Le comte de Clermont, bien qu'il fût beau cousin du roi, reçut mauvais

accueil des Orléanais. On jugeait sa conduite honteuse et malhonnête

et quelques-uns le lui firent entendre. Le lendemain, il s'esquiva

avec ses Auvergnats et ses Bourbonnais, aux applaudissements du peuple

qui ne voulait pas nourrir ceux qui ne se battaient pas[525]. En même

temps, messire Louis de Culant, amiral de France, et le capitaine La

Hire, quittaient la ville avec deux mille hommes d'armes et, quand on

sut leur départ, ce furent de telles huées, qu'il leur fallut, pour

apaiser les bourgeois, leur promettre qu'ils les allaient secourir de

gens et de vivres, ce qui était la pure vérité. Messire Regnault de

Chartres, qui était venu dans la ville à un moment qu'on ne saurait

dire, partit avec eux, ce dont on ne pouvait lui faire grief, puisque,

chancelier de France, sa place était au Conseil du Roi. Mais ce qui

devait paraître assez étrange, c'est que le successeur de Monsieur

saint Euverte et de Monsieur saint Aignan, messire de Saint-Michel,

quitta alors son siège épiscopal et délaissa son épouse affligée[526].

Quand les rats s'en vont, c'est que le navire va couler. Il ne restait

plus dans la ville que monseigneur le Bâtard et le maréchal de

Boussac. Encore le maréchal ne devait-il pas demeurer très longtemps.

Il partit au bout d'un mois, disant qu'il lui fallait aller près du

roi et aussi prendre possession de plusieurs terres qui lui étaient

échues du chef de sa femme, par la mort du seigneur de Châteaubrun son

beau-frère, qui avait été tué à la journée des Harengs[527]. Ceux de

la ville tinrent cette raison pour bonne et suffisante; il leur promit

de revenir bientôt, et ils furent contents. Or, le maréchal de Boussac

était un des seigneurs les plus attachés au bien du royaume[528]. Mais

quiconque avait terre se devait à sa terre.

[Note 525: _Journal du siège_, pp. 50, 52.]

[Note 526: _Ibid._, p. 51.]

[Note 527: _Journal du siège_, p. 59.]

[Note 528: Thaumas de la Thaumassière, _Histoire du Berry_,

Bourges, 1689, in-fol., pp. 648-656.]

Les bourgeois, se croyant trahis et délaissés, avisèrent à leur

sûreté. Et puisque le roi ne les savait garder, ils résolurent, pour

échapper aux Anglais, de se donner à plus puissant que lui. Ils

envoyèrent à monseigneur Philippe, duc de Bourgogne, le capitaine

Poton de Saintrailles, qui lui était connu pour avoir été son

prisonnier, et deux procureurs de la ville, Jean de Saint-Avy et Guion

du Fossé, avec mission de le prier et requérir qu'il voulût bien les

regarder favorablement et que, pour l'amour de son bon parent, leur

seigneur Charles, due d'Orléans, prisonnier en Angleterre et empêché

de garder lui-même ses terres, il lui plût amener les Anglais à lever

le siège, jusqu'à ce que le trouble du royaume fût éclairci. C'était

leur ville qu'ils offraient de remettre en dépôt aux mains du duc de

Bourgogne, selon les voeux secrets de Monseigneur Philippe, qui,

ayant envoyé quelques centaines de lances bourguignonnes sous Orléans,

aidait les Anglais à prendre la ville et n'entendait pas les y aider

gratuitement[529].

[Note 529: Monstrelet, t. IV, p. 317.--_Journal du siège_, p.

52.--_Chronique de la Pucelle_, p. 269.--Jean Chartier, _Chronique_,

t. I, p. 65.--Morosini, pp. 16, 17; t. IV, annexe XIV.--Du Tillet,

_Recueil des traités_, p. 221.]

