«Carlstadt, 12 mai 1810.
«Monsieur le duc, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence du
succès des moyens de rigueur employés envers les habitants du capitanat
de Bihacz, et du rétablissement de la tranquillité sur les frontières
des régiments d'Ottochatz et d'Ogulim. Il restait à la rétablir de même
sur la frontière du régiment de Zleim et à reprendre le fort de Czettin,
qu'Hassan-Aga de Pekey et ses gens avaient annoncé vouloir défendre
jusqu'à la dernière extrémité.
«J'ai marché sur Czettin le 9, après m'avoir fait précéder de lettres
convenables dans les différents territoires qui avaient fait alliance
entre eux, et qui se composaient d'Ostrokaz, Sturlitz, Radruch, etc.
J'ai bivaqué le 9 à une lieue de Czettin, et le 10 au matin, à l'instant
où je me suis présenté devant cette place, je l'ai trouvée évacuée.
L'utile exemple d'Isachich et de Glokot a répandu une telle terreur
parmi les Turcs, qu'ils ont subitement abandonné la place, la laissant
pourvue de son artillerie et de vivres pour un long siége. C'est le même
fort qui, il y a vingt et un ans, défendu par sept cents hommes, a
arrêté l'armée autrichienne de vingt-cinq mille hommes, commandée par le
général Devintz, pendant trente-sept jours. La tranquillité est ainsi
complétement assurée, et le régiment de Zleim a recouvré leur
territoire. Je puis affirmer à Votre Excellence que ces Turcs, qui, sur
cette frontière, ont le surnom de méchants, et qui, grâce à l'extrême
faiblesse du gouvernement autrichien, étaient en possession de se livrer
à tous les excès, ne seront de longtemps tentés de les renouveler.
«En conséquence, je mets en route dès aujourd'hui les 5e et 81e
régiments pour Udine, afin de soulager la caisse des provinces
illyriennes. Je me rends moi-même à Laybach pour voir, avec M. d'Auchy,
à prendre les mesures nécessaires pour faire face aux besoins du
service. Pendant l'été, et lorsque j'aurai atteint ce but, je reviendrai
en Croatie pour visiter sur les lieux chaque consigne des régiments
croates, et pouvoir, avec connaissance de cause, ordonner tout ce que le
bien du service de Sa Majesté et l'intérêt des régiments croates
commandera.
«Les événements qui viennent de se passer ont donné occasion à huit
cents individus grecs de se rendre sur notre territoire avec leurs
bestiaux, demandant des terres et leur incorporation dans les régiments.
J'ai pris des dispositions pour assurer leur établissement.
«J'ai aussi donné l'ordre que tous les habitants qui avaient été
expropriés par l'invasion des Turcs, dont les maisons ont été
incendiées, et qui étaient épars sur les territoires, fussent réunis en
divers camps de quatre à cinq cents âmes, où l'on réunira les matériaux
nécessaires pour construire des villages qui offriront, lorsque les
bataillons de campagne seront absents du pays, les moyens à la
population de se défendre contre les Turcs.
«Cette opération pourra être faite l'an prochain, et, pour qu'elle ne
soit en rien à charge aux habitants, on fera dans le courant de l'année,
pour être exécuté l'an prochain, le projet des échanges nécessaires des
parties de terres pour que les habitants de chaque village soient au
centre de leurs propriétés.»