Pour encourager Mitje dans ses soins de propreté, je lui ai répété que
mon mari et les demoiselles de chez l’épicier m’avaient dit qu’elle
devenait si jolie et avait la peau si claire. Elle l’a naïvement répété
à sa mère, en rougissant d’émotion heureuse. Les enfants reçoivent
régulièrement leur bain hebdomadaire et j’ai obtenu également qu’elle
les lave le soir avant de les mettre au lit. Ainsi, le matin, elle n’a
qu’à les rafraîchir avec de l’eau claire, pour les éveiller, ce qui est
vite fait, car, les jours que Mitje partait de bonne heure avec son père
pour les champs, les enfants n’étaient pas lavés: la mère, avec la
meilleure volonté du monde, n’arrive pas à se défaire de ses habitudes
crasseuses. Donc Mitje lave les enfants le soir. Aujourd’hui elle m’a
dit que Fineke était toute rose en se levant et riait en ouvrant les
yeux.
--Eh bien, Mitje, rappelez-vous la Fineke d’il y a trois mois, sa tête
encroûtée et envahie de poux et son petit corps rugueux de saleté, et la
baguette magique qui a produit ce changement n’a été que de l’eau
claire, du savon et un peu de sel de soude.
Elle me regardait, étonnée, de ses yeux intelligents.
--C’est vrai tout de même: rien que de les avoir lavés, ils sont devenus
comme des enfants de riche.
C’est une émotive que Mitje: on voit des vagues d’émotion passer sur sa
figure. N’importe, il y a encore beaucoup à faire. Mais j’y parviendrai,
je suis aidée par tous les enfants. Ces tout petits, de trois, six et
huit ans, ne veulent plus manger en dehors des heures de repas de
famille et Mileke dit à ses camarades:
--Je sais où il y a des nids d’oiseaux, mais je ne te le dirai pas car
tu les torturerais, et ils aiment autant à vivre que nous.
Et l’autre jour, comme on lui donnait un petit oiseau, il l’a mis sur sa
toute petite main et l’a fait s’envoler. Si j’étais libre, je ferais une
éducation à tous ces enfants: ils en valent la peine.