Les Orléanais, en attendant le jour incertain et lointain où ils

seraient ainsi gardés, continuèrent à se garder eux-mêmes de leur

mieux. Mais ils étaient soucieux et non sans raison. Car s'ils

veillaient à ce que l'ennemi ne pût entrer, ils ne découvraient aucun

moyen de le chasser bientôt. Dans les premiers jours de mars, ils

observèrent avec inquiétude que les Anglais creusaient un fossé pour

aller à couvert d'une bastille à l'autre depuis la Croix-Boissée

jusqu'à Saint-Ladre. Ils essayèrent de détruire cet ouvrage. Ils

attaquèrent les Godons avec vigueur et firent quelques prisonniers.

Maître Jean tua de sa couleuvrine, en deux coups, cinq personnes,

parmi lesquelles lord Gray, neveu du feu comte de Salisbury[530]; mais

ils n'empêchèrent pas les Anglais d'accomplir leur travail. Ils

voyaient le siège se poursuivre avec une terrible rigueur. Agités de

doutes et de craintes, brûlés d'inquiétude, sans sommeil, sans repos

et n'avançant à rien, ils commençaient à désespérer. Tout à coup naît,

s'étend, grandit une rumeur étrange.

[Note 530: _Journal du siège_, p. 54.]

On apprend que par la ville de Gien a passé nouvellement une pucelle

annonçant qu'elle se rendait à Chinon auprès du gentil dauphin et se

disant envoyée de Dieu pour faire lever le siège d'Orléans et sacrer

le roi à Reims[531].

[Note 531: _Procès_, t. III, pp. 21-23.--_Journal du siège_, pp.

46 et suiv.--_Chronique de la Pucelle_, p. 278.]

Dans le langage familier, une pucelle était une fille d'humble

condition, gagnant sa vie à travailler de ses mains, et

particulièrement une servante. Aussi nommait-on pucelles les fontaines

de plomb dont on se servait dans les cuisines. Le terme était vulgaire

sans doute; mais il ne se prenait pas en mauvaise part. En dépit du

méchant dire de Clopinel: «Je lègue ma pucelle à mon curé», il

s'appliquait à une fille sage, de bonnes vie et moeurs[532].

[Note 532: La Curne et Godefroy, au mot: _Pucelle_.]

Cette nouvelle qu'une petite sainte d'humble condition, une pauvresse

de Notre-Seigneur, apportait secours divin aux Orléanais, frappa

vivement les esprits que la peur tournait à la dévotion et qu'exaltait

la fièvre du siège. La Pucelle annoncée leur inspira une curiosité

ardente que Monseigneur le Bâtard, en homme avisé, jugea bon

d'entretenir. Il envoya à Chinon deux gentilshommes chargés de

s'enquérir de la jeune fille. L'un, messire Archambaud de Villars,

capitaine de Montargis, qu'il avait déjà, durant le siège, expédié au

roi, était un très vieux chevalier, familier autrefois du duc Louis

d'Orléans, un des sept Français qui combattirent contre les sept

Anglais en l'an 1402, à Montendre[533]; un Orléanais de la première

heure qui, malgré son grand âge, avait vigoureusement défendu les

Tourelles, le 21 octobre. L'autre, messire Jamet du Tillay, écuyer

breton, venait de se faire honneur en couvrant avec ses hommes la

retraite de Rouvray. Ils partirent et la ville entière attendit

anxieusement leur retour[534].

[Note 533: _Relation contemporaine du combat de Montendre_, dans

_Bulletin de la Société de l'Histoire de France_, 1834, pp. 109-113.]

[Note 534: _Procès_, t. III, pp. 3, 125, 215.--_Journal du siège_,

pp. 5, 6, 31, 44.--_Nouvelle Biographie Générale_, articles de Vallet

de Viriville.]

CHAPITRE VI

LA PUCELLE À CHINON.--PROPHÉTIES.

Du village de Sainte-Catherine-de-Fierbois, Jeanne dicta une lettre

pour le roi, ne sachant point écrire. Par cette lettre, elle lui

demandait congé de l'aller trouver à Chinon et l'avisait que, pour lui

venir en aide, elle avait traversé cent cinquante lieues de pays et

qu'elle savait beaucoup de choses bonnes pour lui. On a dit qu'elle

lui annonçait aussi que, même fût-il caché parmi beaucoup d'autres,

elle saurait bien le reconnaître; mais, interrogée plus tard à ce

sujet, elle répondit qu'il ne lui en souvenait plus[535].

