«Schoenbrunn, le 28 juin 1809.
«J'ai mis, monsieur le général Marmont, votre lettre du 27 sous les
yeux de l'Empereur. Sa Majesté ne comprend pas et n'approuve pas vos
dispositions; vous deviez être le 24 à Gratz, et vous n'y êtes pas le
27. Sa Majesté me charge de vous dire que ce qui convient à la guerre
est de la simplicité et de la sûreté, et la simplicité et la sûreté de
vos mouvements voulaient que vous allassiez directement à Gratz: là,
vous vous seriez trouvé sur la droite de la Muhr, vous auriez eu des
nouvelles de l'ennemi: c'est l'avantage des grandes villes; alors, le
26, vous auriez pu prendre un parti convenable. Au lieu de cela, vous
vous êtes porté sur Wildon, n'ayant pas la facilité de vous porter sur
les deux rives de la Muhr, et vous avez perdu deux jours, ce qui nuit
beaucoup aux projets de l'Empereur, en retardant l'instant de la grande
bataille que Sa Majesté veut livrer à l'ennemi. Quant au général
Montrichard, Sa Majesté n'en a pas une très-grande opinion; mais elle ne
peut croire que, s'il avait eu des ordres positifs, il n'eût pas marché.
Sa Majesté pense donc que les ordres ont été mal donnés. Faites-moi
connaître ce qui en est, car, si le général Montrichard n'a pas exécuté
votre ordre, Sa Majesté le fera traduire à un conseil de guerre.
«L'Empereur suppose qu'aujourd'hui vous serez maître de Gratz, que vous
aurez suivi le général Giulay. Il est probable que, si vous avez une
affaire, le fort de Gratz se rendra. Toutefois, général, l'intention de
l'Empereur n'est pas que vous vous éloigniez en poursuivant l'ennemi, et
vous devez vous mettre en mesure d'attendre ses ordres. Quand l'Empereur
saura comment les choses se sont passées, son projet est de vous donner
l'ordre de vous reployer à grandes journées sur Vienne.
«Ce n'est pas la réserve de cavalerie que je vous avais demandée, c'est
la réserve d'artillerie que le général Broussier avait dit avoir, et qui
portait quinze cent mille cartouches d'infanterie. Faites filer de suite
sur Vienne cette réserve de munitions, et faites partir également
sur-le-champ, pour Vienne, deux compagnies du 8e régiment d'artillerie à
pied; faites-leur faire de grandes journées.
«Aussitôt que vous n'aurez plus absolument besoin du général Broussier
et de ses troupes, envoyez-le sur Neustadt, route de Vienne. Si
cependant les événements de la journée d'aujourd'hui vous avaient
conduit à cinq ou six lieues sur la route de la Hongrie, et que le
général Broussier fût plus près d'OEdenbourg, vous le dirigeriez sur
cette ville et m'en préviendriez.
«Sa Majesté trouve que vous avez manoeuvré de manière à donner tout
l'avantage sur vous à l'ennemi. Vous deviez être à Gratz avant lui, et,
comme vous n'avez qu'un petit corps, y arriver le 23: telle est
l'opinion de Sa Majesté.»
(Par duplicata.)