Ainsi qu'elle s'y était engagée, mais assez avant dans la matinée,--il
était plus de dix heures et demie,--Claude montait vers le Bois-fleuri,
la propriété haut perchée, qui dans l'entour de son parc, dominait
Landemer. La marquise de Ryeux était une très charitable et très pieuse
vieille dame qui subventionnait largement le dispensaire dont la
direction était confiée au docteur Élisabeth Ronal.
C'est ainsi que Claude était venue gîter à Landemer, sous l'aile de Mlle
de Villebon, autre fidèle du dispensaire et de ses oeuvres multiples; une
dévouée qui, rebelle au mariage, retenue auprès d'un père infirme dont
la mort la laissait seule, s'était alors adonnée aux oeuvres pies, leur
consacrant la plus grande part de sa fortune.
Claude lui avait dit vrai, comme toujours, en parlant avec sa sincérité
hautaine, la veille. Hors de l'atmosphère qu'Élisabeth créait autour
d'elle, Mlle de Villebon lui apparaissait comme une façon de phénomène
dont la mentalité lui était singulièrement étrangère. Quant à Mme de
Ryeux, c'était pour elle, une respectable vieille dame, cordialement
ennuyeuse, guère intelligente.
Aussi, elle avait dû faire effort pour s'en aller lui porter le message
de Mlle de Villebon, laissant son violon qu'elle avait travaillé avec
amour depuis le matin.
Dehors, elle se consola instantanément de cette course forcée, car la
matinée était délicieuse. Encore des rafales, mais un large ciel pur
d'un bleu lavé, où couraient, haletantes, balayées par le vent, de
grosses nuées floconneuses... Un ruissellement de soleil sur les
feuilles rousses, sur l'herbe humide que courbait le bon souffle salé;
et jusqu'à l'horizon, une mer houleuse, couleur d'opale, dont les vagues
venaient, dans une poussière de neige, battre le rivage de galets.
A son ordinaire, Claude marchait vite, parce qu'elle était à l'âge où la
marche est un vol. Et si violemment, elle jouissait de la saveur un peu
âpre de ce matin de septembre, qu'elle ne pensait à rien d'autre. Elle
oubliait le départ si proche, l'avenir incertain, autant que la beauté
de ce ciel tourmenté où le soleil semblait une clarté fugitive.
De même, elle avait oublié un petit incident qui l'avait amusée un
instant, tout à l'heure, tandis qu'elle finissait de jouer un _adagio_
de Franck... Du dehors, un invisible promeneur criant: «Bravo! Bravo!»
avec un accent d'enthousiasme et de conviction, flatteur comme les plus
flatteurs applaudissements qu'elle eût reçus.
Et, certes, si jeune fût-elle, déjà elle avait été acclamée, depuis le
jour de son prix triomphal, au Conservatoire; et ensuite, dans les
divers milieux mondains, ou purement artistiques, qui s'étaient ouverts
à sa jeune carrière. Car elle était prodigieusement douée, fille d'une
mère qui s'était révélée une rare artiste pendant une courte apparition
au théâtre, interrompue par la mort. Et, de plus, elle avait été une
travailleuse dirigée par l'inflexible volonté d'arriver. D'ailleurs,
elle aimait l'art pour l'art. Même sans la nécessité de parvenir, elle
se fût donnée à la musique avec la même fougue qui mettait dans son jeu
une flamme dont la puissance échauffait les plus profanes.
Dans ses premiers succès, il y avait eu aussi une part pour son type
d'étrange gamine, son masque d'éphèbe, couronné de boucles lourdes, le
mince visage, sévère et un peu dédaigneux, semblant éclairé par quelque
obscur foyer qui épandait son reflet dans l'ombre chaude des prunelles,
dans le dessin frémissant des lèvres. Devant le public, elles ne
souriaient guère ces lèvres, ardemment pourpres; elles s'ouvraient à
peine dans le monde; surtout pour répondre aux félicitations, qui
semblaient la laisser très indifférente; comme si elle eût joué pour
elle seule, pour réaliser un idéal qui lui était cher.
