Après le souper et la causerie--après la journée
finie,
Me voici comme un ami qui prolonge le moment où il
lui faut quitter pour la dernière fois ses amis,
Qui dit Adieu et encore Adieu de ses lèvres émues,
(Il est si dur pour sa main de lâcher ces mains--jamais
plus ils ne se reverront,
Jamais plus pour communier dans la douleur et la
joie, jeunes et vieux,
Un immense voyage l’attend, d’où il ne reviendra plus),
Qui fuit, qui recule l’instant de la séparation--qui
cherche à différer si peu que ce soit le dernier
mot,
Qui, même à la porte de la rue, se retourne--revient
sur des recommandations superflues--qui, même
lorsqu’il descend les marches du perron,
Cherche quelque chose pour allonger d’une minute
son adieu--tandis que les ombres du soir s’épaississent,
Que les adieux, les mots échangés diminuent--et que
le visage et la silhouette du partant de plus en plus
se fondent,
Pour bientôt se perdre à jamais dans la nuit--du
partant à qui il en coûte, ô tellement! de s’en
aller,
Qui bavarde jusqu’au suprême instant.