HAUTAINES TES LÈVRES, RAUQUE TA VOIX, O MER

Hautaines tes lèvres, rauque ta voix, ô mer, qui te

confies à moi!

Jour et nuit je parcours ta plage battue par les vagues,

Représentant à mon esprit tes suggestions étranges,

variées,

(Car ici je te vois et t’entends clairement bavarder et

confabuler),

Tes troupes de coursiers à la crinière blanche galopant

vers le but de leur course,

Ton visage ample et souriant, éclaboussé par le soleil

qui le marque de fossettes scintillantes,

Ta méditation farouche et sombre--tes ouragans

déchaînés,

Ton insoumission, tes caprices, ton entêtement;

Grande comme tu l’es, d’une grandeur qui t’élèves

au-dessus de tout le reste, tu as tes larmes abondantes--il

est quelque chose qui, de toute éternité,

manque à ton contentement,

(Il a fallu les plus énormes luttes, injustices, défaites,

pour faire de toi la plus grande--il n’a pas fallu

moins),

Tu es esseulée--il est quelque chose que tu cherches

toujours, toujours à atteindre, et que tu n’atteins

jamais,

Sûrement quelque droit te fut dénié--il y a, dans ta

fureur colossale et monotone, la voix d’un libertaire

enfermé,

Un vaste cœur, comme celui d’une planète, s’irrite

d’être enchaîné et se débat parmi ces lames;

Et par cette houle qui s’allonge et ce spasme et ce

souffle haletant,

Ce grattement rythmique de tes sables et de tes vagues,

Ces sifflements de serpent et ces sauvages éclats de rire,

Et ces murmures comme un rugissement de lion dans

le lointain,

(Qui retentissent, jettent leur appel à la sourde oreille

des cieux, mais qui à cette heure se trouvent en

correspondance,

Car un fantôme dans la nuit est cette fois ton confident),

La confession première et ultime du globe,

S’enfle et déborde, murmure du fond des abîmes de

ton âme,

Et c’est l’histoire de la passion cosmique élémentaire,

Que tu racontes à une âme parente.

Poèmes de Walt Whitman · 第 67 / 73 题