Élevée par une créature d'élite, de volonté forte et douce, qui aimait
ses frères comme les autres s'aiment eux-mêmes, elle l'avait vue, par
ses actes bien plus que par ses paroles, lui enseigner que la femme,
surtout quand elle est pauvre, doit tracer bravement son sillon, sans
escompter l'appui de l'homme qui, neuf fois sur dix, le lui accorde en
égoïste.
Dans une atmosphère d'altruisme, de science, de devoir, de féminisme
aussi, elle avait ainsi grandi, entendant frémir autour d'elle le monde
des idées, qu'elle accueillait avec une avidité insatiable.
Le souci des humbles lui apparaissait tout naturel... Et cependant,
c'était par un effort vers la loi du dévouement, sans cesse prêchée par
Élisabeth Ronal, qu'elle s'était résignée, en cette matinée de
septembre, à quitter son violon, pour porter des nouvelles des petites
pensionnaires à leur bienfaitrice.
--Puis-je voir Mme de Ryeux, un moment? Voulez-vous lui demander si elle
veut bien me recevoir? dit-elle au domestique apparu au tintement de la
cloche d'arrivée.
--Si Mademoiselle veut entrer, je vais m'informer.
Claude pénétra dans le petit salon, clair sous ses tentures de Jouy, et
resta debout devant la fenêtre, regardant la course des vagues qui
bondissaient jusqu'aux plus lointaines profondeurs de l'horizon.
--Que Mademoiselle veuille bien me suivre; Madame la marquise est au
premier, dans la bibliothèque.
Claude obéit. Le domestique ouvrit une porte et elle se trouva dans la
vaste pièce, pareille à une galerie, où dans la haute cheminée d'antan,
crépitait une belle flambée de bois.
Mme de Ryeux n'était pas seule. Devant elle, qui était assise près de
la cheminée, occupée à tricoter dans sa bergère, se tenait un homme
jeune que Claude ne connaissait pas; hardiment campé, la silhouette
élégante, malgré sa robustesse, des cheveux coupés en brosse au-dessus
du front, bruns mais striés de blanc. La moustache était plus claire sur
les lèvres dessinées d'un trait presque violent, comme le menton carré,
soigneusement rasé.
Mme de Ryeux accueillit Claude avec un sourire de grand'mère.
--Bonjour, ma petite fille. Venez vous chauffer. Il fait froid ce
matin...
--Je ne m'en suis pas aperçue, madame, fit Claude, souriant un peu de
l'idée de la vieille dame, qu'il pût «faire froid» par cette radieuse
matinée d'automne. Elle trouvait, au contraire, trop chaude l'atmosphère
de la pièce qu'éclairait l'ardente flambée.
--Heureuse enfant! Ah! la belle chose que la jeunesse! N'est-ce pas?
Raymond.
Elle se tournait à demi vers son compagnon.
--C'est vrai, vous êtes toute rose, ma petite. Ah! mais j'oublie de vous
présenter mon fils, qui m'a fait, hier, le plaisir de venir me
surprendre; tout seul, hélas! ne m'amenant pas sa femme.
M. de Ryeux s'inclinait, correct, et son regard tout ensemble vif,
ironique et d'une hardiesse caressante, se posa sur Claude qui lui
rendit un coup d'oeil non moins désinvolte, avec de l'indifférence en
plus. Elle pensait:
--Comment cet homme, qui a une mine de condottiere, peut-il être le fils
de cette vieille dame moutonnière?
Lui, répondait à la réflexion de sa mère:
--Ma femme ne goûte pas du tout les courses en auto; et comme c'est
ainsi, ma mère, que je venais vous voir, elle est restée paisiblement à
Deauville.
--C'est que, aussi, Raymond, tu vas d'une telle allure!... C'est
effrayant!
--Mère, c'est la seule allure qui soit amusante... N'est-ce pas?
mademoiselle.