[Note 535: _Procès_, t. I, pp. 56, 75.]

Vers midi, quand la lettre fut scellée, Jeanne partit avec son escorte

pour Chinon[536]. Elle allait vers le roi, comme y allaient à cette

heure, sur un cheval boiteux trouvé dans un pré, tous ces fils

pauvres des veuves d'Azincourt et de Verneuil, ces jouvenceaux sortis

à quinze ans de leur tour en ruines et qui venaient se refaire et

refaire le royaume; comme y allaient Loyauté, Bon désir et

Famine[537]. Charles VII, c'était la France, l'image et le symbole de

la France. À cela près, un pauvre homme. Né l'onzième des malheureux

enfants qu'un malade faisait, entre deux accès de manie furieuse, à

une Bavaroise poulinière[538], il avait grandi dans les désastres et

survécu à ses quatre frères aînés, bien que lui-même assez mal venu,

cagneux, les jambes faibles[539]; vrai fils de roi, si l'on s'en

rapporte à sa mine, encore n'en faudrait-il pas jurer[540]. D'avoir

été sur le pont de Montereau ce jour où, disait un juste, mieux eût

valu être mort que d'y avoir été[541], il demeurait pâle et tremblant,

et regardait d'un oeil morne tout aller autour de lui à la male heure.

Après leur victoire de Verneuil et la conquête inachevée du Maine, les

Anglais, appauvris et fatigués, lui avaient laissé quatre ans de

répit. Mais ses amis, ses défenseurs, ses sauveurs avaient été

terribles. Pieux et modeste, se contentant pour lors de sa femme qui

n'était pas belle, il menait dans ses châteaux de la Loire une vie

inquiète et triste; il était peureux. On l'eût été à moins: dès qu'il

donnait un peu d'amitié ou de confiance à un seigneur, on le lui

tuait. Le connétable de Richemont et le sire de la Trémouille lui

avaient noyé le sire de Giac après une manière de procès[542]; le

maréchal de Boussac, sur l'ordre du connétable, lui avait tué Lecamus

de Beaulieu avec moins de façons. Lecamus se promenait sur sa mule,

dans un pré au bord du Clain, quand des hommes se jetèrent sur lui,

l'abattirent, la tête fendue et la main coupée; on ramena au roi la

mule du favori[543]. Le connétable de Richemont lui avait donné La

Trémouille, un tonneau, une outre, une espèce de Gargantua qui

dévorait le pays. La Trémouille ayant chassé Richemont, le roi gardait

La Trémouille, en attendant le retour de Richemont dont il avait

grand'peur. Et, de vrai, un prince paisible et timide comme il était,

devait craindre ce Breton toujours battu, toujours furieux, âpre,

féroce, à qui sa maladresse et sa violence donnaient un air de rude

franchise[544].

[Note 536: _Ibid._, t. I, p. 56.]

[Note 537: Bueil, _Le Jouvencel_, t. I, p. 32 et Tringant,

XV.--Jean Chartier, _Chronique_, ch. CXXXVIII.]

[Note 538: Vallet de Viriville, _Isabeau de Bavière_, 1859, in-8º,

et _Notes sur l'état civil des princes et princesses nés d'Isabeau de

Bavière_ dans la _Bibliothèque de l'École des Chartes_, t. XIX, pp.

473-482.]

[Note 539: Th. Basin, _Histoire de Charles VII et de Louis XI_, t.

I, p. 312.--Chastellain, édit. Kervyn de Lettenhove, t. 11, p. 178.]

[Note 540: _Chronique du Religieux de Saint-Denis_, t. I, pp. 28

et 43.--Docteur A. Chevreau, _De la maladie de Charles VI, roi de

France, et des médecins qui ont soigné ce prince_, dans l'_Union

Médicale_, février-mars 1862.--De Beaucourt, _Histoire de Charles

VII_, t. I, p. 4, note.]

