«Laybach, le 15 octobre 1810.
«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
m'écrire le 6 octobre, relative aux bâtiments ottomans. Je supplie Votre
Majesté de me permettre de l'assurer de la manière la plus solennelle
que ce n'est point par ma propre volonté que ces bâtiments ont été
relâchés. M. d'Auchy m'a prévenu verbalement qu'il donnait l'ordre de
les relâcher sous caution, motivé sur ce que la valeur de ces bâtiments
se trouvait, par la Turquie, entre ses mains, et que le Trésor public y
gagnerait la dépense de l'entretien des équipages, et je n'y ai pas mis
obstacle.
«J'ai eu sans doute grand tort d'y consentir, puisque Votre Majesté me
blâme; mais je n'ai pas eu celui de le vouloir ni de l'ordonner. M.
d'Auchy n'a pas un mot de moi qui puisse me faire partager sa
responsabilité sur cette affaire, tandis que les ordres donnés au
directeur central des douanes sont de lui, et en son nom. Votre Majesté
pourra s'en assurer par la copie de sa lettre, qui est ci-jointe.
«Si Votre Majesté daigne réfléchir à la nature des relations qui
existaient entre M. d'Auchy et moi, elle sera bien convaincue que, si
pareille disposition avait été prise contre son avis, il aurait exigé de
moi une lettre que je n'aurais pu lui refuser. Je puis assurer à Votre
Majesté que personne au monde n'est plus esclave de ses ordres que moi:
de près comme de loin, ils me sont également sacrés.
«Si je n'avais pas cru, dans cette circonstance, que c'était en suivre
l'esprit que de se borner à conserver la valeur des bâtiments, je me
serais bien gardé de tolérer cette disposition. Les connaissements de
ces bâtiments n'ont pas encore été envoyés à Paris; la cause en est dans
la lenteur du directeur central des douanes, qui a différé jusqu'à
présent à les faire partir. Je les reçois en ce moment, et je les envoie
par estafette au ministre des finances.»