Il se tournait vers Claude qui, restée debout, écoutait vaguement les
paroles de la mère et du fils, toute droite dans sa veste de tricot
couleur d'émeraude, sa tête bouclée coiffée du simple polo de même
nuance.
Interpellée, elle dit, la voix un peu brève:
--Vous me demandez, monsieur, ce que j'ignore. Jamais je ne vais en
auto... Et pour cause!
Cette fois, elle souriait un peu.
--Je suis sûr que vous seriez une fervente automobiliste.
--Sûr?... Parce que?
--Parce que vous êtes jeune, parce que vous avez un air très... résolu
et des yeux qui doivent être avides de voir.
--Raymond, Raymond, interrompit Mme de Ryeux, tu es très indiscret
d'inspecter ainsi la personne de Claude! Tout au plus, il t'est permis
de regarder ses mains qui savent faire chanter le violon, de manière à
me donner des distractions quand je l'entends le dimanche, à la
grand'messe.
--Ah! vous jouez du violon, mademoiselle... mademoiselle...
--Mlle Claude Suzore, acheva Mme de Ryeux. C'est vrai, je n'avais pas
fini les présentations...
Une curiosité luisait soudain dans les prunelles de Raymond de Ryeux.
--Peut-être vous allez trouver à votre tour, mademoiselle, comme ma
mère, que je suis indiscret, si je me permets de vous adresser une
question... Mais maintenant que j'ai l'honneur de vous connaître et vous
sais musicienne, je jurerais que c'est vous que j'ai entendue jouer ce
matin, dans une maison pas bien loin d'ici, devant laquelle piaillaient
les jeunes protégées de ma mère... Est-ce que je me trompe?
Claude se souvint de l'invisible promeneur qui lui avait lancé un si
enthousiaste bravo et que, dédaigneuse, elle n'avait pas cherché à
entrevoir. Le rapprochement l'amusa, et, encore une fois, un léger
sourire détendit la ligne fière de la bouche.
--Vous pourriez jurer sans grand risque, monsieur; il n'y a pas beaucoup
de violonistes à Capelle...
--Et il n'y en a pas beaucoup, ailleurs, qui jouent comme je vous ai
entendue jouer...
Il dit cela tranquillement, comme un fait établi, sans que rien, dans
son accent, fît un compliment de ses paroles. Et, le ton non moins
détaché, Claude rétablit:
--Oh! que si, il y en a beaucoup!
--Pas à votre âge... Car vous devez être très jeune...
Cette fois, Claude ne répondit pas; et ce fut Mme de Ryeux qui, de sa
voix frêle, expliqua:
--C'est vrai, elle est très jeune. Avez-vous même vos dix-huit ans?
Claude.
--Oui, madame, depuis le mois dernier.
L'accent était un peu bref, car il lui était désagréable d'être ainsi
mise en jeu.
Brisant la conversation, elle dit rapidement:
--J'étais venue, madame, de la part de Mlle de Villebon vous dire qu'il
était inutile de déranger le docteur pour la petite Adèle Poulain. Elle
est tout à fait remise.
--Bien, très bien, alors... Je vais faire téléphoner au Docteur. Veux-tu
t'en charger? Raymond. Il devait passer tantôt à Capelle.
--Très volontiers, ma mère. Mais s'il ne devait venir que cet
après-midi, je puis l'avertir en allant à Jobourg.
--Mieux vaudrait peut-être téléphoner tout de même... Ah! tu vas à
Jobourg? Tu auras le temps, en ne partant qu'après le déjeuner?...
--Avec l'auto?... Ce n'est rien, ma mère. Vous connaissez Jobourg?
mademoiselle.
De nouveau, il se tournait vers Claude qui s'apprêtait à partir--comme
s'il eût voulu la retenir.
--Non, c'est trop loin, même pour une bonne marcheuse de mon espèce, et
je n'avais pas de bicyclette à ma disposition.
Paisible et bonne, Mme de Ryeux intervint:
--C'est vrai, cette petite n'a eu guère les occasions et le moyen de
visiter le pays. Sais-tu, Raymond, tu devrais l'emmener!... Je suis sûre
que ça l'enchanterait.
