L'esprit mercenaire et la simplicité.
Nous venons de coudoyer en passant un certain préjugé fort répandu, qui
attribue à l'argent une puissance magique. Rapprochés ainsi d'un terrain
brûlant, nous ne l'éviterons pas; mais nous allons y poser le pied,
persuadés qu'il y a sur ce point plusieurs vérités à dire. Elles ne sont
point neuves, mais elles sont si oubliées!
Je ne vois aucun moyen de nous passer de l'argent. Tout ce qu'ont pu
faire jusqu'à ce jour certains théoriciens ou législateurs qui
l'accusent de tous les maux, c'est d'en changer le nom ou la forme. Mais
ils n'ont jamais pu se passer d'un signe représentatif de la valeur
commerciale des choses. Vouloir supprimer l'argent est une tentative
analogue à celle qui voudrait supprimer l'écriture. Il n'en est pas
moins vrai que cette question de l'argent est très troublante. Elle
forme un des éléments principaux de notre vie compliquée. Les
difficultés économiques où nous nous débattons, les conventions
sociales, tout l'agencement de la vie moderne ont porté l'argent à un
rang si éminent qu'il n'est pas étonnant que l'imagination humaine lui
attribue une sorte de royauté. Et c'est par ce côté que nous devons
aborder le problème.
Le terme d'argent a pour pendant celui de marchandise. S'il n'y avait
point de marchandise l'argent n'existerait pas. Mais tant qu'il y aura
de la marchandise il y aura de l'argent, peu importe sous quelle forme.
La source de tous les abus dont l'argent est devenu le centre réside
dans une confusion. On a confondu dans le terme et dans la notion de
marchandise des objets qui n'ont aucun rapport ensemble. On a voulu
donner une valeur vénale à des choses qui n'en peuvent ni doivent en
avoir aucune. Les idées d'achat et de vente ont envahi des provinces où
elles peuvent être à juste titre considérées comme des étrangères, des
ennemies, des usurpatrices. Il est légitime que du blé, des pommes de
terre, du vin, des étoffes soient à vendre et qu'on les achète. Il est
parfaitement naturel que le labeur d'un homme lui procure des droits à
la vie et qu'on lui remette en main une valeur qui représente ces
droits. Mais ici déjà l'analogie cesse d'être complète. Le travail d'un
homme n'est pas une marchandise au même titre qu'un sac de blé ou un
quintal de charbon. Il entre dans ce travail des éléments qu'on ne peut
évaluer en monnaie. Enfin, il est des choses qui ne sauraient s'acheter:
le sommeil par exemple, la connaissance de l'avenir, le talent. Celui
qui nous les offre en vente peut être considéré comme un fou ou un
imposteur. Pourtant il y a des gens qui battent monnaie avec ces choses.
Ils vendent ce qui ne leur appartient pas et leurs dupes paient des
valeurs illusoires en monnaie véritable. De même, il y a des marchands
de plaisir, des marchands d'amour, des marchands de miracles, des
marchands de patriotisme, et ce titre de commerçant qui est si honorable
quand il représente un homme faisant commerce de ce qui est en effet une
denrée commerciale devient la pire flétrissure quand il s'agit des
choses du coeur, de la religion, de la patrie.
Presque tout le monde est d'accord pour trouver honteux qu'on trafique
de ses sentiments, de son honneur, de sa robe, de sa plume, de son
mandat. Malheureusement ce qui ne souffre aucune contradiction dans la
théorie, ce qui, dit comme nous le disons, ressemble plutôt à une
banalité qu'à une haute vérité morale, a une peine infinie à pénétrer
dans la pratique. Le trafic a envahi le monde. Les vendeurs se sont
installés jusqu'au sanctuaire, et par sanctuaire je n'entends pas
seulement les choses religieuses, mais tout ce que l'humanité a de sacré
et d'inviolable. Ce n'est pas l'argent qui complique la vie, la corrompt
et l'altère, c'est notre esprit mercenaire.