[Note 541: Monstrelet, t. III, p. 347.]

[Note 542: Gruel, éd. Le Vavasseur, pp. 46 et suiv.--_Chronique de

la Pucelle_, p. 239.--Berry, p. 374.--Pierre de Fénin, _Mémoires_,

édit. de mademoiselle Dupont, pp. 222, 223.--Vallet de Viriville,

_Histoire de Charles VII_, t. I, p. 453.--De Beaucourt, _Histoire de

Charles VII_, t. II, p. 432.]

[Note 543: Gruel, pp. 53, 193.--_Geste des Nobles_, p. 200.--Jean

Chartier, _Chronique_, t. I, pp. 23, 24, 54.--De Beaucourt, _Histoire

de Charles VII_, t. II, p. 132.--E. Cosneau, _Le connétable de

Richemont_, Paris, 1886, in-8º, p. 131.]

[Note 544: Gruel, p. 231.--_Chronique de la Pucelle_, pp. 200,

248.--Jean Chartier, _Chronique_, t. I, p. 54; t. III, p. 189.--De

Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 142.--E. Cosneau, _Le

connétable de Richemont_, p. 140.]

En 1428, Richemont voulut reprendre de force sa place auprès du roi.

Les comtes de Clermont et de Pardiac se joignirent au connétable. La

belle-mère du roi, Yolande d'Aragon, reine, sans royaume, de Sicile et

de Jérusalem et duchesse d'Anjou, entra dans le parti des

mécontents[545]. Le comte de Clermont prit et mit à rançon le

chancelier de France, le premier ministre de la couronne. Il fallut

que le roi payât pour ravoir son chancelier[546]. Le connétable

guerroyait en Poitou contre les gens du roi, tandis que les routiers,

à la solde du roi, ravageaient les pays restés dans son obéissance et

que les Anglais s'avançaient sur la Loire.

[Note 545: De Beaucourt, _op. cit._, t. II, pp. 143, 144 et

suiv.--E. Cosneau, _op. cit._, pp. 142 et suiv.]

[Note 546: Dom Morice, _Preuves de l'histoire de Bretagne_, t. II,

col. 1199.--De Beaucourt, _op. cit._, t. II, p. 150.--E. Cosneau, _op.

cit._, p. 144.]

Dans cette condition misérable, le roi Charles, tout mince, étriqué de

corps et d'esprit, fuyant, craintif, défiant, faisait triste figure:

pourtant, il en valait bien un autre, et c'était peut-être le roi

qu'il fallait à cette heure. Un Philippe de Valois, un Jean le Bon

s'étaient donné l'amusement de perdre des provinces à l'épée. Le

pauvre roi Charles n'avait ni le goût ni les moyens de faire comme eux

des vaillantises d'armes, et de chevaucher sur le dos de la piétaille.

Il avait ceci d'excellent qu'il n'aimait pas du tout les prouesses et

qu'il n'était ni ne pouvait être de ces chevalereux qui faisaient la

guerre en beauté. Déjà son grand-père, dépourvu aussi de toute

chevalerie, avait beaucoup nui aux Anglais. Le petit-fils n'était pas

sans doute d'aussi grande sapience que Charles V, mais il ne manquait

point de cautèle et était enclin à penser que souvent on gagne plus

par traités qu'à la pointe de la lance[547].

[Note 547: P. de Fénin, _Mémoires_, p. 222.--De Beaucourt,

_Histoire de Charles VII_, Introduction.--E. Charles, _Le caractère de

Charles VII_, dans _Revue Contemporaine_, t. XXII, pp. 300-328.]

On faisait sur son dénuement des contes ridicules. Un cordonnier,

disait-on, qu'il ne pouvait payer comptant, lui avait tiré du pied le

houseau qu'il venait de lui mettre et était parti, le laissant avec

ses vieux houseaux[548]. On disait encore qu'un jour, La Hire et

Saintrailles l'étant venu voir, l'avaient trouvé dînant avec la reine

et n'ayant que deux poulets et une queue de mouton pour tout

festoiement[549]. C'étaient là des propos à faire rire les bonnes

gens. Le roi possédait encore de grandes et belles provinces:

Auvergne, Lyonnais, Dauphiné, Touraine, Anjou, tous les pays au sud

de la Loire, hors la Guyenne et la Gascogne[550].

