VIII

L'esprit mercenaire et la simplicité.

Nous venons de coudoyer en passant un certain préjugé fort répandu, qui

attribue à l'argent une puissance magique. Rapprochés ainsi d'un terrain

brûlant, nous ne l'éviterons pas; mais nous allons y poser le pied,

persuadés qu'il y a sur ce point plusieurs vérités à dire. Elles ne sont

point neuves, mais elles sont si oubliées!

Je ne vois aucun moyen de nous passer de l'argent. Tout ce qu'ont pu

faire jusqu'à ce jour certains théoriciens ou législateurs qui

l'accusent de tous les maux, c'est d'en changer le nom ou la forme. Mais

ils n'ont jamais pu se passer d'un signe représentatif de la valeur

commerciale des choses. Vouloir supprimer l'argent est une tentative

analogue à celle qui voudrait supprimer l'écriture. Il n'en est pas

moins vrai que cette question de l'argent est très troublante. Elle

forme un des éléments principaux de notre vie compliquée. Les

difficultés économiques où nous nous débattons, les conventions

sociales, tout l'agencement de la vie moderne ont porté l'argent à un

rang si éminent qu'il n'est pas étonnant que l'imagination humaine lui

attribue une sorte de royauté. Et c'est par ce côté que nous devons

aborder le problème.

Le terme d'argent a pour pendant celui de marchandise. S'il n'y avait

point de marchandise l'argent n'existerait pas. Mais tant qu'il y aura

de la marchandise il y aura de l'argent, peu importe sous quelle forme.

La source de tous les abus dont l'argent est devenu le centre réside

dans une confusion. On a confondu dans le terme et dans la notion de

marchandise des objets qui n'ont aucun rapport ensemble. On a voulu

donner une valeur vénale à des choses qui n'en peuvent ni doivent en

avoir aucune. Les idées d'achat et de vente ont envahi des provinces où

elles peuvent être à juste titre considérées comme des étrangères, des

ennemies, des usurpatrices. Il est légitime que du blé, des pommes de

terre, du vin, des étoffes soient à vendre et qu'on les achète. Il est

parfaitement naturel que le labeur d'un homme lui procure des droits à

la vie et qu'on lui remette en main une valeur qui représente ces

droits. Mais ici déjà l'analogie cesse d'être complète. Le travail d'un

homme n'est pas une marchandise au même titre qu'un sac de blé ou un

quintal de charbon. Il entre dans ce travail des éléments qu'on ne peut

évaluer en monnaie. Enfin, il est des choses qui ne sauraient s'acheter:

le sommeil par exemple, la connaissance de l'avenir, le talent. Celui

qui nous les offre en vente peut être considéré comme un fou ou un

imposteur. Pourtant il y a des gens qui battent monnaie avec ces choses.

Ils vendent ce qui ne leur appartient pas et leurs dupes paient des

valeurs illusoires en monnaie véritable. De même, il y a des marchands

de plaisir, des marchands d'amour, des marchands de miracles, des

marchands de patriotisme, et ce titre de commerçant qui est si honorable

quand il représente un homme faisant commerce de ce qui est en effet une

denrée commerciale devient la pire flétrissure quand il s'agit des

choses du coeur, de la religion, de la patrie.

Presque tout le monde est d'accord pour trouver honteux qu'on trafique

de ses sentiments, de son honneur, de sa robe, de sa plume, de son

mandat. Malheureusement ce qui ne souffre aucune contradiction dans la

théorie, ce qui, dit comme nous le disons, ressemble plutôt à une

banalité qu'à une haute vérité morale, a une peine infinie à pénétrer

dans la pratique. Le trafic a envahi le monde. Les vendeurs se sont

installés jusqu'au sanctuaire, et par sanctuaire je n'entends pas

seulement les choses religieuses, mais tout ce que l'humanité a de sacré

et d'inviolable. Ce n'est pas l'argent qui complique la vie, la corrompt

et l'altère, c'est notre esprit mercenaire.