L'esprit mercenaire ramène tout à une seule question: _Combien cela
va-t-il me rapporter?_ il résume tout dans un axiome: _Avec de l'argent,
on peut tout se procurer._ Avec ces deux principes de conduite une
société peut descendre à des degrés d'infamie qu'il est impossible de
dépeindre et d'imaginer.
_Combien cela va-t-il me rapporter?_ Cette question si légitime tant
qu'il s'agit des précautions que chacun doit prendre pour assurer sa
subsistance par son travail, devient funeste aussitôt qu'elle sort de
ses limites et domine toute la vie. Cela est si vrai qu'elle avilit même
le travail qui est notre gagne-pain. Je fournis du travail payé, rien de
mieux; mais si je n'ai pour m'inspirer pendant ce travail que le seul
désir de toucher ma paye, rien de pire. Un homme qui n'a pour motif
d'action que son salaire fait de la mauvaise besogne. Ce qui l'intéresse
n'est pas le travail, c'est l'argent. S'il peut rogner sur sa peine sans
retrancher de son gain, soyez sûr qu'il le fera. Maçon, laboureur,
ouvrier d'usine, celui qui n'aime pas son labeur n'y met ni intérêt, ni
dignité, et c'est en somme un mauvais ouvrier. Le médecin qui n'est
préoccupé que des honoraires est un homme auquel il ne fait pas bon
confier sa vie, car ce qui le met en mouvement c'est le désir de garnir
sa bourse avec le contenu de la vôtre. S'il est de son intérêt que vous
souffriez plus longtemps, il est capable de cultiver votre maladie au
lieu de fortifier votre santé. Celui qui n'aime dans l'instruction de
l'enfance que le profit qu'elle procure est un triste professeur, car ce
profit est médiocre, mais son enseignement plus médiocre encore. Que
vaut le journaliste mercenaire? Le jour où vous n'écrivez que pour le
sou, votre prose cesse de valoir même ce sou. Plus le travail humain
touche à des objets de nature élevée, plus l'esprit mercenaire, s'il
intervient, le stérilise et le corrompt. On a mille fois raison de dire
que toute peine mérite salaire, que tout homme qui consacre son effort à
entretenir la vie doit avoir sa place au soleil,--et quiconque ne fait
rien d'utile, ne gagne pas sa vie, en un mot n'est qu'un parasite. Mais
il n'y a pas de plus grave erreur sociale que d'en arriver à faire du
gain l'unique mobile d'action. Ce que nous mettons de meilleur dans
notre oeuvre, qu'elle se fasse à la force des bras, par la chaleur du
coeur, ou la tension de l'intelligence, c'est précisément ce que
personne ne peut nous payer. Rien ne prouve mieux que l'homme n'est pas
une machine, que ce fait: deux hommes à l'oeuvre avec les mêmes forces,
les mêmes gestes, produisent des résultats tout différents. Où est la
cause de ce phénomène? Dans la divergence de leurs intentions. L'un a
l'esprit mercenaire, l'autre a l'âme simple. Tous les deux touchent leur
paye, mais le travail de l'un est stérile, l'autre a mis son âme dans
son travail. Le travail du premier est comme le grain de sable qui reste
toute l'éternité sans qu'il en sorte rien, le travail de l'autre est
comme la graine vivante jetée au sol, il germe et produit des moissons.
Il n'y a pas d'autre secret pour expliquer que tant de gens n'ont pas
réussi en employant les mêmes procédés extérieurs que d'autres. Les
automates ne se reproduisent pas et le travail du mercenaire ne produit
pas de fruit.
* * * * *
Sans doute nous sommes obligés de nous incliner devant le fait
économique, de reconnaître les difficultés de la vie; de jour en jour il
devient plus urgent de bien combiner ses moyens d'action pour arriver à
nourrir, à vêtir, à loger, à élever sa famille. Celui qui ne tient pas
compte de ces nécessités impérieuses, qui ne calcule pas et ne prévoit
pas, n'est qu'un illuminé ou un maladroit, tôt ou tard exposé à tendre
la main à ceux dont il méprise la parcimonie. Et cependant que
deviendrions-nous, si ce genre de souci nous absorbait tout entiers? si,
parfaits comptables, nous voulions mesurer notre effort à l'argent qu'il
nous rapporte, ne plus rien faire qui n'aboutisse à une recette et
considérer comme choses inutiles ou peines perdues ce qui ne peut pas
s'aligner en chiffres sur un livre de comptes?
