«Brescia, 26 juillet 1806.
«Je m'empresse de vous adresser, monsieur le général Marmont, une lettre
pour M. de Siniavin, amiral russe. Vous voudrez bien la lui faire
parvenir le plus promptement possible. Je vous envoie copie du traité
renfermé dans la lettre, lequel traité a été signé à Paris le 20
juillet [2]. L'Empereur me charge de vous écrire de fournir au général
Lauriston les moyens d'occuper les bouches de Cattaro en force. Vous
devrez lui fournir tout ce que vous pourrez en poudre, munitions,
biscuits, etc... Vous avez dans les eaux de la Dalmatie une division de
chaloupes canonnières commandée par le capitaine de frégate Arméni, qui
est parti de Venise, spécialement destiné pour Raguse et l'Albanie. Le
blocus de Raguse l'a empêché de se rendre à sa destination. Profitez du
premier moment pour l'y envoyer. Vous sentez parfaitement que, dès que
les Anglais auront connaissance de ce traité, ils bloqueront Cattaro.
Vous avez donc à peu près quinze jours pour vos communications avec
Cattaro. L'intention de Sa Majesté étant que les forts d'Albanie soient
mis sur-le-champ en état de soutenir un siége s'ils étaient attaqués,
vous pourrez vous faire mettre sous les yeux les instructions que
j'avais envoyées au général Lauriston, et dont le général Charpentier a
envoyé copie au général Vignolle. Je fais diriger sur Cattaro, de
Venise et d'Ancône, des blés et des farines, ainsi que quelques
munitions; mais il vaut toujours mieux ne pas y compter. D'ailleurs,
nous vous avons déjà fait des envois considérables de poudre, et vous
pourrez facilement en faire passer cent milliers à Cattaro, d'autant
que je pourrai vous les remplacer facilement. Quoique, dans le traité,
l'Empereur reconnaisse l'indépendance de Raguse, on ne doit pas
l'évacuer avant d'avoir reçu des ordres bien positifs à cet égard; mais
on peut leur promettre que, les articles du traité exécutés par les
Russes et les Monténégrins, rentrés dans leurs montagnes et tranquilles,
on abandonnera le pays.
[Note 2: Nous avons cru inutile de donner ce document, trop connu pour être
placé ici.
(_Note de l'Éditeur_.)]
«Je vous préviens que l'Empereur met infiniment d'importance à la
position de Stagno; il me charge de vous écrire que vous ordonniez au
général Poitevin de tracer un bon fort à cette position et d'y faire
travailler promptement. L'Empereur veut que ce fort coupe la presqu'île
de Sabioncello, de manière que la presqu'île appartienne toujours au
maître de ce fort, et que l'ennemi, en s'emparant de la presqu'île, ne
puisse pas même s'emparer de la seule communication qui existera entre
la Dalmatie et Cattaro. Vous voudrez bien m'en envoyer les plans avec
un rapport, afin que je puisse le soumettre à Sa Majesté. Je pense
qu'il sera convenable que, sans perdre de temps, vous vous rendiez à
Raguse, afin de concerter avec le général Lauriston tous les moyens
pour l'occupation de Cattaro.
«Vous pourrez, _après le départ des Russes_, faire menacer sous main
les Monténégrins que, s'ils ne se tiennent pas tranquilles, vous êtes
prêt à leur donner une bonne leçon; mais que, s'ils se conduisent bien,
ils ne peuvent que s'en bien trouver.»