[Note 548: Le doyen de Saint-Thibaud, _Tableau des rois de

France_, dans _Procès_, t. IV, p. 325.]

[Note 549: Martial d'Auvergne, _Les vigiles de Charles VII_, éd.

Coustelier, 1724, (2 vol. in-12), t. I, p. 56.]

[Note 550: L. Drapeyron, _Jeanne d'Arc et Philippe le Bon_, dans

_Revue de Géographie_, novembre 1886, p. 331.]

Sa grande ressource était de convoquer les États. La noblesse ne

donnait rien, alléguant qu'il était ignoble de payer. Si le clergé

contribuait malgré son dénuement, le tiers portait plus que son faix

des charges pécuniaires. La taille, impôt extraordinaire, devenait

annuelle. Le roi assemblait les États tous les ans, souvent deux fois

l'an, mais non sans peine[551]. Les routes étaient mal sûres. Les

voyageurs risquaient, à tout bout de champ, d'être détroussés et

assassinés. Les officiers, qui allaient de ville en ville recouvrer

les deniers, marchaient sous escorte, de crainte des Écossais et des

autres gens d'armes au service du roi[552]. En 1427, un routier nommé

Sabbat, qui tenait garnison à Langeais, faisait trembler la Touraine

et l'Anjou. Aussi les députés des villes n'étaient-ils pas pressés de

se rendre aux États. Encore s'ils avaient cru que leur argent fût

employé pour le bien du royaume! Mais ils savaient que le roi en

ferait d'abord des présents à ses seigneurs. On les invitait à venir

aviser sur le moyen de réprimer les pilleries et roberies dont ils

souffraient[553]; et quand, au risque de leur vie, ils étaient venus

en chambre royale, il leur fallait consentir la taille en silence. Les

officiers du roi menaçaient de les faire noyer, s'ils ouvraient la

bouche. Aux États tenus à Mehun-sur-Yèvre, en 1425, les gens des

bonnes villes dirent qu'ils étaient contents d'aider le roi, mais

qu'ils voudraient bien qu'il fût mis fin aux pilleries, et messire

Hugues de Comberel, évêque de Poitiers, parla comme eux. En

l'entendant, le sire de Giac dit au roi: «Si l'on m'en croyait, on

jetterait Comberel dans la rivière avec les autres qui ont été de son

opinion.» Sur quoi les gens des bonnes villes votèrent deux cent

soixante mille livres[554]. En septembre 1427, réunis à Chinon, ils

accordèrent cinq cent mille livres pour la guerre[555]. Par lettres du

8 janvier 1428, le roi manda aux États généraux de se réunir dans un

délai de six mois, le 18 juillet suivant, à Tours[556]. Le 18 juillet,

personne ne vint. Le 22 juillet, nouveau mandement du roi, assignant

les États à Tours le 10 septembre[557]. L'assemblée n'eut lieu qu'en

octobre 1428 à Chinon, au moment où le comte de Salisbury marchait sur

la Loire. Les États accordèrent cinq cent mille livres[558]. Mais on

s'attendait à ce que bientôt le bon peuple ne pût plus payer. Par ce

temps de guerre et de roberies, bien des terres étaient en friche,

bien des boutiques closes, et l'on ne voyait plus beaucoup de

marchands allant, sur leur bidet, de ville en ville[559].

[Note 551: _Recueil des Ordonnances_, t. XIII, p. XCIX, et la

table de ce volume au mot: _Impôts_.--Loiseleur, _Compte des

dépenses_, pp. 51 et suiv.--A. Thomas, _Les États Généraux sous

Charles VII_ dans le _Cabinet Historique_, t. XXIV, 1878; _Les États

provinciaux de la France centrale sous Charles VII_, Paris, 1879, 2

vol. in-8º, _passim_.]