Nos mères ont-elles touché quelque chose pour nous aimer, nous élever?
Qu'adviendrait-il de notre piété filiale si nous voulions toucher
quelque chose pour aimer et soigner nos vieux parents?
Qu'est-ce que cela rapporte de dire la vérité? du désagrément,
quelquefois des souffrances et des persécutions. De défendre son pays?
des fatigues, des blessures et souvent la mort. De faire du bien? des
ennuis, de l'ingratitude, des ressentiments même. Il entre du dévouement
dans toutes les fonctions essentielles de l'humanité. Je défie les plus
fins calculateurs de se maintenir dans le monde sans jamais faire appel
à autre chose qu'au calcul. Sans doute on proclame intelligents ceux qui
s'entendent à «faire leur pelote». Mais regardez-y de près. Combien,
dans leur pelote, y a-t-il de fil qu'ils doivent au dévouement des
simples? Auraient-ils bien réussi, s'ils n'avaient rencontré dans le
monde que des malins de leur espèce ayant pour devise: Pas d'argent, pas
de Suisse! Disons-le hautement: c'est grâce à quelques-uns qui ne
comptent pas trop rigoureusement, que le monde se soutient. Les plus
beaux services rendus, les plus dures besognes sont en général peu ou
point rétribués. Heureusement qu'il restera toujours des hommes prêts
aux fonctions désintéressées et même à celles qui ne sont payées qu'en
souffrances, et qui coûtent l'argent, le repos, la vie. Le rôle de ces
hommes-là est souvent pénible et ne va pas sans découragements. Qui de
nous n'a entendu faire des récits d'expériences douloureuses où le
narrateur regrettait ses bontés passées, le mal qu'il s'était donné pour
ne récolter que des déboires. On conclut généralement ces confidences en
disant: j'ai été assez bête pour faire ceci et cela. Quelquefois on a
raison de se juger ainsi parce que c'est toujours un tort de jeter les
perles aux pourceaux; mais que de vies dont les seuls actes vraiment
beaux sont précisément ceux dont on se repent à cause de l'ingratitude
des hommes! Ce qu'il faudrait souhaiter à l'humanité, c'est que le
nombre de ces actes bêtes aille grandissant.
* * * * *
J'en arrive maintenant au credo de l'esprit mercenaire. Sa qualité est
d'être bref. Pour le mercenaire la loi et les prophètes sont contenus
dans ce seul axiome: _Avec de l'argent on peut tout se procurer._ À
regarder la vie sociale superficiellement rien de plus évident. «Nerf de
la guerre», «preuve sonnante», «clef qui ouvre toutes les portes», «roi
du monde»!... On pourrait, en recueillant tout ce qu'on a dit de la
gloire et de la puissance de l'argent, faire une litanie plus longue que
celle qui se chante en l'honneur de la Vierge Marie. Il faut avoir été
sans le sou, ne fût-ce qu'un jour ou deux, et avoir essayé de vivre dans
le monde où nous sommes, pour se faire une idée de ce qui manque à celui
dont la bourse est vide. J'engage ceux qui aiment les contrastes et les
situations imprévues à essayer de vivre sans argent pendant une
demi-semaine seulement, et loin de leurs amis et connaissances, du
milieu enfin où ils sont quelqu'un. Ils feront plus d'expériences en
quarante-huit heures qu'un homme établi pendant toute son année. Hélas!
ces expériences quelques-uns les font malgré eux, et lorsque la ruine
véritable s'abat sur leur tête ils ont beau rester dans leur patrie,
parmi les compagnons de leur jeunesse, leurs anciens collaborateurs et
même leurs obligés, on affecte de ne plus les connaître. Avec quelle
amertume ils commentent le credo mercenaire: avec de l'argent on peut
tout se procurer, sans argent impossible de rien avoir. Vous devenez le
paria, le lépreux, celui dont chacun se détourne. Les mouches vont aux
cadavres, les hommes vont à l'argent. Aussitôt que l'argent se retire le
vide se fait. Il en a fait couler des larmes le credo mercenaire! larmes
amères, larmes de sang pleurées par ceux-là mêmes qui avaient peut-être
été jadis les adorateurs du veau d'or.
