LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE FELTRE

«Laybach, 9 janvier 1810.

«Monsieur le duc, le colonel Leclère, aide de camp de Votre Excellence,

est arrivé et m'a remis les dépêches dont vous l'aviez chargé pour moi.

Je vais m'occuper sans retard de l'exécution des dispositions qui sont

contenues dans les arrêtés de l'Empereur et dans vos lettres. Votre

Excellence s'adressant à moi comme gouverneur général des provinces

illyriennes, je crois devoir en remplir sur-le-champ les fonctions,

quoique je n'aie pas encore reçu ma nomination.

«La lettre de Votre Excellence du 27 décembre m'annonce que l'intention

de l'Empereur est que les troupes qui sont en Croatie soient mises sur

le pied de paix, et que je fasse cesser les fournitures arbitraires qui

pèsent sur les habitants.

«J'ai l'honneur de vous assurer qu'il n'y a aucune fourniture arbitraire

depuis longtemps; que les réquisitions faites en Croatie n'ont eu pour

objet que des services réguliers, et n'ont eu lieu, à l'entrée des

troupes, que parce que M. l'intendant général n'avait pris aucune

disposition pour les faire vivre et pourvoir à leurs besoins.

«Votre Excellence, ne me parlant que de la Croatie, me fait soupçonner

que l'Empereur n'a eu pour objet, dans ce qu'il prescrit, que le

redressement de torts qu'il croyait exister, et non la mise sur le pied

de paix, qui semblerait dans ce cas devoir regarder tout mon corps

d'armée. J'attends donc de nouveaux ordres, qui sans doute lèveront

bientôt mon hésitation à cet égard.

«J'ajouterai à ce qui précède une observation dont je demande à Votre

Excellence de peser l'importance. Si les troupes sont sur le pied de

paix et qu'on n'ordonne pas leur solde en papier au cours déterminé et

fixé par M. d'Auchy, qui est celui du marché, il est impossible que les

troupes vivent, attendu qu'elles recevraient moins de dix sous pour un

franc. Le cours fixé et suivi étant de cinq florins pour un, M. d'Auchy

a refusé de payer à ce taux et a rendu compte au ministre des finances,

qui n'a pas encore répondu. Je demande à Votre Excellence d'obtenir de

Sa Majesté une décision qui fixe notre situation: et, puisque les

troupes ne peuvent pas recevoir d'argent, il me paraît indispensable,

pour qu'elles puissent subsister, qu'on leur donne des vivres en nature,

et encore seront-elles très-misérables, ou du papier à sa valeur réelle

et au cours fixé par M. d'Auchy, tel enfin que la caisse publique le

reçoit.

«Il me reste une autre demande à adresser à Votre Excellence: c'est que,

comme les provinces cédées par l'Autriche, et qui font la presque

totalité des ressources de l'Illyrie, au moins pour le moment, ne

pourraient pas donner, de plusieurs mois, les moyens de payer les

troupes en argent, et que le papier n'a pas cours en Dalmatie, il serait

nécessaire de donner un secours en numéraire pour les deux régiments qui

sont dans cette province, et qui sont depuis longtemps sans aucune

solde. Il y a un fonds de près d'un million à Venise, fait au

commencement de la guerre pour l'armée de Dalmatie, qui, n'ayant pu le

recevoir, n'en a pas disposé.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 106 / 136 题