J’avais mis des lunettes fumées pour traverser la rue du village, où le
soleil dardait. Mileke et Fineke étaient assis dans la cour de leur
ferme. Mileke avait une toute petite cerise, pas mûre, en main. Ils me
regardaient impressionnés, ne sachant s’il fallait être sérieux ou rire;
ce n’est que lorsque j’éclatai de rire moi-même que leurs figures
s’éclairèrent.
--Pourquoi vous rendez-vous laide? demanda Fineke.
--J’ai mal aux yeux, vois-tu; tu trouves que c’est laid?
--Très laid, firent-ils.
--Maintenant je vais dîner.
Et je me retournai pour partir. Alors Fineke, comme se rappelant quelque
chose, fouilla dans sa poche, en tira trois petites cerises pas mûres et
me les donna.
--Je les avais mises dans ma poche pour vous.
Puis Mileke me donna aussi sa petite cerise... Mes trésors! mes trésors!
comme je vous aime!... Et je partis.
Ce sont cependant des moments exquis, que je ne pourrais avoir seule,
dans ma maisonnette entourée d’épines; ma foi, j’y ferai venir Mileke et
Fineke.