28 février 1915.

Je suis encore allée, aujourd’hui dimanche, faire ma promenade

hygiénique au jardin zoologique. J’ai vu une pariade de vautours. La

femelle crie lamentablement; le mâle la chevauche avec énergie en la

maintenant de ses mandibules, par la peau du cou, comme les fauves. Le

plus beau est le battement fébrile et précipité des ailes.

Pas de bourgeois, mais d’innombrables soldats allemands. Il y en avait

beaucoup qui doivent être fraîchement arrivés: en bonnet rond, blanc à

bord rouge, la tunique blanche, les bottes à éperons. Malgré ce costume

prestigieux, beaucoup avaient l’air de pauvres bougres, dans les

cinquante ans, courbaturés par un travail trop continu et trop lourd,

une épaule plus haute que l’autre, marchant sur leurs belles bottes

comme si leurs cors les tourmentaient. Ils regardaient les bêtes, comme

tous les ouvriers, avec un ébahissement qui ne cherche pas plus loin.

Ils ne songent pas que ce sont des êtres qui pensent et qui sentent. Ils

ne songent pas qu’elles rêvent de liberté et souffrent d’être ainsi en

cage. Non, les bêtes en cage sont créées pour leur ébahissement.

Angelinette · 第 31 / 60 题