Des remerciements dans ma vieillesse--des remerciements
avant que je m’en aille,
Pour la santé, le soleil de midi, l’air impalpable--pour
la vie et rien autre,
Pour les précieux souvenirs qui toujours me hantent,
(souvenirs de vous, ma mère chérie--de vous,
mon père, de vous, frères, sœurs, amis),
Pour tous les jours de mon existence--non seulement
les jours de paix--les jours de guerre pareillement,
Pour les douces paroles, les marques d’affection, les
présents venus de pays étrangers,
Pour l’abri, le pain et la viande--pour les suaves
témoignages d’appréciation,
(Vous, lecteurs bien-aimés--lointains, inconnus, perdus
dans l’ombre--jeunes ou vieux--lecteurs
innombrables, non spécifiés,
Nous ne nous sommes jamais vus et nous ne nous verrons
jamais,--et pourtant nos âmes longuement
s’étreignent, étroitement et longuement);
Des remerciements pour les êtres, les groupes, l’affection,
les actes, les paroles, les livres--pour les
couleurs et les formes,
Pour tous les hommes vigoureux et braves--les
hommes dévoués et audacieux--ceux qui ont
bondi au secours de la liberté dans tous les siècles
et dans tous les pays,
Pour d’autres hommes, plus vigoureux encore, plus
braves, plus dévoués--(des lauriers spéciaux,
avant que je disparaisse, aux élus des batailles de
la vie,
Les canonniers de la poésie et de la pensée--les grands
artilleurs--la tête de l’avant-garde, les capitaines
de l’âme);
Et comme un soldat revenu d’une guerre terminée--comme
un voyageur parmi des myriades d’autres
voyageurs, je dis à la longue procession passée:
Merci--joyeux merci!--le merci d’un soldat, d’un
voyageur.
VOUS N’ÊTES PAS, O MES CHANTS,
QUE DE MAIGRES RAMEAUX
Vous n’êtes pas, ô mes chants, que de maigres rameaux
où la vie subsiste, latente, (chants écailleux et
nus, comme des serres d’aigle),
Mais peut-être bien qu’en quelque jour de soleil (qui
sait?), en quelque printemps futur, en quelque
été, vous éclaterez,
Vous vous couvrirez de feuilles verdoyantes, vous verserez
une ombre où l’on s’abritera--vous donnerez
des fruits nourrissants,
Des pommes et des raisins--et les branches d’arbre
sortiront vigoureuses--dans le plein air, libre
et pur,
Et l’amour et la foi s’épanouiront, telles des roses parfumées.