L'esprit mercenaire ramène tout à une seule question: _Combien cela

va-t-il me rapporter?_ il résume tout dans un axiome: _Avec de l'argent,

on peut tout se procurer._ Avec ces deux principes de conduite une

société peut descendre à des degrés d'infamie qu'il est impossible de

dépeindre et d'imaginer.

_Combien cela va-t-il me rapporter?_ Cette question si légitime tant

qu'il s'agit des précautions que chacun doit prendre pour assurer sa

subsistance par son travail, devient funeste aussitôt qu'elle sort de

ses limites et domine toute la vie. Cela est si vrai qu'elle avilit même

le travail qui est notre gagne-pain. Je fournis du travail payé, rien de

mieux; mais si je n'ai pour m'inspirer pendant ce travail que le seul

désir de toucher ma paye, rien de pire. Un homme qui n'a pour motif

d'action que son salaire fait de la mauvaise besogne. Ce qui l'intéresse

n'est pas le travail, c'est l'argent. S'il peut rogner sur sa peine sans

retrancher de son gain, soyez sûr qu'il le fera. Maçon, laboureur,

ouvrier d'usine, celui qui n'aime pas son labeur n'y met ni intérêt, ni

dignité, et c'est en somme un mauvais ouvrier. Le médecin qui n'est

préoccupé que des honoraires est un homme auquel il ne fait pas bon

confier sa vie, car ce qui le met en mouvement c'est le désir de garnir

sa bourse avec le contenu de la vôtre. S'il est de son intérêt que vous

souffriez plus longtemps, il est capable de cultiver votre maladie au

lieu de fortifier votre santé. Celui qui n'aime dans l'instruction de

l'enfance que le profit qu'elle procure est un triste professeur, car ce

profit est médiocre, mais son enseignement plus médiocre encore. Que

vaut le journaliste mercenaire? Le jour où vous n'écrivez que pour le

sou, votre prose cesse de valoir même ce sou. Plus le travail humain

touche à des objets de nature élevée, plus l'esprit mercenaire, s'il

intervient, le stérilise et le corrompt. On a mille fois raison de dire

que toute peine mérite salaire, que tout homme qui consacre son effort à

entretenir la vie doit avoir sa place au soleil,--et quiconque ne fait

rien d'utile, ne gagne pas sa vie, en un mot n'est qu'un parasite. Mais

il n'y a pas de plus grave erreur sociale que d'en arriver à faire du

gain l'unique mobile d'action. Ce que nous mettons de meilleur dans

notre oeuvre, qu'elle se fasse à la force des bras, par la chaleur du

coeur, ou la tension de l'intelligence, c'est précisément ce que

personne ne peut nous payer. Rien ne prouve mieux que l'homme n'est pas

une machine, que ce fait: deux hommes à l'oeuvre avec les mêmes forces,

les mêmes gestes, produisent des résultats tout différents. Où est la

cause de ce phénomène? Dans la divergence de leurs intentions. L'un a

l'esprit mercenaire, l'autre a l'âme simple. Tous les deux touchent leur

paye, mais le travail de l'un est stérile, l'autre a mis son âme dans

son travail. Le travail du premier est comme le grain de sable qui reste

toute l'éternité sans qu'il en sorte rien, le travail de l'autre est

comme la graine vivante jetée au sol, il germe et produit des moissons.

Il n'y a pas d'autre secret pour expliquer que tant de gens n'ont pas

réussi en employant les mêmes procédés extérieurs que d'autres. Les

automates ne se reproduisent pas et le travail du mercenaire ne produit

pas de fruit.

* * * * *

Sans doute nous sommes obligés de nous incliner devant le fait

économique, de reconnaître les difficultés de la vie; de jour en jour il

devient plus urgent de bien combiner ses moyens d'action pour arriver à

nourrir, à vêtir, à loger, à élever sa famille. Celui qui ne tient pas

compte de ces nécessités impérieuses, qui ne calcule pas et ne prévoit

pas, n'est qu'un illuminé ou un maladroit, tôt ou tard exposé à tendre

la main à ceux dont il méprise la parcimonie. Et cependant que

deviendrions-nous, si ce genre de souci nous absorbait tout entiers? si,

parfaits comptables, nous voulions mesurer notre effort à l'argent qu'il

nous rapporte, ne plus rien faire qui n'aboutisse à une recette et

considérer comme choses inutiles ou peines perdues ce qui ne peut pas

s'aligner en chiffres sur un livre de comptes?