Et pourtant ce credo est faux, archi-faux. Je ne vais pas marcher à
l'attaque, avec de vieilles rengaines comme celle de l'homme riche égaré
dans un désert et qui ne peut même pas se procurer une goutte d'eau pour
son argent; ou celle du millionnaire décrépit qui donnerait la moitié de
ce qu'il possède pour acheter à un solide gaillard sans le sou, ses
vingt ans et sa robuste santé! Je n'essayerai pas non plus de vous
prouver qu'on ne peut pas acheter le bonheur. Tant de gens parmi ceux
qui ont de l'argent et surtout parmi ceux qui n'en ont pas, sourient de
cette vérité comme du plus usé de tous les clichés. Mais j'en appellerai
aux souvenirs, aux expériences de chacun pour faire toucher du doigt le
grossier mensonge que recouvre un axiome que tout le monde va répétant.
Garnissez votre bourse du mieux que vous pourrez et partons ensemble
pour une ville d'eaux, comme il y en a beaucoup. Je veux dire un de ces
endroits jadis inconnus, pleins de gens simples, respectueux,
accueillants, parmi lesquels il faisait bon vivre et sans grande
dépense. La Renommée aux cent trompettes les a tirés de l'ombre, leur a
enseigné le parti qu'ils pourraient tirer de leur situation, de leur
climat, de leurs personnes. Vous partez, sur la foi de dame Renommée, et
vous vous flattez qu'avec votre argent vous pourrez vous procurer une
retraite paisible, et loin du monde factice et civilisé, tisser un peu
de poésie dans la trame de vos jours.--La première impression est bonne:
le cadre naturel et certaines coutumes patriarcales, lentes à
disparaître, vous frappent d'abord favorablement. Mais à mesure que les
jours passent l'impression se gâte, les dessous apparaissent. Ce que
vous considériez comme du vieux authentique, pareil aux meubles de
famille séculaires, n'est que du truquage pour mystifier les gobeurs. Il
y a des étiquettes sur tout, tout est à vendre, depuis le sol jusqu'aux
habitants. Ces primitifs sont devenus les plus roués des gens
d'affaires. Étant donné votre argent, ils ont résolu le problème de se
le procurer au moins de frais possible. Ce ne sont que ficelles, pièges
partout tendus comme des toiles d'araignées et la mouche que ces gens
attendaient au fond de leur trou c'est vous. Voilà ce que vingt ou
trente ans de régime mercenaire ont fait d'une population qui était
autrefois simple, honnête, et dont le contact faisait du bien aux
citadins surmenés. Le pain de ménage a disparu, le beurre sort de
l'usine, ils possèdent à merveille la méthode pour écrémer le lait et
les dernières recettes pour falsifier les vins; ils ont tous les vices
des citadins moins leurs vertus.
En partant vous comptez votre argent. Il en manque beaucoup; et vous
vous plaignez. Vous avez tort. On n'achète jamais trop cher la
conviction qu'il y a des choses qu'on ne peut pas se procurer pour de
l'argent.
