«Septembre 1810.
«Monsieur le duc, ayant appris qu'il avait été rédigé à Paris un projet
d'organisation des tribunaux pour les provinces illyriennes, dans lequel
est comprise celle de la justice pour la Croatie militaire, détruisant
tout le système qui y a été suivi jusqu'à ce jour, je me suis hâté
d'écrire au ministre de la justice pour lui faire connaître la
conséquence funeste que ce changement produirait, s'il avait lieu. J'ai
l'honneur d'adresser à Votre Excellence copie de la lettre que je lui ai
écrite à cet égard. J'y ai développé les motifs puissants qui s'opposent
à toute innovation dans ces régiments. Le désir de conserver à Sa
Majesté, dans toute son intégrité, et avec tous les avantages qu'elle
offre pour son service, une portion aussi utile de la population de ces
provinces, m'engage à présenter avec chaleur toutes les considérations
qui exigent que l'institution, telle qu'elle est, des régiments croates
subsiste sans qu'il y soit porté aucune atteinte. Les résultats heureux
qu'on doit attendre de leurs services naissent de cette institution
même, qui est, j'en suis convaincu, la seule qui puisse les faire
obtenir. Ce que j'ai exprimé sur la justice s'applique mieux encore à
l'administration, dont toutes les parties sont parfaitement coordonnées,
et qui offre toute espèce de garantie pour la régularité, l'économie et
la prospérité de ces régiments. J'ai lieu, tous les jours, de m'en
convaincre dans l'inspection que je fais. On s'occupe d'arrêter la
comptabilité, qui sera ensuite envoyée à l'intendant général, chargé,
m'a-t-on dit, de rédiger un projet de décret sur l'administration de
l'Illyrie.
«Je demande, avec les plus vives instances, à Votre Excellence qu'elle
veuille bien faire valoir mes observations à ce sujet, et de mettre,
autant qu'il dépendra d'elle, obstacle à l'introduction d'un nouveau
mode d'administration pour les régiments, pour lesquels, faute de
connaître sous tous les rapports leur véritable situation, on peut
prendre des mesures préjudiciables aux intérêts de Sa Majesté.
Accoutumé, comme je le suis, à voir Votre Excellence accueillir avec
bienveillance mes observations, qui ont pour but le bien public, je lui
réitère, avec confiance, l'assurance que c'est ma conviction intime, ma
conscience, et mon amour pour le service de l'Empereur, qui me font
mettre tant de chaleur à la conservation du système, et que ce serait un
malheur public que de voir détruire un aussi bel édifice, source, je
crois, de la principale richesse que renferment les provinces
illyriennes.»