Nos mères ont-elles touché quelque chose pour nous aimer, nous élever?

Qu'adviendrait-il de notre piété filiale si nous voulions toucher

quelque chose pour aimer et soigner nos vieux parents?

Qu'est-ce que cela rapporte de dire la vérité? du désagrément,

quelquefois des souffrances et des persécutions. De défendre son pays?

des fatigues, des blessures et souvent la mort. De faire du bien? des

ennuis, de l'ingratitude, des ressentiments même. Il entre du dévouement

dans toutes les fonctions essentielles de l'humanité. Je défie les plus

fins calculateurs de se maintenir dans le monde sans jamais faire appel

à autre chose qu'au calcul. Sans doute on proclame intelligents ceux qui

s'entendent à «faire leur pelote». Mais regardez-y de près. Combien,

dans leur pelote, y a-t-il de fil qu'ils doivent au dévouement des

simples? Auraient-ils bien réussi, s'ils n'avaient rencontré dans le

monde que des malins de leur espèce ayant pour devise: Pas d'argent, pas

de Suisse! Disons-le hautement: c'est grâce à quelques-uns qui ne

comptent pas trop rigoureusement, que le monde se soutient. Les plus

beaux services rendus, les plus dures besognes sont en général peu ou

point rétribués. Heureusement qu'il restera toujours des hommes prêts

aux fonctions désintéressées et même à celles qui ne sont payées qu'en

souffrances, et qui coûtent l'argent, le repos, la vie. Le rôle de ces

hommes-là est souvent pénible et ne va pas sans découragements. Qui de

nous n'a entendu faire des récits d'expériences douloureuses où le

narrateur regrettait ses bontés passées, le mal qu'il s'était donné pour

ne récolter que des déboires. On conclut généralement ces confidences en

disant: j'ai été assez bête pour faire ceci et cela. Quelquefois on a

raison de se juger ainsi parce que c'est toujours un tort de jeter les

perles aux pourceaux; mais que de vies dont les seuls actes vraiment

beaux sont précisément ceux dont on se repent à cause de l'ingratitude

des hommes! Ce qu'il faudrait souhaiter à l'humanité, c'est que le

nombre de ces actes bêtes aille grandissant.

* * * * *

J'en arrive maintenant au credo de l'esprit mercenaire. Sa qualité est

d'être bref. Pour le mercenaire la loi et les prophètes sont contenus

dans ce seul axiome: _Avec de l'argent on peut tout se procurer._ À

regarder la vie sociale superficiellement rien de plus évident. «Nerf de

la guerre», «preuve sonnante», «clef qui ouvre toutes les portes», «roi

du monde»!... On pourrait, en recueillant tout ce qu'on a dit de la

gloire et de la puissance de l'argent, faire une litanie plus longue que

celle qui se chante en l'honneur de la Vierge Marie. Il faut avoir été

sans le sou, ne fût-ce qu'un jour ou deux, et avoir essayé de vivre dans

le monde où nous sommes, pour se faire une idée de ce qui manque à celui

dont la bourse est vide. J'engage ceux qui aiment les contrastes et les

situations imprévues à essayer de vivre sans argent pendant une

demi-semaine seulement, et loin de leurs amis et connaissances, du

milieu enfin où ils sont quelqu'un. Ils feront plus d'expériences en

quarante-huit heures qu'un homme établi pendant toute son année. Hélas!

ces expériences quelques-uns les font malgré eux, et lorsque la ruine

véritable s'abat sur leur tête ils ont beau rester dans leur patrie,

parmi les compagnons de leur jeunesse, leurs anciens collaborateurs et

même leurs obligés, on affecte de ne plus les connaître. Avec quelle

amertume ils commentent le credo mercenaire: avec de l'argent on peut

tout se procurer, sans argent impossible de rien avoir. Vous devenez le

paria, le lépreux, celui dont chacun se détourne. Les mouches vont aux

cadavres, les hommes vont à l'argent. Aussitôt que l'argent se retire le

vide se fait. Il en a fait couler des larmes le credo mercenaire! larmes

amères, larmes de sang pleurées par ceux-là mêmes qui avaient peut-être

été jadis les adorateurs du veau d'or.

