Tous deux, secoués par la carriole, ils montaient et dévalaient les
coteaux familiers de la route. Le soleil épuisait, au fond des grappes
de bruyères sèches et sur les dernières fleurs de ronces, un reste de
parfum d'été qui s'en allait vers les terres, poussé par un vent doux.
Les cimes des bois de pins luisaient comme des aigrettes. Ils n'y
prenaient garde ni l'un ni l'autre. Guen conduisait distraitement. Il
lui en coûtait de se séparer de Simone. Il se demandait aussi quel
accueil serait fait à l'enfant, et l'envie lui prenait de tourner
bride. Tout au moins, il eût voulu être là, quand elle entrerait, pour
la protéger de sa présence, en imposer,--il le croyait,--à madame
Jeanne, et, au moindre mot, ramener Simone dont la jeunesse ne serait
pas, ne pourrait jamais être aimée là comme au logis de Perros. Mais
la petite ne voulait pas. Elle avait dit: «Je désire être seule,
grand-père. Attendez-moi deux heures près du marché au sable. Si je ne
reviens pas, c'est qu'on m'aura bien reçue, et vous aurez de mes
nouvelles demain matin.»
Les pensées du capitaine ne sortaient point de ce petit cercle
d'amour. Il songeait à peine à Corentine. En vérité, cette confiance
de Simone, calme et rose auprès de lui, l'étonnait. Il ne se rappelait
plus, étant trop vieux, quelle force c'est d'ignorer, et d'être toute
jeune, et de n'avoir en soi rien de brisé.
Pourtant, lorsqu'elle se trouva seule au bas de la rue du Pavé-Neuf,
et qu'elle aperçut les volets bruns derrière lesquels son père et
madame Jeanne vivaient, Simone hésita. Elle monta lentement les
cinquante mètres qui la séparaient de la porte, effrayée de n'avoir
pas préparé ce qu'elle allait dire. Et quand elle eut tiré la poignée
de fer forgé de la sonnette, il lui sembla que tout Lannion, averti,
avait les yeux sur elle, et regardait.
Ce fut Fantic, la noire, qui vint ouvrir.
--M. L'Héréec?