APRÈS LE SOUPER ET LA CAUSERIE

Après le souper et la causerie--après la journée

finie,

Me voici comme un ami qui prolonge le moment où il

lui faut quitter pour la dernière fois ses amis,

Qui dit Adieu et encore Adieu de ses lèvres émues,

(Il est si dur pour sa main de lâcher ces mains--jamais

plus ils ne se reverront,

Jamais plus pour communier dans la douleur et la

joie, jeunes et vieux,

Un immense voyage l’attend, d’où il ne reviendra plus),

Qui fuit, qui recule l’instant de la séparation--qui

cherche à différer si peu que ce soit le dernier

mot,

Qui, même à la porte de la rue, se retourne--revient

sur des recommandations superflues--qui, même

lorsqu’il descend les marches du perron,

Cherche quelque chose pour allonger d’une minute

son adieu--tandis que les ombres du soir s’épaississent,

Que les adieux, les mots échangés diminuent--et que

le visage et la silhouette du partant de plus en plus

se fondent,

Pour bientôt se perdre à jamais dans la nuit--du

partant à qui il en coûte, ô tellement! de s’en

aller,

Qui bavarde jusqu’au suprême instant.

Poèmes de Walt Whitman · 第 69 / 73 题