Et pourtant ce credo est faux, archi-faux. Je ne vais pas marcher à

l'attaque, avec de vieilles rengaines comme celle de l'homme riche égaré

dans un désert et qui ne peut même pas se procurer une goutte d'eau pour

son argent; ou celle du millionnaire décrépit qui donnerait la moitié de

ce qu'il possède pour acheter à un solide gaillard sans le sou, ses

vingt ans et sa robuste santé! Je n'essayerai pas non plus de vous

prouver qu'on ne peut pas acheter le bonheur. Tant de gens parmi ceux

qui ont de l'argent et surtout parmi ceux qui n'en ont pas, sourient de

cette vérité comme du plus usé de tous les clichés. Mais j'en appellerai

aux souvenirs, aux expériences de chacun pour faire toucher du doigt le

grossier mensonge que recouvre un axiome que tout le monde va répétant.

Garnissez votre bourse du mieux que vous pourrez et partons ensemble

pour une ville d'eaux, comme il y en a beaucoup. Je veux dire un de ces

endroits jadis inconnus, pleins de gens simples, respectueux,

accueillants, parmi lesquels il faisait bon vivre et sans grande

dépense. La Renommée aux cent trompettes les a tirés de l'ombre, leur a

enseigné le parti qu'ils pourraient tirer de leur situation, de leur

climat, de leurs personnes. Vous partez, sur la foi de dame Renommée, et

vous vous flattez qu'avec votre argent vous pourrez vous procurer une

retraite paisible, et loin du monde factice et civilisé, tisser un peu

de poésie dans la trame de vos jours.--La première impression est bonne:

le cadre naturel et certaines coutumes patriarcales, lentes à

disparaître, vous frappent d'abord favorablement. Mais à mesure que les

jours passent l'impression se gâte, les dessous apparaissent. Ce que

vous considériez comme du vieux authentique, pareil aux meubles de

famille séculaires, n'est que du truquage pour mystifier les gobeurs. Il

y a des étiquettes sur tout, tout est à vendre, depuis le sol jusqu'aux

habitants. Ces primitifs sont devenus les plus roués des gens

d'affaires. Étant donné votre argent, ils ont résolu le problème de se

le procurer au moins de frais possible. Ce ne sont que ficelles, pièges

partout tendus comme des toiles d'araignées et la mouche que ces gens

attendaient au fond de leur trou c'est vous. Voilà ce que vingt ou

trente ans de régime mercenaire ont fait d'une population qui était

autrefois simple, honnête, et dont le contact faisait du bien aux

citadins surmenés. Le pain de ménage a disparu, le beurre sort de

l'usine, ils possèdent à merveille la méthode pour écrémer le lait et

les dernières recettes pour falsifier les vins; ils ont tous les vices

des citadins moins leurs vertus.

En partant vous comptez votre argent. Il en manque beaucoup; et vous

vous plaignez. Vous avez tort. On n'achète jamais trop cher la

conviction qu'il y a des choses qu'on ne peut pas se procurer pour de

l'argent.

