30 mai 1915.

Le dindon domestique, tout blanc, se pavane, la queue en éventail, les

plumes ébouriffées, tout son être hérissé, devant le treillage derrière

lequel se trouve, le cou tendu, la femelle de son congénère, autre

dindon domestique. Il a les yeux entourés de bleu; le cou, la tête et le

chiffon qui lui pend par-dessus le bec, sanguinolents. Le chiffon est

fripé comme un lambeau d’entrailles; à volonté, il injecte de sang, ou

fait bleuir en bleu de ciel, ou laisse pâlir en un blanc violacé cette

masse amorphe qui pendille de droite et de gauche. Il va et vient,

apoplectique ou anémique, dément de désir. Il est magnifique,

antipathique, plein de morgue et d’acariâtreté. Il tend le cou et fait

_kloukoulou! kloukoulou! Kwole, kwole, kwole!_

Angelinette · 第 40 / 60 题