Novembre 1914.
Au jardin zoologique, j’accoste un gardien:
--Les lions, les tigres et les ours que vous avez dû tuer pendant le
bombardement, ont-ils au moins été tués sur le coup, et cela ne vous
a-t-il pas fait de la peine?
--Oui, ils ont été tués sur le coup, et j’ai pleuré toute la journée.
Que pensez-vous? On les a vus naître; on les a élevés, on a joué avec
eux, on les a vus grandir. Chacun avait son caractère, comme vous et
moi; puis c’est notre gagne-pain. Oh! oui, j’ai eu du chagrin...
--Mais les loups, les hyènes et les autres bêtes également féroces,
pourquoi ne les avez-vous pas tuées?
--Celles-là ne grimpent pas sur les arbres, comme les ours, les lions et
les tigres, qui d’un arbre sautent sur un mur, sur un toit, et se
sauvent. Si elles ne couraient que dans le jardin, nous arriverions
toujours à les maîtriser.
--Et les reptiles?
--Les serpents et les lézards, voulez-vous dire? Nous les avions mis en
sûreté.
--Bonjour, gardien.
--Bonjour, madame.
Près de la sortie, vint vers moi un chat roux, avec des yeux d’or. Je le
caresse. Il se frotte à moi en ronronnant bruyamment, puis se roule à
mes pieds. Je lui caresse le ventre, en lui parlant «chat»:
--Pire, pare pire, pantje, ma mantje.
--Maw!
--Chichachouchatje, ma katje.
--Maw, maw!
--Miremaremiremous, ma jolie pousse.
Quand je dis «ma jolie pousse», il prit ma main dans ses quatre pattes,
y enfonça ses ongles, la mordilla, sauta sur ses pieds et me donna un
coup de patte, puis se refrotta à ma jupe en faisant: «Tja, tja».
--Oui, ma jolie, oui, ma jolie! Tu dois être une chatte: il n’y a qu’une
chatte pour être aussi câline quand on l’appelle «ma jolie pousse».
Je sortis. Elle s’assit sur le seuil à regarder la vie sur la place.