Vous avez besoin dans votre maison d'un employé intelligent et habile,

essayez de vous procurer cet oiseau rare. D'après le principe qu'on peut

tout avoir avec de l'argent, vous devrez, suivant que vous offrez des

appointements médiocres, ordinaires, bons, très bons, excellents...

trouver des employés médiocres, ordinaires, très bons, supérieurs. Mais

tous ceux qui se présenteront pour occuper le poste vacant se rangeront

dans la dernière catégorie, et ils se seront préalablement procuré des

certificats à l'appui de leurs prétentions. Il est vrai que neuf fois

sur dix, à l'épreuve de la pratique, il apparaîtra que ces personnages

si habiles manquent totalement de savoir-faire. Alors pourquoi se

sont-ils engagés chez vous? Ils devraient à la vérité de répondre comme

le fait dans la comédie la cuisinière cher payée et qui ne sait rien

faire.--Pourquoi vous êtes-vous engagée comme cordon bleu?--_C'est pour

toucher le sou du franc._ Voilà la grande affaire. Vous trouverez

toujours des gens qui aiment toucher de gros traitements. Plus rarement

vous trouverez des capacités. Et si c'est de la probité qu'il vous faut,

les difficultés augmenteront. Des mercenaires, vous en trouverez

aisément; du dévouement, c'est autre chose. Loin de moi la pensée de

nier l'existence de serviteurs dévoués, d'employés probes et

intelligents à la fois. Mais vous en rencontrerez autant, et quelquefois

plus, parmi les mal payés que parmi les plus grassement rétribués. Et

peu importe en somme où ils se rencontrent, soyez sûrs qu'ils ne sont

pas dévoués par intérêt, ils le sont parce qu'ils ont gardé un fonds de

simplicité qui les rend capables d'abnégation.

On va aussi répétant partout que l'argent est le nerf de la guerre. Sans

doute la guerre coûte beaucoup d'argent et nous en savons quelque chose.

Est-ce à dire que pour se défendre contre ses ennemis et faire honneur à

son drapeau il suffise qu'un pays soit riche? Les Grecs se sont chargés

jadis d'administrer aux Perses la preuve du contraire, et cette

preuve-là ne cessera d'être répétée dans l'histoire. Avec de l'or on

peut acheter des vaisseaux, des canons, des chevaux; mais on ne peut pas

acheter le génie militaire, la sagesse politique, la discipline,

l'enthousiasme. Mettez des milliards entre les mains de vos recruteurs

et chargez-les de vous amener un grand capitaine et une armée de

sans-culottes. Vous trouverez cent capitaines pour un seul et mille

soldats, mais envoyez-les au feu: vous en aurez pour votre argent.

Du moins pourrait-on s'imaginer qu'avec de l'argent tout court il soit

possible de soulager les misères et de faire du bien. Hélas! cela aussi

est une illusion dont il faut revenir. L'argent, par grosses ou par

petites sommes, est une graine qui fait germer les abus. À moins d'y

ajouter de l'intelligence, de la bonté, une grande expérience des

hommes, vous ne ferez que du mal, et vous risquerez fort de corrompre

ceux qui reçoivent vos largesses et ceux que vous avez chargés de les

distribuer.

* * * * *

L'argent ne peut pas suffire à tout, il est une puissance, mais il n'est

pas la toute-puissance. Rien ne complique la vie, rien ne démoralise

l'homme, rien ne fausse le fonctionnement normal de la société comme le

développement de l'esprit mercenaire. Partout où il règne, c'est la

duperie de tous par tous. On ne peut plus se fier à rien ni à personne,

on ne peut plus rien obtenir qui vaille. Nous ne sommes pas des

détracteurs de l'argent; mais il faut lui appliquer la loi commune:

_Tout à sa place, tout à son rang!_ Lorsque l'argent, qui doit être un

serviteur, devient une force tyrannique, irrespectueuse de la vie

morale, de la dignité, de la liberté; lorsque les uns s'efforcent de se

le procurer à tout prix, apportant au marché ce qui n'est pas une

marchandise; lorsque les autres qui possèdent la richesse s'imaginent

qu'ils peuvent obtenir d'autrui ce qu'il n'est permis à personne de

vendre ni d'acheter, il faut s'insurger contre cette grossière et

criminelle superstition, crier hautement à l'imposture: que ton argent

périsse avec toi! Ce que l'homme a de plus précieux il l'a en général

reçu gratuitement: qu'il sache donc le donner gratuitement.

La vie simple · 第 13 / 19 题