Vous avez besoin dans votre maison d'un employé intelligent et habile,
essayez de vous procurer cet oiseau rare. D'après le principe qu'on peut
tout avoir avec de l'argent, vous devrez, suivant que vous offrez des
appointements médiocres, ordinaires, bons, très bons, excellents...
trouver des employés médiocres, ordinaires, très bons, supérieurs. Mais
tous ceux qui se présenteront pour occuper le poste vacant se rangeront
dans la dernière catégorie, et ils se seront préalablement procuré des
certificats à l'appui de leurs prétentions. Il est vrai que neuf fois
sur dix, à l'épreuve de la pratique, il apparaîtra que ces personnages
si habiles manquent totalement de savoir-faire. Alors pourquoi se
sont-ils engagés chez vous? Ils devraient à la vérité de répondre comme
le fait dans la comédie la cuisinière cher payée et qui ne sait rien
faire.--Pourquoi vous êtes-vous engagée comme cordon bleu?--_C'est pour
toucher le sou du franc._ Voilà la grande affaire. Vous trouverez
toujours des gens qui aiment toucher de gros traitements. Plus rarement
vous trouverez des capacités. Et si c'est de la probité qu'il vous faut,
les difficultés augmenteront. Des mercenaires, vous en trouverez
aisément; du dévouement, c'est autre chose. Loin de moi la pensée de
nier l'existence de serviteurs dévoués, d'employés probes et
intelligents à la fois. Mais vous en rencontrerez autant, et quelquefois
plus, parmi les mal payés que parmi les plus grassement rétribués. Et
peu importe en somme où ils se rencontrent, soyez sûrs qu'ils ne sont
pas dévoués par intérêt, ils le sont parce qu'ils ont gardé un fonds de
simplicité qui les rend capables d'abnégation.
On va aussi répétant partout que l'argent est le nerf de la guerre. Sans
doute la guerre coûte beaucoup d'argent et nous en savons quelque chose.
Est-ce à dire que pour se défendre contre ses ennemis et faire honneur à
son drapeau il suffise qu'un pays soit riche? Les Grecs se sont chargés
jadis d'administrer aux Perses la preuve du contraire, et cette
preuve-là ne cessera d'être répétée dans l'histoire. Avec de l'or on
peut acheter des vaisseaux, des canons, des chevaux; mais on ne peut pas
acheter le génie militaire, la sagesse politique, la discipline,
l'enthousiasme. Mettez des milliards entre les mains de vos recruteurs
et chargez-les de vous amener un grand capitaine et une armée de
sans-culottes. Vous trouverez cent capitaines pour un seul et mille
soldats, mais envoyez-les au feu: vous en aurez pour votre argent.
Du moins pourrait-on s'imaginer qu'avec de l'argent tout court il soit
possible de soulager les misères et de faire du bien. Hélas! cela aussi
est une illusion dont il faut revenir. L'argent, par grosses ou par
petites sommes, est une graine qui fait germer les abus. À moins d'y
ajouter de l'intelligence, de la bonté, une grande expérience des
hommes, vous ne ferez que du mal, et vous risquerez fort de corrompre
ceux qui reçoivent vos largesses et ceux que vous avez chargés de les
distribuer.
* * * * *
L'argent ne peut pas suffire à tout, il est une puissance, mais il n'est
pas la toute-puissance. Rien ne complique la vie, rien ne démoralise
l'homme, rien ne fausse le fonctionnement normal de la société comme le
développement de l'esprit mercenaire. Partout où il règne, c'est la
duperie de tous par tous. On ne peut plus se fier à rien ni à personne,
on ne peut plus rien obtenir qui vaille. Nous ne sommes pas des
détracteurs de l'argent; mais il faut lui appliquer la loi commune:
_Tout à sa place, tout à son rang!_ Lorsque l'argent, qui doit être un
serviteur, devient une force tyrannique, irrespectueuse de la vie
morale, de la dignité, de la liberté; lorsque les uns s'efforcent de se
le procurer à tout prix, apportant au marché ce qui n'est pas une
marchandise; lorsque les autres qui possèdent la richesse s'imaginent
qu'ils peuvent obtenir d'autrui ce qu'il n'est permis à personne de
vendre ni d'acheter, il faut s'insurger contre cette grossière et
criminelle superstition, crier hautement à l'imposture: que ton argent
périsse avec toi! Ce que l'homme a de plus précieux il l'a en général
reçu gratuitement: qu'il sache donc le donner gratuitement.