«Monza, 2 août 1806.
«Je reçois, monsieur le général en chef Marmont, plusieurs lettres de
Sa Majesté. Je transcris littéralement tout ce qui vous concerne:
«Mon intention n'est pas qu'on évacue Raguse. Écrivez au général Marmont
qu'il en fasse fortifier les hauteurs; qu'il organise son gouvernement
et laisse son commerce libre; c'est dans ce sens que j'entends
reconnaître son indépendance. Qu'il fasse arborer à Stagno un drapeau
italien; c'est un point qui dépend aujourd'hui de la Dalmatie.
Donnez-lui l'ordre de faire construire sur les tours de Raguse les
batteries nécessaires et de faire construire au fort de Santa-Croce une
redoute en maçonnerie fermée. Il faut également construire dans l'île
de Cromola un fort ou redoute. Les Anglais peuvent s'y présenter: il
faut être dans le cas de les y recevoir. Le général Marmont fera les
dispositions qu'il croira nécessaires; mais recommandez-lui de laisser
les troisième et quatrième bataillons du 5e et 23e à Raguse; car il est
inutile de traîner loin de la France des corps sans soldats. Aussitôt
qu'il le pourra, il renverra en Italie les cadres des troisième et
quatrième bataillons. Si cela pouvait se faire avant l'arrivée des
Anglais, ce serait un grand bien. Écrivez au général Marmont qu'il doit
faire occuper les bouches de Cattaro par le général Lauriston, le
général Delzons et deux autres généraux de brigade, par les troupes
italiennes que j'ai envoyées et par des troupes françaises, de manière
qu'il y ait aux bouches de Cattaro six ou sept mille hommes sous les
armes. Ne réunissez à Cattaro que le moins possible des 5e et 23e
régiments; mais placez-y les 8e et 18e d'infanterie légère et le 11e de
ligne, ce qui formera six bataillons qui doivent faire cinq mille
hommes, et, pour compléter six mille hommes, ajoutez-y le 60e régiment.
Laissez les bataillons des 5e et 23e à Stagno et à Raguse, d'où ils
pourront se porter sur Cattaro au premier événement. Après que les
grandes chaleurs seront passées et que le général Marmont aura rassemblé
tous ses moyens et organisé ses forces, avec douze mille hommes, il
tombera sur les Monténégrins pour leur rendre les barbaries qu'ils ont
faites. Il tâchera de prendre l'évêque, et, en attendant, il dissimulera
autant qu'il pourra. Tant que ces brigands n'auront pas reçu une bonne
leçon, ils seront toujours prêts à se déclarer contre nous. Le général
Marmont peut employer le général Molitor, le général Guillet et ses
autres généraux à cette opération. Il peut laisser pour la garde de la
Dalmatie le 81e.--Ainsi le général Marmont a sous ses ordres, en troupes
italiennes, deux bataillons de la garde, un bataillon brescian et un
autre bataillon qui y sera envoyé ce qui, avec les canonniers italiens,
ne fait pas loin de deux mille quatre cents hommes. Il a, en troupes
françaises, les 5e, 23e et 79e, qui sont à Raguse, et qui forment, à ce
qu'il paraît, quatre mille cinq cents hommes; le 81e et les hôpitaux et
détachements de ces régiments, qui doivent former un bon nombre de
troupes. Il a enfin les 8e et 18e d'infanterie légère, et les 11e et 60e
de ligne.--Je pense qu'il faut que le général Marmont, après avoir bien
vu Zara, doit établir son quartier général à Spalatro, faire occuper la
presqu'île de Sabioncello, et se mettre en possession de tous les forts
des bouches de Cattaro. Il doit dissimuler avec l'évêque de Monténégro;
et, vers le 15 ou le 20 septembre, lorsque la saison aura fraîchi, qu'il
aura bien pris ses précautions et endormi ses ennemis, il réunira douze
à quinze mille hommes propres à la guerre des montagnes, avec quelques
pièces sur affûts de traîneaux, et écrasera les Monténégrins.--L'article
du traité relatif à Raguse dit que j'en reconnais l'indépendance, mais
non que je dois l'évacuer.--Des quatre généraux de division qu'a le
général Marmont, il placera Lauriston à Cattaro et Molitor à Raguse, et
leur formera à chacun une belle division.--Il tiendra une réserve à
Stagno, fera travailler aux retranchements de la presqu'île et au fort
qui doit défendre Santa-Croce, ainsi qu'à la fortification du
Vieux-Raguse et à des redoutes sur les hauteurs de Raguse.--Demandez les
plans des ports et des pays de Raguse.»
«Sa Majesté s'étant expliquée dans le plus grand détail, je me borne à
vous recommander l'exécution de tous ses ordres, ci-dessus transcrits.»