[Note 552: Jean Chartier, _Chronique_, t. III, p. 318.--Vallet de

Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. I, p. 390.--De Beaucourt,

_Histoire de Charles VII_, t. I, p. 428; t. II, pp. 646 et suiv.]

[Note 553: _Le Jouvencel_, t. I, Introduction, pp. XIX, XX.]

[Note 554: _Chronique de la Pucelle_, p. 237.--Loiseleur, _Compte

des dépenses_, p. 61.--Vallet de Viriville, _Mémoire sur les

institutions de Charles VII_, dans _Bibliothèque de l'École des

Chartes_, t. XXXIII, p. 37.]

[Note 555: Dom Vaissette, _Histoire du Languedoc_, t. IV, p. 471.]

[Note 556: De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, p.

167.]

[Note 557: Dom Vaissette, _Histoire du Languedoc_, IV, p. 471.--A.

Thomas, _Les États Généraux sous Charles VII_, pp. 49-50.]

[Note 558: Dom Vaissette, _Histoire du Languedoc_, t. IV, p.

472.--Raynal, _Histoire du Berry_, t. III, p. 20.--Loiseleur, _Compte

des dépenses_, pp. 63 et suiv.--De Beaucourt, _Histoire de Charles

VII_, t. II, pp. 170 et suiv.]

[Note 559: Th. Basin, _Histoire de Charles VII_, liv. II, ch.

VI.--Antoine Loysel, _Mémoires des pays, villes, comtés et comtes de

Beauvais et Beauvoisis_, Paris, 1618, p. 229.--P. Mantellier,

_Histoire de la communauté des marchands fréquentant la rivière de

Loire_, t. I, p. 195.]

L'impôt ne rentrait pas bien et réellement le roi souffrait par défaut

d'argent. Pour guérir ce grand mal, il employait trois remèdes, dont

le meilleur ne valait rien. Premièrement, comme il devait à tout le

monde, à la reine de Sicile[560], à La Trémouille[561], à son

chancelier[562], à son boucher[563], au chapitre de Bourges qui lui

fournissait du poisson d'étang[564], à ses cuisiniers[565], à ses

galopins[566], il engageait l'impôt entre les mains de ses

créanciers[567]; deuxièmement, il aliénait son domaine: ses villes,

ses terres étaient à tout le monde, hors à lui[568]; troisièmement, il

faisait de la fausse monnaie. Ce n'était point par malice, mais par

nécessité et conformément à l'usage[569].

[Note 560: Dom Morice, _Preuves de l'Histoire de Bretagne_, t. II,

col. 1145, 1194.--_Ordonnances_, t. XV, p. 147.]

[Note 561: Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. I,

p. 373.--De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 175.--Duc

de La Trémoïlle, _Chartrier de Thouars, documents historiques et

généalogiques_, p. 17; _Les La Trémoïlle pendant cinq siècles_, t. I,

p. 175.]

[Note 562: De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_. t. II, p.

632.]

[Note 563: Jean Chartier, _Chronique_, t. III, Comptes, p.

316.--_Cabinet Historique_, juin 1858, p. 176.]

[Note 564: _Cabinet Historique_, sept. et oct. 1858, p. 263.]

[Note 565: Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. I,

p. 374.]

[Note 566: De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, p.

634.]

[Note 567: Loiseleur, _Compte des dépenses_, p. 57.]

[Note 568: De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, p.

634.]

[Note 569: Vuitry, _Les monnaies sous les trois premiers Valois_,

Paris, 1881, in-8º, pp. 29 et suiv.--Loiseleur, _Compte des dépenses_,

p. 47.--Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. I, p.

243.--De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. II, pp. 620 et

suiv.]