M. de Ryeux et Claude échangèrent un coup d'oeil stupéfait, devant
l'imprévu de la proposition. Un éclair avait lui, une seconde, dans les
yeux de Claude, mais s'éteignit aussitôt. S'il s'était agi d'une course
sous la conduite d'un simple chauffeur de profession, elle eût accepté
tout de suite!... Et avec quel délice!... Mais ce qui lui était offert,
c'était une promenade, en tête à tête avec un conducteur homme du monde
en l'honneur duquel, poliment, elle devrait faire des frais, causer..
Or, Claude était bien trop indépendante pour se résigner à une
contrainte de ce genre afin d'acheter un plaisir,--qui, d'ailleurs, en
ces conditions, eût cessé d'être un plaisir... Aussi, elle demeura
silencieuse tandis que M. de Ryeux, qui ne semblait avoir aucune
appréhension analogue à la sienne, répliquait alertement, revenu de la
première surprise:
--Mais très volontiers, j'emmènerai Mademoiselle, si elle veut bien se
confier à moi!... Cela m'amuserait beaucoup aussi, pour ma part.
Claude sentait la tentation se réveiller. Mais, se raidissant contre
l'obscur désir, elle dit un peu railleuse:
--Vous vous illusionnez! monsieur. Je ne suis pas du tout une agréable
compagne de promenade... Je ne parle pas quand je m'amuse!
--Et cela vous amuserait, ce petit tour en auto?
Avec une franchise indifférente, elle confessa:
--Oui, puisque vous allez d'une allure folle, et que je sais, superbe,
la pointe de Jobourg!
Il sourit. Une petite flamme courte luisait dans ses yeux.
--Alors tout est bien... Mademoiselle, je vous enlève, comme ma mère m'y
engage. Moi non plus, je ne parle pas quand je suis dans mon personnage
de chauffeur. Donc, nos deux silences s'accommoderont fort bien de leur
voisinage... Et la promenade est décidée, puisque ma mère en a eu la
bonne idée!
A ce soin qu'il avait de faire intervenir la vieille marquise, Claude
devina qu'il redoutait chez elle quelque scrupule de convenance; une
hésitation à s'en aller ainsi, seule, avec un inconnu, encore que cet
inconnu dût lui paraître presque un «monsieur d'âge». Elle avait
dix-huit ans et lui, devait frôler la quarantaine. Évidemment, il ne
pouvait savoir qu'elle avait toute la liberté d'action d'une fille
habituée à ne compter que sur sa propre protection. Du moment qu'elle ne
serait pas astreinte à l'obligation de causer, elle se réjouissait comme
une gamine de cette aubaine inouïe et elle consentait.
Mais c'est à Mme de Ryeux, que, soudain, les scrupules venaient.
Hésitante, elle commençait:
--Vous ne pensez pas, ma petite fille, que Mme Ronal trouverait peu
convenable une promenade en ces conditions?
Claude se mit à rire:
--Oh! madame, Élisabeth est incapable d'avoir une pareille idée... Elle
me laisse toujours libre d'aller où, et avec qui, je juge pouvoir le
faire.
Raymond de Ryeux écoutait attentif et intéressé. Il comprenait très bien
que cette singulière gamine ne parlait pas ainsi par bravade, mais
articulait simplement un fait. Elle était une vraie fille du vingtième
siècle, usant avec une tranquillité fière de l'indépendance qui lui
paraissait aussi naturelle que l'obéissance à ses soeurs, jadis.
Mme de Ryeux, rassurée, continuait:
--D'ailleurs, Raymond pourrait être un respectable père de famille, si
le Ciel avait exaucé mes prières; et près de vous, mon enfant, il est
presque un vieux monsieur.
--Ma mère, vous me comblez! fit-il sur un ton de badinage, qui voilait,
à peine, une impatience que Claude perçut, amusée.
