé, des ailes qui traînent énervées à terre; puis il se jette sur

d’autres mâles qui paradent également.

L’un d’eux poursuit une paonne en criant: _Cawauw_, tandis que son

écran, en fendant l’air, fait _fffreûeût_. Elle lui échappe; il s’avance

encore doucement, grattant la terre et vibrant de l’éventail, et essaie

de l’encercler, de l’acculer, mais encore une fois elle fuit, se picote,

fait sa toilette, insensible à tant d’amour et de beauté offerts comme

appât. Tous poussent des _Gawauwauw!_ et se pavanent frénétiquement

devant les indifférentes. Puis, doucement, ils se calment, rabattent

leurs éventails, et se promènent. Ils ont la gorge gonflée, le cou

bosselé, tant l’émotion a été grande. C’est une des plus belles, des

plus passionnées scènes d’amour que j’ai jamais vues.

Angelinette · 第 41 / 60 题