9 juillet 1917.

Le crâne petit bonhomme! Aujourd’hui le petit Mileke jouait au milieu de

six à sept bambins. J’arrivais à l’autre bout de la rue. Dès qu’il me

vit, il les quitta et vint vers moi, en se retournant de temps en temps

vers les autres, d’un altier mouvement de tête. Il me sauta au cou; moi,

je le soulevai et nous nous embrassâmes longuement. Les autres avaient

lâché tout jeu pour nous regarder. Je rentrai avec Mileke sur mes bras;

il ressortit pour aller jouer, mais bientôt il revint me dire que ses

camarades lui avaient jeté des pierres. Je ne sais comment venir à bout

de ces petites brutes. Mileke et moi, nous ne pouvons nous résoudre à

leur donner gain de cause, nous nous aimons sincèrement. Il a des

regrets et des remords quand il leur obéit, et moi un vrai chagrin.

1917.

--Te rappelles-tu quand nous avons mis les «Mais» au cheval et que nous

sommes allés dans ton hameau comme pour te chercher, toi et tes bagages?

_Clic clac, clic clac._

--Et comme nous avons tout rangé dans les tiroirs et les armoires de ta

nouvelle maison?

_Cliquelaque, cliquelaque._

--Et la poule bleue qui, en sortant du panier, a tout de suite pondu

d’émotion? Tu disais que cela te porterait bonheur dans ta nouvelle

demeure et tu riais, la bouche large ouverte, en pesant l’œuf encore

chaud dans ta main, et je vis pour la première fois que tu avais les

dents blanches.

_Clic clac, clic clac, clic clac._

--Et à ta noce, le lendemain, quand tu me disais: «Viens embrasser ta

tante», et que tu me fis boire dans ton verre...

_Claquelaque, claquelaque._

--Et le jour suivant, quand nous sommes allés chercher ta vache et que,

moi, je portais le petit chat...

_Clac clac, clac clac._

--J’avais douze ans alors. L’année d’après, je suis entré chez les

Frères et toujours, pendant mes années d’étude, je me suis remémoré ces

jours où je t’aimais plus que la Sainte Vierge.

_Touc tac, touc tac._

--Tu étais ma jeune tante: je pouvais t’aimer sans remords...

_Touc touc, touc touc._

--Et tu es restée pour moi ce que tu étais alors.

_Claquelaque, claquelaque, claquelaque, claquelaque..._

Mitje et moi, nous étions dans l’étable; elle trayait les vaches à côté

de la grange où, Suske, «frère Benoît», en vacances, la robe pendue à

une fourche, en culotte et manches de gilet, battait le blé pour son

père, aidé par sa tante, une mégère jaune et âpre. Et c’est par bribes

et morceaux, haletés entre les battements des fléaux, que nous

entendîmes ces réminiscences de Suske.

Quand il se tut et que ne nous parvenaient plus que les coups secs et

réguliers des fléaux, je murmurai à Mitje:

--Mitje, pas un mot de ceci, n’est-ce pas? tu sens bien que Suske est à

plaindre d’avoir une profession qui lui interdit d’aimer.

«Voilà, pensais-je, le vrai petit Suske, et l’homme à la robe, qui fait

peur à des Jantjes, est ce qu’ils en ont fait.»

Angelinette · 第 21 / 60 题