«Ogucin, le 9 septembre 1810
«Sire, je viens de recevoir une lettre du ministre de la guerre, qui
m'annonce les dispositions bienveillantes que Votre Majesté a daigné
prendre à mon égard; permettez-moi de mettre à vos pieds, Sire,
l'hommage de ma reconnaissance.
«L'augmentation de traitement que Votre Majesté a bien voulu m'accorder
n'ajoutera ni à mon zèle pour son service ni à mon amour pour mes
devoirs, car mon dévouement et mon zèle sont sans bornes; mais il me
facilitera les moyens de les remplir.
«Je suis occupé à faire en détail l'inspection de la Croatie militaire;
j'ai lieu d'être satisfait de l'esprit qui règne parmi ce peuple soldat,
qui apprécie, comme il le doit, le bonheur de vous appartenir. Je crois
pouvoir assurer Votre Majesté que, si elle daigne continuer à ce peuple
son organisation complète, où tout a été prévu et calculé de la manière
la plus admirable, et qui est un chef-d'oeuvre sous quelque rapport
qu'on l'envisage, soit pour votre service, soit pour la tranquillité du
pays, soit pour le bien-être de cette population et les progrès de la
civilisation, j'en formerai en peu de temps une armée digne de Votre
Majesté, et qui combattra avec honneur et gloire dans les rangs de
l'armée française.
«L'esprit militaire de ce peuple est tellement établi, et tellement
maintenu par son organisation, que les bataillons de campagne, quoique
toujours dispersés dans les familles, sont comparables, et par leur
instruction, et pour leur caractère belliqueux, et pour tout ce qui
distingue les bons soldats, aux plus belles et aux meilleures troupes de
ligne.
«Votre Majesté ne doit pas considérer la Croatie militaire comme une
province, mais comme un camp, et sa population comme une armée qui la
servira fidèlement, et sera toujours prête à donner jusqu'à son dernier
homme pour elle.»