Le sire de La Trémouille portait le seul titre de

conseiller-chambellan, mais il était aussi le grand usurier du

royaume. Il avait pour débiteurs le roi et une multitude de seigneurs

grands ou petits[570]. C'était donc un homme puissant. En ces temps

difficiles, il rendit à la couronne des services sans doute intéressés

mais précieux. Du mois de janvier au mois d'août 1428, il avança des

sommes s'élevant à vingt-sept mille livres environ pour lesquelles des

châteaux et des terres lui furent données en gages[571]. Par bonheur,

le Conseil du roi était composé d'un assez grand nombre de légistes

et de gens d'Église fort capables d'expédier les affaires. L'un d'eux,

Robert Le Maçon, seigneur de Trèves, Angevin, né dans la roture, entré

au Conseil sous la Régence, fut le premier de ces hommes sans

naissance qui servirent Charles VII de manière à lui valoir le surnom

de Bien-Servi[572]. Un autre, le sire de Gaucourt, avait aidé son roi

à la guerre[573].

[Note 570: Clairambault, _Titres, scellés_, vol. 205, pp. 8769,

8771, 8773 et _passim_.--De Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t.

II, p. 293.]

[Note 571: Arch. nat. J. 183, nº 142.--Duc de La Trémoïlle, _Les

La Trémoïlle pendant cinq siècles_, t. 1, p. 177.--De Beaucourt,

_Histoire de Charles VII_, t. II, p. 198.]

[Note 572: Le P. Anselme, _Histoire générale et chronologique de

la maison de France_, t. VI, p. 399.--Vallet de Viriville, dans

_Nouvelle Biographie générale_.--De Beaucourt, _Histoire de Charles

VII_, t. I, p. 63.]

[Note 573: Marquis de Gaucourt, _Le Sire de Gaucourt_, Orléans,

1855, in-8º.]

Il en est un troisième qu'il faut connaître le mieux possible. Sa part

dans cette histoire est grande; elle apparaîtrait plus grande encore

si on la découvrait tout entière. C'est Regnault de Chartres, que nous

avons déjà vu enlevé et mis à finance[574]. Fils d'Hector de Chartres,

maître des Eaux et Forêts en Normandie, il entra dans les ordres,

devint archidiacre de Beauvais, puis camérier du pape Jean XXIII et

fut élevé en 1414, à l'âge de trente-quatre ans environ, au siège

archiépiscopal de Reims[575]. L'année suivante, trois de ses frères

restèrent dans les boues sanglantes d'Azincourt. Hector de Chartres

périt à Paris en 1418 massacré par les bouchers[576]. Regnault

lui-même, jeté dans les prisons des Cabochiens, s'attendait à être mis

à mort. Il fit voeu, s'il échappait à ce péril, d'observer le maigre

tous les mercredis et de déjeuner à l'eau tous les vendredis et les

samedis, sa vie durant[577]. On ne saurait juger de l'esprit d'un

homme sur un acte inspiré par l'épouvante; pourtant l'auteur de ce

voeu ne saurait être mis facilement au rang des Épicuriens qui ne

croyaient pas en Dieu, comme il s'en trouvait, dit-on, beaucoup parmi

les clercs; on supposera plutôt que son intelligence se soumettait aux

croyances communes.

[Note 574: Le P. Anselme, _Histoire généalogique et chronologique

de la maison de France_, t. VI, p. 339.--_Gallia Christiana_, t. IX,

col. 135.--Hermant, _Histoire ecclésiastique de Beauvais_ (Bibl. nat.,

fr. 8581), fol. 15 et suiv.--Article de Vallet de Viriville dans

_Nouvelle Biographie générale_ et _Histoire de Charles VII_, t. II, pp.

160 et suiv.]

[Note 575: Le P. Denifle, _Cartularium Universitatis Parisiensis_,

t. IV, p. 275.]

[Note 576: _Journal d'un bourgeois de Paris_, p. 109.]

[Note 577: Le P. Denifle, _La désolation des églises_, t. I, pp.

594, 595.--Garnier, _Documents relatifs à la surprise de Paris par les

Bourguignons en mai 1418_, dans _Bulletin de la Société de l'Histoire

de Paris_, 1877, p. 51.]

Vie de Jeanne d'Arc. Vol. 1 de 2 · 第 15 / 39 段