Que son compagnon fût vieux ou jeune, il ne lui importait guère à
elle-même, très dédaigneuse à l'égard des hommes; sauf le cas où ils
avaient une supériorité cérébrale. Celui-ci appartenait tout platement à
la vaine phalange des gens du monde. Donc, pour elle, il comptait bien
moins que son auto elle-même. Et avec une sincérité tranquille, elle
répliqua:
--Madame, soyez sans inquiétude. Élisabeth trouverait sûrement que je
n'ai aucune raison pour ne pas profiter de votre bonne invitation.
--Parfait! Alors la chose est convenue. Raymond, tu iras prendre cette
petite... à quelle heure?
--Pour que nous profitions du soleil, il faudrait partir vers une heure
et demie. Cela vous conviendrait-il? mademoiselle.
--Très bien. Je serai prête. Au revoir, madame, et merci. Je rentre
prévenir Mlle de Villebon que, seulement à la fin de l'après-midi, je
pourrai l'aider à surveiller les petites.
--C'est bien... Au revoir, ma petite amie. Raymond, tu la reconduis?
--Ne prenez pas la peine, monsieur; c'est bien inutile! Allez plutôt
téléphoner au docteur qui pourrait bien finir par se déranger en pure
perte. Je me reconduirai moi-même.
--Mademoiselle, vous voulez que je me comporte comme un mufle!
--Vous êtes cérémonieux, monsieur. Tant pis!... Je vous avoue que, pour
ma part, je pratique fort mal les cérémonies!
Il avait ouvert la porte devant elle; et sans souci de sa protestation,
il descendait à ses côtés les degrés du perron. Le souffle de la mer les
enveloppa, plaquant autour du jeune corps de Claude, la laine souple de
sa veste. Elle avait glissé les deux mains dans les poches tricotées et
se reprenait à humer avidement l'air vif qui fouettait de rose la
blancheur ivoirine du visage, soulevant les boucles autour du front.
--Vous aimez la campagne... la mer... n'est-ce pas? mademoiselle.
--Qui vous fait supposer cela?
--La façon gourmande dont vos lèvres boivent la rude brise que nous
envoie le large.
Elle dit, d'un indéfinissable ton qui laissait douter si elle était
sincère ou raillait:
--J'aime tout ce qui est violent! Au revoir, monsieur. A tout à l'heure!
Elle s'arrêta une seconde; et cette fois, un vrai sourire effaça
l'expression un peu hautaine toujours du visage:
--Vous me trouvez, peut-être, affreusement indiscrète,--à mon
tour!...--d'avoir ainsi accepté l'invitation de madame votre mère. Mais
cette invitation a pris ma sagesse par surprise et elle était si
séduisante, que je n'ai pas eu le courage de résister à la tentation!
--J'en suis ravi! s'exclama-t-il, avec une sincérité qu'elle discerna et
dont elle ne s'étonna pas. Elle savait très bien--les faits l'avaient
instruite!...--qu'elle attirait les hommes, justement peut-être parce
qu'ils se sentaient sans action sur elle.
--... Ce sera charmant pour moi, d'avoir une compagne!
--Une compagne silencieuse, souligna-t-elle. Je ne serai pas gênante.
--Près d'un chauffeur silencieux. Je ne serai pas gênant. C'est entendu;
soyez sans inquiétude. Je vous présente mes hommages, mademoiselle.
--Tout comme si nous étions dans quelque salon, acheva-t-elle, moqueuse
imperceptiblement. A bientôt, monsieur.
Elle ne lui tendait pas sa main toujours blottie dans la poche de sa
vareuse; et elle souriait à peine, sans soupçon de la saveur qu'avait
son visage d'androgyne pour le goût blasé de M. de Ryeux.
Ils étaient devant la grille. Près d'eux, le vent courbait les glaïeuls
d'un massif et arrachait des feuilles qui volaient en tremblant à
travers le ciel très bleu.
Raymond de Ryeux ouvrit la haute porte de la grille, voyant le geste
qu'elle ébauchait pour en prendre le bouton.
Elle eut un signe de tête. Lui, un profond salut. Et elle descendit la
route.