8 janvier 1915.

Hier nous sommes entrés dans le palais des singes. J’étais absorbée à

regarder un chimpanzé qui se curait les dents, exactement comme j’ai vu

faire ici à un grand dîner par un des hommes les plus distingués de la

ville, quand tout d’un coup toute une rangée de singes se mirent à

hurler et à sauter follement dans leurs cages. Sur la toiture de vitres,

au-dessus, un homme nettoyait et, avec le torchon qu’il maniait des deux

mains en marchant à quatre pattes, allait et venait. Les singes ne

comprenaient pas ce qui se passait et leur terreur était indescriptible.

Un singe blanc du Congo sautait, en des cris fous, éperdument autour de

sa cage, se cachant la figure de ses mains; puis il allait s’enfoncer la

tête dans une encoignure. Trois autres s’agrippaient, essayant de se

cacher l’un sous l’autre, avec des cris et des regards d’épouvante vers

le toit. Dès que l’homme fut passé, un des singes monta

précautionneusement le long des barreaux pour inspecter le haut; mais

dès que la silhouette revint, maniant son torchon, il se laissa tomber

de toute la hauteur sur ses compagnons; et, accrochés l’un à l’autre,

ils tremblaient et regardaient en l’air, exprimant la terreur la plus

poignante. Ces singes-là étaient doux: je les caressai à travers les

barreaux pour les calmer, mais rien n’y fit. D’autres encore se

cachaient sous la banquette, se faisant le plus petits possible.

J’avais une profonde pitié de l’angoisse de ces âmes simples pendant ce

mauvais quart d’heure. Un des gardiens nous dit que, pendant le

bombardement, il avait dû rester près des singes, qu’ils étaient dans le

même état de terreur qu’en ce moment; qu’il entrait dans les cages pour

les prendre dans ses bras et que, dans celles où il y en a beaucoup, ils

s’étaient agrippés à son corps comme des chenilles à une branche; que

des jours et des jours après, ils étaient encore hors de leurs gonds.

--A midi, quand je suis rentré chez moi pour manger, continua l’homme,

il n’y avait dans la rue que chiens et chats abandonnés: ils couraient

également, comme chassés par le diable. Personne ici n’a abandonné son

poste: nous avons continuellement traversé le jardin pour nourrir les

bêtes, et sommes restés sous ces toits de verre pour les calmer.

Angelinette · 第 28 / 60 题