Quand Marie-Anne apprit que le projet était accepté, le lendemain, au
réveil, elle eut, regardant le père qui lui parlait à voix basse, la
même expression de ravissement qu'elle avait eue en apprenant la bonne
nouvelle pour Sullian. Son fils dormait près d'elle. Guen, assis au
pied du berceau, près du lit, avait l'air heureux, comme si on lui eût
annoncé qu'il allait rajeunir de trente ans et reprendre le
commandement de _l'Armide_.
Ce fut même une force pour madame Corentine, ce contentement où elle
laissait les siens. Sa résolution prise, elle l'exécuta avec une hâte
et une rigueur que personne ne lui eût demandées. Elle abandonna sa
fille au grand-père. Elle partit sans pouvoir ni préparer ni juger
cette tentative qu'allait faire son enfant. Dès le lendemain, elle
louait une voiture qui la conduisait, sans toucher Lannion, à
Plouaret. De là, ne voulant pas refaire seule toute la route qu'elle
avait parcourue avec Simone, elle se rendit à l'un des ports voisins,
et le petit cutter anglais qui, chaque semaine, vient chercher à
Portrieux des œufs et des fruits pour Jersey, la prit à bord, et
l'emmena.
Simone resta plusieurs jours à Perros. Puis, par une après-midi chaude
de la fin d'août, un jour qu'elle se sentait plus de courage, ayant
songé, prié, longuement causé avec sa tante devenue son intime amie,
elle monta dans la carriole qui l'avait déjà menée au Pardon de la
Clarté. Sa malle était ficelée à l'arrière. Le vieux Guen tenait les
rênes. Au moment où il allait donner le coup de fouet du départ,
Simone sauta à terre.
--Attendez! dit-elle, j'ai oublié!
Elle remonta en courant l'escalier.
--Tante Marie-Anne, j'ai oublié d'embrasser Sullian!
Elle se pencha, le cœur battant de sa course folle, au-dessus de
l'enfant qui dormait, contempla une minute, avec un air de jeune mère,
ce visage d'où rayonnait la paix inconsciente et profonde, le baisa au
front, se releva:
--Ces petits-là, ça porte bonheur! dit-elle.
Et quand elle descendit, elle avait une assurance tranquille, qui
ressemblait à celle du petit Sullian.